Ces gens-là ont de l'humour. Ils ont toujours le mot qu'il faut. Avec eux pas de détour. Ils connaissent tous mes défauts. Ces gens-là ils ont du cœur.
Hermione arriva, enfin, à la salle commune. La journée avait été longue. Les cours la fatiguaient plus que d'habitude étant donné la concentration qu'elle était obligée d'y mettre en vue des futures BUSE. Harry semblait de plus en plus perturbé, Ron était fatigué à cause de ses entraînements et, de ce fait, exécrable et Fred ne semblait pas vouloir quitter son esprit de la journée, l'obligeant, souvent, à se donner des claques mentales pour suivre ses cours. Elle ne souhaitait rien d'autre que se lover dans le canapé face à la cheminée, un bouquin entre les mains et ses amis à ses côtés. Sa fatigue était de plus en plus intense et elle attendait avec impatience les vacances de Pâques pour pouvoir se détendre.
Elle entra dans la salle commune et chercha ses meilleurs amis. Son regard se tourna vers leur canapé où elle y vit Fred avec une autre jeune fille de son année qu'Hermione ne connaissait pas. Malgré le pincement au cœur qu'elle ressentit, elle ne se dirigea pas vers eux, mais ne put s'empêcher d'entendre leur conversation.
-Non, mais, sérieusement Fred, tu ne vas pas me dire qu'elle te plait réellement. Enfin, vous n'avez rien en commun, elle n'est ni drôle ni belle. D'accord au bal l'année dernière elle était plutôt jolie, mais enfin, regarde-la.
-Mais justement, je la regarde, très souvent crois-moi. Et puis, en quoi ça te concerne ? Laisse-moi tranquille et laisse-la tranquille, Hermione est la fille la plus incroyable que je connaisse, c'est moi qui suis chanceux d'être avec elle.
-Tu mérites bien mieux !
-Au non, au contraire, c'est elle qui mérite mieux. Maintenant, laisse-moi.
-Tu pourrais avoir qui tu veux ! Et des beaucoup moins coincées que ce rat de bibliothèque.
Bam ! C'était comme si quelqu'un lui avait tiré en plein sur la poitrine. L'air lui manquait, sa tête tanguait et elle eut envie de vomir. C'était vrai. Elle n'était pas celle qu'il fallait à Fred. Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Bon nombre de filles de l'école couraient, presque littéralement, après les jumeaux. Que faisait Fred avec elle ?
Il tourna la tête vers elle et ses yeux s'agrandirent sous la stupeur et la détresse.
-Hermione, attends.
Mais déjà cette dernière reculait. Elle ne voulait pas qu'il s'approche d'elle.
-Hermione, ce n'est rien, ne l'écoute pas.
Non, elle en avait assez. L'année dernière, on était allé jusqu'à lui envoyer des sorts par voie postale parce qu'une garce avait trouvé amusant de lui inventer une idylle avec le survivant. Elle avait subi les moqueries et les insultes sur son passage à cause de sa relation avec Krum. Et, aujourd'hui, c'était Fred. Bien sûr, elle voyait depuis quelques jours les regards jaloux des autres filles, sans y prêter de réelle attention. Mais entendre une personne parler d'elle comme cela… C'était trop. Fred s'était avancé sans qu'elle ne s'en aperçoive et lui avait saisi le bras. Il ne la serrait pas fort, mais son contact fut pareil à une brûlure.
-Hermione, on s'en fout, je m'en fous.
Ses yeux laissaient transparaitre une douleur qui toucha le cœur d'Hermione. Elle n'avait jamais vu les yeux de Fred comme cela. Ils étaient toujours rieurs, malicieux. Mais elle se dégagea de son étreinte.
-Désolée Fred, je… je vais… enfin, pardon.
Elle lança un regard à ses meilleurs amis et partie de la salle commune, Fred sur ses talons. Il l'appela plusieurs fois, voulu la rattraper, mais Hermione profita de la foule agglutinée dans le couloir pour disparaître de son champ de vision.
Elle se dirigea vers le sixième étage où elle trouva une petite salle dont les fenêtres étaient cassées, lui permettant de profiter de l'air du dehors. Elle inspira et expira plusieurs fois. Elle ne voulait pas laisser les larmes coulées. Elle ne voulait pas donner ce plaisir à tous celles et ceux qui l'insultaient, lui lançaient des regards mauvais et crachaient dans son dos.
