Hermione était installée confortablement dans le canapé face au feu de cheminée de la salle commune. Assise en indien, un livre entre les mains, elle souriait en sentant le regard de Fred sur elle. Deux jours auparavant, elle avait passé ce qui aurait pu être la pire journée de sa vie. Harry avait découvert son secret et elle avait bien cru voir le fantôme de son amour pour elle disparaitre dans les rues de Pré au Lard. Et puis il avait accepté et Fred lui avait avoué qu'il l'aimait.

Harry avait recommencé à faire des cauchemars qu'il essayait de lui cacher. Il avait toujours cru qu'il pouvait lui cacher des choses. Les reproches d'Hermione le fatiguaient, elle en était consciente, mais elle ne pouvait s'en empêcher. Elle tremblait souvent à l'idée qu'il puisse arriver quelque chose à son meilleur ami. Lorsqu'il était apparu, l'année dernière, couvée de sang, le corps mutilé, elle avait senti son cœur mourir et son âme hurler. Et lorsqu'elle avait vu la cicatrice sur sa main, la haine l'avait emporté, il l'avait alors rassuré en lui disant que ce n'était qu'une cicatrice de plus et elle l'avait frappé. Elle supportait ses cris, ses douleurs, ses peines, ses regards accusateurs et sa façon de lever les yeux au ciel lorsqu'elle lui demandait d'être prudent. Elle supportait tout et supporterait tout, pourvu que jamais elle ne voie ses yeux se fermés et son corps se geler.

Hermione leva alors les yeux et croisa ceux de Fred, plein de malice, et quelque chose dans le bas ventre d'Hermione fit son apparition. Ce n'était pas la première fois. Depuis quelque temps déjà, elle se sentait différente lorsque Fred se trouvait à proximité, l'embrassait, la touchait. Elle sentait alors une vague de chaleur s'immiscer au creux de son ventre et remonter dans tout son corps. La veille, elle avait fait un rêve érotique où son petit ami occupait le premier rôle et elle s'était réveillée en sueur, une agréable douleur dans le bas ventre et les cuisses mouillées. Elle n'avait jamais ressenti cela et le rouge lui monta aux joues tendit qu'elle y repensait, les yeux de son amoureux toujours planté au fond des siens. Il humidifia alors ses lèvres et Hermione détourna le regard tandis que l'excitation montait à nouveau. Fred. C'était étrange. Tout les opposait et pourtant, tout était si naturel. Fred était adorable, il était d'une douceur qu'elle n'aurait jamais soupçonnée. Il était drôle et tendre. Il comprenait ses pensées souvent, la laissait s'exprimer, être elle-même. Elle se sentait bien à ses côtés, apaiser. Ils parlaient souvent pendant des heures, ponctuant leurs phrases de tendres baisers, il la faisait rire et elle en oubliait alors ses préoccupations. Il aimait caresser ses cheveux, ses joues, ses lèvres. Elle aimait par-dessus tout son odeur, ses grandes mains qui lui encerclaient le visage, ses yeux pleins de malice qui la regardait comme s'il n'y avait qu'elle, qu'elle était tout et bien plus encore. Perdue dans ses pensées, elle sursauta en sentant une main se déposer sur son épaule. Elle reconnut l'odeur d'Harry et le sentit s'installer à côté d'elle.

-Où est Ron ?

-À son entrainement.

Sans le regarder, elle devina la déception dans les yeux d'Harry. Il avait été interdit de Quidditch par Ombrage, ainsi que Fred et George. Même si elle n'y comprenait pas grand-chose à ce foutu sport, elle savait combien cela était important pour eux. Un pincement apparut dans son cœur et elle tourna les yeux vers Harry après avoir lancé un nouveau regard à Fred qui était retourné à sa conversation avec son frère.

-Il va en avoir pour un moment. Tu vas me dire maintenant pour Fred et toi ?

Hermione se sentit rougir et un sourire naquit sur ses lèvres. Par Merlin, qu'elle était bête. Mais son sourire n'échappa pas à Harry qui émit un petit rire.

-Ah oui, on en est là.

-Comme tu dis.

-Bon et bien, autant s'installer confortablement et écouter ton récit.

Il se leva et traversa la salle, Hermione remarqua que Fred le suivait du regard et que ses yeux n'avaient plus le même aspect. Elle n'y prêta aucune attention et vit Harry revenir, un jus de citrouille dans chaque main. Il en tendit un à Hermione, s'installa sur le canapé, face à elle, sa tête reposant sur ses mains. Il ressemblait à un enfant à qui l'on avait promis une histoire.

-Comme je te l'ai dit, ce n'était pas prévu. Tu sais, on est très différents. Moi aussi à ta place, je serais

surpris, je veux dire, lui c'est le rigolo de service et moi je suis…

-Hermione, tu n'as pas besoin de te justifier. Du moment que je te vois sourire, tout va bien pour moi.

