Levy s'étira lentement alors qu'elle battait des paupières, s'extirpant d'une autre nuit de sommeil. Jetant un œil à sa droite, elle put voir Gajeel s'agiter lui-même dans ses couvertures. Soupirant, la jeune femme se convainquit de bouger. Elle savait que Gajeel était éveillé depuis un moment, tentant en vain de rester le plus longtemps possible endormi faute d'activité pertinente à faire. La jeune femme devait avouer que, même avec son tempérament plus calme et posé, elle commençait à avoir besoin de bouger convenablement et de faire quelque chose de plus productif que de simplement… attendre. Elle avait d'ailleurs déjà relu deux fois le roman de Lucy, seul qu'elle avait en sa possession, devant se retenir pour ne pas subtiliser les pages que son amie prenait le temps d'écrire dans ses heures d'attente. Quant à Natsu, bien que son travail ne demande que peu d'effort, il avait au moins l'avantage de pouvoir faire quelque chose de son temps avec la navigation.
La jeune femme s'installa une fois de plus avec son livre sur le pont, une couverture sur les épaules en cette fraiche brise du matin, alors qu'elle regardait l'horizon. Aujourd'hui, après de trop nombreuses journées en mer, ils allaient afin parvenir à Romine et avoir accès à cette source de savoir qui leur faisait cruellement défaut. Mêlé à l'excitation d'enfin franchir un pas dans la bonne direction, s'ajoutait aussi la peur. C'était leur seule piste de comprendre quelque chose tant à cette chasse à l'homme qu'à la source de c'est étranges pouvoirs magiques que quelques personnes de leur groupe avaient développés. S'ils devaient rentrer bredouille de cette expédition de plusieurs semaines… La jeune femme ne voulait simplement pas y penser. Heureusement, elle fut vite rejointe par Gajeel, ce qui lui permit de se changer les idées. Il ne fit rien de particulier, se contentant de simplement s'assoir près d'elle.
Ni elle ni Gajeel n'avait reparlé du baisé qu'ils avaient échangé sur le lit de mort du jeune homme, mais quelque chose semblait avoir changé entre eux. Ils étaient tout simplement bien ensemble et n'avaient pas besoin de parler lorsqu'ils n'avaient rien à se dire. Comme si leur présence mutuelle avait toujours été naturelle. Ils s'étaient d'ailleurs naturellement rapprochés l'un de l'autre sans même le remarquer, la jeune femme n'en prenant conscience que lorsqu'elle sentit le poids et la chaleur d'une tête peser sur son épaule alors que Gajeel s'était endormi de nouveau. Elle perdit instantanément sa concentration, un sourire au visage. Voyant les mèches noires tranquillement s'accumuler sur ses cuisses alors que la tête du jeune homme descendait de plus en plus bas, elle se repositionna de sorte à ce qu'il puisse se stabiliser, la tête sur ses jambes. Une fois bien placée, elle ne put résister à la tentation de glisser ses doigts dans la longue chevelure. L'interminable attente ne semblait plus si longue à cet instant, la jeune femme se perdant dans la contemplation de celui qu'elle mourait d'embrasser de nouveau. Involontairement, elle approcha un peu plus son visage du sien, laissant une quinzaine de centimètres entre leurs deux visages et c'est à ce moment que Gajeel choisit d'ouvrir les yeux. Ses lèvres s'étirant en une moue moqueuse, le jeune homme ne sembla pas le moins du monde perturbé par la présence de la jeune femme si près de lui. Mais son air redevint un peu plus sérieux lorsque tous deux prirent conscience de la tension palpable entre eux. Il devint rapidement évident que chacun souhaitait se débarrasser de l'espace qui les séparaient. Lorsqu'il se redressa sur son coude pour se soulever un peu, cet espace devint de moins en moins gênant jusqu'à complètement disparaitre. Si leur premier baisé avait eu quelque chose d'unique et désespéré, celui-ci avait conservé toute la passion originale. S'il n'en revenait qu'à elle, Levy n'aurait jamais laissé terminer cet instant, mais la voix de son cousin au loin les tira de leur embrassade. Levy ignorait toutefois combien de temps s'était écoulé depuis que leurs lèvres s'étaient liées, complètement déconnectée de la réalité. Il lui fallut d'ailleurs porter une grande attention aux propos avant de les comprendre. Ils étaient enfin arrivés ?
