chapitre 21

Planète Adarlon- Bordure Extérieure :

Avant même d'ouvrir les yeux, Rey sentit une douleur lancinante diffuser depuis la base de sa nuque jusqu'à son front. Et sa tête n'était pas la seule partie de son corps qui lui faisait mal. Elle avait juste l'impression qu'un char de combat lui avait roulé dessus. Elle était allongée dans la cabine principale à bord du Faucon et elle était en sous-vêtements.

Elle se releva difficilement sur les coudes et les événements récents lui revinrent peu à peu en mémoire.

Leur évasion du palais, le plongeon du haut de la cascade, ses amis venus la secourir, Maz tombée sous les tirs de blaster, Ben et Viri Pax…

Le chevalier de Ren l'avait mise K.O sans qu'elle ait pu faire quoi que ce soit et elle n'avait donc aucune idée de ce qui s'était passé ensuite.

Elle entendit soudain les stridulations de R2-D2 et les jérémiades familières de C-3PO dans le couloir. La porte s'ouvrit et les droïdes apparurent sur le seuil.

-Mademoiselle Rey, vous êtes enfin réveillée, loué soit le Créateur ! s'exclama le robot doré.

Le petit astromech bipa et fit pivoter le dôme qui lui servait de tête pour signifier que lui aussi était heureux de la revoir.

-Contente de vous retrouver moi aussi, répondit Rey en s'asseyant sur la couchette. Comment ai-je atterri ici ? Est-ce que Ben, Finn et Rose sont là ? Et Maz ? Comment va-t-elle ?

La jeune femme tenta de se lever mais elle fut prise d'un léger vertige et dut y renoncer.

-Mademoiselle Rey, je crois que vous devriez rester allongée. Kylo Ren nous a dit que vous aviez subi un…

-Où est Ben ? Et où sommes-nous ?

-Dans la Bordure extérieure, sur la planète Adarlon, rétorqua C-3PO. Kylo R…

-Ben. Corrigea la jeune femme. Son nom est Ben…

Le droïde était toujours aussi contrarié de devoir utiliser le nom de baptême du fils de Leia. Aussi, agita-t-il les bras avant de lui expliquer que « Ben » avait réussi à leur faire quitter Naboo au nez et à la barbe du Premier Ordre. Pourtant, tous les quatre avaient été incroyablement chanceux de ne pas finir éparpillés aux confins du cosmos et C-3PO avait les circuits qui en tremblaient encore.

Il enchaîna ensuite en lui racontant tout ce qu'elle avait manqué. Finn et Rose étaient restés sur Naboo et avaient pu apparemment regagner le refuge avec Maz, la reine et sa suivante. Solo avait défait le chevalier Viri Pax en combat singulier et était revenu avec elle, inconsciente, à bord du Faucon.

-Où est-il ? demanda-t-elle une nouvelle fois.

-Oh, à l'extérieur je crois, il vérifie l'état des propulseurs. Nous avons subi quelques dégâts quand les chasseurs nous ont tiré dessus et…

Mais Rey ne l'écoutait déjà plus. Son malaise était passé et elle alla récupérer ses vêtements secs posés sur le petit banc près du lit. Elle les enfila en vitesse et sortit de la cabine, les droïdes sur ses talons.

-Mademoiselle Rey ! protesta C-3PO, Vous devriez vous reposer encore un peu !

La pilleuse d'épaves arriva devant la rampe abaissée et se retourna pour faire face aux robots qui arrivaient derrière elle.

-Restez ici, ordonna-t-elle.

Les deux droïdes obéirent et la regardèrent sortir du vaisseau sans protester.

-bipdupddupbip, claironna l'astromech.

C-3PO approuva d'un hochement de tête.

-Tu as raison mon brave ami, mieux vaut les laisser tranquilles. Je pense qu'ils ont beaucoup de choses à se dire.

OooooO

Une brise tiède et légère vint caresser son visage. Si Rey n'avait pas remarqué l'unique soleil brillant au beau milieu du ciel bleu azur, elle aurait pu croire qu'ils se trouvaient encore sur Naboo. Le Faucon avait atterri sur un plateau à flanc de colline, surplombant ce qui paraissait être une ville. Elle s'étendait sur quelques kilomètres au fond de la vallée. Les habitations étaient curieuses, petits cubes blancs aux murs chaulés nichées au cœur du paysage verdoyant.

Rey fit le tour du cargo. Aucune trace de Ben. Elle se mit à scruter les alentours et, une trentaine de mètres plus loin, sous l'immense ramure d'un saule, elle aperçut son imposante silhouette.

Elle hésita un instant avant de se diriger lentement vers lui.

Elle avait été stupide. Stupide et inconsciente. Et elle avait échoué. Elle avait voulu épargner ses amis, protéger Ben… Elle avait juste réussi à les mettre encore plus en danger. Maz avait été blessée. Qui sait si elle s'en était sortie…

Rey sentit les larmes monter et la culpabilité cisailler son cœur. Tout doucement, elle écarta le rideau de lianes pendantes pour le découvrir, assis en tailleur au pied du tronc. Il avait les yeux clos et respirait tranquillement. Il méditait.

La jeune femme l'observa sans bouger, le cœur battant et les mains tremblantes. Elle se doutait bien qu'il l'avait sentie approcher et elle retint sa respiration. Le lien s'ouvrit, tout naturellement, et elle fut rapidement submergée par le flot tumultueux des émotions de l'homme face à elle : la déception, la tristesse, la colère mais aussi le soulagement.

Elle voulut parler mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Elle était tellement honteuse et elle avait tellement peur. Pouvait-il ressentir à quel point elle regrettait ?

