Chapitre 14

Tatooine-Bordure Extérieure :

Ben sortit de la petite salle de bain. Il s'était lavé et avait enfilé un pantalon noir ainsi qu'une tunique gris anthracite. Il appréciait visiblement toujours autant les couleurs sombres.

Elle et lui n'avaient pas échangé un mot après leur expérience intense quelques minutes plus tôt. Ils avaient tous les deux repris leurs esprits et Ben avait directement filé dans la pièce derrière la cuisine la laissant pantelante et particulièrement secouée au beau milieu du salon.

Elle avait les réponses qu'elle était venue chercher à présent : la mutinerie avait bien eu lieu et Ben se cachait ici depuis des mois tout en partageant le quotidien de cette femme, Sovan Real et de son fils. Elle avait eu accès à des scènes de vie, des sensations, des moments de doute et de confusion. Ben s'était remis à méditer et son tempérament de feu semblait s'être apaisé. Pourtant, ses convictions, ses idéaux, tout avait été remis en question et Rey avait pu ressentir sa frustration et sa déception. Il était désemparé, ne savait plus quoi penser ou quoi faire. Le conflit qui déchirait son âme n'avait jamais été aussi violent et l'appel de la lumière jamais aussi assourdissant.

Quand Ben la rejoignit enfin dans le salon, il prit grand soin de ne pas croiser son regard. Il passa à côté d'elle pour aller encore une fois jeter un œil par la fenêtre et une douce odeur de propre assaillit ses narines. Rey se redressa alors instinctivement sur son siège. Le drapé de son haut lui collait à la peau. Elle empestait la sueur et était couverte de poussière de la tête aux pieds. Jamais elle ne s'était sentie aussi pouilleuse.

Aussi, eut-elle l'impression d'avoir pensé tout haut quand il s'adressa à elle.

-Tu peux aller te laver si tu le souhaites et nettoyer tes vêtements.

La pilleuse d'épaves n'hésita pas une seule seconde. Elle se leva et se dirigea vers le cabinet de toilette mais stoppa net sur le seuil en réalisant qu'elle n'avait rien à se mettre le temps que ses vêtements passent dans le sonicateur.

-Il doit y avoir du linge propre dans le tiroir du meuble à côté de toi, l'entendit-elle ajouter depuis le salon.

Non. Elle n'allait quand même pas porter une de ses tuniques ?

Ses mains couvertes de crasse et le reflet que lui renvoya le miroir accroché sur le mur balayèrent ses dernières réticences. Ses trois petits buns ne ressemblaient plus à rien au milieu de sa tignasse ébouriffée, sa joue droite était couverte de sang et deux disques blancs, vestiges du port de ses lunettes, entouraient ses yeux : elle ressemblait à une de ces petites créatures fructivores qui peuplaient les forêts d'Arbra. Elle ouvrit donc le tiroir et prit la première chemise de la pile. Elle pénétra ensuite dans la salle de bain et referma derrière elle. Elle relâcha enfin un peu la pression et retira le petit communicateur caché dans sa brassière. Une chance qu'elle ne l'ait pas perdu dans la tempête ou que Ben ne l'ait pas fouillée. Elle l'activa et tenta de contacter C-3PO. Au bout de quatre tentatives infructueuses, elle renonça. Quelque chose brouillait le signal. Probablement cette fichue tempête. Impossible donc de les avertir qu'elle avait retrouvé Ben afin qu'ils préviennent à leur tour Leia. Elle émit un petit grognement courroucé avant de dissimuler le comlink sous le lavabo et d'ôter ses vêtements sales en soupirant. Elle aurait préféré sentir un jet d'eau fraîche couler sur son corps mais la douche sonique était déjà mieux que rien. Elle se doutait bien que, comme sur Jakku, l'eau était ici une denrée précieuse que l'on ne gaspillait pas pour se laver. Elle passa ses doigts dans ses cheveux pour les démêler et examina la plaie sur sa tempe. La coupure n'était pas très profonde et avait arrêté de saigner. Mieux encore, Le tambour dans sa tête avait cessé de résonner. Elle enfila la chemise de lin blanche et retroussa les manches jusqu'à ses coudes. Elle ramassa ensuite ses affaires pour les introduire dans le sonicateur près de la douche qui contenait déjà celles de Ben. Elle démarra ensuite le cycle de lavage.

