La réunion avec Adrien lui avait prise toute son énergie. Marinette avait décidé de prendre son heure du midi seule dans son bureau, grignotant des sandwichs en barbouillant d'un air absent dans son cahier. Tikki l'observait d'un air anxieux.

« Marinette? Tu es certaine que ça va? »

Elle sembla paniquer un instant en sortant de sa rêverie. « Quoi? Moi? Bien sûr que oui voyons. Pourquoi est-ce que ça n'irait pas? »

« Je sais pas, peut-être parce que tu viens de passer 3 heures seule dans un bureau avec celui dont tu as rêvé cette nuit. »

« Tu dis n'importe quoi voyons. Tu l'as dit toi-même, ce n'était qu'un rêve… non? »

« Tu pensais à Adrien hein? Le rêve t'a bouleversé? »

« Pas du tout, tout va bien… je ne pense pas à lui. Tu te trompes. »

« Marinette, tu sais ce rêve… enfin, je n'ai pas été totalement honnête avec toi. »

« Quoi? Mais qu'est-ce que tu veux dire?»

« Et bien, tu sais combien de fois je t'ai parlé du fait qu'Adrien et toi étaient fait pour être ensembles et que vos âmes connectaient? »

« Oui. » Elle semblait perplexe, où sa kwami voulait-elle l'amener?

« Bien, ce rêve que tu as fait et que tu as dit qu'il semblait réel, Adrien a fait le même au même moment. »

« QUOI? »

« C'est Plagg qui m'a raconté, les heures concordent et… »

« Arrête, c'est une coïncidence, c'est tout. » Elle tentait de simplement reprendre le contrôle de la situation.

« En fait, tu n'es pas la première de mes protégées à qui ça arrive. Ce n'est pas un simple rêve Marinette, ça s'est réellement produit. »

« Tu vas pas me faire croire que je me suis rendue chez lui en dormant. »

« Pas ton corps, non, mais ton âme oui. Et comme ton âme est connecté à ton corps, les sensations vécues ont été bien réelles… »

Marinette ne regardait plus sa kwami, elle fixait le mur devant elle en une expression de stupeur. Au bout d'un moment, elle secouât ses grands cheveux longs pour se remettre les idées en place.

« Tu veux me faire marcher, c'est ça? »

« Je suis très sérieuse Marinette, tu ne devrais pas refouler les désirs dictés par ton âme. Il n'y a rien de bon qui peut en ressortir. Il y a… enfin…, j'ai assisté à des choses que je ne voudrais pas revivre. »

« Mais voyons Tikki, qu'est-ce que tu racontes? Il peut rien se passer, ce n'est qu'un rêve. »

« Ah oui et alors? Imagine que tu refais le même rêve avec Michel à tes côtés, que tu le refasses encore et encore, à crier le nom d'Adrien, à te réveiller visiblement excitée et satisfaite. Imagine que Michel soit le moindrement jaloux et possessif et qu'il décide que le meilleur moyen de mettre un terme à ça est de donner une leçon à Adrien. »

« Tikki, tu veux dire que… »

« Oui Marinette, ça s'est déjà produit. Je ne voudrais pas que ça se reproduise encore, tu vois. Je… je crois que tu devrais reconsidérer ta relation avec Michel. »

« Michel ne ferait pas de mal à une mouche. »

« Tu ne sais pas, tu ne le connais pas assez pour dire ça et tu ne l'as jamais vu en situation de conflit. »

« Et si ce n'était qu'une coïncidence? Tu m'as déjà dit que le grand maître s'est déjà trompé et qu'il y a eu des Ladybug et Chat Noir qui n'étaient pas des âmes jumelles. Tu crois vraiment qu'Adrien me considère comme la seule et unique? Tu l'as vu toi-même, il n'a rien répondu samedi, il savait que j'avais raison, que je n'avais pas l'exclusivité. »

« Adrien est un garçon et vous n'êtes pas ensemble. »

« Et alors? Il ne devrait pas se mourir d'ennui loin de son âme jumelle? Il n'aurait pas dû m'écrire tous les jours pour me demander de lui pardonner? Il n'aurait pas dû attendre que je sois prête et… »

« Mais on est pas dans un conte de fées Marinette. On est dans la vraie vie et Adrien n'est pas le seul à avoir des choses à se reprocher. Et c'est toi qui as ignoré ses appels. »

« Il a vite abandonné ! »

« Lui aussi, il a sa fierté. »

« Bien tant pis pour sa fierté, je suis prise maintenant. Il a eu un an pour redresser la situation. Il a préféré se taper toutes ces filles plutôt que de me récupérer. J'ai compris quelles étaient ses priorités. »

« Pourquoi tu es ici Marinette? »

« Quoi ici? »

« À New-York, pourquoi tu es venue? »

« Pour ma carrière, bien sûr. »

« Tu pouvais pas trouver plus près de chez toi? »

« C'était une offre que je pouvais pas refuser. »

« C'était une offre que tu ne voulais pas refuser. »

Là-dessus, la kwami tourna le dos à Marinette et alla se calmer dans un coin en grignotant un biscuit; elle en avait assez dit pour que la jeune fille ait matière à réflexion.

