Chapitre 20 : la chute du héros

Voici le 20e chapitre et je peux vous annoncer fièrement que j'ai réussi ma première année de droit! Je rentre donc en BAC2 (2e année de licence pour mes lecteurs français). Et vous ?


L'enterrement de Mary était horrible, mais pour être honnête je ne m'attendais pas à autre chose. Qu'est-ce qu'on peut attendre d'un enterrement ? Je suis restée près de Papa tout le temps, je me suis dis que si je rejoignais Sherlock Papa m'en voudrait et Sherlock serait mal à l'aise. J'ai voulu épargner les deux et je suis restée avec mon père.

Papa et moi avons longuement discuté et après des heures de débat, on a décide de montrer le corps de Mary à Rosamund. Nous avons lu des études, on a demandé à son pédiatre et on nous a dit que c'était pour le mieux. Je suis heureuse d'avoir fait ça pour elle, mais quand ses bras se sont tendus vers Mary avec un « Ma ? » pleins d'engouement, j'ai dû sortir de la pièce et j'ai explosé en sanglots. Nous avons fait ça entre nous, pas besoin de le faire devant tout le monde.

Papa ne pleure toujours pas, je sais que ça inquiète tout le monde : moi la première. À la fin de l'enterrement, Lestrade est venu me voir et m'a répété trois bonnes fois que je pouvais compter sur lui, qu'il serait disponible. À vrai dire, tout le monde me l'a dit, certains plus sincèrement que d'autres.

Je continue d'aller voir Sherlock, il déprime, il se laisse pousser la barbe. Mrs Hudson m'a dit qu'elle le soupçonnait de se droguer, mais il est toujours sobre quand je vais le voir. Sherlock continue mes cours de self défense, je suis capable de me débrouiller de plus en plus, je pense que ça lui fait plaisir.

Les jumeaux passent assez régulièrement, George un jour sur deux. Parfois il m'emmène au restaurant, faire un tour. Papa l'apprécie de plus en plus.

Par contre, ma relation avec Papa se détériore de plus en plus. C'est de ma faute, j'ai de plus en plus de lui cacher ma colère pour le silence qu'il donne à Sherlock. Ils devraient s'aider mutuellement, Papa le sait très bien. Et Papa n'est pas stupide, même si il ne sait pas à quel point je suis en colère, il se doute que je lui en veux pour un truc.

J'ai prévenu Neville que je ne reviendrais pas à Poudlard, il n'a pas caché ses sentiments sur le sujet mais il ne m'a pas forcé à changer d'avis, il savait que j'y avais mûrement réfléchis. Aussi surprenant que ça puisse être, ça a été fort différent avec George. Il n'était pas d'accord : Poudlard est l'endroit le plus sûr, j'ai besoin de terminer ma scolarité (pour qui il se prend ?), mon père serait furieux si il apprenait pourquoi je faisais ça.

On en a beaucoup discuté, il savait bien qu'il serait obligé d'accepter ma décision, il est toujours contre mais il ne dit plus un mot sur le sujet.

Je ne l'ai pas dis à Papa, je lui ai dis que j'avais envoyé une lettre au Professeur McGonagall pour pouvoir rester deux semaines de plus et qu'elle avait accepté à la condition que je continue d'étudier tant que j'étais à la maison.

Le mensonge était crédible, il y a cru. J'improviserais quelque chose au bout de deux semaines.

Le jour de la rentrée, je dis à Papa que je vais à la gare voir Neville et me mets en route pour Baker Street. J'arrive et je vois Mrs Hudson dans les escaliers, effrayée et j'entends des cris du salon. Je me crispe totalement et attrape ma baguette.

- Mrs Hudson, allez à l'intérieur, je dis d'un ton autoritaire.

Par le slip de Merlin, on dirait Papa.

- Non, Elizabeth ! Il ne voudrait pas que tu le vois comme ça, s'écrie-t-elle.

- « comme ça » ? je répète en fronçant les sourcils.

Sans attendre, je grimpe les escaliers quatre à quatre, baguette en avant et entre chez Sherlock. Il est en robe de chambre, déblatérant Shakespeare à toute vitesse en jouant avec une arme à feu. Il a les cheveux gras, il transpire à grosses gouttes.

- Sherlock ?

Il se tourne vers moi, sans s'arrêter de réciter Shakespeare, fronçant les sourcils avant d'agiter la main devant lui comme si il chassait une mouche.