-Pourquoi ?

La voix profonde de Ben résonna sous la cloche de verdure et la fit tressaillir. Il avait les yeux toujours fermés et elle ne savait plus si elle devait rester là ou en profiter pour fuir en courant. De longues secondes passèrent avant qu'elle ne trouve la force de répondre.

-Je suis désolée.

C'était pitoyable. Elle était pitoyable.

-Je… Je n'ai pas réfléchi. Débarquer sur Naboo pour sauver Maz était mon idée. Je ne voulais pas qu'il vous arrive quoi que ce soit, à Finn, Rose et toi et…

-J'ai failli te perdre au bord de la cascade. Viri Pax t'aurait tuée.

-Je sais, je…

-Il y a autre chose.

Bien sûr qu'il y avait autre chose. Et elle lui devait toute la vérité.

-Quand nous étions tous les deux endormis, là-bas, dans le refuge, je ne sais pas pourquoi ni comment mais j'ai eu accès à ce souvenir ou cette…intention que tu as eue, avoua-t-elle. L'éventualité de reprendre ta place au sein du Premier Ordre et…

Ben ouvrit enfin les yeux et la fixa avec intensité. Rey se sentit aspirée dans le puits sans fond de ses prunelles sombres. Il comprenait bien à quoi elle faisait allusion et il ne contesta pas.

-Et j'ai eu peur que…

Elle n'arrivait même pas à terminer ses phrases. Elle savait qu'elle avait tout gâché, qu'elle avait foulé aux pieds la confiance qu'il avait placée en elle.

-Que je cède à nouveau au Côté Obscur, finit-il à sa place.

Les larmes coulaient à présent, abondantes et brûlantes le long de ses joues. Elle contemplait le visage de Ben, toujours calme et impassible.

-Je suis tellement désolée…

Cette fois, les mots de Rey se noyèrent dans un sanglot et Ben se releva brusquement, fonça droit sur elle et l'encercla de ses bras puissants. Elle s'accrocha à sa tunique comme si sa vie en dépendait, et alors qu'il la serrait de toutes ses forces, elle voulut se fondre dans l'odeur de sa peau, la chaleur de sa poitrine et se livra complètement. Elle fit voler en éclat toutes les barrières qui emprisonnaient son esprit. Elle ne voulait plus rien cacher et elle le sentit bouleversé par le cadeau qu'elle était en train de lui faire. Le cœur de Ben tambourinait contre sa cage thoracique. Son corps immense tressaillit tout contre elle et la jeune femme en eut soudain la chair de poule.

-Bon sang, Rey, j'ai eu tellement peur.

Elle accueillit sa confession comme une délivrance et tous les muscles de son corps se relâchèrent. Ils demeurèrent collés l'un à l'autre un long moment, sans parler. Ben embrassa le haut de son crâne, son front, puis ses mains glissèrent sur sa mâchoire, pour lui faire relever la tête et capturer ses lèvres. Il lui donna un baiser passionné, désespéré.

Elle était en vie. Elle était auprès de lui en sécurité et il lui pardonnait.

Rey soupira contre sa bouche et ses doigts se perdirent dans les mèches brunes de Ben. Quand ils se séparèrent enfin, il posa son front contre le sien et suivit du bout des doigts la ligne de la tresse qui partait de sa tempe jusqu'à sa nuque. Un sourire se dessina sur ses lèvres et il murmura :

-J'aime ta nouvelle coiffure.

La jeune femme laissa échapper un hoquet amusé. Elle caressa sa joue, posa ses deux mains à plat sur la poitrine de Ben avant de descendre plus bas et de remonter ensuite le long de ses bras jusqu'à ses épaules.

-C-3PO m'a dit que tu t'étais battu avec Viri Pax. Est-ce que tu n'as rien ? Est-ce qu'il t'a blessé ?

-Non ça va, et toi ?

-J'ai été surprise par son attaque. J'ai senti comme une sorte de souffle me soulever et me propulser en arrière.

-Sa spécialité. Il se servait de la Force pour créer des ondes de choc. Nous n'avons plus rien à craindre de lui à présent. Mais tu dois te reposer un peu et manger quelque chose. Je vais aller chercher des provisions en ville, d'accord ? Tu m'attends dans le vaisseau et tu essaies de dormir un peu.

Rey hocha la tête et il déposa un nouveau baiser sur ses lèvres avant de la prendre par la main pour l'entraîner à sa suite jusqu'au Faucon Millénium.

OooooO

A bord d'un Y-Wing Starfighter– quelque part dans l'espace :

-Arrête de faire ton rabat-joie BB-8 ! Je te dis que tout va bien se passer !

Le petit droïde bien calé dans son emplacement réservé juste derrière le cockpit continua de maugréer dans son jargon électronique.

-Alors, d…d…désolé mais pour cette fois je suis du même avis que Bouboule, rétorqua l'homme assis à côté de lui.

-Toi, occupes-toi d'activer cet appareil ! On va sortir d'hyper-espace dans deux minutes et on n'aura plus vraiment droit à l'erreur.

-Non, sans rire !

-Alors, c'est prêt ?

-Oui c'est bon, pas la peine de t…t…t'énerver, le pilote !

-Alors pour ton information, moi c'est Dameron et lui là-haut c'est BB-8. Et toi quel ton nom au fait ?

-Oh… Disons que tu peux m'appeler DJ.

-DJ ? Tu te fiches de moi ?

-Si tu p…p…préfères continuer avec « sale traître » ou « craqueur de codes », ça me va aussi.