Elle détestait être le centre de l'attention. Elle n'avait rien demandé d'autre qu'on la laisse en paix, vivre son histoire avec celui qu'elle aimait et qu'on ne s'occupe pas d'elle. Elle aurait dû s'habituer l'année dernière déjà à cela. Harry, Krum, les moqueries. Et puis, elle était habituée aux insultes et aux injures sur son physique. Elle n'était pas la plus jolie de l'école ni celle qui prenait le plus soin d'elle. Elle ne se maquillait pas, ne portait pas de vêtements moulants ne laissant aucune place à l'imagination, elle n'était pas réellement avenante. Mais, jamais elle n'avait voulu être comme cela. Elle ne voulait pas devenir une sorte de potiche dont les regards dégoulinent sur le corps et changent de partenaires comme on change de chemise. Ce n'était pas elle, tout simplement. Alors, elle se dit que Fred devait avoir tort, qu'il avait dû se tromper quelque part lorsqu'il était tombé amoureux d'Hermione Granger, le rat de bibliothèque. Et elle ne pouvait les contredire. Tout ce qu'elle souhaitait, à cet instant, était de prendre son petit prince, le caler contre elle et plonger dans son histoire.
-Hermione ?
Oui madame si vous saviez combien. Ils ont essuyé mes pleurs. Et enterrer mes chagrins.
Elle sursauta violemment et se tourna vers la porte. Ron et Harry étaient là, devant elle, le regard inquiet. Ils se tenaient dans l'embrassure de la porte, attendant son accord pour entrer.
-Oh c'est vous, je m'entraine aux sortilèges de Flitwick.
-Hermione, arrêtes. On a tout entendu.
Alors elle éclata en sanglots. Éclater, c'était le mot juste. Elle se brisa, littéralement, ses genoux heurtèrent le sol dur et froid de la salle et l'air qui entrait dans ses poumons lui causait une terrible douleur. L'angoisse montait, elle sentait et que la crise n'était pas loin. C'était idiot, tellement idiot de se mettre dans cet état pour ce garçon, pour cette fille, pour des commérages. Elle était plus forte que cela. Elle se devait d'être plus forte que cela. Mais la lassitude et la fatigue prenaient le dessus et elle se sentit perdre pied.
-Hé, respire Hermione, tout va bien. On est là.
Ils s'étaient approchés. Harry s'était agenouillé devant elle, le visage anxieux lui prenant le poignet. Ron était à ses côtés, ses mains caressant maladroitement le bras de sa meilleure amie. Elle s'en voulait. Harry avait déjà tellement à penser, ses cauchemars, le retour de Voldemort, son parrain, l'occlumancie et Ron était épuisé à cause des entraînements, des cours et des réveils incessants dus aux terreurs nocturnes du survivant. Ils n'avaient pas besoin qu'elle leur rajoute des problèmes en plus. Elle était idiote.
-Arrête Hermione, arrête tout de suite. Je sais à quoi tu penses et, toi aussi, tu as le droit de ne pas aller bien parfois. On est aussi là pour ça.
Harry avait pris son regard en otage et ne comptait pas le lâcher.
-Pourquoi est-ce que cela te touche autant ? L'année dernière, tu riais des commérages et de ce qui pouvait être dit sur toi. Pourquoi tu y accordes autant d'importance aujourd'hui ? Qu'est-ce qui a changé ? Tu veux que j'aille casser la gueule de mon cher frère ? Ça me démange depuis quelque temps déjà.
Hermione haussa les épaules. Elle ne pouvait le dire à ses amis. Le formuler à voix haute aurait rendu la chose encore plus réelle.
-Le problème Ron, c'est qu'aujourd'hui, elle a peur que ce soit vrai et que Fred y accorde de l'importance. Mais pourtant, quand c'était moi à sa place l'an dernier, tu t'en fichais. Explique-nous. On ne pourra pas t'aider.
-Je n'ai pas besoin d'aide.
Elle avait murmuré cela. Elle ne voulait pas être cette fille-là. La faible.
-Si, tu en as besoin, on en a tous besoin. Regarde Harry, il a beau avoir survécu au plus grand mage noir de tous les temps, il a parfois besoin que ses amis lui fassent un gros câlin pour le rassurer.
Harry donna un coup de poing dans le bras de Ron. Mais cette remarque avait eu le don de faire naître un faible sourire sur les lèvres de leur amie.
-Tu sais, parfois, je me dis que tu en portes trop sur tes épaules. Ron et moi on t'accable souvent de nos problèmes, de nos humeurs. Et toi, tu ne dis rien, tu écoutes, tu consoles, tu conseilles. Tu essayes toujours de nous maintenir à la surface et tu ne demandes rien en échange. C'est devenu tellement habituel qu'on n'y prête plus attention. Mais toi, qui est là pour toi ? Tu as besoin que quelqu'un te sorte la tête hors de l'eau parfois. Hermione, je suis désolé de te l'apprendre, mais tu n'es qu'un être humain.
