Lorsque Fred revint dans la salle commune, aux alentours de minuit, des centaines de pensées se bousculaient dans cette tête. Un vrai bordel. Certaines hurlaient, essayant de se frayer un chemin, jouant des coudes et insultant leurs concurrentes. D'autres restaient dans leur coin, maugréant contre lui. Enfin, d'autres hurlaient de douleur et se roulaient par terre. Fred aurait voulu leur crier de se taire. Il n'arrivait pas à réfléchir. Il se dit alors qu'il avait besoin de parler à son frère ou à Hermione. Non, pas Hermione, elle était bien trop concernée par la situation pour avoir un point de vue objectif. Mais il n'avait besoin que de la voir, qu'elle lui envoie un sourire, même infime, pour que la bataille cesse dans son cerveau. Seulement voilà, il était plus de minuit et elle devait déjà dormir. Et les images des nuits qu'il avait passées auprès d'elle lui revinrent en mémoire. Mais un élément vint les perturber. Quelque chose qui n'était pas vraiment réel. Des paillettes, encore et toujours lancées par Lee qui, en plus du tutu, s'était coiffé d'une couronne de roses.

Il grimpa les escaliers et pria pour que son frère soit réveillé. Et, bien sûr, il l'était. Il semblait l'avoir attendu. George écarta un peu ses draps et Fred vint s'y coucher. Les rideaux se fermèrent et un sort de surdité fur lancé.

-Toi, tu n'étais pas avec Hermione.

-Non, j'étais avec Harry.

-Ah, parce que lui aussi ?

Fred envoya un coup de coude dans les côtes de son frère et posa sa tête sur l'oreiller.

-Il m'a posé des questions en matière de sexe.

George faillit s'étouffer de rire et, se rappelant que personne ne pouvait les entendre, éclata.

-On parle bien de Harry là ? Harry Potter ?

-Lui-même.

-Mon dieu, ils grandissent si vite ces enfants.

Fred sourit, mais ses pensées étaient obscurcies.

-Il t'a demandé une démonstration ?

Deuxième coup de coude.

-Non, mais il m'a demandé pourquoi je n'avais toujours rien tenté avec Hermione.

-Oh…

Ils devinrent silencieux. Bien sûr Fred avait senti le désir monté, plus d'une fois, au fond de son ventre lorsqu'il embrassait Hermione. Ses baisers, leur chaleur, la façon dont elle le touchait. Personne ne l'avait touché avec tant de douceur. Hermione était tendre, innocente. Elle le faisait fondre, littéralement. Mais il avait peur. Hermione était vierge. Il n'avait jamais fait l'amour à une femme sans expérience et l'idée même qu'elle puisse s'offrir à lui… il ne s'était jamais permis d'y penser. Il n'était pas sûr de le mériter.

-De quoi as-tu peur, petit frère ?

-De ne pas être à la hauteur.

Il sentit son frère soupirer à ses côtés et devina son regard malicieux.

-Tu doutes de tes talents mon frère ?

Troisième coups de coude.

-Fred, elle t'aime, elle te l'a dit. Et tu sais que toi aussi. Tu n'as jamais ressenti ça. Elle te rend différent.

Fred se tourna brusquement vers son jumeau.

-Dans le bon sens, rassure-toi.

-Mais, si je n'étais pas le bon ?

-Parce que les autres étaient les bonnes ?

-Non, mais Hermione, c'est différent. Tout est différent. Elle m'aime, je suis persuadé qu'elle le croit, mais tu sais, je vois comment elle regarde Harry. Je vois leur relation. Elle l'aime d'un amour qui dépasse celui qu'elle a pour moi. Elle ne me regardera jamais comme elle le regarde. Je ne serai jamais à sa hauteur.

-Oui, mais c'est toi qu'elle a choisi.

Fred sentit son ventre se contracter douloureusement. Harry et Hermione. Il n'avait jamais vu cela. Leur complicité. Ils se comprenaient sans se parler. Leur lien était si puissant qu'il en devenait physique. On pouvait voir la lumière qui les reliait. Ils étaient beaux ensemble, Fred le savait. Ils étaient plus que de simples amis et pourtant, Harry était amoureux de Cho et Hermione de lui.