Le petit robot au-dessus de leurs têtes bipa deux fois pour indiquer que le moment était venu et tous les muscles de Poe se tendirent.

-OK accrochez-vous, ça va secouer ! Dix secondes à éviter les tirs de turbolasers, c'est ça ? Un jeu d'enfant.

DJ appuya sur une série de boutons et les diodes de son engin passèrent toutes au vert. Poe abaissa la manette devant lui et Le Y-wing fut secoué d'un léger soubresaut avant d'émerger au beau milieu de l'armada du Premier Ordre.

Le capitaine Peavey était en pleine conversation avec les membres de son staff sur la passerelle du Finalizer quand Thanisson releva la tête de sa console pour l'interpeller.

-Capitaine ! Un chasseur stellaire Y-wing vient de sortir d'hyper-espace tout près du vaisseau !

-Quoi ? s'exclama alors le militaire.

Il traversa le pont précipitamment pour venir se planter aux côtés du jeune officier.

-Ses boucliers sont déployés.

Il ne manquait plus que ça ! Les troupes au sol venaient de subir une attaque. La reine s'était échappée avec l'aide, semble-t-il, de plusieurs membres de la Résistance et le seigneur Viri Pax avait été tué. Le Suprême Leader allait être furieux. D'ailleurs, Peavey ne donnait pas cher de la tête de Hux quand il serait de retour sur Naboo et le gradé du Premier Ordre en jubilait d'avance. Kylo Ren devait déjà être au courant qu'un de ses chevaliers était mort, que les prisonniers étaient parvenus à quitter Naboo et cette fois, le rouquin ne pourrait pas tout lui mettre sur le dos.

-Il fonce droit sur nous, Capitaine !

La dernière fois qu'un chasseur de la Résistance s'était retrouvé seul face à la flotte du Premier Ordre, il était piloté par Poe Dameron, et ce dernier en avait profité pour pulvériser les canons de surface d'un de leurs cuirassés car Hux l'avait bêtement laissé approcher sans réagir.

Lui, ne ferait pas la même erreur. Il était en charge du destroyer de tête en l'absence de son supérieur et il comptait bien s'occuper de cette vermine rebelle avant qu'elle n'ait le temps de causer le moindre dégât.

-Envoyez nos chasseurs ! Exécution ! Et feu à volonté !

-Ok ! C'est parti pour une petite danse ! s'écria Poe.

Le Y-wing s'était mis à zigzaguer pour éviter les tirs de turbolasers. Dameron faisait du rase-motte le long de la carlingue du dreadnought et BB-8 s'agitait de plus belle derrière le cockpit.

-Combien de temps ? hurla-t-il à DJ les mains crispés sur le manche.

Le craqueur de codes était occupé à tripoter son engin, les yeux rivés sur la petite jauge indiquant que le chargement des donnés se déroulait comme prévu.

-C'est pas encore bon ! Il faut un peu plus de temps !

-Tu avais dit dix secondes !

- Oui eh bien, c'est plus long que prévu ! Les boucliers du vaisseau ralentissent le téléchargement.

-C'est pas vrai ! pesta le pilote juste avant d'effectuer un splendide looping.

Les stridulations de BB-8 se firent soudain plus alarmistes. Un escadron de chasseurs TIE fit irruption derrière eux et commencèrent à faire feu. Le Y-wing encaissa plusieurs tirs mais les boucliers amortirent l'impact.

-Tiens bon BB-8, c'est bientôt terminé !

Poe savait qu'il était inutile de répliquer. Ils étaient bien trop nombreux et il n'était pas venu pour ça. Il dépassa un couple de canons et continua sa course en frôlant dangereusement la coque dans l'espoir que ses poursuivant n'osent pas prendre le risque de toucher leur propre bâtiment. Mais les chasseurs ne semblaient pas s'en soucier et continuaient à les mitrailler.

Le pilote sentait l'adrénaline courir dans ses veines et scrutait du coin de l'œil la jauge d'acquisition de l'engin sur les genoux de DJ qui progressait bien trop lentement à son goût.

-Cinq secondes, bafouilla le craqueur de codes et Poe posa sa main gauche sur la commande de saut en vitesse-lumière.

Une dernière secousse les fit dévier et Dameron braqua violemment en évitant une des tourelles.

-Maintenant ! hurla soudain DJ.

Poe tira de toutes ses forces sur le manche et écrasa sa paume sur le bouton. Le Y-wing s'engouffra dans le tunnel bleu d'hyper-espace et disparut alors de l'écran de visée des chasseurs TIE.

-Ils sont partis, Capitaine.

Peavey laissa échapper un grognement de frustration. Les yeux braqués sur son écran, le jeune sergent Thanisson pensa alors, en son for intérieur, qu'être un officier supérieur en charge d'un des vaisseaux amiraux du Premier Ordre était décidément une position bien difficile à tenir.

OoooooO

Planète Adarlon- bordure extérieure :

Rey pénétra dans le cockpit du Faucon et alla s'asseoir dans le siège de pilote. Elle avait dormi à peine une demi-heure et avait été réveillée par la fanfare de gargouillements provenant de son ventre. Pourtant, malgré ça, elle se sentait incapable d'avaler quoi que ce soit. Elle se faisait du mauvais sang pour Finn, Rose et surtout pour Maz.

Elle activa les communications pour tenter de joindre la base Haven. Elle devait absolument informer la Résistance de ce qui s'était passé sur Naboo et prévenir Leia que les choses allaient bouger du côté du Premier Ordre.

-Ici le Faucon Millénium, vous me recevez ?

-Rey ? C'est toi ?

Leia, à l'autre bout du canal, parut à la fois surprise et inquiète.

