Les dernières journées passées au Québec avaient une saveur aigre-douce. Le rêve ne s'était pas reproduit, Marinette avait analysé les évènements qui avaient précédés chacun d'eux et avait réussis à mettre le doigt sur un type de situation qui la menait à trahir ainsi son copain… de façon bien involontaire bien sûr. La nuit avant leur départ, elle avait laissé Michel sortir avec ses copains alors qu'elle se reposait seule dans sa chambre d'hôtel. Elle en profita pour avoir une discussion avec Tikki.
« Tikki, pourquoi est-ce que c'est toujours mon âme qui va à la rencontre de celle d'Adrien? C'est pas lui qui est désespérément amoureux de moi? »
« Oui mais lui ne le nie pas. Il ne force pas son âme à aller contre sa volonté. »
« Pfff »
« Marinette, tu dois arrêter de sous-estimer le lien qui unit les âmes jumelles. Tu cours à la catastrophe. »
« Non, justement. J'ai compris maintenant, ces rêves ne reviendront plus. »
« Qu'est-ce que tu veux dire? »
« Et bien, j'ai repensé à tout cela et les rêves se sont toujours produits quand je vivais une sorte de frustration envers Adrien. »
« Même le dernier… »
« Le dernier? »
« Il y a trois jours. »
« Oh… euh, tu m'as entendu. »
« Difficile de t'ignorer. »
« Michel n'a pas entendu. »
Tikki avait des doutes mais elle ne dit rien.
« Mais oui, j'étais en colère parce que le souvenir du rêve précédent m'empêchait de parfaitement profiter de mes moments avec Michel. »
« Ou c'est bien ce que tu veux croire. »
« Je ne crois pas, j'en suis certaine. »
« Bon d'accord et c'est quoi le plan. »
« Je dois éviter de me disputer avec Adrien au sujet de notre relation. »
« Je vois… ta solution est d'ignorer le problème. »
« J'ignore rien du tout. »
Tikki n'avait aucune envie de repartir en querelle avec sa protégée. Ici, loin de Plagg, loin d'Adrien, loin de M. Fu, il n'y avait rien qu'elle pouvait faire pour convaincre Marinette. Valait mieux attendre le retour à New-York. Elle réussit à faire un sourire convaincant à la jeune demoiselle.
« Tu es la personne la mieux placée pour savoir ce qui est bon pour toi après tout. On devrait se coucher, voyager n'est jamais reposant. »
Elle regagna son coin, la discussion était terminée pour cette fois.
Le lendemain, avec une bonne nuit de sommeil en banque, Marinette avait retrouvé un air plus serein. Elle n'avait pas entendu Michel entrer pendant la nuit mais, vu l'odeur d'alcool qu'il dégageait alors qu'il ronflait bruyamment, elle se prépara à le retrouver plutôt amoché à son réveil.
Cette pensée la fit sourire. Elle se leva doucement pour éviter de le réveiller et entreprit de préparer leur départ. Lorsqu'il se réveilla et vit sa copine lui apporter un verre d'eau et des cachets, il mit de côté les rancœurs que le fameux rêve lui avait apportées. Cette fille ferait une compagne de vie extraordinaire.
Pendant le voyage du retour, la conversation tourna rapidement autour du travail qui les attendait et, d'une manière ou d'une autre, dévia vers la relation qu'entretenaient Vanessa et Adrien. Michel admirait visiblement le charisme dégagé par le duo.
« Ils font fureurs partout où il passe. C'est clair que le fait qu'il soit si proches… » Il s'en voulu instantanément en remarquant l'expression de sa copine.
D'anxiété, Marinette se mordit la lèvre. « Ouais, ils ont l'air à s'entendre super bien, non? »
Le jeune homme marchait sur des œufs en lui répondant. « Euh… oui mais ils bossent beaucoup ensemble aussi et… »
« Michel, Adrien et moi c'est fini, tu peux me dire la vérité tu sais. »
« La vérité. Qu'est-ce que tu veux dire? »
« Ils sont plus que des collègues non? »
« Euh… ils en ont l'air oui. »
« Qu'est-ce que tu sais? Je comprends que ça peut avoir l'air bizarre de poser la question, mais j'ai besoin de savoir. Je… enfin, ça conclurait un peu le cheminement que j'ai fait depuis notre rupture. Tu comprends? » Elle sentait qu'elle devait s'expliquer. « Je suis passé à une autre étape et je suis vraiment bien avec toi… c'est juste pour… comment dire… boucler la boucle. »
Il lui fit un sourire rassurant, bien sûr qu'il l'aiderait à se défaire de ses démons. Peut-être qu'en lui racontant tout ce qui se disait sur le couple de modèle vedette, il ne revivrait pas plus de nuit comme celle de l'autre soir. Michel, comme plusieurs de ses collègues, ignorait l'orientation sexuelle de Vanessa; des rumeurs sur elle et le directeur, il y en avait à la tonne.