Elle pouvait bien patienter une heure dans ce réduit de moins de trois mètres carrés le temps que sa tenue soit enfin propre.

Au bout de cinq minutes debout entre la douche et le lavabo, elle craqua et se décida à sortir.

Ben était en train de manger un morceau de galette brune, assis près de la fenêtre. Sur la table basse, une galette similaire ainsi qu'un bol contenant une soupe fumante attendaient la pilleuse d'épaves. Quand il la vit descendre les marches d'un pas hésitant pour le rejoindre dans la pièce à vivre, il s'arrêta de mâcher. La chemise, bien que trop grande pour elle, couvrait à peine le haut de ses cuisses hâlées et fuselées sur lesquelles le regard du fils de Leia s'attarda un peu trop longtemps. Soudain gêné de s'être laissé aller à une telle hardiesse, et devant les joues rougissantes de la jeune femme, il baissa les yeux et se remit à manger.

Rey perçut le trouble de Ben ce qui ne fit qu'amplifier le sien. Elle rejoignit la banquette à la hâte, s'installa en serrant les jambes tout en prenant soin de maintenir sa tunique baissée au maximum et commença à mordre dans sa galette.

Le sabre trônait toujours sur le comptoir tandis que Ben contemplait le désert obscur à l'extérieur. Rey mastiquait la bouche ouverte. Son pied s'était mis à battre le sol comme pour tenter de calmer sa frustration soudaine.

Ils n'allaient quand même pas rester ainsi à grignoter leur fichu pain en silence ! Pas après ce qui venait de se passer !

-Pourquoi la Force continue à nous connecter et à provoquer ces visions ? demanda finalement Rey de but en blanc. Je croyais que c'était Snoke qui contrôlait le lien !

Ben leva lentement la tête dans sa direction.

-Il faut croire que non, fit-il en fronçant les sourcils.

- J'ai vu tes souvenirs, Ben, répliqua-t-elle. L'attaque des chevaliers sur ton vaisseau, ta fuite, les quatre mois passés ici, comment tu as aidé cette femme et son fils…

Elle s'attendait à le voir réagir négativement au fait qu'elle l'appelle à nouveau par son véritable prénom. Mais il n'en fit rien. Elle crut même déceler une pointe de satisfaction dans ses prunelles sombres.

-Arbra est une planète plutôt agréable, on dirait… Tu as l'air de beaucoup t'y plaire et de passer du bon temps avec le pilote et ce sale traître de FN-2187 !

Rey se figea. Ben venait de confirmer que son pire cauchemar était devenu réalité. Lui aussi avait eu accès à sa mémoire. Le plus calmement du monde, il reposa sa galette sur la table et but une gorgée de soupe avant de poursuivre :

-J'ai aussi vu que tu avais repris contact avec Maz Kanata. La théorie de cette vieille folle est vraiment intéressante.

-Quelle théorie ? demanda Rey à présent sur la défensive.

-Cette histoire de transfert qui se serait produit entre nous lors de notre petite discussion sur Starkiller.

-Tu veux dire quand j'étais attachée à une chaise métallique et que tu farfouillais sans vergogne dans mon esprit ?

-Nous étions ennemis…

-Et nous ne le sommes plus ?

-J'aimerais croire que non.

Rey pouvait à présent sentir pulser les battements de son cœur au fond de sa gorge et les larmes monter au creux de ses yeux.

-J'ai besoin de savoir pourquoi tu as fait ça, fit-elle.

-Fait quoi ?

Il savait très bien de quoi elle voulait parler ce qui énerva encore plus la jeune femme.

-Tu aurais pu tout arrêter sur le Supremacy. Les conflits, la guerre avec la Résistance, les massacres, les morts…Tu aurais pu m'écouter et faire enfin quelque chose de bien !

-J'aurais fait « quelque chose de bien » à la tête du Premier Ordre si tu étais restée à mes côtés.

Voilà. On y était.