-Mais où êtes-vous ? Nous essayons de vous joindre depuis deux jours !

La jeune femme lui raconta alors sa mésaventure sur Naboo et la libération de Maz et Mégarana. Leia l'écouta attentivement avant de demander enfin d'une voix légèrement tremblante.

-Ben était avec toi ?

-Oui et il m'a sauvé la vie. Il a combattu un de ses anciens disciples, un dénommé Viri Pax et il l'a tué. Ensuite nous avons fui à bord du Faucon en laissant les autres sur Naboo. Maz a été blessée. Je suis tellement inquiète pour elle. Impossible de contacter le refuge à cause du bouclier.

-Nous allons tenter de les joindre mais effectivement, cela va être compliqué s'ils se cachent toujours.

A son tour, Leia l'informa que Lando avait débarqué sur Arbra accompagné du craqueur de codes qui les avait trahi et que Poe avait décidé d'embarquer ce dernier dans une mission des plus périlleuses pour tenter de pirater les communications de la flotte ennemie.

-Leia, c'est de la folie ! s'exclama la pilleuse d'épaves.

-Je te rappelle que l'on parle de Poe. Crois-tu vraiment que je n'ai pas essayé de l'en dissuader ? Et puis crois-tu vraiment avoir le droit de nous faire la leçon, après ce que tu viens de me raconter ? On peut dire que vous faites la paire, Dameron et toi, quand il s'agit de prendre des risques inconsidérés, vous êtes aussi exaspérants l'un que l'autre !

Mais alors que la pilleuse d'épaves s'apprêtait à répondre, des éclats de voix et un intense brouhaha se firent entendre à l'autre bout de la ligne, suivis immédiatement par des acclamations et des cris de joie.

-Louée soit la Force, les voilà, ils sont rentrés, soupira Leia.

Rey l'imita, heureuse d'apprendre que le pilote était de retour, sain et sauf.

-Ecoute, Rey, je vais te laisser pour aller les accueillir. S'ils ont réussi et si nous avons désormais accès aux canaux cryptés du Premier Ordre, je te recontacte pour te tenir au courant, d'accord ?

-D'accord, au revoir Leia.

-A très vite Rey et que la Force soit avec vous.

La communication fut coupée et les derniers mots de la générale résonnèrent encore quelques instants à ses oreilles.

Que la Force soit avec vous.

Leia parlait d'elle, mais également de Ben.

Ben…

Il était parti depuis un petit moment déjà. La ville était à un ou deux kilomètres d'ici et il s'y était rendu à pied.

Le ventre de la jeune femme laissa échapper une nouvelle plainte et elle décida d'aller prendre une douche en attendant le retour de Ben.

Les quartiers de l'équipage avaient été réaménagés juste avant de quitter la base. Rey avait convaincu Chewie de lui redonner sa fonction première au lieu de servir de soute à marchandises. Un lit « grand format » avait été conçu spécialement pour le Wookie et du coup, il n'avait trouvé rien à redire à cette amélioration notable du confort à bord.

Une fois sortie de la salle de bain, Rey alla fouiller dans les tiroirs bas sous le fameux lit et attrapa des sous-vêtements et une tenue propre : une simple tunique sans manches et un pantalon fluide qu'elle ajusta à sa taille grâce à une cordelette de tissu. Alors qu'elle finissait de défaire ses tresses, le regard de la jeune femme tomba sur le sac posé à ses pieds. Elle s'installa sur le lit et tira à elle la petite table sur laquelle elle vida le contenu de la besace. Les différents composants du sabre de Luke étaient encore tous là.

Elle les aligna alors devant elle, comme elle l'avait fait si souvent sur Arbra. Puis elle se mit à observer tous ces éléments, un à un, avant de s'attarder plus particulièrement sur les cristaux. Elle ferma alors les yeux et ressentit la vibration, ténue mais persistante qui émanait de chacun d'eux. Elle percevait leur énergie, leur pouvoir, qui ne demandaient qu'à être maîtrisés pour servir la Force et résonner avec l'Univers tout entier.

Mais la sensation de malaise revint, sournoise et glaçante et un constat sans appel s'imposa à elle. Elle n'avait plus le droit d'y toucher. Elle ne le méritait pas. Elle était la petite fille de Dark Sidious, de l'Empereur, du monstre…

Quand elle ouvrit à nouveau les yeux, Ben était appuyé contre le chambranle de la porte. Il était en train de l'observer sans bouger.

Depuis combien de temps était-il là ? Elle ne l'avait même pas senti arriver.

D'un pas lent et un peu hésitant, il vint s'asseoir près d'elle sur le lit et déposa sur le coin de la table un petit paquet. Il examina à son tour les composants posés devant lui.

-Tu avais raison, déclara la jeune femme avant de laisser échapper un long soupir. Tu devrais le récupérer.

Quelques secondes passèrent avant qu'il ne se décide à répondre.

-J'ai déjà un sabre laser. Celui-ci est à toi désormais.

-Ben, je ne peux pas.

-Pourquoi ?

-Tu sais très bien pourquoi.

-Non je ne sais pas. Explique-moi.

Un nouveau silence s'installa avant que Ben ne reprenne.

-Faut-il vraiment que j'énumère, l'une après l'autre, toutes les raisons qui font que tu es tout à fait digne de t'en servir ?

-Ben, je ne suis pas un Jedi, je ne le serai jamais.

