-George, où est Fred ?
-Oh, mais ici, mon cher frère, juste à côté de moi, tu ne le vois pas ?
Ron regarda la chaise vide que lui montrait George et il eut envie de le frapper.
-Très drôle, sérieusement. Vous êtes de plus en plus séparé en ce moment. Or, même à la maison vous êtes toujours ensemble, c'est limite si vous ne prenez pas votre douche ensemble.
-Oh la ferme Oustiti, ne pose pas de question et je ne serais pas obligé de te mentir.
Ron sentit ses oreilles chauffées et tourna le dos à son frère. Il détestait cela. Ses frères s'étaient toujours moqués de lui, peu importe ce qu'il dise ou fasse. S'il travaillait correctement, il finirait préfet, comme ce crétin de Percy et s'il ne travaillait pas suffisamment, c'était un cancre. Il avait toujours vécu dans l'ombre de ses cinq frères. Et puis, plus tard, dans celle d'Harry. Charlie était un homme fort qui travaillait avec les dragons, Bill était intelligent, il travaillait à Gringotts, Percy était brillant avec son emploi au ministère. Ron s'était attendu à ce que l'attention de sa mère se porte sur lui face à la bêtise et aux problèmes qu'amenaient Fred et George, mais non. Trop obstinée à les réprimander sans cesse, elle ne voyait pas son plus jeune fils. Il était aux côtés de Harry Potter, tout irait bien pour lui. Ron était persuadé que sa famille aurait préféré que Harry prenne sa place. Et pourtant, il ne pouvait en vouloir à son meilleur ami. Il avait vécu tant de choses et ne devait sa célébrité qu'à l'assassinat de ses parents. Il subissait les rumeurs, les murmures, les humiliations. Il était toujours la cible des moqueries et Ron n'aurait échangé sa vie avec lui pour rien au monde. Mais ses frères, eux étaient exécrables. Il les aimait autant qu'il les détestait. Ils avaient cette connexion inexplicable, ce lien qui les lierait toujours l'un à l'autre, envers et contre tout. Ils ne seraient jamais seuls. Et Ron jalousait autant qu'il admirait la relation de ses frères. Et puis, ils étaient drôles, surs d'eux. Ils étaient aimés. Bien sûr, Ron l'était aussi, mais l'ombre de ses frères pesait toujours sur lui, menaçante, prête à tout emporter sur son passage.
Heureusement, il avait Harry et Hermione. Et, même si cette dernière l'exaspérait souvent, il fallait reconnaître qu'il ne pouvait se passer de sa présence. Il aimait beaucoup Hermione, l'admirait et, plus les années passaient, plus il la trouvait belle, et apercevait les regards sur son passage. Il n'aimait pas ça. Hermione ne devait aimer que lui et Harry. Il n'y avait pas de place pour une autre personne et Krum en avait fait les frais.
Il s'avança et se laissa tomber dans le canapé, au côté d'Harry.
-Où est Hermione ?
-À la bibliothèque certainement.
Ron soupira. La bibliothèque. Il se dit que, plus tard, son mari devrait couvrir sa maison de livres pour pouvoir la garder auprès de lui. Ron sourit et s'imagina dans une petite maison, en bord de mer dont les murs seraient recouverts de livres plus ou moins anciens. Il allait chasser cette image de cette tête, mais, au même moment, Hermione fit son apparition et entra dans la salle commune. Ses joues étaient roses, mais son visage semblait contrarié, anxieux. Il se demanda ce qui pouvait autant la tracasser, les examens n'étaient que dans plusieurs mois et elle avait terminé tous ses devoirs pour cette semaine. Elle avait aussi rattrapé les siens et ceux d'Harry. Rien n'aurait dû la troubler. Cependant, tandis qu'elle s'approchait d'eux, Ron vit la peur grandir dans son regard. Il se garda de le faire remarquer.
-Ron ? Tu veux bien venir avec moi s'il te plait ?
-Ah non, Hermione, tu ne vas pas me traîner à la bibliothèque, j'ai eu une journée épuisante. Il est hors de question que je te suive si c'est pour me perdre au milieu des livres !
-Ce n'est pas du tout ça idiot, je voudrais te parler.
-Et bien, tu n'as qu'à le faire ici, je suis trop épuisé pour bouger.
Hermione leva les sourcils et se mordit la lèvre. Ron se rendit compte de son erreur, il n'aurait pas dû élever la voix, mais c'était plus fort que lui. Il ne voulait pas se retrouver seul avec Hermione. Cela lui faisait peur, l'intimidait. Il n'aimait pas la façon dont il perdait le contrôle lorsqu'elle était près de lui ni les coups dans sa poitrine lorsqu'elle souriait.