Rey eut l'impression, qu'encore une fois, les yeux de Ben voulaient fouiller au plus profond de son âme et la jeune femme ne put réprimer un frisson avant de répondre :

- Tu as décidé de laisser mourir tout le monde ! la Résistance, ta mère, mes amis… Tu t'es juste servi de moi pour en finir avec Snoke et prendre sa place. Tu as profité de mon empathie pour toi. Tu t'es joué de mes sentiments. Quand tu m'as dit que, pour toi, je n'étais pas insignifiante, c'était seulement pour me faire céder, n'est-ce pas ? Et quels étaient tes projets ensuite ? Tu voulais que je m'incline devant le tout puissant Kylo Ren et que je devienne ce que tu as été pour Snoke durant toutes ces années ? Une esclave loyale et obéissante ?

Ben la dévisageait à présent avec un mélange de déception et de tristesse dans le regard.

- Tu n'as toujours pas compris pourquoi je t'ai tendu la main ce jour-là, n'est-ce pas ? murmura-t-il.

Au contraire, elle avait parfaitement compris. Et au moment où le regard de l'homme debout devant elle était devenu implorant, que sa main gantée tendue vers elle s'était légèrement mise à trembler et qu'il avait prononcé ce « s'il te plait » avec une telle émotion dans la voix qu'elle en rêvait encore la nuit, elle avait eu envie de céder…

- Tout ce que je sais c'est que je n'ai pas voulu de ton obscurité.

Elle avait répondu trop vite et n'arrivait plus à le regarder en face.

-Tout le monde a une part d'obscurité Rey. Même toi, et tu le sais. Tu l'as sentie sur Starkiller quand tu m'as frappé avec ton sabre, et dans la grotte sur Ahch-To quand tu as entendu l'appel des ténèbres. Tu t'en es servi pour défier Snoke sur le Supremacy et pour combattre les gardes. Tu refuses juste de cultiver cette part de toi comme je l'ai fait pour devenir plus fort.

-Je ne vois pas quelqu'un de fort, aujourd'hui en face de moi. Je vois quelqu'un qui se cache et qui n'a aucune idée de comment il va s'en sortir, ajouta-t-elle avec cynisme.

Il se leva, approcha de la banquette et vint poser ses deux mains à plat sur la table basse pour s'incliner au-dessus d'elle.

-Alors que comptes-tu faire maintenant ? demanda-t-il.

Elle resta parfaitement immobile et tenta de maîtriser sa respiration tout en soutenant son regard. Ses lèvres pleines frémissaient. Le petit plissement nerveux sous son œil gauche fit une apparition fugace. Un peu soufflée par cette proximité soudaine, Rey peina à trouver une réponse.

- Me capturer et me livrer à tes chers amis rebelles ? proposa-t-il. Tu peux toujours essayer, je te souhaite bonne chance dans ce cas. A moins que tu n'essayes à nouveau de me « sauver » à présent que j'ai perdu ma place à la tête du Premier Ordre. Toi aussi tu vas m'asséner tes petites phrases dégoulinantes de bons sentiments à la manière du grand Maître Jedi Luke Skywalker ?

La gorge de Rey se serra encore un peu plus.

-Il y a encore de la Lumière en toi. Tout ce que j'ai vu tout à l'heure le prouve, rétorqua-t-elle.

-Tu te trompes. Il n'y a plus rien à sauver, Rey. Fais-toi à cette idée.

Il avait prononcé ces paroles sans ciller, avec l'intime conviction d'avoir raison. Il ne voulait pas être sauvé. Il ne voulait plus être celui qui lui avait offert sa main et la galaxie dans la salle du trône du vaisseau de Snoke. Il ne voulait plus être celui qui, à genoux, l'avait suppliée du regard de ne pas s'enfuir pour le laisser seul au milieu de ce poste de commandement froid et vide sur Crait. Il voulait être le monstre qu'elle avait vu en lui avant que la Force ne leur fasse partager tout ça.

Mais Rey se rendit compte qu'elle voulait lutter, qu'elle n'allait pas le laisser s'en tirer si facilement.

- Les monstres ne sauvent pas la vie de familles en détresse, riposta-t-elle en guise d'ultime argument. Ils ne passent pas des heures à contempler les couchers de soleil, à supporter les babillements des petits garçons qui se pâment d'admiration devant eux et ils ne perdent pas leur temps à réparer des connecteurs afin d'éviter que de modestes fermiers ne perdent leur récolte…

Sans la quitter des yeux, Ben se redressa lentement avant de reculer et de s'asseoir à nouveau près de la fenêtre. Rey avait resserré instinctivement ses bras autour d'elle comme si, tout d'un coup, perdue au beau milieu de ce désert, toute chaleur venait de quitter son corps.