-C'est juste un sabre, Rey, qui a changé de main au fil des générations. Ce n'est pas cet objet qui a décidé du destin de mon grand-père ou de mon oncle, qui leur a imposé de suivre le Côté Obscur ou le Côté lumineux. Ce sont eux qui ont fait des choix, tout comme tu as fait les tiens. Tu as choisi d'aider Finn et la Résistance, de sauver des vies, de croire en moi contre l'avis de tous. Tu as choisi la Lumière mais tu sais aussi qu'une part de ténèbres vit en toi. L'obscurité et la lumière font partie intégrante de nous, Rey. Refouler l'une ou l'autre, refouler ce que l'on éprouve n'est pas la solution. Il n'y a pas de « bon » côté. Je le sais à présent. Je l'ai compris grâce à toi. Mais aussi grâce à Snoke et à Luke. Les Jedi se sont fourvoyés. Les Sith aussi. Rien n'est tout blanc ou tout noir. Parce que nous sommes avant tout des êtres humains. On aime, on déteste. Et ces émotions sont indissociables. Durant toute mon enfance j'ai entendu mes proches dire que ma colère était nocive, que je n'avais pas le droit de ressentir de la rage. Ensuite Snoke n'a cessé de me répéter qu'éprouver de la pitié ou de l'empathie était un signe de faiblesse. Mais j'en avais le droit. J'avais le droit de tout ressentir. Tout comme j'ai le droit de t'aimer. Alors n'écoute que ton cœur tout comme j'écoute le mien aujourd'hui. Il ne te reste plus qu'à reconstruire ce fichu sabre pour défendre ce en quoi tu crois. C'est tout ce qui compte. Et personne ne te demande de devenir un Jedi. Surtout pas moi.

Rey sentait la chaleur de son bras qui frôlait le sien. Même assis, il la surplombait d'une bonne dizaine de centimètres. Elle eut soudain envie de le toucher et sa main alla se poser sur sa joue balafrée.

-On dirait que tu as beaucoup réfléchi à tout ça murmura-t-elle.

-J'ai eu pas mal de temps libre au cours de ces quatre mois passés sur Tatooine. Du temps pour penser à toi mais aussi à tout ce que j'ai fait avant de te perdre sur Crait. J'avais tort. Je ne peux pas effacer le passé. Je dois vivre avec mes remords et mes regrets.

Elle caressa du bout des doigts sa cicatrice et Ben se pinça les lèvres. Elle avait ses démons et lui aussi. Elle savait qu'il ne se pardonnerait jamais ce qu'il avait fait à Han. Mais il avait changé. Elle espérait pour lui que le poids de sa culpabilité deviendrait un jour plus supportable.

-Tu as raison, avoua-t-elle enfin. Moi non plus, je ne peux pas changer qui je suis et d'où je viens. Je vais juste essayer d'être moi.

-Excellente idée, rétorqua-t-il en lui souriant. Ça me convient tout à fait.

Oui… il avait raison.

Tout comme lui, elle devait accepter d'avoir peur, d'être en colère, d'en vouloir à ces parents qui l'avaient rejetée. Elle devait composer avec son côté sombre et son terrible héritage. Et elle savait que la Lumière brillait en elle, éblouissante et infinie. La Force était son alliée et ne jugeait personne.

Rey ne put se retenir plus longtemps et captura la bouche de Ben. Elle se sentait vivante, entière et elle frissonna au contact de ses lèvres chaudes et pleines contre les siennes. Elle prenait volontiers tout ce qu'il avait à lui offrir et elle était prête à tout lui donner en échange.

Quand ils se séparèrent pour reprendre leur souffle, Ben murmura, le front collé contre sa joue :

-Tu ferais effectivement un piètre Jedi, Rey de Jakku.

-Et toi un piètre Sith, Ben Solo.

C'est à ce moment précis que l'estomac de la jeune femme gargouilla une nouvelle fois, arrachant à Ben un petit rire.

-Je crois que tu as faim.

Elle s'écarta un peu et posa sur lui un regard malicieux qui le troubla.

-J'ai terriblement faim, oui.

Il attrapa alors le paquet posé sur la table et en sortit un petit gâteau en forme d'anneau, recouvert d'une substance luisante et dorée qui se mit à couler le long de ses doigts. Le parfum qui s'en dégageait était merveilleux. Un sourire espiègle glissa sur ses lèvres quand il présenta la pâtisserie devant la bouche de la pilleuse d'épaves.

-Mange, ordonna-t-il.

Rey ne se fit pas prier pour mordre dans le beignet et le morceau sur sa langue déclencha une explosion de saveur au niveau de ses papilles. C'était sucré, tendre avec des notes fleuries et épicées. Jamais Rey n'avait goûté quelque chose d'aussi bon. Elle venait que croquer dans un morceau de soleil et elle ferma les yeux un instant en laissant échapper un petit gémissement d'extase. Après avoir avalé, elle passa sa langue sur ses lèvres pour faire durer le plaisir encore un peu tandis que Ben engloutissait le restant de gâteau. Il avait toujours les doigts levés et recouverts de miel. Rey attrapa doucement sa main, la guida jusqu'à ses lèvres puis elle se mit à lécher très lentement le jus sucré sur la pulpe de son pouce en le regardant droit dans les yeux.

Dans la cabine, la température grimpa soudain de plusieurs degrés et une lueur nouvelle s'alluma dans les prunelles sombres de Ben. Rey connaissait cet éclat. Il avait eu le même à bord du Faucon juste avant de l'embrasser dans le cockpit. Le même aussi dans leur chambre sous le lac quand elle s'était attaquée au bouton de sa braguette.

