Nathalie se promenait de long en large dans sa chambre en essayant tant bien que mal de ne pas se ronger les ongles. David, avec qui elle sortait depuis un bon mois, la regardait faire impuissant. Il ne pouvait rien faire pour la soulager de ce stress intense, rien sauf être à ses côtés et attendre que la tempête se calme. C'avait été une des craintes de la secrétaire : comment un homme parviendrait-il à gérer l'angoisse qu'elle vivait face à son travail? Mais David était parfait : jamais il ne lui avait fait sentir que cela le dérangeait, bien au contraire, il trouvait important qu'elle ait quelqu'un sur qui s'appuyer dans les mauvaises journées. Il avait rapidement découvert la femme extraordinaire qu'elle était et il trouvait injuste qu'un simple travail réussisse à la mettre dans tous ses états.

« C'est cette histoire d'Adrien et Marinette qui t'inquiète. »

« Non… enfin… oui, peut-être… un peu. »

« Ça ne te concerne même pas Nath. Laisse-les s'arranger. »

« C'est mon travail de régler ce genre de situation, c'est juste que… »

« Juste que quoi? »

« M. Agreste ne sera pas d'accord. Il ne veut pas que Marinette poursuive cette relation. Mais je ne peux pas lui faire ça. Même si je sais bien qu'Adrien est le meilleur garçon pour elle… je… je ne peux pas la forcer à le voir. »

Il éclata de rire. « Et en quoi est-ce qu'Adrien ferait un meilleur parti dis-moi? »

« Ne te moque pas de moi, tu ne les as jamais vu ensemble. Tu comprendrais… c'est juste comme ça que les choses doivent être. »

« Et pourquoi la demoiselle a-t-elle des objections? »

« Des bagatelles. Adrien a couché avec quelques filles dans l'année suivant leur rupture et elle ne peut s'enlever de la tête qu'il aurait plutôt du tout faire pour la reconquérir. »

David ria de plus belle. « Un scénario parfait pour un soap de fin d'après-midi. »

« Il n'y a rien de drôle. Ça me complique la vie… je… »

Il se leva pour aller la serrer dans ses bras. « Nath, ma belle. Si ce job ne te convient plus, démissionne, c'est tout. Je n'ai pas de doute que tu trouveras très facilement ailleurs. Il ne peut rien faire contre cela, c'est dans tes droits. »

À la seule pensée de la réaction de Gabriel Agreste, la femme sursauta et ses yeux s'agrandirent d'horreur. Ce n'était pas la première fois qu'il assistait à ce genre de réaction et David commençait à s'inquiéter de la relation qu'entretenait sa copine avec son employeur. « Qu'est-ce que tu me caches Nathalie, qu'est-ce qui te fais si peur. »

Elle reprit son calme rapidement, elle ne devait pas se laisser aller à de tels moments de faiblesses. S'il fallait qu'elle trahisse le secret de son patron, la vengeance serait terrible. Il fallait qu'elle reste forte, sa vie en dépendait. Elle prit une bonne respiration et cet air indifférent qui exaspérait le jeune homme. « Rien… tout va bien. C'est mon employeur, c'est normal que je veuille être à la hauteur, c'est tout. »

Elle se défit de l'étreinte et quitta se préparer. David fit un soupir, quand elle levait cette barrière, il n'y avait plus rien à tirer d'elle. Il y avait bien quelqu'un qui pourrait l'aider à mettre le doigt sur ce qui cloche. Une espèce d'enquêteur, de journaliste, quelqu'un qui a un don pour soutirer l'information à n'importe qui. Il allait trouver, il n'avait pas le choix. Il s'était déjà beaucoup trop attaché à cette femme et il ne voulait que son bonheur.

La veille, Michel était resté à coucher chez Marinette et cette dernière était maintenant pleinement réveillée, à regarder le plafond et à se demander dans quoi elle s'était encore embarquée. Avec une bonne nuit de sommeil, ses idées étaient plus claires et elle s'en voulait. Elle avait, une fois de plus, tomber sous le charme d'Adrien et sa raison la torturait. Alors que l'homme à ses côtés semblait toujours profondément endormi, elle empoigna son sac et quitta vers le salon.

« Tikki? »

La petite kwami toujours bien endormie dans le fonds du sac, ouvrait péniblement les yeux.

« Marinette, il est bien trop tôt. »

« Je sais mais je n'arrive plus à dormir. Je dois parler à quelqu'un. »

« Pourquoi pas Michel? »

« Je peux pas parler de cela avec lui. »

« Il pourrait arriver d'une minute à l'autre. »

« J'ai bien fermé la porte, impossible qu'il sorte de la chambre sans que je ne l'entende. »

La petite kwami sorti de son refuge à contrecœur pour aller s'installer dans les mains de sa protégée.