Les longues mèches noires de Ben encadraient à présent son profil. Dans le clair-obscur de la pièce, jamais il n'avait paru aussi beau et fragile qu'en cet instant. Aussi, tout en regardant fixement devant lui il répondit :

- Les monstres assassinent leurs pères, massacrent des innocents, renient leurs familles et ne rêvent que de vengeance. Les monstres ne deviennent pas des anges, Rey. Jamais.

Le cœur de la pilleuse d'épaves plongea alors dans un gouffre glacé au fond duquel il n'y avait pas une once de lumière.

OooooO

La dernière fois qu'il avait pu la regarder dormir c'était lorsqu'elle était prisonnière sur Starkiller. A l'abri derrière son masque, il avait contemplé le satiné de sa peau, le pulpeux de ses lèvres entrouvertes, la longueur de ses cils et la constellation de taches de rousseur parsemant son nez.

Quand il avait ôté son masque, elle avait tenté de dissimuler sa surprise sous un air de défi. Elle ne s'attendait pas à découvrir le visage d'un être humain derrière cette façade de métal.

Puis il s'était approché d'elle, avait commencé à l'interroger et l'aura émanant du corps de Rey avait agi sur lui comme un aimant. Il avait été irrésistiblement attiré par cette fille sortie de nulle part et qui avait osé le défier. Il n'avait pas compris pourquoi. C'était tellement nouveau pour lui. Elle avait quelque chose de spécial, d'unique. Il soupçonnait déjà qu'à l'époque, la Force avait prévu de jouer avec eux.

Et voilà qu'elle était à nouveau allongée devant lui, respirant doucement et recroquevillée sur la petite couchette du salon.

Elle était magnifique.

Lui, n'avait pas quitté sa chaise près de la fenêtre.

Il avait dû répondre à de nombreuses questions et il se sentait vidé. Elle avait voulu savoir pourquoi elle n'avait pas ressenti sa présence sur Hoth avant qu'il ne soit plus qu'à quelques mètres d'elle dans l'infirmerie. Il avait alors expliqué qu'il était capable de se dissimuler aux autres utilisateurs de la Force. Snoke lui avait appris comment faire. Couper tout contact avec ses chevaliers après la mutinerie était impératif afin de pouvoir leur échapper. Et même ici, à l'autre bout de la galaxie, il devait continuer à le faire et rester vigilant. La conversation avait ensuite dérivé sur les parents de Rey. A travers la connexion qu'ils avaient eue, il avait vu le périple de la jeune femme sur Jakku, la visite qu'elle avait rendue à Unkar Plutt et la broche appartenant à son père qui la poussait à croire que sa famille avait un lien avec Naboo.

Elle voulait fouiller dans le passé, tandis que lui aurait donné n'importe quoi pour effacer de son esprit ce que son oncle Luke lui avait fait voir quatre mois plus tôt.

Il n'arrivait toujours pas à croire que le grand Dark Vador ait pu se détourner du Côté Obscur dans les derniers instants de sa vie par amour pour un fils (et une fille) dont il avait jusque là ignoré l'existence… Assister aux adieux de son grand-père et de Luke l'avait ébranlé bien plus qu'il ne voulait l'admettre et il ne savait pas encore quoi faire de cette révélation. Il était quasi-certain que la pilleuse d'épaves n'avait pas eu accès à cet épisode faisant intervenir le fantôme de Force de son oncle sinon elle aurait déjà abordé le sujet.

Rey et lui avaient continué à débattre du Bien et du Mal encore une bonne heure. Ensuite, elle était restée silencieuse un long moment, avait bu sa soupe froide et avait cédé au confort offert par le petit futon. Elle n'avait visiblement plus peur qu'il s'en prenne à elle car si au départ elle s'était évertuée à fixer le plafond avec application, elle avait ensuite fermé les yeux et s'était endormie.

Ben passa la main dans ses cheveux avant de se masser doucement le front. Le sommeil était en train de le gagner, lui aussi. Quand il tourna à nouveau la tête vers elle, il vit que Rey occupait toute la surface de la couchette. Son regard glissa lentement sur les jambes dorées de la pilleuse d'épaves et il s'humecta les lèvres. Il s'imagina frôler ses chevilles du bout des doigts, remonter le long de ses mollets, caresser la peau soyeuse de ses cuisses, passer sous la tunique de lin et…

Par le Créateur, ce n'était pas le moment de penser à ça !