Les joues chaudes dû à l'émotion, elle leva le regard sur l'horizon qui n'était plus composé que d'eau. Au loin, elle commençait déjà à apercevoir les détails du port de Romine. À sa droite, elle pouvait voir que Gajeel avait déjà entamé de se lever et elle fit de même. Levy put d'ailleurs voir le reste du groupe se rassembler sur le pont pour enfin voir le résultat de leurs longues journées de voyage. Près d'une heure plus tard, ils avaient accosté et débarquaient du Fairy Tail, le bateau qui était devenu leur refuge. Malgré le lien d'attachement que chacun avait pour la felouque, tous étaient heureux de finalement pouvoir se dégourdir convenablement les jambes. Les mêmes craintes qui avaient effleurées l'esprit de la jeune femme plus tôt étaient partagées par le groupe, mais le soulagement de pouvoir enfin passer à l'action et de travailler activement pour leur survie était rafraichissante.
Heureusement pour eux, la tour profonde était près de la mer. Malheureusement pour eux, personne de leur groupe ne connaissait la localisation précise de la tour. Voyant qu'ils ne savaient pas vraiment où aller, Natsu ne se fit pas prier et demanda à un passant la direction à suivre. Intrigué, le couple interrogé se figea et marmonnèrent quelque chose d'incompréhensible avant de partir.
- Gihi, se moqua Gajeel du jeune homme aux cheveux saumon, tu ne croyais quand même pas qu'on parlait la langue commune vraiment partout dans le monde ?
- On la parle tous nous, alors pourquoi pas eux ? Demanda Natsu, mi confus, mi agacé de s'être fait reprendre par Gajeel.
- Il est beaucoup moins fréquent dans les pays de l'ouest de parler la langue commune, précisa Levy avant que la situation ne s'envenime.
- C'est vrai, ajouta Lucy pensive, une main sur le menton. Les nobles de l'ouest que je rencontrais dans les soirées avaient toujours un interprète. Tu es le premier Goranais que je rencontre qui parle la langue commune d'ailleurs, réfléchit Lucy tout haut, se rappelant que Goran n'était qu'à une ou deux journées de marches d'ici.
- C'est vrai, ajouta Levy, surprise de ne pas y avoir pensé plus tôt. Où l'as-tu apprise ? Demanda la jeune femme qui, malgré sa curiosité, n'avait rien contre l'accent de Gajeel, bien au contraire.
- Les combats de rues se faisaient souvent contre des étrangers. J'ai fini par apprendre la langue après un moment.
- C'est bien beau tout ça, mais ça ne règle pas notre problème de langue, grommela Gray qui surveillait les alentours avec méfiance, inquiet de se faire surprendre de nouveau par Grimoir Heart.
À ça, Levy lui fit un sourire et s'approcha d'un nouveau groupe de passants et se mit à s'exprimer dans une langue qui leur était totalement étrangère. Sous les yeux épatés de tous, elle revient au sein du groupe avec l'information nécessaire.
- Comment une fille du matriarcat s'est retrouvée à parler une langue d'un pays aussi éloigné ? Demanda Gajeel avec un réel air impressionné.
- J'ai toujours été passionnée par les langues étrangères et j'ai eu l'occasion d'en apprendre plusieurs grâce à mon poste dans les archives.
Cette fois, seul Gajeel avait été en mesure de comprendre la réponse dite dans sa langue natale. L'accent de Levy était très prononcé, mais les propos étaient incroyablement fluides pour quelqu'un qui n'avait sans doute jamais eu l'occasion de réellement le pratiquer.
- Gihi, je savais déjà que tu étais habile avec ta langue, mais pas à ce point ! Dit-il une fois revenu de sa surprise en faisant référence à leur activité de plus tôt.
- Levy, tout va bien ? Demanda aussitôt Lucy alors que le visage de son amie prenait rapidement une teinte rouge vif.
Gajeel ayant également répondu en Goranais, la jeune femme n'avait aucune idée de ce qui avait pu mettre Levy dans cet état, mais cette dernière l'assura rapidement que tout allait bien avant de leur transmettre les directions qu'elle venait d'obtenir.
