-On l'a échappé belle !
Fred tenait étroitement enlacée la main d'Hermione et tous deux avançaient vers Poudlard. L'inquiétude et le doute se lisaient sur le visage de sa petite amie et Fred ne savait que faire. La réaction d'Harry était celle à laquelle Hermione s'attendait. Elle l'avait prévenue de nombreuses fois lorsqu'il lui reprochait de cacher leur relation, de tout faire pour que personne ne sache que Fred Weasley sortait avec Hermione Granger.
-Tu sais Hermione, il s'était arrêté à l'ombre d'un arbre près du portail de l'école, maintenant que Harry est au courant, on pourrait peut-être le dire à Ron aussi, ça rendrait notre relation officielle tu comprends ?
Fred se sentit légèrement honteux de penser à son bonheur avant celui de son frère, mais peu lui importait l'opinion de Ron. Après tout, c'était son petit frère et rien dans le Code des Frangins n'imposait qu'un aîné demande la permission d'un plus jeune. Hermione soupira et posa une main douce et chaleureuse sur la joue du rouquin.
-On en a déjà parlé. Tu as vu comment Harry a réagi ?
-Oui, mais…
-Oui, parce que c'est Harry. Il n'est pas aussi impulsif. Il se sent toujours coupable face aux réactions excessives. Mais Ron… Enfin Fred, c'est ton frère, tu le connais ! Regardes sa réaction avec Viktor, et pourtant, on ne sortait pas ensemble lui et moi. Alors, imagine un peu s'il apprend pour nous deux. On est morts littéralement décédés.
-C'est un crétin et tu le sais.
-Oui, mais ce crétin est mon ami et c'est ton frère.
Fred murmura quelque chose entre ses dents qui semblait vouloir dire qu'il préférerait encore les scrouts à pétard d'Hagrid que cette face de babouin de frère. Hermione sourit légèrement et approcha son visage du sien. Il était si près que Fred sentait l'odeur du sucre qu'elle avait mangé sur le chemin et il eut envie de l'embrasser à pleine bouche, de mêler son corps au sien. Hermione lui faisait perdre l'équilibre et la chute était toujours douce au creux de ses reins.
-Et puis, quelle importance ? On s'en fiche, on le sait nous. Ce n'est pas suffisant ?
Il aimait quand elle lui parlait de cette manière. Douce, patiente, compréhensive. Il avait alors l'impression d'être un petit garçon à qui l'on enseignait l'éthique, le vivre ensemble, et, par exemple, pourquoi il ne fallait pas mettre la tête de son frère dans les toilettes en lui promettant que la chasse d'eau l'emmènerait vers un pays imaginaire.
-Oui, mais je veux que l'on sache que tu m'appartiens.
Face à l'expression sévère de sa petite amie, Fred posa délicatement ses lèvres sur les siennes. Hermione les mordilla et tourna la tête rapidement.
-Je n'appartiens à personne Weasley…
-Je sais, je sais, mais tu comprends ce que je veux dire. Enfin Hermione, juste montré à tout le monde que tu ais prise et que ces petits cons arrêtent de te regarder.
-Personne ne me regarde Fred !
-Et dire que tu es l'élève la plus douée de ta génération.
Fred porta une main à son front de façon théâtrale et ferma les yeux.
-Cette jeune femme est la plus brillante de toute l'école, de tous les sorciers et sorcières de son âge. Tous les professeurs et ses amis placent de grands espoirs en elle. Mais elle n'est même pas capable de se rendre compte qu'elle fait tourner toutes les têtes !
Il entendit le rire d'Hermione et son cœur se gonfla de bonheur. S'il y a bien une chose qu'il aimait chez elle, c'était cela. L'entendre rire, la voir rire, regarder ses yeux pétillés et ses fossettes apparaître. Alors, le monde pouvait bien vaciller, rien n'aurait arraché ses yeux à ce spectacle. Fred se fit alors la remarque que, si son frère entendait ses pensées, il en vomirait. Il se baladerait avec une guimauve qu'il appellerait Fred en hurlant que celui-ci avait été métamorphosé.
-Arrête de te moquer Weasley, et puis je m'en fiche des autres.
Hermione prit alors la main de Fred et l'enleva de son front. Elle planta ses yeux au fond des siens et une étrange sensation naquit dans le ventre de Fred. Celle de l'admiration mêlée à la tendresse et à l'amour qu'il portait à la sorcière.
Il comprenait Krum lorsqu'il disait qu'il n'avait jamais ressenti « ça » pour personne. Il était impossible de mettre des mots sur ce « ça », ni même de le comprendre ou de l'expliquer. Ce « ça », c'était toute la définition qu'il pouvait donner face à ce qu'il ressentait. Et Hermione effleura les lèvres de Fred dont la respiration était de plus en plus saccadée. Elle n'alla pas plus loin, lui laissant le soin de continuer le chemin. Ce qu'il fit alors, ne tenant plus face à cette proximité si lointaine entre eux. Hermione sourit dans leur baiser et Fred songea qu'il ne pourrait jamais se passer de cette sensation. Hermione avait une façon bien à elle d'embrasser. C'était toute la douceur et la tendresse du monde qui passait dans ses baisers. Et cela faisait tourner la tête de Fred, cogner son cœur et nouer son ventre. Et, en pensant à cela, il vit George faire semblant de vomir derrière lui et Lee, habillé en tutu rose, lui lancer des cœurs et des paillettes. Mais il n'y prêta aucune attention.
Mais soudain, la réalité le rattrapa, Hermione mit fin à leur baiser et il retomba brusquement sur la terre ferme, noyé dans un flot de pensées qu'il ne réussissait pas à calmer.
