Nous étions à la fin du mois de février. Hermione n'avait toujours rien dit à Ron au sujet de sa relation et cela inquiétait de plus en plus Harry. Ses cauchemars avaient repris et ses séances avec Rogue n'avançaient pas. Il essayait de fermer son esprit, mais ses préoccupations étaient trop importantes. De plus, les souvenirs que Rogue faisaient ressurgir remuaient souvent l'estomac d'Harry, lui rappelant qu'il n'avait jamais été aimé, que l'humiliation faisait partie intégrante de sa vie. Parfois, il se demandait pourquoi elle l'avait choisi lui. Il était fort, il le savait. Mais ce n'était pas une raison pour lui balancer sans cesse de nouveaux obstacles à surmonter. Il avait dû attendre ses onze ans pour recevoir un peu d'affection et ses treize ans pour qu'une femme le serre contre lui et qu'il retrouve deux membres de sa famille. Même si ces derniers étaient composés d'un fugitif et d'un loup-garou qui avait bien failli les déchiqueter vivants, lui et Hermione.

-Tu trouves que l'on est trop tactile ?

Allongé sur le canapé de la salle commune, aux côtés d'Hermione, il repassa à ce que Cho lui avait dit, quelques jours plus tôt. Hermione leva les yeux de son bouquin et Harry cessa ses caresses sur son poignet.

-Non, je ne pense pas. Pourquoi cette question ?

-C'est Cho. Je pense qu'elle est jalouse de toi, de nous en faite. C'est étrange. Elle me demande souvent si tu es toujours avec Fred, comment ça se passe entre vous. Elle dit aussi que je fais des choses avec toi que je ne fais pas avec elle.

-Comme ?

-Sais pas. Elle n'est pas très explicite. Elle dit, par exemple, que nos regards se croisent plus qu'il ne le faudrait, que je me permets de te toucher le bras, et toi ma nuque parfois. Ça a toujours été comme ça, n'est-ce pas ?

Harry se redressa et se plaça face à Hermione. Il la vit plonger dans ses pensées, son livre toujours ouvert à la page de la guerre entre les gobelins. Harry ne se souvenait pas avoir étudié cela et un malaise l'envahit. Il n'avait jamais écouté les cours de Binn's, ce vieux fantôme que la mort elle-même n'avait pas réussi à arrêter d'enseigner. Il avait vraiment du retard sur ses cours et son avenir risquait d'en subir les conséquences. Puis, il se rappela que c'était Hermione qui était face à lui, elle devait simplement s'avancer pour les prochaines années ou décennies.

-C'est vrai qu'on est proche. Tu devrais faire attention lorsqu'elle est dans les parages. Oh et dis lui que tu me trouves très laide.

-Mais je ne te trouve pas laide du tout enfin !

Hermione tourna les yeux vers lui et un sourire naquit sur ses lèvres. Harry sourit à son tour, il aimait tellement cela. Comment pouvait-elle croire qu'il la trouvait laide ? Elle était la personne la plus extraordinaire qu'il connaisse. Elle aurait pu être couverte de furoncles, il aurait tout autant aimé la toucher, être à ses côtés, sentir son odeur sur lui lorsqu'ils avaient passé toute une journée ensemble. Et il prit soudain conscience de ses propres pensées. Depuis quand avait-il commencé à regarder Hermione ? Regarder plus loin que son amie. C'était étrange, il l'avait toujours trouvé jolie, mais il ne prenait conscience que maintenant qu'il aimait sa présence, qu'elle lui était indispensable.

-Je sais, mais, c'est pour la rassurer, tu comprends ?

-Non. Tu es ma meilleure amie depuis cinq ans. C'est normal que je sois plus proche de toi. Toi, tu me connais, tu me comprends. Cho, je ne la connais vraiment que depuis cette année et puis ce n'est pas la même chose.

En effet, Harry aimait passer du temps avec Cho, il aimait l'embrasser, la prendre dans ses bras. Il se sentait bien avec elle et son estomac se contractait souvent lorsqu'elle le regardait. Mais elle n'était pas Hermione. Hermione, elle, comprenait ses pensées, ses regards, il n'avait pas besoin de mots avec elle. Elle savait toujours lorsqu'il avait fait un cauchemar, lorsqu'il avait peur et que sa cicatrice le brûlait. Lorsqu'il était en colère, il ne voulait parler qu'à elle. Hermione était la seule à pouvoir le raisonner. Même Ron n'y parvenait pas. Et puis, depuis qu'elle était avec Fred, elle riait beaucoup plus souvent. Elle se détendait et sa présence l'apaisait plus que jamais.

-Tu sais, Fred me dit plus ou moins la même chose. Bien sûr, il est habitué, plus que Cho, à nous voir ensemble, mais je crois que, parfois, il est jaloux. Il ne le dit pas, mais je vois comment il te regarde.

-Moi aussi je le vois. Tu penses que l'on devrait être moins proche ? Physiquement je veux dire.