Sachant maintenant où aller, il leur fallu un peu plus de vingt minutes pour trouver la tour profonde. Puis elle fut enfin devant eux, la possible réponse à leur infinie énigme. Le cœur de tous battant plus fort, que ce soit par hâte de faire quelque chose ou par anticipation, le groupe s'approcha de l'entrée. Une fois de plus, Natsu, qui semblait oublier tout bon sens parfois, se précipita vers l'entrée avant d'être arrêté par Lucy qui le retint par le foulard. De son côté, Levy en profita pour aller se présenter en bonne et due forme aux responsables des lieux. La connaissance de la langue locale y étant sans doute pour quelque chose, la jeune femme finit par avoir l'accord d'y entrer et elle fit signe aux autres de la rejoindre. Regardant une dernière fois autour d'eux, ne pouvant réprimer l'impression d'être suivis, Gray se résout à suivre le reste du groupe, Juvia l'attendant quelques pas seulement devant lui.
Dès qu'ils mirent les pieds au-delà de la porte, ils comprirent pourquoi on appelait la plus grande bibliothèque du monde la tour profonde. Si elle semblait déjà grande de l'extérieur, l'intérieur était absolument époustouflant et semblait bien plus large. Les murs et les rangées étaient d'ailleurs tapissés de livres du plafond au plancher sans laisser le moindre espace pour quoi que ce soit d'autre que la porte d'entrée et les escaliers, menant tant vers le haut que vers le bas. En fait, la tour était au moins aussi creuse que haute si on en croyait les légendes et elle faisait une bonne vingtaine d'étages.
- On doit trouver la section des langues étheques, annonça Levy qui réussit à mettre son émerveillement un peu de côté le temps de se concentrer sur leur objectif. Les symboles ressemblent énormément à ceux que nous avons vus dans la grotte, mais des couleurs sont utilisées dans celle-ci.
- De l'écriture avec des couleurs différentes ? Demanda Lucy intriguée.
- Les éthèques utilisaient des codes de couleurs pour utiliser le même symbole pour différentes significations, précisa la jeune femme.
- On devrait demander aux gardiens de nous aider, risqua Wendy qui regardait la pièce avec des grands yeux.
- Malheureusement, c'est plus une immense collection de livres anciens qu'une réelle bibliothèque, laissa tomber Levy avec regret. Les gens de partout au monde avaient habitude de venir offrir une part de leur culture aux gens de Romine. Avec le temps, la tradition s'est estompée et plus personne ne travaille vraiment pour les classer. Des moines, œuvrant comme gardiens des savoirs du passé jettent un œil sur l'endroit, mais plus personne ne l'entretient.
- On devrait se séparer pour couvrir le plus de terrain le plus rapidement possible alors, dit Gray. On t'appelle si on croit avoir trouvé la bonne section, ajouta-t-il, cette fois-ci en direction de Levy.
Cette dernière acquiesçant, tous se répartirent les régions. Alors qu'elle partait de son côté, la jeune femme aux cheveux bleus réalisa à quel point c'était incroyablement difficile pour elle de rester concentrée sur sa tâche. C'était nouveau pour elle qui avait toujours su garder sa concentration mêmes dans les conditions les moins appropriées. Mais à cet instant, elle était tout simplement charmée. Tous ces livres… une source pratiquement infinie de savoir dans laquelle elle n'avait que l'envie de plonger… Mais au prix de nombreux rappels, elle réussit à poursuivre sa route vers les étages inférieurs de la tour. Puis elle la vit, la bonne section ! Jetant un regard rapide sur sa montre de poche, elle comprit que près d'une heure s'était déjà écoulée avant ce moment.
Le cœur battant la chamade, elle se jeta sur ses genoux, la tablette concernant les Éthèques se trouvant tout au bas de l'étagère. Soulevant sa lampe au-dessus des pages, elle se mit à feuilleter les ouvrages vieux de plusieurs siècles, devant freiner son enthousiasme afin de ne pas déchirer les fragiles pages. Elle eut la confirmation qu'elle désirait, comprenant qu'elle avait bel et bien affaire à ce qu'elle avait besoin. S'en voulant de profaner un tel lieu de savoir, elle mit dans son sac quelques alphabets qui seraient vitaux dans la transcription des textes, se répétant qu'elle le faisait pour la survie de leur groupe et qu'elle pourrait toujours retourner les ouvrages plus tard.
C'est alors qu'elle perçut une drôle d'odeur qu'elle mit un peu de temps à identifier jusqu'à ce qu'elle en comprenne l'origine. Le cœur battant la chamade, par la peur cette fois, Levy serra son sac sur elle et se leva d'un bon, se disant qu'ils devaient sortir d'ici aussitôt…
1200 mots sont déjà écrits au chapitre 20 ) Je ne devrais pas vous faire attendre bien plus longtemps.
En espérant que vous avez aimé le chapitre !
Lily xx
