J'ai la tête cogne. Mes souvenirs se mélangent. Mon téléphone qui sonne, que personne me dérange. Je prends mon café. Tout mon corps se réveille. Je ne sais plus ce que j'ai fait, perdu dans mon sommeil.

Lorsque Ron se réveilla ce matin-là, une étrange sensation avait élu domicile au fond de lui. Il sentait une peine et un désarroi dont il ne connaissait pas l'origine. Il ouvrit les yeux, espérant que cela suffirait à tout arrêter, mais ses sensations n'en furent que renforcées. Il se concentra alors pour rassembler ses souvenirs. Harry n'avait pas fait de cauchemar cette nuit, il était à sa gauche, paisiblement endormie. La séance de l'AD s'était parfaitement déroulée et il avait réussi à faire apparaitre un patronus.

Cho lui avait lancé un regard noir, mais il s'y était habitué. Depuis qu'elle sortait avec Harry, elle semblait croire que Ron était la personne qui l'empêchait de passer tout son temps avec son petit ami. Lorsqu'Harry le lui avait dit, il s'était contenté d'éclater de rire en lui demandant s'il préférait des fleurs ou des bijoux pour fêter leur relation.

Enfin, Ron se souvint. Il avait vu Fred et Hermione. Ce n'était rien, Fred avait seulement aidé Hermione à ramasser ses affaires, mais il avait eu l'étrange impression que quelque chose se passait entre eux. Il n'aurait su en dire l'origine exacte, mais ce sentiment ne l'avait pas quitté depuis. Non, ce n'était pas possible. Hermione était sa meilleure amie et Fred son frère. S'il y avait quelque chose entre eux, il serait le premier au courant. Il chassa cette idée et regarda par la fenêtre. L'aube venait à peine de se lever et le ciel était parsemé de couleurs éblouissantes. Aux yeux de Ron, c'était un magnifique spectacle et il voulut le contempler de plus près. Il se leva alors, entreprit de s'habiller silencieusement et descendit les escaliers le menant à la salle commune. C'était une belle journée.

Mais alors qu'il se pensait seul dans la salle commune, un spectacle horrifiant se déroula sous ses yeux. C'était tellement irréaliste qu'il se pinça le bras pour être sûr qu'il ne rêvait pas. Hermione, son Hermione enlaçait Fred ou George et l'embrassait tendrement. Leurs joues étaient rouges et leurs yeux cernés. Ron ne mit pas longtemps à comprendre qu'ils avaient passés la nuit ensemble. Soudain, un bruit sourd se fit entendre. Il avait, dans sa stupéfaction, fait tomber un petit objet rond qui vola en éclat. Ron songea que cela aurait pu être son cœur.

Les deux amoureux se séparèrent violemment et se tournèrent vers Ron. Il vit alors le regard horrifié d'Hermione et celui de son frère dont les yeux s'étaient remplis de larmes. Mais Ron n'était pas sûr que cela lui était destiné.

-Ron, attends, on peut t'expliquer.

Mais ce que je t'ai donné de moi, ça n'était pas assez pour toi, comme quoi.

Mais leurs voix n'étaient qu'un bourdonnement. C'était comme si des centaines d'abeilles s'étaient approchées de ses tympans. Sa tête lui faisait mal et il sentit ses jambes se dérober. Mais il n'en fit rien paraitre. Il se tenait droit devant ceux qui l'avaient trahi.

-C'est une blague ?

-Non Ron. La voix de Fred était catégorique.

-Non ? Non…

Et alors, la fureur s'empara de lui. C'était une trahison. Comme avaient-ils pu ? Depuis combien de temps cela durait-il ? Qui d'autre était au courant ? Et puis, il entendit la voix d'Hermione s'élever, comme si elle avait lu dans ses pensées.

-Cela fait quelques mois Ron. C'est de ma faute si on ne t'a rien dit. J'avais peur de ta réaction…. Tu veux bien t'assoir, qu'on en parle calmement ?

Les mots, ça ment. On ne sait même plus pourquoi

-De ma réaction ? Comment ça ? Je ne suis pas assez intelligent pour comprendre ? N'en parlons pas à ce fou de Ron, il va péter les plombs, c'est bien mieux de mentir à son frère et à son meilleur ami. Et vous êtes censés être des Gryffondors ? Bordel vous imaginez ce que je ressens ? Arrête Hermione, ne me regarde pas comme ça, ne t'approche pas de moi !