« C'est Adrien, c'est ça? »

« Je me suis encore laissé avoir Tikki. Pourquoi est-ce que je ne suis pas capable de me débarrasser de lui? »

« L'amour n'est pas une tromperie Marinette. Quand est-ce que tu vas enfin t'avouer que tu l'aimes et que c'est tout. »

« J'aime Michel. »

« Peut-être mais Adrien et toi, c'est… Oh Marinette, ne me fais pas te réexpliquer tout cela encore une fois. Tu sais très bien ce que je veux dire. Vous êtes faits l'un pour l'autre. »

« Mais il est quand même allé voir ailleurs. »

« Toi aussi Marinette. »

La styliste la regarda avec un mélange de colère et d'incompréhension.

« Tu es avec Michel depuis quelques mois déjà et pourtant, impossible de supprimer Adrien de ta vie. Et si c'était la même chose pour Adrien. Si il avait essayé de trouver à nouveau une personne qui allait combler le vide que votre rupture a causé et n'a jamais réussi. Tu n'es pas dans sa tête Marinette, tu ne sais pas ce qu'il ressent. N'oublie pas l'histoire de Vanessa.»

La jeune fille se renfrogna. Elle détestait quand Tikki avait raison.

« Tu devrais redonner une chance à Adrien, te redonner une chance d'être heureuse. »

« Mais je suis avec Michel. »

« Vous ne serez pas le premier couple à rompre. »

« Oui mais hier encore, je le suppliais pratiquement de rester avec moi et il a accepté malgré le fait qu'Adrien fasse toujours partie de ma vie. Je peux pas agir ainsi une journée et le laisser tomber le lendemain. Il m'a prouvé sa loyauté. »

« Il va s'en remettre Marinette. »

« Et on doit rencontrer Nathalie aujourd'hui au sujet de ce qui sera dit aux journalistes. Je ne peux pas arriver comme cela et lui dire : c'est bon, dis aux journalistes qu'ils ont raison. » Elle se leva et se mit à marcher de long en large. « Et je n'ai même pas tout réglé avec Adrien de toute façon… et … et si je reporte la réunion avec Nathalie, Michel va se douter que j'hésite. En même temps, si j'annonce aux journalistes que mon couple avec Michel est bien solide, je ne peux pas le laisser tomber comme cela, deux jours plus tard…»

« Marinette, tu m'étourdis à marcher comme cela, assis-toi. »

Elle s'arrêta tout net et se tourna vers la kwami. « Tikki, je n'ai pas le choix, je dois poursuivre ma relation avec Michel, c'est une question d'honneur. Et, je l'aime bien Michel, je ne veux pas lui faire mal. De toute façon, Adrien a eu sa chance et il l'a gâché. »

La porte de la chambre s'ouvrit et Tikki se réfugia dans le sac de Marinette.

« À qui tu parles comme ça? »

« Errrgg.. je pensais tout haut. »

« Tu es tôt. »

« Je n'arrivais plus à dormir. »

Il la regarda un instant, il la trouvait si belle. Un sourire naquit sur ses lèvres. « Tu viens un peu te coller dans le lit. »

Elle répondit à son sourire. « Bien sûr. »

La situation ne plaisait à personne. Suite à une conférence de presse où Marinette et Adrien avaient tous deux affirmé qu'ils ne formaient pas un couple, la tension était plus que palpable dans les bureaux d'Agreste America.

David était plus que jamais inquiet pour sa douce. Gabriel Agreste n'avait pas manqué de faire part de son mécontentement à Nathalie aussitôt qu'il avait appris que la styliste poursuivait sa relation avec Michel. Le jeune homme n'avait aucune idée de ce qui pouvait bien pousser sa copine à demeurer à l'emploi de ce tyran, mais il avait entendu Marinette parler de son amie journaliste qui débarquerait d'une journée à l'autre à New-York, il avait bien l'intention de la mettre sur le cas.

Adrien qui avait vécu sur son petit nuage pendant toute une journée avait vite déchanté quand sa styliste en chef lui avait mentionné la conférence de presse. Depuis, il était maussade avec tous les employés. Il savait très bien que les sentiments de Marinette envers lui avaient de nouveau été éveillés. Il avait espéré, à tort, que cela la ramènerait à lui. Mais elle avait choisi de demeurer avec Michel.

Ce dernier sentait que quelque chose tracassait sa copine depuis le fameux article. C'est elle qui l'avait pratiquement supplié de donner une chance à leur couple. Pourtant, il sentait qu'elle n'y mettait plus autant d'ardeur qu'auparavant. Il n'avait aucune idée de ce qui pouvait la déboussoler à ce point mais il était certain qu'Adrien Agreste avait quelque chose à y voir.