Il se leva brusquement, attrapa son sabre et, la respiration un peu courte, emprunta sans bruit l'escalier menant au sous-sol. Une fois dans l'atelier, il s'appuya contre le petit établi et prit quelques secondes afin de refouler l'onde de désir qui secouait à présent son bas-ventre.

La tempête était en train de se calmer et le jour allait se lever dans quelques heures…

Il récupéra sa précieuse mallette de sous le plan de travail et la posa sur l'établi. Il attrapa ensuite un grand sac de toile et y fourra son arme et quelques rations qui traînaient par là. Il referma le tout, soupira bruyamment et passa nerveusement sa main dans ses cheveux avant de prendre quelques secondes pour réfléchir.

Puisque Rey l'avait retrouvé, il n'avait pas d'autre solution que de quitter Tatooine le plus vite possible.

OooooooO

Malachor -Planète de la Bordure Extérieure:

-Tu vois Téhari, le temple dans lequel nous nous trouvons a une histoire fabuleuse. Cet endroit a été construit par les Sith un millier d'années standards avant l'émergence de l'Empire. Tous les plus puissants chevaliers du Côté Obscur sont un jour venus se recueillir ici. Et ce n'est pas tout…

L'enfant était assis aux pieds d'Elias et buvait ses paroles.

-Autrefois, le cœur du temple hébergeait une arme alimentée par un cristal kyber géant rouge sang, qui avait été extrait des profondeurs d'Ilium. Cette super-arme était la plus dévastatrice jamais construite dans toute la galaxie et ne pouvait être contrôlée que grâce à un holocron.

-Un holocron ? Qu'est-ce que c'est Maître ? demanda l'enfant.

- Les holocrons ressemblent à des petites boîtes. Ce sont des artefacts, très précieux et très rares, fabriqués et utilisés par les Jedi et les Sith en d'autres temps. Beaucoup ont été détruits, d'autres ont été perdus.

-Et à quoi servent-ils ?

-Ces objets renferment des connaissances sous forme de textes, de messages holographiques, mais ils peuvent aussi quelquefois servir d'activateurs pour différents dispositifs, expliqua Elias.

-Oh… s'extasia l'enfant. Et que s'est-il passé ? Pourquoi l'arme dont vous avez parlé n'existe-t-elle plus, Maître ?

-Des Jedi ont mené un assaut contre le temple. Les chevaliers Sith ont lutté avec acharnement pour les repousser. Mais durant le combat, l'arme fut malencontreusement activée et tous les combattants sans exception ont été pétrifiés sur le champ de bataille.

-Ce sont eux, toutes ces silhouettes de pierre dressées au pied de la pyramide ?

Elias acquiesça de la tête tandis que le petit garçon, bouche bée, attendait la fin du récit.

-Plus personne n'osa s'aventurer sur la planète après cela. Tout le monde avait bien trop peur que l'arme ne se déclenche à nouveau. Beaucoup plus tard, sous le règne de Dark Sidious et de son apprenti Dark Vador, cet endroit fut encore une fois profané par des Jedi. Vador tenta de les arrêter en vain. L'holocron fut extrait de son réceptacle et emporté loin du temple. La pyramide fut détruite ainsi que la super-arme.

-Comment savez-vous tout cela, Seigneur ?

Son jeune apprenti affichait une expression fascinée et Elias se revoyait à sa place, une dizaine d'années en arrière, tout aussi captivé et attentif lorsque Snoke lui narrait les aventures des chevaliers du Côté Obscur.

-Vois-tu, Téhari, j'ai toujours été fasciné par cet endroit. Un jour, j'ai profité d'une mission que m'avait confiée mon ancien maître pour venir ici sur Malachor et explorer les ruines. Je suis descendu dans les fondations du temple, là où se trouvait le cœur de l'arme. Il n'y avait effectivement plus rien, hormis quelques morceaux de cristal encore intacts. Je les ai récupérés et je suis rentré avec.