-Je crois oui. Enfin, je veux dire, tu aimes Cho n'est-ce pas ?

La gorge d'Harry se serra et il se contenta de hocher la tête.

-Et toi, Fred ?

Pendant une fraction de seconde, Harry aperçut dans le regard de sa meilleure amie un voile de tristesse.

-Bien sûr. Alors, on fait un effort et on voit comment cela se passe.

-D'accord.

Ils se serrèrent la main en guise de bonne foi et Harry vit Fred, assis un peu plus loin, le nez penché un bouquin. Lee et George le regardaient d'un air inquiet et murmuraient à son sujet.

-Tu l'as contaminé on dirait.

Hermione se tourna vers Fred et il vit une étincelle dans son regard. Un pincement s'installa dans le cœur d'Harry.

-C'est Le petit prince.

-Ça a l'air de lui plaire.

-À qui ça ne plairait pas ?

Il sourit. Harry savait que Le petit prince était le premier livre qu'Hermione avait lu, seule, lorsqu'elle était enfant. Cette histoire l'avait tellement touché qu'elle avait cherché, pendant des années, un livre qui la ferait vibrer au moins autant.

-Hermione, je peux te demander quelque chose de très personnel ?

-Bien sûr.

-Est-ce que Fred et toi… Enfin je veux dire… Est-ce que vous …

-Est-ce qu'on est passé à l'étape supérieure ?

Harry se sentit rougir et baissa les yeux. Il ne savait pas vraiment pourquoi il avait posé cette question et il n'était même pas sûr de vouloir en connaitre la réponse. Mais c'était plus fort que lui. Cette idée trottait dans sa tête depuis qu'il avait appris leur secret. Il n'osait imaginer les mains de Fred se baladant sur le corps de sa meilleure amie et pourtant, ne pas savoir le rendait fou.

-Non. C'est étrange. Je veux dire, Fred a connu d'autres filles et j'aurais pensé qu'il serait plus entreprenant. Mais non. Je ne sais pas trop comment je dois le prendre d'ailleurs.

Harry leva les yeux et scruta le visage de son amie. Elle se grattait le menton et sa langue humidifiait ses lèvres. Une pulsion se créa dans son esprit et il eut l'envie soudaine de poser sa bouche contre la sienne. Comme ça, juste pour gouter ses lèvres, au moins une fois. Il s'imagina l'embrasser fougueusement. Mais il chassa rapidement cette image. Les baisers d'Hermione ne lui étaient pas réservés et les siens revenaient à Cho. Mais il savait que cette pensée le hanterait encore pour longtemps. Il se sentit alors gêné et à l'étroit.

-Il ne veut surement pas te brusquer.

-Je ne sais pas. Enfin, et toi avec Cho ?

Harry ouvrit la bouche qui prit la forme d'un O sous la stupeur. Il n'y avait pas vraiment pensé jusqu'à présent. À vrai dire, il n'était même pas sûr de savoir comment s'y prendre. Et puis, Cho devait avoir de l'expérience grâce à Cédric.

-Sérieusement, tu n'y as même pas pensé ?

Une fois de plus, Harry se sentit rougir et il regarda par la fenêtre pour éviter de croiser le visage de sa meilleure amie. Il l'entendit rire et ne put s'empêcher de la suivre.

-Je suis un cas désespéré, je crois.

-Mais non, ne t'inquiète pas. Demande à Fred, je suis sûre qu'il sera d'excellents conseils.

Harry se tourna violemment vers Hermione. Une vive douleur apparut dans sa nuque.

-Tu crois ?

-Harry, tu fais partie de sa famille. Bien sûr qu'il t'aidera.

Une bouffée de chaleur apparut dans le cœur d'Harry. Sa famille. Harry faisait partie d'une famille. Il se leva et se dirigea vers Fred. Il aurait voulu embrasser Hermione pour la remercier, mais se souvint, avec un certain regret, du pacte qu'il avait conclu quelques minutes auparavant.

-Fred, je peux te parler ?

Fred leva les yeux de son livre et fut surpris de voir Harry, planter face à lui.

-Tu as l'air beaucoup trop sérieux pour moi mon grand, vas plutôt voir mon frère, je suis certain qu'il pourra t'aider.

-Dixit celui qui lit un livre moldu alors qu'il devrait préparer son prochain tour.

-Mon dieu tu as raison. Il baissa la voix et Harry du se pencher pour l'entendre. Je pense qu'elle m'a contaminé. À ton avis qu'est-ce que je dois faire ?

-La remercier ?

Fred lui offrit un immense sourire et lui proposa une ballade dans les couloirs, pour ne pas être entendu. Harry regarda une nouvelle fois Hermione et s'aperçut que Ron l'avait rejoint. Ils étaient tous les deux dans une grande discussion et Ron semblait prendre plaisir à faire rire Hermione en faisait de grands gestes. Il était certain que ces deux-là avaient, parfois, besoin de se retrouver tous les deux.