Elle pleurait parfois par sa faute, il en avait conscience. Mais Hermione attirait les regards et il détestait cela. Et puis, elle avait toujours quelque chose à dire, à lui reprocher. Elle n'était jamais d'accord avec lui et il se sentait souvent idiot à ses côtés. Pourtant, pourtant il aurait donné sa vie en échange de la sienne. Hermione était un rayon de soleil dans sa vie. Elle l'aimait comme elle aimait Harry. Leur relation était différente. Ils ne se touchaient presque jamais, les sourires qu'elle offrait à Harry n'étaient pas les mêmes, mais il savait qu'elle l'aimait. Bien plus qu'il ne voulait l'admettre, bien plus qu'il ne voulait l'accepter. Seulement, elle n'était pas aussi patiente avec lui. Les remarques qu'il lui lançait la blessaient plus que celles d'Harry. Mais il savait que, si elle était blessée c'est parce qu'elle l'aimait et que ses reproches la touchaient. Alors, parfois, pour s'en assurer, il lui laissait quelques piques, histoire de vérifier que son amour n'avait pas vacillé, qu'il était toujours présent dans son cœur. Il se savait cruel et se détestait souvent. Mais l'attaque était sa meilleure défense et Hermione était aussi bien son arme que son bouclier.
-Au fait, vous avez vu Fred ?
Ron aperçut le regard en biais que se lançaient ses meilleurs amis, mais n'y prêta pas attention.
-Non, comment veux-tu que je le sache ?
-J'en sais rien Harry.
Hermione s'était assise à côté de lui et regardait par-dessus l'épaule d'Harry, vérifiant son devoir de potion.
-Vous ne trouvez pas qu'il est souvent absent ? Je vois souvent George et Lee sans lui, c'est bizarre non ? Il a peut-être une petite amie.
À ce moment, Fred fit son apparition et lança un regard dans leur direction.
-Où étais-tu ?
-En quoi ça te regarde Oustiti ?
-Tu disparais de plus en plus, qu'est-ce que tu fais de si secret ?
-Rien. J'ai le droit d'être seul de temps en temps non ? Mêle-toi de tes affaires Ron et laisse-moi tranquille.
Les yeux de Fred avaient une sorte de fureur que Ron ne lui connaissait pas. Ils n'étaient pas toujours en très bons termes, mais c'était son frère et il avait le droit de savoir sans s'attirer ses foudres.
-Je suis ton frère.
-Je sais. Et j'ai une nouvelle pour toi, je suis aussi le tien.
Ron entendit un petit rire et devina qu'il appartenait à Hermione. Il vit alors un sourire se dessiner sur les lèvres de Fred.
-Tu ne me racontes pas toutes tes histoires, je ne te raconte pas les miennes, ça va comme ça ?
Ron sentit la fureur monter en lui. Il en avait assez, assez d'être toujours le dernier de cordée, assez que ses frères se moquent de lui et l'humilie en public. Il ne demandait qu'un peu de reconnaissance.
-Ouais, fais ce que tu veux, je m'en moque.
Ron se retourna et baissa le regard vers ses pieds. Ses frères ne lui accorderaient jamais l'amour et la reconnaissance qu'ils avaient l'un pour l'autre. Il le savait, s'était fait à l'idée, mais, parfois, il aurait aimé parler à ses grands frères. Parfois, il aurait aimé qu'ils jouent leur rôle. Il avait juste besoin d'être rassuré. Lui aussi voulait jouer au Quidditch sans être moqué. Lui aussi voulait qu'on le regarde, qu'on rie de ses blagues. Il aurait voulu que ses frères le félicitent parfois, s'inquiète pour lui. Il aurait aimé avoir une épaule sur laquelle pleurer, partager ses doutes et ses victoires. Il voulait que ses frères lui donnent des conseils avec les filles, lui achète une robe de soirée. Très bien, cela, ils l'avaient fait. Il voulait qu'on lui donne une tape sur l'épaule avant un match, qu'une voix s'élève lorsqu'on se moquait de lui, qu'une ombre apparaisse lorsqu'il était prêt à se faire cogner dessus. Lorsque Harry les avait préparés pour le sortilège de Patronus, Ron se souvint qu'il avait pensé très fort à sa famille. Ce n'était qu'une image qui se projetait dans sa tête. Ses frères, sa sœur et ses parents, réunis dans la cuisine du terrier, pendant le petit déjeuner. C'était assez simple. Ses frères le regardaient et sa sœur se lovait dans ses bras. Il ne voulait pas la gloire, juste que sa famille le regarde pour ce qu'il était ou un peu plus. Il aimait sa famille, plus que tout. Mais parfois, quand les liens du sang nous lient, on en oublie qu'ils peuvent se desserrer. On ne fait jamais de très grands efforts envers sa famille parce qu'on se dit trop souvent que l'amour qui nous lit est indestructible, alors, on ne prend pas le soin de l'entretenir.
Il sentit alors une main se poser sur son épaule. Il ravala les quelques larmes qu'il avait laissé couler et se tourna vers George.
-J'ai envie de faire une partie d'échecs, tu es bien meilleur que Fred. C'est un vrai tricheur.
-Et le tricheur t'entend. Faux frère !
Ron sourit et une douce chaleur monta dans sa poitrine. George amena une table et des chaises et se plaça face à lui. Fred les rejoint et s'assit à côté d'Hermione. Ron vit son frère glisser quelque chose à l'oreille de sa meilleure amie et cette dernière émettre un gloussement qui ne lui ressemblait pas. Peut-être se moquaient-ils de lui, mais il n'y prêta pas attention, se focalisant plutôt sur le jeu et son grand frère.