Elle ne disait rien, sa gorge lui faisait mal, les mots n'arrivaient pas à franchir la barrière de ses lèvres.
Elle sentit la chaleur de Ron s'éloigner. Harry se déplaça et vint se caler contre elle. Il la berçait comme une enfant. Elle se contracta d'abord, mais devant l'insistance de son meilleur ami, se laissa aller dans ses bras, sanglotant toujours, la tête dans son cou. Elle huma son odeur. Cette odeur qui n'appartenait qu'à lui, qui l'apaisait, elle se sentait en confiance. Elle ne sait combien de temps elle était restée là, dans ses bras, ses larmes se calmant peu à peu. Soudain, la porte s'ouvrit avec fracas et Ron apparut, accompagné de deux elfes de maisons, les bras chargés de sucreries et de pâtisseries. Hermione regarda son ami, interloqué.
-Bah quoi ? On en a pour un moment ici, autant ne pas mourir de faim.
Ces gens-là ils ont compris que pour vivre dans cette vie, il faut garder ses amis.
Alors elle éclata de rire. Spontanément. L'expression de Ron était si sincère et innocente qu'elle ne put s'empêcher de rire aux éclats. Et cela la soulagea.
Il s'assit à ses côtés, Hermione se décala de l'étreinte d'Harry et Ron commença la distribution.
-Bon, alors, dis-nous, pourquoi cette fille t'a autant blessé ?
-Tu veux qu'on lui jette un sort ?
-Non Harry, pas de sort. Ce n'est pas elle en vérité, c'est moi le problème.
Ron, qui avait pour projet d'engloutir plusieurs chouquettes d'un coup, se stoppa dans son élan et la dévisagea.
-Comment ça ? À partir de quand as-tu commencé à être un problème ?
Elle soupira. C'était difficile de l'admettre et encore plus de l'avouer à ses amis.
-Le truc c'est que je ne suis pas vraiment la fille la plus attirante de la terre
-,Mais Hermione…
Harry leva la main pour le faire taire et invita Hermione à continuer.
-Je suis sérieuse Ron. Enfin, depuis quand n'as-tu pas regardé ton frère, réellement je veux dire ? Il est populaire, il est drôle, joyeux, enthousiaste et très beau. Moi, moi je ne suis qu'un rat de bibliothèque, le nez toujours dans ses bouquins. On n'a rien à faire ensemble. Enfin quoi, sa dernière petite amie était Angelina ! Elle est super cette fille, je ne lui arrive pas à la cheville ! Moi, je ne suis que l'amie du survivant, la miss-je-sais-tout. Fred pourrait avoir n'importe quelle fille, bien plus jolie, bien plus cool que moi. J'en ai marre. L'année dernière, je m'en fichais de ce que l'on pouvait raconter sur moi tout simplement parce que je savais que cela ne changerait rien aux sentiments d'Harry. Que je serais toujours son amie, qu'il m'aimerait toujours. Et pour Krum, je m'en fiche un peu de lui alors… Mais là, c'est différent.
Elle détourna le regard, une larme s'écrasant pitoyablement sur sa joue.
-Trois mots qui n'ont rien à voir ensemble les garçons. Hermione. Fred. Couple
-Depuis quand as-tu perdu confiance en toi ?
BAM ! C'était lancé. Harry lui avait balancé la vérité qui la gênait tant.
-Je ne suis pas faite pour les relations amoureuses.
-Tu sais que tu n'es pas juste la meilleure amie du survivant ? Tu es une personne à part entière et Ron et moi avons beaucoup de chance de t'avoir.
-Cha chez vrai !
-Tu as peur que Fred prenne au sérieux tout cela et qu'il se rende compte que tu ne lui conviens pas ?
Elle hocha lentement la tête.
-Ouais, mais le problème ma vieille, c'est que mon frangin, par un procédé qui m'échappe encore, est fou amoureux de toi. Je le connais depuis quinze ans, il n'a jamais été comme ça avec quelqu'un. Et puis, tu aurais dû le voir lorsque tu es partie. Il nous a suppliés de l'emmener avec nous, je ne l'avais jamais vu dans un tel état. Il t'aime Hermione et, crois-moi, c'est une surprise pour tout le monde que tu l'aimes aussi en retour. C'est plutôt lui qui est chanceux.
Alors Hermione sourit et son cœur se réchauffa quelque peu. Ils restèrent un moment comme ça, dans cette salle à s'empiffrer et à rendre le cœur d'Hermione plus léger.
C'est la vie, qui veut ça. Les amis, madame, on ne les choisit pas.