Il but une gorgée de jus de citrouille et se tourna à nouveau vers elle.

-On ressemble à deux commères qui se racontent les derniers potins, tu sais.

-Tout à fait Hermione. Allez, je t'écoute.

Il posa une main son poignet et en caressa le creux. Ce geste fit gonfler son cœur. Il ne la jugerait pas.

-Et bien, ça a commencé cet été. Tu n'étais pas là, nous étions tous chez Sirius. C'était assez … pesant comme ambiance. On comprenait bien que les adultes angoissaient, que quelque chose de grave, d'important commençait à apparaitre. Mais on ne nous disait rien. On nous a expliqué l'Ordre, le secret, Voldemort et on nous a demandé de ne pas te contacter. J'en étais folle. Je te savais chez ton oncle et ta tante. J'imaginais ta déception, ta colère, ta peur aussi. Je ne pouvais pas me résoudre à te laisser comme ça. Ça me faisait mal, tellement que s'en ai devenu physique. J'ai commencé à faire des crises d'angoisses. Ce n'était pas la première fois, je connaissais les signes avant coureurs alors, à chaque fois que je sentais l'angoisse prendre le dessus, je me réfugiais dans la salle de bain et m'y enfermais à double tour. Je ne voulais pas que les autres sachent. Mais les crises étaient de plus en plus fréquentes. Tu étais seul là bas, chez des gens que tu détestes et qui ne t'apportent aucun soutien. Te savoir dans cette solitude et cette douleur m'était insupportable et je n'arrivais pas à me défaire de ces pensées. Les cauchemars ont commencé à arriver. Je te voyais partir, prendre ton balai et t'enfuir. Tu partais vers Voldemort, tu te rendais et acceptais ton sort. Ou alors je venais te cherchais et je découvrais ton corps froid, dans ton lit, une lettre m'excuse m'étant adressé. J'avais tellement peur Harry.

Hermione sentit la main d'Harry émettre une pression plus forte sur son poignet. Elle devina la culpabilité qui commençait à le ronger et entrelaça leurs doigts pour le rassurer.

-Alors j'ai demandé à Mrs Weasley de dormir seule. Je me réveillais toutes les nuits et Ginny commençait à me poser de plus en plus de questions. J'ai prétexté avoir de l'asthme et que la poussière dans notre chambre m'empoisonnait. Ron est alors descendu dormir avec Ginny et j'ai pris sa chambre. J'étais juste à côté de celle de Fred et George. Je me réveillais en hurlant, j'avais peur que les jumeaux m'entendent. Et c'était le cas. Une nuit, Fred s'est glissé dans ma chambre. J'avais rêvé que tu étais mort, une fois de plus. Il n'a rien dit. J'étais trempé de sueur, mon cœur battait à cent à l'heure et j'avais envie de vomir. Fred m'a fait couler un bain. Il m'a déshabillé en ne regardant que mes yeux et m'a plongé dans l'eau chaude. Et puis, il est revenu me chercher, m'a emmené dans mon lit, il avait changé les draps et s'est allongé à côté de moi. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis blottie dans ses bras. Et… et tu sais, je ne me suis jamais senti aussi apaiser. Il avait compris depuis longtemps. C'est vrai qu'il n'était jamais loin de la salle de bain lorsque je m'y enfermais, il s'occupait toujours de moi, faisaient parfois les choses à ma place lorsque je tremblais. Il venait toujours lorsque je me réveillais en pleine nuit. Et puis, j'ai appris à le connaitre, à le découvrir. Il est vraiment exceptionnel, tu sais. Bien plus intelligent que ce qu'il laisse paraitre. C'est un homme comme il y en a peu. Il venait désormais lorsque les autres étaient couchés. Il apportait de la nourriture, des oreillers et créait une forteresse. Dans cette forteresse, on se disait tous nos secrets, nos doutes, nos peurs, nos espoirs, nos envies. J'attendais le soir avec impatience et j'ai commencé à vraiment l'aimer.

À ce souvenir, Hermione ne put s'empêcher de se tourner vers Fred à nouveau. Il était en grande discussion avec George et Lee. Il riait et faisait de grands gestes. Son cœur rata un battement et elle se dit que, oui, elle l'aimait. Fred se tourna alors vers elle et lui offrit un grand sourire, mais une ombre passa dans son regard lorsqu'il le posa sur Harry. Ce ne fut que quelques secondes, mais Hermione s'en aperçut. Les yeux de Fred revinrent se poser sur Hermione et il lui offrit un clin d'œil.