-Tu as honte de moi.
Ce n'était pas une question. Il avait lancé ça comme une évidence. Et alors les yeux d'Hermione s'ouvrirent en grand et un voile s'y déposa. Une terrible douleur naquit au fond du cœur de Fred. Une douleur si intense qu'il en eut le souffle coupé.
-Fred, mais qu'est-ce que tu racontes ?
-C'est évident non ? Tu as honte de te montrer avec moi. Je ne suis qu'un Weasley, un traitre à son sang, un imbécile qui ne prend rien au sérieux, qui préfère faire des tours avec son frère plutôt que se concentrer sur ses études. Je ne suis pas intelligent, je ne suis pas beau, je ne suis pas célèbre. Alors que toi, toi tu es la fille la plus intelligente que je connaisse. Tu es brillante, tu es magnifique, tu es douée en tout, tu es la meilleure amie d'Harry Potter, tu es courageuse et forte. Tu ne veux pas d'un imbécile comme moi.
Il avait prononcé ces mots comme on crache son venin. La douleur était terrible et se propageait dans tout son corps. Il fallait que cela cesse, c'était trop pour lui. Il aurait voulu courir et se réfugier chez son frère avec qui il aurait imaginé les pires vengeances pour Hermione Granger. Il n'aurait alors pas pleuré et George l'aurait enlacé. Il ne voulait que son frère.
-Et moi, je suis la parfaite petite je-sais-tout. Je suis une immonde sang de bourbe, un rat de bibliothèque, une gamine sévère qui ne lève jamais les yeux des ses bouquins. Je suis très laide et je ressemble même à un castor selon certains. Alors que toi, tu es le garçon le plus cool de toute l'école. Le beau batteur musclé de l'équipe de Gryffondor, celui qui apporte les rires et l'admiration. Tu fascines autant les filles que les garçons. Tout le monde t'aime, même les professeurs ne sont pas insensibles à ton charme. Tu ne veux pas d'une fille coincée comme moi. On continu ou pas ?
Les joues d'Hermione étaient devenues rouges de colère et ses yeux lançaient des éclairs. Elle semblait prête au combat, et ses mots étaient aussi efficaces que les sortilèges les plus puissants que Fred ait eu à affronter. Il la regarda en songeant que c'était bien une lionne. Il comprenait à présent comment Harry, si complexe et angoissé, retrouvait un peu de calme à ses côtés. Hermione était de celles qui se battent pour les êtres qu'elle aime, elle n'était pas du genre à laisser tomber. Elle comprenait les autres, elle les aidait si souvent qu'elle s'en oubliait elle-même. Hermione ne faisait jamais semblant. Elle était toujours honnête dans ses sentiments, dans ce qu'elle exprimait. Elle se laissait déborder parfois par ses émotions, mais prenait soin de ne pas les imposer lorsqu'elle le pouvait. Elle était forte et fragile à la fois. On ne voulait pas s'y frotter, mais on ne pouvait s'empêcher de la rassurer. Elle était de celle qui ne vous laisse jamais tomber.
Alors Fred lui sourit et des larmes montèrent aux yeux de sa petite amie. Il se précipita vers elle et l'enlaça fort, il voulait faire passer dans son étreinte tout l'amour, le respect et la douceur dont il était capable, tout ce qu'elle méritait.
-Pardon, je suis un idiot.
-Tu n'es que le deuxième de la journée.
La peur envahit soudain son cœur, mais elle s'estompa lorsqu'il l'entendit rire. Il déposa un baiser sur son front et planta son regard dans le sien.
-Je crois que j'ai un faible pour les crétins. J'en suis entouré.
Et ce fut au tour de Fred de rire. Mais il fut coupé dans son élan par la bouche d'Hermione venue s'écraser contre la sienne. Il y décela l'amertume que ses paroles avaient causée, mais aussi la douceur et la chaleur qui la caractérisaient si bien.
-Je t'aime.
Bim ! C'était lancé. Il avait murmuré cela comme une promesse, un espoir jaillissant au milieu d'un bataille et il regrettait. Jamais encore il n'avait osé le lui dire. Jamais encore il n'avait osé le dire à qui que se soit, pas même à son frère. Son image se présenta alors dans son esprit et il le vit hausser les épaules, « Bah, que veux-tu que j'y fasse ». Il garda les yeux fermés. Il ne voulait pas voir le regard apeuré d'Hermione face à cette révélation. Si elle devait fuir, il ne voulait pas la voir faire. Sentir son absence serait suffisamment douloureux pour ne pas l'imposer à un autre de ses sens. Il sentit alors la petite main caresser sa joue et remonter jusqu'à ses yeux pour les ouvrir. Et ce qu'il y vit lui donna le tournis. Le regard d'Hermione était intense, plus brillant qu'il ne l'avait jamais vu et des petites larmes perlaient au fond de ses yeux. Il prit peur, pleurait-elle à cause de lui ? Lui avait-il fait de la peine ?
-Pour de vrai ?
-Oh non, je disais juste ça comme ça. C'est un nouveau mot que j'ai inventé, avec George, je me suis dit que ça devait être sympa alors j'ai voulu le tester.
De l'humour, toujours l'humour pour se sortir des situations les plus périlleuses. C'était son seul moyen de défense. Mais, avant qu'il n'ait pu prendre le temps de préparer une nouvelle attaque, Hermione l'embrassa avec fougue et murmura contre ses lèvres.
-Tu es vraiment un idiot.
Et Fred ne put s'empêcher de sourire. Oui c'était un idiot et il empestait la guimauve.