De véritables cristaux rouges provenant de l'arme originelle. Pour lui, c'était un véritable trésor et il avait cru en ce temps-là que s'il les offrait à Snoke, son geste serait récompensé. Mais ce dernier, totalement obnubilé par la formation de son précieux disciple Kylo, n'avait manifesté que peu d'intérêt pour son présent. L'infâme vieillard lui avait même fait l'affront d'offrir la moitié des cristaux à Ren et lui avait rendu les morceaux restants. Malgré cela, Elias l'avait tout de même supplié de le prendre comme deuxième apprenti. C'était inédit chez les Sith comme chez les Jedi d'ailleurs. Or Snoke adorait entretenir la rivalité et l'animosité entre ses chevaliers de Ren et estimait que cela faisait partie intégrante de leur imprégnation par le Côté Obscur. Le jeune homme avait tellement bien plaidé sa cause que Snoke avait trouvé le challenge à son goût et avait finalement accepté. Elias avait pour seule consigne de ne rien révéler aux autres. Et durant toutes ces années, lui aussi avait profité des enseignements du puissant seigneur noir sans que personne ne le sache. Il avait été un apprenti attentif, discret et à force d'acharnement et de volonté, il était finalement rentré dans les bonnes grâce du Suprême Leader Snoke et partagé quelques-uns de ses petits secrets…

-Sait-on où se trouve l'holocron à présent, Maître ?

Téhari achevait tout juste de formuler sa question quand Sylla fit irruption dans la grande salle et fonça droit vers eux. Elias congédia le petit garçon d'un signe de la main. Le cours d'histoire était terminé. L'enfant se leva et s'éclipsa en silence. L'amazone se planta alors devant Elias avant de le saluer d'un hochement de tête et de déclarer sur un ton triomphant :

-Je sais où est Kylo. Un de nos prisonniers a eu affaire à lui sur Tatooine.

La nouvelle arracha au Maître des chevaliers de Ren un froncement de sourcils.

-Moi qui croyais qu'il détestait le désert, persifla-t-il avant de se lever pour faire face à Sylla.

-Laisse-moi y aller, supplia-t-elle, ses yeux noirs comme la nuit luisant déjà de rage.

-Est-ce que tu es sûre de toi ? Ce prisonnier peut avoir raconté n'importe quoi.

-J'ai sondé son esprit. Il n'a pas menti. Kylo était à Bestine dans une clinique de fortune accompagné d'un gamin. Il avait son sabre et a tué les deux racailles qui accompagnaient notre homme avant que ce dernier ne fuie comme un lâche.

Pendant qu'elle parlait, Elias semblait perdu dans ses pensées.

-Donc il est vivant et en pleine forme…murmura-t-il. On ne peut pas se permettre de le laisser filer une nouvelle fois. Je vais y aller.

Sylla se crispa et serra les dents. Son corps tout entier protestait silencieusement.

-Donc tu ne me crois pas capable de gérer cela seule, fit-elle.

Le grand blond soutint le regard outré de la jeune femme et soupira. Il ne pouvait décemment pas lui répondre qu'effectivement, il n'avait aucune confiance en elle. Malgré tout ce que Kylo avait fait, Elias était persuadé qu'elle était encore amoureuse de lui et donc son désir de le tuer pouvait facilement s'évaporer comme neige au soleil face un Kylo Ren implorant son pardon et lui promettant monts et merveilles. Il voyait très bien Kylo ruser et jouer cette carte-là pour s'en tirer. Mais peut-être se trompait-il. La haine de Sylla était peut-être bien indéfectible à présent. Non, Le plus gros problème était que, face à elle, Ren aurait l'occasion de raconter sa version des faits. Il pourrait dire à la chevalière qu'Elias avait menti à tout le monde, qu'il était l'autre apprenti de Snoke, qu'il avait tué Bram dans le but de le faire accuser et qu'il était le véritable assassin de Jor… Encore fallait-il qu'elle le croie.

Quoi qu'il en soit, Kylo Ren devait être éliminé sans attirer l'attention, ce qui revenait à ne pas impliquer les troupes de Hux. Envoyer Sylla n'était pas une si mauvaise idée en définitive. Dans le meilleur des cas le travail était fait, dans le pire des cas, elle se faisait tuer, ce qui ne constituait à ses yeux qu'une perte mineure.

L'esprit d'Elias était déjà en ébullition quand la voix suave de l'amazone le ramena à la réalité.