« Bien, j'en sais pas beaucoup, ce que tout le monde sait en fait. Ils font souvent des sorties ensemble et on dit qu'elle a quelque fois passé des nuits chez lui. Mais, ils ont toujours nié les rumeurs de relation entre eux. Et puis, tu as du remarqué que quand ils sont ensemble, ils sont plutôt proches, ils se touchent beaucoup, se font la bise ou l'accolade. »
Il pensait que cela règlerait les choses, mais il vit, pendant une fraction de seconde, l'éclair de douleur qui passa dans ses yeux. La partie était loin d'être gagnée selon lui, Marinette ne semblait pas du tout avoir passé à une autre étape.
De son côté, la styliste tenta de cacher à son copain la douleur qu'avaient déclenché les révélations qu'elle venait d'entendre. Elle n'avait baissé sa garde qu'un bref moment et elle espérait que Michel n'avait pas su lire le désespoir dans ses yeux.
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Nathalie était une fois de plus en chemin vers l'aéroport. Elle aurait du être heureuse de voir revenir son amie, mais les derniers jours avaient été particulièrement pénibles. Elle qui pensait que le voyage de Marinette le mettrait en colère, Gabriel Agreste avait trouvé bien pire à reprocher à sa secrétaire.
Flashback
"Nathalie, je ne comprends pas comment tu as pu me cacher une information aussi essentielle."
"Désolé M. Agreste, dès le retour de Marinette, j'essaierai de la raisonner..."
"Je ne vois pas de quoi vous voulez parler mais c'est secondaire par rapport à ce qui me préoccupe pour l'instant."
"Je ne comprends pas monsieur."
"Vous ne comprenez pas? Comment pouvez-vous ne pas comprendre alors que vous savez pertinemment que c'est le plus grand objectif que je me suis fixé."
Elle murmura doucement. "Les Miraculous."
"Oui les Miraculous. Comment se fait-il que j'apprenne par la presse Parisienne que Ladybug a été vue au côté de Chat Noir à New-York il y a plus d'une semaine?"
"Je suis désolée monsieur, je n'ai pas voulu..."
"Suffit. Je compte sur vous pour m'informer de tout ce qui les concerne. Me présenter à New-York serait trop compromettant, vous devez faire enquête à ma place. Vous savez ce qu'il peut vous en coûter de me désobéir, n'est-ce pas Nathalie?"
"Oui monsieur, compris monsieur."
"Bien. Maintenant dites-moi, vous parliez du retour de Marinette..."
Fin du flashback
Les aveux à son patron avaient été difficiles et sa colère, bien que moindre que celle qu'elle venait d'essuyer, l'avait ébranlé. Comment allait-elle pousser Marinette à la rupture? C'était le genre de tâche qu'elle détestait avoir à faire. Pourtant, elle-même souhaitait voir Adrien et Marinette de nouveau réunis, heureux, comme ils auraient toujours du être. Mais la styliste était son amie, elle sentait que de dresser un tel plan devenait une forme de trahison.
L'aéroport était bondé et elle avait toutes les misères du monde à retrouver les deux jeunes gens à travers cette foule de touristes. Elle réussit tout de même à les repérer et les guider jusqu'à la voiture. Le trajet aurait pu paraître court à la secrétaire vu le nombre d'anecdotes que le couple avait à raconter, mais vu la nature de sa mission et parce que les tourtereaux avaient l'air plus heureux que jamais, le moment où elle pourrait discuter avec Marinette seule à seule était l'unique préoccupation de la femme.
Malheureusement, ce moment devrait attendre parce que les deux jeunes gens avaient l'intention de passer une dernière nuit ensemble avant de clore définitivement leurs vacances. C'est donc une Nathalie désappointée qui les laissa à la porte de l'immeuble de Marinette.
Alors qu'elle vint pour entrer chez elle, son portable sonna. Consultant l'écran, elle retint un frisson avant de répondre.
"Oui monsieur Agreste."
"Alors vous avec discuter avec Mlle Dupain-Cheng."
"Euh... non monsieur Agreste, il m'a été impossible de la prendre à part. Son copain est resté avec elle."
"QUOI! Écoutez-moi Nathalie, je me fiche que vous froissiez les sentiments de ce jeune homme, s'il doit être présent lors de votre entretien avec Mlle Dupain-Cheng, qu'il en soit ainsi."