Rey ne put résister plus longtemps. Elle lâcha sa main pour fondre sur ses lèvres et sa langue chercha la sienne sans attendre. Ben l'accueillit à pleine bouche et l'emprisonna dans ses bras comme si elle risquait de lui échapper à nouveau. Ils s'embrassèrent passionnément, langoureusement, jusqu'à en perdre haleine.

-Je ne vais nulle part cette fois… murmura-t-elle.

-ça vaudrait mieux, rétorqua-t-il en pointant sa main vers l'entrée de la cabine.

Le panneau coulissa brusquement et la porte se verrouilla.

-R2 et PO ? demanda-t-elle.

-Je leur ai dit que s'ils nous dérangeaient ils allaient finir en morceaux, tout comme ton sabre.

Rey gloussa et Ben se mit à explorer son cou, laissant une traînée de baisers brûlants le long de sa gorge pour remonter jusqu'au lobe de son oreille. La pointe de sa langue en humecta le contour et la jeune femme sentit une douce chaleur diffuser entre ses jambes et les muscles au creux de son ventre se contracter délicieusement. En tâtonnant un peu, il parvint à écarter les pans de sa tunique et à dénouer la cordelette de tissu qui retenait son pantalon. Ses vêtements finirent au sol. Elle ne portait plus que sa culotte. La chemise de Ben alla rejoindre le tas. Son pantalon aussi. Puis il se mit à la caresser partout, lentement, avec précision et application. Rey laissa échapper un soupir de contentement. Son derme picotait d'excitation à chaque fois que les doigts gigantesques de Ben frôlaient sa peau trop réceptive. Ses lèvres, insatiables et gourmandes, s'attardèrent sur ses clavicules pour descendre ensuite jusqu'à ses mamelons et en sucer délicatement le contour, encore et encore. Elle en trembla jusqu'au plus profond de son être. Il la bascula alors délicatement en arrière et elle se retrouva allongée sur le dos, au milieu du lit. Il se positionna au-dessus d'elle, son corps immense calé sur ses avant-bras pour mieux la contempler.

Le lien s'était ouvert.

-Tu le sens ? chuchota-t-il.

- Oui, répondit Rey, le souffle court.

La main de Ben glissa lentement le long du ventre de la jeune femme, fit un détour pour effleurer sa hanche et il atteignit enfin son entrejambe. Le tissu de sa culotte était chaud et humide au toucher.

Bon sang, elle était trempée. Trempée pour lui…

Alors il se mit à la caresser ici aussi et il la vit fermer les yeux en gémissant. Elle était magnifique quand elle s'abandonnait. Des images de plus en plus nettes s'affichaient devant ses paupières closes. C'était incroyable. Il était dans sa tête et voyait exactement ce qu'elle désirait. Elle voulait que ses doigts continuent à la toucher à cet endroit précis, puis plus haut et un peu plus à gauche… Et surtout elle voulait qu'il finisse de la déshabiller !

Ben s'empressa d'obtempérer et s'écarta d'elle pour faire descendre la culotte de Rey jusqu'à ses chevilles. Il capta alors une autre pensée, qui acheva d'enflammer ses sens. Elle se demandait ce qu'elle éprouverait si ses lèvres et sa langue prenaient le relais de ses doigts, là, au creux de ses jambes.

Les yeux de Rey s'écarquillèrent soudain quand elle le vit embrasser son mollet, remonter vers son genou, puis plus haut et plus haut encore…

Qu'est-ce que qu'il comptait faire ? Oh...

Le réflexe de Rey fut de resserrer les jambes. Mais Ben agrippait à présent ses hanches fermement pour la maintenir en place et ses cuisses butèrent contre ses avant-bras énormes. Sa bouche était incroyablement proche de son intimité et il releva alors la tête pour la défier du regard sans bouger d'un millimètre. Par le Créateur, jamais elle ne s'était sentie aussi gênée et excitée à la fois. Elle avait les joues en feu et le cœur sur le point d'exploser.

-Ben, tu n'es pas obligé de…

-Est-ce que je peux ?

Est-ce qu'il pouvait ? Mais, quelle question !

Elle n'eut pas l'occasion de répondre à voix haute. La langue de Ben glissa sur le petit bouton de nerfs hypersensible pointant entre ses plis humides et une onde de plaisir extrême la consuma toute entière. Ses deux mains tordirent les draps et elle se mit à geindre sans pouvoir se retenir.

C'était encore meilleur qu'elle se l'était imaginé et, toute pudeur oubliée, elle écarta les jambes au maximum en lâchant un grognement d'extase.

Ben savait exactement quoi faire. Il lisait en elle comme dans un livre ouvert et un flot de lave déferlait dans ses veines à chaque fois qu'elle laissait s'exprimer son plaisir. Il le ressentait aussi intensément que si c'était à lui qu'on infligeait cette délicieuse torture. Son pénis pulsait douloureusement, comprimé dans son sous-vêtement. Il la trouvait succulente. Elle était chaude, offerte, irréelle. Elle était en train de perdre pied et lui, était au supplice, emporté par les sensations de la jeune femme. Rey ne tenait plus en place et quand ses hanches se mirent à onduler pour accompagner ses coups de langue, il dut bloquer momentanément la connexion pour se pas jouir ici et maintenant contre le tissu de son boxer.

Alors soudain, Rey bascula dans le gouffre.

-Oui ! Oui ! cria-t-elle, emportée par la violence de son orgasme.

Ben, les lèvres luisantes et les pupilles incandescentes, releva la tête pour l'admirer. Elle était si belle. Échevelée, les paupières closes et le sourire aux lèvres, Ses joues étaient en feu. Elle ressemblait à une déesse.