-S'il te plait Elias, laisse-moi m'occuper de lui. S'il est là-bas, je te promets de le ramener pieds et poings liés pour que tu puisses l'exécuter toi-même.

Le chevalier lui lança un regard de travers.

-As-tu déjà oublié ce qui s'est passé sur le Finalizer ? A quatre, vous n'avez même pas été capables d'en venir à bout ! Il a tué Bram et a failli vous faire subir à tous le même sort ! Crois-tu vraiment être de taille, seule contre lui ?

Elias avait raison et elle le savait. Elle avait juste encore du mal à digérer le fait qu'ils se soient tous fait balayer comme des fétus de paille par leur ancien Maître.

-Je serai prête cette fois. Tu n'as aucune idée de ce qu'une femme bafouée est capable de faire pour se venger. Encore moins si cette femme c'est moi.

Elias se sentait prêt à céder. Kylo pouvait tenter de retourner Sylla contre lui, il nierait tout en bloc, prétextant que le fils de Leia Organa voulait juste sauver sa tête.

-Je peux prendre plusieurs escadrons de stormtroopers, si tu veux. Je peux…

-Non ! s'exclama Elias. Les soldats ne doivent pas savoir que Kylo n'est plus à la tête du Premier Ordre.

Sylla approuva en acquiesçant. Puis, après quelques secondes de réflexion, Elias déclara :

-C'est d'accord, tu y vas. Mais tu rameutes là-bas tous les mercenaires des Hutt qui sont déjà à sa recherche. Tu ne le laisses pas parler. Tu ne le laisses même pas lever le petit doigt. Je veux que tu nous en débarrasses une bonne fois pour toutes.

OoooooO

Tatooine-Bordure Extérieure :

Rey se réveilla en sursaut. Elle mit quelques secondes à émerger du brouillard et à réaliser où elle se trouvait. Un léger courant d'air entre ses cuisses lui rappela qu'elle s'était allongée sur la couchette vêtue uniquement d'une chemise trop courte. Elle jeta alors des regards paniqués tout autour d'elle. Elle avait juste fermé les yeux quelques minutes et s'était endormie comme une souche dans la même pièce que…

NON , non, non... il n'avait tout de même pas filé en douce !

Elle bondit vers la fenêtre pour constater que la tempête avait cessé et qu'elle était seule. Elle fonça vers la salle de bain et récupéra ses affaires propres. Elle enfila le tout en quatrième vitesse et attrapa le communicateur caché sous le lavabo. Au moins, Ben ne l'avait pas trouvé.

Quand elle revint dans la pièce à vivre, elle remarqua que le manteau accroché à la patère avait disparu. Elle lâcha un soupir exaspéré avant de descendre au sous-sol. Personne évidemment. Elle remonta, lutta un peu contre la porte bloquée par le sable accumulé - Mais par où était-il donc passé pour quitter la cabane ? - et parvint finalement à sortir pour faire le tour de l'habitation. Derrière la hutte, elle découvrit un petit abri. Une grande bâche et des cordes gisaient au sol. Elle en déduisit que c'était l'endroit où Ben gardait son landspeeder. Il avait dû le couvrir et l'attacher avant la tempête et à présent il était parti avec, la laissant seule et sans véhicule pour rejoindre le Faucon Millénium.

-C-3PO tu m'entends ? s'écria-t-elle un peu essoufflée dans son communicateur.

« Mademoiselle Rey ! Enfin ! Nous nous faisions un sang d'encre, R2 et moi ! Mais où êtes-vous ? Est-ce que tout va bien ? »

-Oui ça va ! La tempête a détruit mon speeder mais je n'ai rien. Par contre je vais devoir rejoindre le vaisseau à pied et ça va me prendre au moins une bonne heure, maugréa-t-elle en finissant d'ajuster son turban sur sa tête. Vous m'attendez, d'accord ?

-Reçu cinq sur cinq, Mademoiselle Rey ! R2 et moi ne bougeons pas d'ici !

OooooO

Ne pas avoir son bâton en main était très déstabilisant. Elle avait l'impression que quelque chose lui manquait. Elle emprunta le chemin inverse qui conduisait jusqu'au Faucon. Elle peinait à avancer. Des monticules de sable avaient été charriées par la tempête et elle arriva bientôt devant les restes à moitié ensevelis de son speeder. Elle n'en crut pas ses yeux quand elle vit dépasser l'extrémité de son bâton.