"Je ne crois pas que ce soit une manière diplomate de procéder M. Agreste."
"Écoutez-moi, peu importe comment vous vous y prendrez, je veux que cette relation se termine dans les meilleurs délais. Je me fais bien comprendre?"
"Oui monsieur Agreste."
"Bien."
Il raccrocha sans un au revoir et la secrétaire déverrouilla la porte de son appartement sans entrain. Ce qu'elle vit en entrant la laissa bouche-bée.
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Lundi était arrivé et Adrien ne tenait plus en place. Il reverrait Marinette le jour même et il avait tellement de chose à lui raconter. En attendant, il était en pleine réunion avec Vanessa, tous deux choisissant les photos qui serviraient à la promo de septembre.
La demoiselle voyait bien que son compagnon n'était pas tout à fait avec elle.
"C'est elle, c'est ça?"
Il la regarda un peu perdu. "Quoi?"
"Tu penses à Marinette. Elle revient quand?"
"Aujourd'hui."
"Vous avez cédulé quelque chose?"
"Oh oui... quelque chose de bien barbant et de bien professionnel." Le désespoir s'emparait doucement de lui et dans ces moments-là, Vanessa le savait bien, Adrien devenait, sarcastique, teintant ses paroles d'une pointe de tristesse.
"Adrien... tu vaux cent fois mieux que lui."
"Michel est un quelqu'un de bien."
"Oui... peut-être, mais il n'est pas toi."
"Quel argument! Tu crois que Marinette va tomber pour ça?"
"Et qu'est-ce qui ferait craquer Marinette."
"Je ne sais plus Van, elle... elle est tellement bornée... mais..."
Il mit le visage dans ses mains. Elle roula sa chaise jusqu'à la sienne pour se placer à ses côtés. Là, elle saisit doucement la tête pour la poser sur son épaule et lui joua dans les cheveux.
"Mais elle en vaut la peine."
Il ferma les yeux sous la caresse, se donnant le droit de s'abandonner à la fille qui jouait désormais le rôle de grande sœur aux yeux du directeur. "Tu n'as pas idée."
Elle fit un baiser sur sa tête. Elle détestait voir Adrien ainsi. Pour elle, il était comme le frère qu'elle n'avait jamais eu. Depuis qu'il était entré dans sa vie, elle sentait qu'elle avait enfin quelqu'un à qui elle pouvait parler. Il était toujours délicat pour elle de se lier d'amitié avec une fille et les garçons, dès qu'ils savaient qu'ils n'obtiendraient pas ce qu'ils veulent d'elle, se désintéressaient rapidement. Avec Adrien, c'était différent; il l'écoutait et lui faisait toujours sentir qu'elle était importante à ses yeux. Il avait peut-être agi un peu trop spontanément lors des évènements qui les avaient amenés à rompre lui et Marinette, mais elle ne saisissait pas ce qui empêchait la styliste de reprendre sa place à ses côtés.
"Tu vas la récupérer Adrien."
Elle lui donna un autre baiser dans les cheveux et passa l'autre bras autour de ses épaules. Elle le sentait nerveux, triste, vulnérable. Il ne méritait pas d'être dans cet état. Elle aurait voulu être assez proche de Marinette pour lui faire entendre raison mais la styliste était toujours très distante avec elle. Aujourd'hui, elle tenterait un rapprochement dès qu'elle la verrait.
Ce moment arriva bien plus tôt qu'elle ne l'aurait cru alors qu'elle jeta un regard vers la fenêtre qui donnait sur le couloir. Marinette en personne les observait, les yeux grands. Vanessa ne sut pas comment réagir devant ce retournement inattendu. Pour ne pas alarmer Adrien, qui n'était définitivement pas prêt à lui faire face, elle décida d'agir toute en douceur et de ne pas s'en détacher. Elle fit un sourire rassurant à la jeune fille, un sourire dans lequel elle tentait de lui dire qu'elle était contente de la voir.
Marinette ne le voyait pas de cette œil. Il y avait une ou deux minutes qu'elles les observaient ainsi. Elle n'aurait pas dû, mais au moment où elle était passée, elle avait de suite remarqué l'interaction entre les deux modèles et elle n'avait pas pu détourner les yeux. La scène la figeait sur place alors que Vanessa prenait Adrien dans ses bras, le caressait, l'embrassait même. SON Adrien. Elle s'en fichait alors d'être jalouse ou d'avoir un copain, elle était occupée à détester la mannequin de tout son cœur. Et quand celle-ci l'aperçut et lui fit un sourire pour la narguer, elle lui déclara mentalement la guerre.