-C'était… souffla-t-elle en lâchant finalement les draps pour l'attraper par le cou et le forcer à remonter vers elle. Puis elle l'embrassa passionnément.

Ben laissa le lien s'ouvrir à nouveau et les mains de la jeune femme glissèrent sur son torse puissant pour descendre jusqu'à l'élastique qui enserrait sa taille. Elle dégagea d'abord ses fesses, puis son sexe palpitant émergea de sa prison de tissu.

-Viens maintenant, murmura-t-elle contre sa bouche en caressant son pénis dur et tendu.

Elle baissa les yeux et tout comme la première fois, elle prit le temps d'en examiner la forme et la taille. Il était doux, épais, moelleux contre sa paume et une petite goutte translucide perla au sommet de son gland quand elle remonta sa main lentement en serrant. Il aimait ça, elle pouvait le sentir. Le cœur de Ben s'emballa et le ventre de Rey se remit à chauffer davantage. Elle venait juste de jouir, mais elle en voulait encore plus. Et elle voulait surtout partager maintenant ça avec lui. Alors elle continua de le toucher. La tête renflée disparut un instant sous les plis de sa verge et la goutte aussi. Ben ne put retenir un râle rauque qui la fit frissonner de la tête aux pieds. Puis elle redescendit sa main et le gland velouté se découvrit à nouveau, rose et appétissant.

Rey plongea ses yeux dans les siens. Il était à genou entre ses cuisses et il avait arrêté de respirer.

-Viens… répéta-t-elle en le lâchant pour s'agripper à ses épaules.

Elle lui donnait son consentement. Il pouvait faire d'elle tout ce qu'il voulait désormais. Alors il attrapa son pénis d'une main pour en lubrifier le bout contre les plis trempés de la jeune femme. Sa bouche n'était qu'à quelques millimètres de la sienne. Ses mèches noires tombaient devant ses yeux et il la sentait frémir sous lui comme une étoile sur le point d'imploser.

-Tu es prête cette fois, souffla-t-il contre ses lèvres avant de glisser lentement en elle. Par la Force, Rey...

C'était un pur délice.

Elle était toujours aussi étroite et chaude. Mais contrairement à leur première tentative désastreuse sur Naboo, elle était maintenant détendue et offerte. Il se regarda entrer en elle, centimètre par centimètre et il vit que Rey regardait aussi. C'était incroyablement érotique.

-Rey, c'est…

-Je sais.

Plus rien ne pouvait les arrêter à présent. Rey voulait absolument tout de lui : son corps, son âme, sa lumière autant que son obscurité. Alors il commença à bouger, lentement, dans un délicieux va et vient et les sensations se déchaînèrent. Tout se mélangea alors. Leurs esprits, leurs plaisirs respectifs, leurs respirations. Autour d'eux l'univers disparut tandis que leurs corps exultaient en parfaite symbiose. Il la caressait et l'embrassait comme si elle était une créature précieuse et fragile dont il fallait prendre soin. C'était si bon. C'était doux et tendre et il se retenait du mieux qu'il pouvait.

-Est-ce que ça va ?

-Oui, plus vite, murmura-t-elle en relevant un peu plus les genoux tout contre son buste.

La gorge de la jeune femme était sèche à force de gémir. Son clitoris frottait divinement contre le bas ventre de Ben et elle agrippa alors ses fesses pour l'encourager à continuer. Elle n'était pas fragile et elle voulait qu'il le sache. Ben accéléra le rythme et Rey se cambra un peu plus. Il y alla donc plus fort, lui arrachant de petits cris alors que ses hanches accompagnaient à présent chacune de ses poussées. Leurs mouvements étaient parfaitement coordonnés, la connexion était d'une efficacité redoutable et Rey lâcha un hoquet extatique lorsqu'un puissant coup de rein la fit remonter de dix bons centimètres au milieu du lit.

-Rey, par toutes les étoiles, je…

Le cœur de Ben battait à un rythme effréné. Son sexe était brûlant, frottant merveilleusement contre les parois tendres de la femme extraordinaire qui frémissait sous lui. Rey, elle, se sentait remplie, adorée et son plaisir montait, impossible à arrêter. C'était électrique, transcendant.

-Je crois que je vais jouir encore, cria-t-elle, entre deux grognements.

Son corps entier était en fusion. Ben la martelait à présent, sans pitié et sans retenue contre le matelas et elle se délectait d'entendre son souffle rauque contre son cou.

Elle était lui et il était elle.

Elle sentait le sperme monter le long de son pénis eet prêt à être expulsé pour libérer la tension insupportable.

Lui, appréhendait presque la vague qui grandissait en elle et qui promettait de balayer sa raison et tout le reste sur son passage.

La table près du lit se mit à vibrer tout comme chaque élément inanimé dans la cabine. Les cristaux bleus s'allumèrent d'une lueur vive et les murs du Faucon se mirent à trembler. Mais Ben et Rey ne s'en aperçurent même pas. Ils étaient tous les deux couverts de sueur, les yeux dans les yeux, les doigts enlacés et au bord de la rupture.

-Ben ! hurla Rey et soudain, sans prévenir, l'ouragan les emporta.

Ils partagèrent à travers la connexion un orgasme fulgurant. Ben, se déversa en elle en criant son nom. Et Rey, à court d'oxygène, la bouche grande ouverte, eut l'impression d'avoir le corps traversé par une pluie de météores et de tomber encore et encore dans le néant de l'Univers.

Ils n'avaient pas pu survivre à ça. C'était impossible. Ils avaient dû fusionner avec la Force, tout comme Luke, et ils n'étaient que pure énergie à présent.