-Et puis, tu es arrivé. Le poids dans ma poitrine s'est allégé. Mais, maintenant, tu partageais ta chambre avec Ron et moi à nouveau avec Ginny. Je craignais ne plus revoir Fred. Et c'est ce qui est arrivé, pendant quelque temps. Et puis un jour, il est venu me chercher et m'a emmené au grenier. Il avait reproduit notre forteresse. Nous nous y retrouvions lorsque tout le monde dormait et on se réveillait toujours avant les autres pour retourner dans nos chambres. J'avais de plus en plus de mal à me passer de sa présence. Il était devenu essentiel. C'était comme si je rencontrais une nouvelle personne. J'apprenais à le connaitre et lui aussi. Nous nous sommes découverts. Et puis, les cours ont repris.

Et ça a été la chute. Il n'était plus là. Je ne le voyais plus et le sentais partout. J'avais besoin d'être avec lui. Les deux premières semaines ont été très difficiles. Et puis on a réussi à se retrouver, de temps en temps, près du lac ou dans une salle de cours. On se racontait, s'enlaçait, mais sans plus. Pourtant, je voulais plus. Alors, un soir, pendant les vacances de Noël tout a changé. Son père, toi, c'était lui maintenant qui angoissait. Et je ne savais pas quoi faire devant cela. Alors, un soir, je l'ai embrassé. Et depuis, c'est comme ça entre nous. Je suppose qu'on peut dire qu'on sort ensemble. Seul George était au courant, depuis le début. On s'est mis d'accord sur le faite de ne rien vous dire. Ron aurait pété les plombs. Tu as vu comment il s'est comporté avec Krum. Je ne voulais pas subir à nouveau ses attaques. Alors, on se cache. À Pré au Lard, tu devais passer la journée avec Cho, je ne pensais pas que tu nous verrais et Ron était à son entrainement de Quidditch.

Harry, je ne veux pas que tu penses que j'ai voulu te le cacher. Je voulais me protéger, nous protéger avec Fred. Notre relation est belle, je ne veux pas la gâcher. Et je sais que Ron ne sera pas d'accord. Qu'il me le fera payer. Il est impulsif tu comprends. Il ne supporte pas d'être dans l'ombre de ses frères et s'il apprenait que je sors avec Fred, il prendrait cela comme une trahison.

Harry se rapprocha d'elle. Il serra un peu plus ses mains dans les siennes et Hermione se sentit honteuse, égoïste de penser à son propre bonheur plutôt qu'à celui de Ron.

-Je sais que je suis faible, que c'est lâche de ma part …

-Non

La voix forte d'Harry fit sursauter Hermione et il prit son visage entre ses mains.

-Tu n'es pas lâche Hermione. Au contraire. Tu préfères souffrir en cachant ta relation plutôt que de faire souffrir ton meilleur ami. C'est très noble de ta part et, tu sais… tu sais que je ne suis pas très doué pour te réconforter, mais… regarde moi Hermione … Regarde-moi.

Il avait haussé la voix et Hermione entendit Fred arriver à grande vitesse vers eux. Elle leva les yeux et plongea dans le vert de son ami.

-Tu vas le dire à Ron.

Hermione secoua la tête et voulut se débarrasser des mains de Harry. Il resserra son étreinte et elle sentit la panique monter en elle.

-Tu vas le dire à Ron et on s'en fout qu'il comprenne ou pas. Parce que, s'il ne comprend pas, s'il ne voit pas ton sourire, c'est qu'il ne te mérite pas. Tu m'entends ?

-Il a raison, tu sais.

Hermione sursauta, elle ne s'était pas aperçue que Fred s'était assis sur le bras du canapé, à côté d'elle. Sa chaleur lui parvenait désormais et elle se sentit apaiser. Elle remarqua aussi que George s'était assis face à eux et les regardait intensément tous les trois. Elle ne quitta pas Harry du regard et sentit le courage et la détermination entrer en elle. Il caressa ses joues et elle lui offrit un sourire.

-Promets-moi Hermione, de ne jamais éteindre les étoiles au coin de tes lèvres. Alors tu vas dire à Ron que… tu vas lui dire que tu … que tu aimes Fred. D'accord ?

Hermione hocha la tête et une puissante chaleur se répandit dans son corps. Elle tourna la tête vers George qui affichait un air faussement choqué.

-Quoi ? Vous sortez ensemble ? Mon frère, mon propre jumeau ne m'a rien dit, il m'a trahi, je me sens…

-C'est bon George, je sais que tu es au courant depuis le début.

-Ah bon, et bien dans ce cas…

Il se leva et alla rejoindra Lee. Harry se leva à son tour et se dirigea vers le dortoir des garçons. Fred se déplaça pour faire face à Hermione et prit sa main dans la sienne.

-Tu viens ? J'ai besoin de notre forteresse.

Hermione se leva et s'aperçut qu'elle se sentait étrangement bien, légère. Tout irait bien. Harry le lui avait promis.