De son côté, Marinette se sentait coupable. Elle voyait bien que personne ne semblait satisfait du dénouement de la situation. Elle avait fait le choix de rester avec Michel parce que c'est ce qui lui semblait le plus logique… mais son cœur et sa tête ne s'adressait plus la parole depuis. Tikki lui avait largement fait part de sa désapprobation et même Plagg était venu lui faire passer un mauvais quart d'heure une après-midi où elle était seule dans son bureau. Il n'y avait qu'avec Vanessa que les choses s'arrangeaient. Marinette avait daigné s'excuser de son comportement envers le mannequin et en quelques jours, elle s'était rendu compte que la grande brune était une personne extraordinaire. Pourtant, tout aussi merveilleuse que Vanessa pouvait être, elle restait loyale à Adrien et ne s'était pas gênée pour passer un message peu subtile à la styliste en chef.

C'est dans cette atmosphère peu conviviale que Nino et Alya déboulèrent entre les murs de la compagnie. Ils étaient arrivés un jour plus tôt que ce qu'ils avaient annoncé, question de prendre tout le monde par surprise. Mais ce fût au grand bonheur de Marinette qui s'était levé du pied gauche et n'avait rien vécu de bon dans cette journée jusqu'à ce qu'Alya passe la porte de son bureau. Le nez fourré dans une pile de design à réviser pour leur version finale, Marinette n'avait même pas daigné lever les yeux, croyant que c'était Nathalie qui venait régler je ne sais quel dossier.

Alya s'éclaircit la gorge. « Hum hum… pardonnez-moi mademoiselle la styliste en chef… »

« ALYA! »

Marinette se leva d'un trait et sauta au cou de sa meilleure amie, les entraînant toutes les deux dans une chute spectaculaire. Les deux amies prirent cette mauvaise fortune en riant et se firent la bise, les larmes aux yeux.

« Tu devais arriver demain. »

« C'est ce que je t'ai fait croire. Tu n'es pas contente? »

« Contente, tu es la plus belle chose que la vie m'apporte ces temps-ci. »

« Disons plutôt, la plus belle chose que tu veux bien accepter. »

Marinette lui fit un regard d'avertissement. Alya éclatât de rire.

« Mais on peut toujours en parler plus tard. Pour l'instant, je viens te sortir de tes gros dossiers hostiles pour le lunch. Nino est allé chercher Adrien. »

« Oh Alya, mais je n'ai pas le temps, je… »

« Tut tut tut… pas d'excuse, tu viens avec moi. »

Elle la tira par le bras, laissant peu de chance à Marinette de protester alors qu'elle regardait d'un air anxieux la pile sur son bureau. Elle devrait faire du temps supplémentaire ce soir-là pour que la confection commence le lendemain tel que prévu. Mais en attendant, elle devait s'avouer que de passer du temps avec Alya et Nino lui ferait le plus grand bien. Et elle ne savait pas encore à quel point.

C'était la première fois depuis plus d'un an que les quatre meilleurs amis se retrouvaient à la même table et c'était comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Ils discutaient et plaisantaient comme au bon vieux temps. Toujours aussi entremetteuse, Alya s'était arrangée pour que Marinette et Adrien soient assis l'un à côté de l'autre et contre toute attente, sa stratégie portait fruit. La styliste paraissait plus détendue que jamais au côté du grand blond. Parfois prise dans l'intensité de la conversation, elle lui prenait la main ou lui effleurait la cuisse. Elle ne pouvait s'empêcher ces réflexes qui les ramenait à Paris, lorsque l'amour faisait partie de leur vocabulaire commun.

À chaque fois qu'elle se surprenait à poser de tels gestes, elle se ravisait rapidement. La culpabilité s'emparait alors d'elle jusqu'au moment où la gaieté contagieuse d'Alya lui faisait oublier tout souci. L'heure de lunch perdura au-delà de ce qui était prévu mais un coup de fil ramena vite Marinette à la réalité. C'était Michel.

Alors qu'elle sortait pour aller discuter dans un endroit moins bruyant, Adrien passa de parfaitement heureux à profondément triste. Alya ne manqua rien de ce changement d'humeur. Elle fit un regard entendu à Nino qui se leva pour aller à la salle de bain et prit la place de Marinette aux côtés du directeur.

« Hey beau blond… tu t'en fais pour rien. »

« J'étais si près du but Alya… »

« Je sais. J'aurais pourtant juré que cet article aurait arrangé la situation. »

Adrien la regarda soudainement d'un autre œil.

« C'était toi? »

« Qui d'autre aurait pu savoir dans quel état vous étiez ce jour-là! »

« Mais comment? »

« Entre journaliste, on se rend toujours de petits services tu sais. »

Adrien éclata de rire. « Tu m'étonneras toujours. » Puis son humeur redevint maussade. « Mais il y a peu de chose à l'épreuve de l'entêtement de Marinette. »

« Hey, Nino et moi on est là. Puis y'a Tikki aussi. On va tout arranger. Je ne pars pas d'ici tant que vous n'êtes pas le petit couple chéri de Agreste America. Je t'en fais la promesse. »