Il avait hurlé ces mots et sa gorge le faisait souffrir.

-Calme-toi, ne lui parle pas comme ça. Fred s'avançait d'un air menaçant. Tu n'es qu'un crétin, voilà pourquoi on ne t'a rien dit, tu l'aurais mal pris, tu te serais défoulé sur Hermione.

-NON ! Non Fred je t'interdis d'être plus en colère que moi ! Tu entends ?!

Et Ron vit soudain une lueur de peur passée dans les yeux de son frère. Jamais ce dernier n'avait reculé devant lui. Fred était l'ainé, Ron n'avait aucun droit de lui hurler dessus, mais aujourd'hui, il se donnait ce droit et cela lui parut justifié. Un étau se resserra autour de sa gorge et des larmes jaillirent de ses yeux sans qu'il ne s'en aperçoive.

-Et moi, je vous aimais. Tu as raison Fred, je suis un idiot.

Le temps ne se rattrape pas.

Et Ron prit la fuite. Il courait dans les couloirs. Il entendit vaguement la voix d'Hermione l'appeler et courut encore plus vite. Il aurait voulu partir loin, se perdre pour ne jamais retrouver son chemin, leur chemin. Sa poitrine le faisait souffrir, sa tête cognait si fort qu'il dut vérifier plusieurs fois si Peeves n'était pas derrière lui en train de lui balancer divers objets. Mais rien, personne. Il était seul.

Que s'était-il passé ? À quel moment cela avait-il merdé ? À quel moment avait-il merdé ? Il avait bien dû faire quelque chose d'atroce pour que ni son frère ni son amie ne lui fasse confiance. Fred et Hermione. C'était grotesque, tout les opposait. Ils ne se ressemblaient en rien. Un vent glacé lui frappa le visage et il s'aperçut qu'il était arrivé près du lac. Il entreprit de s'assoir sous le vieux chêne. Ron ramena ses genoux sur sa poitrine et y déposa sa tête. Il regarda loin, vers l'horizon, il regarda les montagnes et songea qu'il aurait voulu les rejoindre, se trouver une petite grotte et y élire domicile.

Voir Fred et Hermione lui avait brisé littéralement le cœur et il ne pouvait en connaître la raison. Il se sentait trahi, salit. Il ne savait pas ce qui le faisait le plus souffrir. Voir un autre homme embrasser Hermione ou voir son frère embrasser sa meilleure amie. C'était étrange. Était-il amoureux d'Hermione ? Bien sûr, l'année dernière, il avait été tellement en colère de la voir au côté de Krum. Mais Krum était à Dumstrang, c'était un adepte de la magie noire, le concurrent d'Harry et Ron ne le connaissait pas, il ne connaissait pas ses intentions par rapport à Hermione. Il était plus vieux qu'elle, bien trop vieux et c'était une star. Il devait avoir un grand nombre de groupies et considérait certainement Hermione comme l'une d'elles.

Mais alors, il avait été horriblement ingrat envers elle. Il n'avait pas supporté que quelqu'un d'autre que lui ou Harry s'immisce dans la vie de son amie. Il avait eu peur d'être relégué au second plan, qu'Hermione aime Viktor plus que lui.

J'ai voulu prendre ma place au milieu de la foule. Pour y laisser ma trace jusqu'à me rendre saoule.

Alors il lui en avait voulu, parce que c'était sa façon de réagir, attaquer, toujours et encore pour ne pas être la proie. Il avait fait pleurer Hermione et un sentiment de regret et de honte monta au fond de sa gorge et la serra violemment. Il faisait souvent pleurer Hermione, il la mettait en colère, la faisait sortir de ses gonds. Il n'arrivait pas à la comprendre, à l'assimiler. Ron se savait égoïste, mais il ne connaissait pas d'autres façons d'être.

Il se demanda alors s'il était amoureux d'Hermione. Il revit la scène de son amie embrassant Fred et s'imagina à la place de ce dernier. Une grimace apparut sur son visage et un violent frisson le parcourut. Non, il ne voulait pas prendre la place de Fred. C'était comme si Ron se voyait en train d'embrasser Ginny et cette image lui donna la nausée.

Il entendit un bruit près de lui et tourna la tête. Les larmes au fond de ses yeux l'empêchaient de voir correctement, mais il reconnut la silhouette de Fred se dresser devant lui. Il se leva brusquement, sa baguette à la main, prêt à l'attaquer.

-Du calme Ronny.