-C'est pas vrai ! s'exclama-t-elle de joie en le dégageant avec enthousiasme.

Elle reprit ensuite la route en accélérant. Le cargo n'était plus très loin.

Où était donc passé Ben ? Il avait pu aller n'importe où : Bestine, Mos Eisley, Mos Espa… Elle était persuadée qu'il allait essayer de quitter Tatooine à présent qu'il se savait découvert. Avait-il une navette ? Elle n'avait rien vu aux alentours de la cabane. Peut-être l'avait-il laissée chez cette femme à la ferme.

De toutes façons, qu'est-ce qu'elle allait bien pouvoir faire maintenant ?

Elle avait eu la confirmation que le Premier Ordre avait déclaré Ben « ennemi le plus recherché de la galaxie » mais elle avait encore une fois lamentablement échoué avec lui. Il savait à présent où se trouvait la Résistance et venait de s'évanouir dans la nature en l'abandonnant au milieu du désert.

Cette expédition était un véritable fiasco.

La silhouette massive du Faucon apparut entre deux pics rocheux. Elle avertit C-3PO via le comlink qu'elle arrivait et quand elle ne fut plus qu'à quelques mètres du cargo, la rampe d'accès s'abaissa.

-Vous êtes enfin là Mademoiselle Rey ! Loué soit le Créateur, vous êtes saine et sauve ! s'exclama le droïde doré quand Rey fit irruption dans le cockpit.

-Bipdupbipbipdupdup, ajouta R2-D2.

-Oui je sais, pardon de vous avoir inquiétés tous les deux.

Rey demanda ensuite aux robots d'aller vérifier le système d'hyperpropulsion et lorsqu'elle fut enfin seule, elle se cala dans le siège de pilote et coiffa le casque des communications. Elle contacta Leia sur un canal privé et lui raconta ce qui s'était passé sur un ton dépité.

-Je suis tellement désolée… ça s'est passé tellement vite, je n'ai rien pu contrôler. Je vous ai mis tous en danger, je m'en veux tellement.

-Rey, par pitié, arrête la séance d'auto-flagellation, répondit la générale. Ce qui est fait est fait.

-Mais Leia, il sait que vous êtes sur Arbra !

-Je sais Rey mais honnêtement, que veux-tu qu'il fasse tant qu'il a le Premier Ordre à ses trousses ? Ces anciens « amis » le veulent mort. Alors à moins qu'il ne se fasse capturer par cet Elias ou qu'il parvienne, par je ne sais quel miracle, à retrouver sa place de Leader, nous ne craignons rien dans l'immédiat. Et puis, tu sais bien que nous sommes toujours en alerte et prêts à évacuer au cas où.

Leia avait raison mais la pilleuse d'épaves n'arrivait pas à chasser le sentiment de culpabilité et l'inquiétude qui lui rongeaient le cœur.

-Que comptes-tu faire à présent ? demanda la chef des rebelles.

-Je ne sais pas trop… Un avis à me donner ?

Rey entendit Leia soupirer.

-Le plus sage serait de rentrer…

Effectivement, c'était de toute évidence la chose à faire. Mais pourquoi percevait-elle un tout autre message dans le conditionnel employé par la générale ?

-Je vous recontacte un peu plus tard, d'accord ? finit par conclure Rey avant de mettre fin à la communication.

C-3PO et R2-D2 apparurent alors sur le seuil du cockpit.

-ça y est Mademoiselle Rey ! Nous avons tout vérifié. Le système est pleinement opérationnel. Nous pouvons quitter cette planète quand vous voulez et retourner enfin sur Arbra.

Le petit robot bleu et gris confirma par une série de stridulations joyeuses. Le regard de Rey se perdit dans la contemplation de la ligne d'horizon vibrante de chaleur. Au fin fond de la plaine ocre, elle pouvait distinguer la lointaine et minuscule silhouette d'une dizaine de vaporateurs d'humidité se découpant sur le bleu du ciel. Elle inspira profondément et une dernière idée lui traversa soudain l'esprit.

-Nous n'allons pas partir tout de suite, déclara-t-elle en regrettant immédiatement de saper la bonne humeur des droïdes. Nous allons d'abord faire une petite halte chez Sovan Real.

OooooO