Frustrée de ne pas avoir le dernier mot, la demoiselle lança à la coccinelle : « Dans le fond, tout ce que tu veux, c'est revoir Plagg tous les jours. »

Tikki lui jeta un regard mais ne répondit rien. C'était la première fois qu'elle se disputait réellement avec Marinette mais l'enjeu était grand; elle ne voulait pas revivre le drame auquel elle avait assisté il y avait près de deux siècles. La jeune fille était tellement bornée, comment ne pouvait-elle pas se rendre compte des forces qui les liaient, elle et Adrien? Elle savait que d'amener le sujet allait en résulter des frictions, elle espérait que ce ne soit pas en vain. Plagg devait, en ce moment même, parler à Adrien. Il fallait souhaiter que le garçon trouve le moyen de convaincre sa moitié qu'ils étaient définitivement faits l'un pour l'autre.

Mais pour l'instant, le garçon en question était tout sauf convaincant. Il regardait Plagg, les yeux grands comme des soucoupes et aucun son ne semblaient pouvoir sortir de sa bouche.

"Allons gamin, reprends-toi. C'est pas comme si tu n'avais jamais couché avec elle."

"Mais... c'est différent Plagg, on est pas ensemble, elle… elle a quelqu'un. Je... enfin, comment est-ce que son âme peut aller contre sa volonté?"

"Je ne crois pas que son âme aille contre sa volonté, je crois plutôt qu'elle outrepasse les limites qu'elle s'est imposée. L'âme ne connaît pas l'orgueil et l'amour propre, l'âme est au-dessus de tout cela."

"Ouais bin, pour l'instant, il semble que ce soit l'amour-propre qui gagne quand même. Je ne comprends pas pourquoi elle s'obstine à me repousser comme ça."

"C'est une fille."

"Et alors, je croyais qu'une fille croyait en l'amour et le prince charmant."

"Justement, il faudrait agir comme un prince charmant."

"Je saisis pas. Je lui fais des cadeaux, je la complimente, je prends soin d'elle, qu'est-ce que je dois faire de plus?"

"Écoute gamin, vos histoires d'amour, moi j'y comprends rien mais Tikki semble dire que Marinette a quelque chose sur le cœur, quelque chose en lien avec les filles que tu as ramené dans ton lit."

"Mais... on était même plus ensemble! Et il y'a eu personne depuis qu'elle est ici."

"Inutile de le dire à moi, c'est pas moi qu'il faut convaincre et de toute façon, je m'en fous."

"Évidemment que tu t'en fous, toi si ça se sent pas à des milles à la ronde..."

"Justement, j'ai faim."

Adrien sortit un morceau de fromage de son sac et lui lança. "Alors tu dis qu'elle aussi a fait ce rêve cette nuit?"

Le kwami hocha la tête en dégustant son repas.

Le directeur fit un large sourire. "C'est intéressant ça."

"Je connais ce regard gamin, ne te mets pas plus dans l'eau chaude que tu ne l'es déjà."

"De quoi tu parles?"

"Tu ne me la feras pas à moi. Quand tu souris comme ça, tu n'as qu'une idée derrière la tête et ce n'est pas en la taquinant et la harcelant que tu vas la ravoir."

Le garçon déchanta un peu. "Mais c'est comme ça que je l'ai eu la première fois."

"Crois bien ce que tu veux."

Avec toutes ces nouvelles informations, il semblait au modèle que son bureau était devenu d'un coup trop étroit. Il avait besoin de bouger pour ne pas sombrer dans des pensées parfois un peu trop impures. Un peu d'action lui ferait du bien, mais ce n'était pas le moment d'invoquer son alter-égo. Il se rappela qu'il devait faire des essayages en après-midi. Il prit le chemin de la loge, jetant au passage un œil triste à la porte fermée de Marinette.

La styliste en chef tentait de remettre ses idées en place pour oublier le rêve qui lui semblait inapproprié et l'embrouille avec sa kwami. Elle fit le tour de son agenda pour se rappeler ce qu'elle avait à l'horaire aujourd'hui. La première chose qui lui sauta au visage était la séance d'essayage de l'après-midi.

"Oh seigneur, j'ai oublié d'aller porter les vêtements d'Adrien et Vanessa."

Elle prit rapidement les vêtements dans la penderie à cet effet et se dirigea au pas de course vers les loges. Il n'était pas encore 1:00; elle serait juste mais elle serait à temps. Sans même prendre le temps de cogner, elle déverrouilla la porte de la loge des filles qui était vide pour y déposer les robes puis, elle fit de même avec celle des garçons pour tomber nez à nez avec un jeune blond qui ne portait présentement qu'un simple boxer.