Le cœur de Ron se calma en reconnaissant la voix de George. Il abaissa sa baguette et se laissa glisser à terre. Il était épuisé.

George s'approcha encore et s'assit à ses côtés, dans l'herbe mouillée. Ils restèrent ainsi quelques minutes, chacun regardant dans la même direction, loin au-dessus des montagnes de Poudlard.

-Tu le savais ?

Il entendit son frère soupirer.

-Depuis le début. Fred est mon jumeau, je sais tout parfois même avant lui.

-Pourquoi ?

Ce n'était qu'un murmure, à peine audible, mais il sentit le regard de George se poser sur lui.

-Tu sais, l'année dernière, tu n'étais pas très heureux qu'Hermione fréquente Viktor. Tu lui en as fait baver, tu lui as gâché son premier bal. Et pourtant, ils ne sont jamais sortis ensemble. Alors, quand Fred et elle ont commencé à être plus que de simples amis, ils ont eu peur. Peur de ta réaction.

-Non George, pourquoi je suis comme ça ?

Son frère ne répondit pas tout de suite. Il pouvait l'entendre réfléchir.

J'ai voulu profiter de tous les plaisirs et ne jamais gâcher le moindre de mes désirs.

-Je pense que c'est de notre faute. On ne t'a jamais vraiment permis d'être toi. On se moque souvent, je le sais, mais c'est notre façon d'être. Alors tu as dû te protéger. Depuis que tu es enfant, tu nous attaques avant qu'on ne le fasse.

-Mais Bill, Charlie, Percy, ils n'ont jamais été comme ça.

-Tu ne t'en souviens pas, mais Bill était une vraie tête de mule. Et Percy, d'où crois-tu qu'il tient son arrogance ? Il a toujours été dans l'ombre de Charlie, le Weasley sympa, qui faisait chavirer les filles, obtenait les meilleures notes, le préfet et préfet-en-chef. Charlie lui-même voulait briller, plus que Bill. Je me souviens, quand Charlie est parti, Bill a hurlé qu'il n'était qu'un lâche, qu'il l'abandonnait, ils ont mis du temps à reprendre contact. Bill en a toujours voulu à Charlie d'avoir quitté la maison, d'être partit dans un pays étranger. On a tous des failles. On a tous essayé de briller plus que nos aînés, de ne pas être comparés à eux.

-Mais toi et Fred, c'est différent.

Ron tourna la tête vers George et vit dans ses yeux une chose qu'il ne pensait pas être possible, la tristesse mêlée à la gratitude.

-Fred et moi, on a toujours été deux. Je ne connais pas la solitude. On est nés à deux, on mourra à deux. J'ai toujours eu une personne à côté de moi. Identique, complémentaire, différente. Alors, on s'est protégés l'un l'autre. Contre les parents, la grandeur de nos frères, les profs, les autres.

-Hermione l'aime ?

-Oui et lui aussi il l'aime.

-Tu n'es pas jaloux ?

Ron vit un large sourire naître sur le visage de son frère.

-Jaloux de quoi ? Fred est mon frère, mon meilleur ami, mon jumeau. Il pourra aimer Hermione aussi fort que son cœur le lui permettra, elle ne sera jamais moi. Elle est sa petite amie, mais elle ne prendra jamais ma place. Fred est amoureux, je ne l'ai jamais vu comme ça, mais moi, il m'aime d'un amour différent. Et puis, il a le cœur assez grand pour nous deux. Pour nous tous.

Ron plongea son regard dans celui de George. Il savait ce qu'il essayait de lui faire comprendre. Même si Hermione aimait Fred, il ne prenait pas sa place. L'amour d'Hermione pour lui n'avait pas diminué. Ce n'était pas pareil. Il n'y avait pas de hiérarchie dans l'amour.

-Je lui en veux.

-Ne sois pas trop sévère Ronny. Tu sais, ils se cachent depuis un moment déjà et ils en souffrent tous les deux. Mais Hermione n'a pas voulu te faire de mal. Elle a préféré s'infliger cette souffrance à elle-même, et par conséquent à Fred, plutôt qu'à toi.

-Je sais. C'est à Fred que j'en veux.

George haussa les épaules.

-Les liens du sang sont indestructibles. Tu finiras par t'y faire.

Ron sourit et son regard se porta sur la nourriture que George avait apporté. Un élan de gratitude naquit en lui et ses yeux remercièrent son grand frère.

Je mets mon cœur en sommeil.