Et puis il y avait Ron. Il savait que son cadet ne représentait pas un danger, que Hermione l'aimait comme un frère, ils avaient eu de longues conversations avec elle à ce sujet. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine jalousie envers lui. Hermione était prête à tout pour ses amis. Elle n'aurait jamais caché leur relation si c'était Harry ou Ron à sa place. Elle les protégeait sans cesse, les couvrait d'amour et cela était devenus tellement naturels qu'aucun d'entre eux n'y prêtait véritablement attention. Ils formaient un trio exceptionnel, uni, fort. Leur amitié était palpable, leurs cœurs battaient les uns pour les autres, à l'unisson. Et, malgré leurs disputes, leurs colères parfois, rien ne parvenait à les séparer. Fred admirait cela. Il jalousait parfois ces deux garçons d'occuper une place aussi importante dans le cœur de sa petite amie.

Pourtant il comprenait. Chacun avait trouvé en l'autre ce qu'il recherchait, ce qu'il espérait. Harry avait trouvé une famille, l'amour dont il avait été privé, bien trop jeune. Ron existait aux yeux d'autres personnes, sans que l'ombre de ses frères et de sa sœur n'entrave cela. Et Hermione. Hermione avait enfin l'impression d'exister, d'être écoutée, aimée. Elle veillait constamment sur eux, les couvait comme une mère. Elle se sentait utile, respectée, protégée. Fred sourit à cette pensée. Hermione.

-Oh par Merlin Forge ! Ce sourire niais ne te va pas du tout ! Tu ressembles à un Troll qui se serait accouplé avec une licorne !

-Mais je suis toujours le plus beau de nous deux Gred !

-Bien, puisque nous sommes partis dans une conversation sérieuse, écoute les conseils de tonton George. N'essaye pas de reproduire leur relation. Offre-lui autre chose. Tu es son petit ami. Sois plus inventif. Que veux-tu lui offrir ?

Tout et bien plus encore. Il voulait l'emmener admirer des paysages qu'elle n'aurait jamais imaginé, la couvrir de baisers et de bijoux. Mais cela aurait été inutile, Hermione n'aimait pas les bijoux. De livres alors. Mais il pensa qu'elle pourrait mourir écrasée sous leur poids des et cette idée le terrifia. Il voulait la voir sourire, entendre son rire, tous les jours. Il voulait apprendre à la connaitre et à se connaitre à travers ses yeux. Quand il était près d'elle, il se sentait vivant, invincible. Il avait l'impression d'être l'homme le plus important, le plus respecté. Il voulait qu'elle ressente la même chose. Il voulait apaiser ses peurs, sécher ses larmes, lui donner son cœur, littéralement, emballé dans un papier cadeau bon marché.

-Tu ne seras jamais Harry. Tu ne serras jamais Ron, mais tu peux être autre chose. Peut-être pas plus, mais différent. Elle n'a pas besoin d'un autre meilleur ami. Elle a besoin d'un amoureux. Arrête ce jeu de baisers volés à la récré. Sois un homme, montre-lui ton amour. Fais-le éclater au grand jour ou, si elle ne veut toujours pas, offre-toi. Tout simplement. Propose-lui des promenades mains dans la main, de véritables soirées ensembles, des moments qui durent plus que quelques minutes. Mis à part au terrier ou chez Sirius, vous n'avez passé que très peu de temps ensemble. Emmène-la au bord du lac le soir et crie-lui que tu l'aimes. Montre-lui. Tu sais ce que dirait Charlie.

-Il n'y a pas d'amour…

-Il n'y a que des preuves d'amour. Un grand homme ce Charlie.

Fred sourit et ferma les yeux. Son frère ramena la couverture sur lui. Avant de plonger dans un sommeil rempli de paillettes, il entendit son jumeau marmonner.

-Même avec une oreille en moins, je serais toujours le plus beau.