- Non non non ! Hallucinations ! Elizabeth est à Poudlard !

- Elizabeth n'est pas à Poudlard, j'article entre mes dents avant de m'approcher vers lui et de le gifler aussi fort que je peux.

Sherlock manque de tomber et se rattrape au mur, arrachant des articles de journaux qu'il avait mis là par la même occasion. Il cligne des yeux, me regardant sans me voir avant de bredouiller :

- Elizabeth… Et… Poudlard ?

- Mrs Hudson avait raison ! je m'exclame, les larmes aux yeux. Tu es complètement défoncé ! Tu vaux mieux que ça !

Vous savez quand, en tant qu'enfant, vous réalisez que les super héros n'existent pas ? Je viens de voir le mien, mon super héros, perdre sa magie. Je viens de perdre ma croyance et confiance absolue en Sherlock. Et ma gorge me brûle, mon cœur me serre et j'ai envie de vomir. Je le vois comme Mycroft le voit : un enfant perdu dans un monde qui ne l'accepte pas tel qu'il l'est. Sherlock veut s'approcher de moi mais je recule d'un pas, baissant la tête et cachant mes larmes qui roulent sur mes joues malgré moi.

- Je suis là pour toi, je murmure. Tu sais que je suis là pour toi. Je sais que Papa est affreux en ce moment, mais je te promets que ça ira mieux. J'ai besoin que tu sois là, que tu restes avec nous.

- Elizabeth.. ce n'était pas la rentrée ? insiste-t-il, se massant les tempes en tanguant un peu.

Je serre les dents et relève le menton. Je n'ai jamais aimé mentir à Sherlock, tout simplement parce qu'il sait déduire quand je mens mais je ne suis pas certaine que ce soit le cas pour le moment. De toute façon, la vérité ne le regarde pas. Elle ne regarde que moi.

- Si. Je rentrerais au château dans quelques semaines, j'ai obtenu l'autorisation. Et vu ton état, j'ai bien fais.

- Je vais bien, grommelle-t-il.

Je le regarde, incapable de cacher le dégoût de mon visage. Je l'observe plusieurs instants, sa silhouette frêle qui m'avait toujours semblée forte, son visage émacié et barbu qui auparavant était fin, ses cheveux bouclés et propres aussi gras que ceux de Rogue en ce moment. Je regarde son attitude, autrefois fière et intelligente, et maintenant celle d'un homme malheureux et perdu.

Peut être que j'étais aveuglée par l'admiration pour le voir auparavant. Sherlock croise mon regard et je crois que j'aurais pu lui mettre un coup de poing qu'il aurait eu aussi mal.

- Elizabeth…

Je fais volte face et observe tous les articles au mur, les photos. Ce sont celles de cet homme riche qui passe parfois à la télé. Je ne regarde pas assez la télé pour connaître les nouvelles célébrités « en vogue ».

- Tu as une enquête, je vais te laisser.

- Non, je-je vais te donner les cours, dit-il, se raclant la gorge en essayant de reprendre du poil de la bête.

Je serre les poings, je croyais vraiment pouvoir compter sur lui. Je savais qu'il avait besoin d'être soutenu, mais je pensais qu'on avait vraiment une relation « oncle/nièce » pour qu'il ait aussi envie de m'aider dans cette épreuve. Peut être que j'ai sous estimé dans quel état il était.

- Mrs Hudson m'enverra un message à ta prochaine crise, si j'étais toi j'espérerais que ce moi qui vienne plutôt que Mycroft, je souffle, incapable de le regarder. Et, le connaissant, il viendra bientôt.

Je sors et dévale les escaliers à toute jambes, courants pendant plusieurs minutes en remontant la rue. Quand j'atteins finalement le métro, je me laisse tomber sur un siège et prends mon visage dans mes mains.

Voilà que je me transforme en Papa, en voulant à Sherlock pour de mauvaises raisons, incapable de le regarder parce que j'en veux à moi même : incapable de regarder la vérité dans les yeux. Je soupire. Je reste dans le métro une bonne demie heure, dépassant même mon arrêt. Je profite de cette presque tranquillité.

Quand je rentre à la maison, Papa s'approche de moi en serrant les dents.

- Mrs Hudson m'a appelé ! s'exclame-t-il avec colère. Tu es allée voir Sherlock !