Mais Rey comprit qu'elle se trompait quand elle sentit le corps de Ben basculer sur le côté pour retomber tout contre son flanc avec un bruit sourd. Son amant superbe tremblait encore et il embrassa tendrement son front avant de la prendre dans ses bras et de la serrer fort contre lui.

Ils étaient épuisés, encore un peu hagards et ils restèrent silencieux un long moment, le temps de laisser leurs respirations se calmer et leurs esprits retrouver lentement le chemin de leurs corps. La sensation de plénitude était sublime et ils baignaient tous les deux dans un crépuscule apaisant et tranquille, entre Obscurité et Lumière, en parfait équilibre.

Le soleil venait tout juste de se coucher sur Ardalon et quand Ben leva les yeux vers la vitre de la cabine, il put apercevoir les premières étoiles scintiller dans le ciel tandis que le doux parfum des cheveux de Rey emplissait ses narines.

-Je t'aime tellement, souffla-t-il, la bouche pressée contre sa tempe.

-Je t'aime aussi, répondit la jeune femme avant de caler sa tête au creux de son cou, de fermer les yeux et de sombrer dans le sommeil, le sourire aux lèvres.

OooooO

Il était splendide. Il dormait sur le ventre, un bras calé sous l'oreiller, le drap juste posé sur ses fesses. Assise au pied du lit en culotte et brassière, Rey avait une vue imprenable sur son dos large et musculeux et elle lutta intérieurement pour ne pas se glisser à nouveau tout contre lui et le tirer tout doucement de ses rêves.

Comment allait-elle faire pour ne pas se jeter sur lui à la moindre occasion désormais ?

La chaleur au fond de son ventre était revenue. Le corps de Ben, si parfait, à moitié couvert, là, tout près d'elle, était un véritable appel à la luxure.

Non Rey, allons, concentre-toi !

Elle venait juste d'installer correctement l'émetteur dans la matrice, à la jonction entre la poignée et la lame. Le bouton d'activation et les barrettes de connexion au circuit dimetris étaient en place, de même que la lentille. Ne manquait plus qu'à placer les cristaux dans la chambre d'énergie. Et c'est là que son pouvoir était censé intervenir et qu'elle échouait à chaque fois. Elle connaissait les instructions par cœur. Elle les avait lues et relues des centaines de fois dans un des livres de Luke. Il n'était pas possible de toucher les pierres pour les insérer au cœur du sabre. Pour achever la fabrication de l'arme et la faire sienne, elle devait « apprivoiser » les cristaux et les connecter en utilisant la Force.

Rey prit une profonde inspiration et ferma les yeux.

C'est ça, respire…

Elle entendit d'abord les battements du cœur de Ben allongé derrière elle, puis les différents bruits du vaisseau: le ronronnement du générateur, les bribes de discussion entre C-3PO et R2-D2 dans la soute principale qui débattaient sur l'origine de la secousse qui avait ébranlé le Faucon quelques heures plus tôt. Puis son esprit s'étendit plus loin et elle perçut aussitôt la vie environnante et la Force qui animait chaque créature de la planète. Le concert de toutes ces voix dans sa tête était perturbant mais elle devait se focaliser sur une seule chose : les cristaux. Isoler leur signature, fusionner son énergie avec la leur et leur demander gentiment de bien vouloir intégrer la chambre d'énergie.

Mais ce n'était pas si facile.

Sur la table, les cristaux brillaient à nouveau et Rey pouvait sentir leur chaleur se répandre dans son corps. Ils avaient une conscience propre. Ils voulaient savoir pourquoi elle avait besoin d'eux.

Le sabre d'Anakin Skywalker. Je dois le remettre en état.

Était-elle vraiment en train de parler à des pierres ?

Mais les cristaux la questionnaient encore. Ils étaient réticents. Ils avaient des doutes car elle aussi n'était pas sûre… Et soudain, une autre voix s'immisça dans la conversation. Une voix grave, chaude et apaisante qui murmura au creux de son oreille.

-Impose ta volonté. Montre-leur qui tu es vraiment.

C'était la voix de Ben. Il était réveillé. Les yeux toujours clos, Rey frissonna quand elle sentit une main caresser son épaule et glisser le long de son bras. Il se tenait assis juste derrière elle, le torse plaqué contre son dos et ses cuisses solides de part et d'autre des siennes. Son visage dépassait par-dessus son épaule et ses lèvres effleuraient son oreille. Son aura se mêlait à la sienne, rassurante et familière. La jeune femme fronça les sourcils, intensifiant son effort. Les cristaux se mirent à vibrer plus fort. Elle était sur le point d'y arriver.

Pour activer les cristaux et rendre le sabre pleinement opérationnel, un Jedi ou un Sith doit être en paix avec lui-même et avec le Côté Lumineux ou Obscur qui l'habite. Il ne doit pas y avoir de doute, pas de peur…

Or elle n'avait plus peur, elle était en paix avec la lumière qui inondait son cœur et avec la part de ténèbres tapie tout au fond d'elle-même. Avec ses origines, avec le futur qu'elle voulait construire…Elle revendiquait sa rage, son affection pour ses amis, sa nouvelle famille et son amour pour Ben. Elle n'obéirait pas aveuglément aux préceptes Jedi et elle ne consentirait jamais à suivre la doctrine Sith. Elle suivrait son propre chemin, établirait ses propres règles. La Force serait avec elle et elle la servirait du mieux qu'elle pourrait.

Quand elle ouvrit enfin les yeux, les cristaux étaient en place au centre de la chambre d'énergie et Ben posa affectueusement son menton sur son épaule.

-Tu as réussi, murmura-t-il en souriant.

OooooO