Le vent fouettait son visage, colorant légèrement ses pommettes. Il ferma les yeux par anticipation. N'était-il pas en train de faire la plus grosse erreur de sa vie ? A bien y réfléchir, il venait de sourire à une jolie femme (même si celle-ci souriait à tous), avait eu le plaisir insigne de boire un bon whisky (bon, ça n'était pas un Isley, mais un simple Bourbon), avait pu admirer la pleine lune (dans l'air pollué de Yokohama). Il allait peut-être bien revoir Oda (et jamais Chuya ! Ça, c'était une bonne chose. Peut-être), et d'autres qui avaient quitté la vie depuis bien longtemps déjà. Son chemin était jonché de morts. Ses morts.

Il ne reverrait plus ses collègues, Kunikida, Atsushi. Akutagawa... Peut-être faisait-il une erreur. Tss. Il claqua la langue d'agacement. Dommage que son pouvoir ne fût que défensif... Ne devrait-il pas faire confiance à sa chance inépuisable et à sa capacité à survivre ?

"DAAAAAAAAZAAAAAIIIIIII
- Hein ?"

Les sourcils du détective se haussèrent tout d'abord de surprise. Il tourna légèrement son regard rendu vitreux par le vent et l'alcool vers la gauche, puis claqua à nouveau la langue, agacé. Une fusée, rousse et furieuse, oublieuse de la gravité, fonçait sur lui. Chuya le reçut dans ses bras à quatre mètres du sol, et descendit perpendiculairement le long du mur d'un pas capricant, un tic nerveux - à moins que ce ne fût que de l'irritation ?- lui fermant à intervalles régulier l'œil gauche. Son aura, létale, pulsait, donnant une impression de dangerosité à sa présence. Dazai se débattit un court instant, irrité.

"Oh l'emmerdeur, fait attention à ne pas me toucher directement sinon on va dégringoler tous les deux ! "

Dazai jeta un bref coup d'œil vers le bas, appréciant la hauteur, puis haussa les yeux vers le ciel en soupirant, et laissa les commissures de ses lèvres s'incurver vers le bas. Ce n'est pas dans mes habitudes de recevoir des câlins d'un homme ! Puis regretta instantanément sa jérémiade lorsque son ami accéléra brusquement sa course vers le sol, lui lança un regard malicieux, juste avant de le lâcher séance tenante. Le jeune homme n'eut pas le temps de se redresser et atterrit brutalement sur le séant avant de se relever en une agile pirouette. Il se massa les reins en dévisageant l'autre homme, puis, une moue désabusée au visage, étira biceps et épaule gauche avant de passer tranquillement à la droite. Il soupira longuement.

"Chuya, Chuya, tout de même, tu pourrais faire plus attention à moi ! Tu as fait l'effort de me sauver, tu me dois bien ça tout de même !
- Bécile, si j'avais pu, je t'aurais aidé à tomber plus vite, et j'y aurais ajouté quelques rochers pour faire bonne mesure. Il n'y avait même pas deux mètres !

Dazai soupira et prit un air boudeur.

- Moi non plus je ne suis pas content de te voir. Chuya. J'avais oublié à quel point tu pouvais m'irriter !
- Ah, la ferme, l'emmerdeur !
- Tu sais ce qui me fait rire quand je te vois ? Tes bretelles !
- Ah ? Mais t'es con, tu sais bien que c'est une cravate, un bolo. Tsss, avec ta dégaine de sans abri, tu ne comprends rien à la mode !
- Ah Chuya, Chuya, c'est tellement facile avec toi : tu ne marches pas, tu cours."

Le jeune homme saisit Dazai par le col et le précipita brutalement contre le mur. Les yeux du détective s'écarquillèrent. Rapide. J'ai parfois tendance à l'oublier. Bien que sensiblement plus petit que lui, l'autre homme le toisa, méprisant.

- Décidément, tu te ramollis, ça ne te vaut rien d'être parti. Et je n'ai pas besoin de mes pouvoir pour te mettre une raclée !
- Ah, Akutagawa m'a déjà dit ça, une fois !
- La différence avec le petit, c'est que moi, je peux vraiment : je te connais suffisamment bien pour ça. Dazai.

Visage incliné, prunelles furieuses, Chuya le fusilla un instant du regard avant de le lâcher en soupirant. Il recula d'un pas, puis le fixa, mains encore ouvertes, en avant, comme surpris d'avoir abandonné, une moue contrariée aux lèvres, et avec dans le regard une méchante envie de continuer l'échauffourée. Mais il avait un message à délivrer.

"Nos chefs se sont mis d'accord pour nous faire bosser ensemble. Pour le bien de la ville. Encore une fois."

Dazai leva les yeux au ciel. Les deux jeunes gens se tournèrent alors le dos dans un bel ensemble, levèrent leurs visages puis soupirèrent. A l'unisson.

ils se seraient fait hacher menu plutôt que l'admettre, mais ils se connaissaient si bien l'un l'autre qu'ils n'avaient nullement besoin de parler pour se comprendre, et savoir qu'ils feraient du bon travail, ensemble. Encore une fois. Un léger sourire fleurit sur les lèvres de Dazai lorsqu'il se retourna et posa le bras sur les épaules de Chuya, qui les haussa pour se libérer.