Parce qu'il agissait toujours de façon impulsive, Adrien avait retiré ses vêtements avant même de mettre la main sur ceux qu'il devait essayer. Seul dans la loge, il faisait patiemment le tour des habits qui y étaient accrochés en quête de ceux qui portaient son nom. Rien. Il allait perdre patience quand la porte s'ouvrit subitement. Lorsqu'il se tourna, il vit une Marinette passablement essoufflée qui faisait de grands yeux. Elle ne s'attendait visiblement pas à le trouver là… et pas dans cet état.

Il eut d'abord le réflexe de lui faire un sourire charmeur pour faire baisser la tension mais les avertissements de Plagg résonnaient à ses oreilles. Que faire alors pour tuer le malaise? Bien sûr, faire comme si de rien était devenait la solution ultime.

"Hey Mari! Tu as mes vêtements?"

Mais si tôt après le fameux rêve, des images d'Adrien qui l'embrassait sur tout le corps, la serrait dans ses bras puissants, lui donnait des sensations que lui seul savait déclencher, fusèrent par à-coup dans les pensée de la demoiselle et ses joues s'enflammèrent. Adrien était sans l'ombre d'un doute l'image de la perfection et les souvenirs qu'elle avait de ce corps de rêve ne lui rendaient même pas justice.

"Mari?"

"Euh oui, tu n'as pas de vêtements... euh non, je veux dire, j'ai tes vêtements."

Malheureusement pour elle, le jeune homme devant elle ne connaissait que trop bien les raisons qui pouvaient l'amener à bégayer, et c'est quand elle remarqua le sourire qu'il lui adressait qu'elle comprit qu'elle s'était mise dans le pétrin. Il se rapprocha d'elle avec son air insolent qui rappelait qu'il était bien Chat Noir.

"Tu aimes ce que tu vois on dirait." Il se pencha à son oreille. "Ça te rappelle pas un certain rêve?"

Les frissons qu'il avait déclenchés chez la jeune fille lui confirmaient son trouble mais il avait oublié les mises en garde de Plagg et il avait sous-estimé l'ampleur de l'obstination de Marinette. Avec ce qui fût un énorme effort de volonté, elle le repoussa, mais leurs yeux restèrent connectés. Ils se lorgnèrent ainsi, essayant de lire le regard de l'autre, pendant de longues secondes jusqu'à ce qu'un déclic les sorte de leur transe, le déclic de la porte qui s'ouvrait à nouveau.

"Marinette?"

Le cœur de la demoiselle rata un battement lorsqu'elle reconnu la voix de son copain. Elle se tourna lentement vers le nouvel arrivé pendant qu'Adrien lui prenait les vêtements des mains.

"Michel! Tu es venu pour les essayages?"

Le nouveau venu promena rapidement son regard entre Marinette et Adrien pour analyser la situation. Bien que son patron – ancien amant de sa copine – soit présentement en sous-vêtement, la distance entre les deux était respectable et s'il devait rester tout à fait objectif, il était normal que sa copine, de par ses fonctions, ait à transiger avec de beaux adonis en sous-vêtements. Il travaillait énergiquement le contrôle de lui-même en se raisonnant de la sorte, se convaincant qu'il ne venait pas de surprendre un moment privilégié entre sa copine et son ancienne flamme.

"Euh oui. Mais je suis content de te voir, je voulais justement te parler."

Il n'avait rien contre Adrien, c'était un patron particulièrement sympathique et affable avec ses employés; combien de fils à papa pouvaient en dire autant? Le problème était qu'il convoitait la même merveilleuse demoiselle que lui et qu'elle n'était pas indifférente à son charme. Soyons franc, lui-même aurait de la difficulté à ne pas succomber aux attributs de son patron. Mais, dans la situation qui nous occupait présentement, cela posait un problème. Il devait l'éloigner un peu de lui; il avait un plan.

Marinette avait tout de même l'air d'une fille qui ne souhaitait que sortir de là. "D'accord, on va laisser Adrien, euh Mr. Agreste faire ses essais et discuter ailleurs?"

Elle l'entraîna à l'extérieur et s'assura de bien fermer la porte.

"De quoi voulais-tu me parler?"

Michel la regarda amoureusement, c'était la plus belle fille qu'il n'avait jamais rencontré.

"Et bien, je me disais que si tu étais disponible la première semaine du mois d'août, j'aimerais bien t'amener ailleurs et passer un moment seul avec toi."

"Qu'est-ce que tu as en tête?"

"Tu as déjà visité le Québec?"

Elle l'observa avec des étoiles dans les yeux. "Non."

"Et bien, prend cette semaine de congé, je t'amène dans la bonne vieille colonie."

"Tu es sérieux?"

"Certainement que je suis sérieux."

"Oh Michel, ça va être merveilleux. Qu'est-ce qu'on va faire?"

"Sois patiente, je te réserve une tonne de surprises."