- Ouais, je réponds avec mauvaise humeur, trop fatiguée pour ces conneries. Il est défoncé, probablement en dépression. Toi tu es en colère et en dépression aussi. Peut être que j'aurais dû rester avec la voisine de ma mère et j'aurais eu au moins un adulte sur qui compter.

C'est sortis tout seul mais je ne regrette pas vraiment l'avoir dis. Je suis un peu désolé quand je vois l'expression de Papa : là encore j'aurais tout aussi bien le frapper. Je pousse un soupir.

- Désolé, Papa, c'est pas sortis correctement.

J'embrasse doucement sa joue et remonte dans ma chambre. La tranquillité que j'aurais eu au château me manque mais au moins ici je peux savoir ce qu'il se passe. Si j'étais partie, personne ne m'aurait dit dans quelle merde se met Sherlock. Je reçois un SMS et baisse les yeux vers celui-ci avant de pousser un énième soupire.

« Que fais-tu encore à Londres ? -MH »

« Votre job. -EW »

Ça devrait assez le vexer pour qu'il me laisse tranquille, parfait. Quand Rose se met à pleurer, je vais m'occuper d'elle, lui racontant un conte sorcier que George m'a raconté, à propos d'une sorcière qui joue un mauvais tour à un arnaqueur.

Papa arrive dans la chambre et nous regarde, le visage impassible mais les lèvres légèrement pincées. Je n'ai pas la force d'avoir une discussion avec lui, je clos donc le propos avec ça :

- Je parlerais de ce que j'ai dis quand tu auras eu une discussion avec Sherlock, pas avant.

- Tu m'en demandes trop, me murmure Papa.

Pour la première fois depuis la mort de Mary, il semble vulnérable. Je lève les yeux vers lui, il a son expression un peu triste, celle avant que ses yeux s'humidifient.

- Papa…

- Je ne peux pas, Elizabeth. Ce n'est pas possible, me répond-il. Je ne suis désolé de..

- S'il te plaît, une autre fois, je lui demande, presque suppliante.

Je ne veux pas le petit discours du papa désolé de ne pas être à la hauteur. Je l'ai déjà eu en deuxième et troisième année et rien n'a changé depuis. Papa hoche la tête et sort de la pièce. Je continue de raconter mon histoire à Rosamund.

Le lendemain, Papa et moi évitons soigneusement de mentionner le sujet. Je vois un majestueux hibou à la fenêtre, pas le mien. Je regarde la lettre, sachant pertinemment ce qu'elle dit et la cache sous mon lit. Quand papa me demande ce qu'elle raconte, je lui réponds que McGonagall m'a envoyé les différentes pages à étudier.

Je vois son regard un peu méfiant et je rajoute d'un ton défiant :

- Tu veux vérifier ?

- Non, je te fais confiance, répond-il.

Tu ne devrais pas.

Mycroft aussi m'a renvoyé un message « Retourne à Poudlard, Elizabeth. Je viendrais voir ton père si tu n'y es pas dés demain. -MH »

« Allez voir Sherlock avant, lâche. -EW »

J'ai toujours été en colère. Mais en ce moment, je suis furax. Furax que les seuls adultes sur qui je puisse compter ne fassent pas partie de ma famille, furax de me sentir plus chez moi chez les Weasley qu'à la maison. Furax que Mycroft soit toujours autour de moi sans jamais être là. Furax que ni Papa ni Sherlock ne soient là pour moi.

Moi aussi j'ai perdu Mary. Moi aussi j'ai perdu quelqu'un que j'aimais. Et je sais que je suis dans cette position « d'adulte » un peu par ma faute mais … ils pourraient me protéger. N'est-ce pas leur rôle ?

Peu importe.

Je continue de m'occuper de Papa, de Rosamund. Je retourne même voir Sherlock, enfin, je vais lui déposer à manger mais ne viens plus pour « les cours ». J'ignore les lettres de Poudlard, du trio d'or. George vient parfois m'aider, continuant de désapprouver silencieusement mais je crois qu'il est heureux de pouvoir être là pour moi « en vrai ». Il voit combien j'en ai besoin.

Le cinquième jour, je rentre à la maison avec les courses et Papa m'ouvre, son visage est blafard et il me regarde comme si il voyait à travers moi.

- Le professeur Dumbledore est là, Elizabeth, m'annonce-t-il lentement.

Je ne peux même pas dire que je suis surprise.


Un de mes chapitre préféré !

N'oubliez pas que mon seul "salaire" ce sont vos reviews!