Happier - Ed Sheeran
Walking down 29th and Park I saw you in another's arms
Only a month we've been apart You look happier
Harry peinait à s'endormir. Non pas à cause des longs couloirs qu'il voyait dans ses rêves, quoiqu'il aurait sans doute préféré cela, mais à cause d'Hermione. Il ne comprenait pas. Il n'arrivait pas à comprendre comment une personne aussi brillante pouvait avoir une aussi mauvaise opinion d'elle-même. Il était vrai qu'au premier abord, Hermione n'était pas la fille la plus sexy de l'école. Mais elle était belle, elle était rayonnante, empathique, douce et tellement intelligente. Sans elle, Harry n'aurait pas survécu à sa première année. Elle l'avait toujours accompagné, dans les pires situations, se mettant en danger, le sermonnant, jouant un rôle bien plus important que lui-même. Il se souvint de la peur qui lui avait rongé les sangs lors de l'épreuve du lac, l'année précédente. Bien sûr, il s'était précipité sur Ron en premier. Il le savait bien plus en danger. Il s'était dit que Ron avait dû se fourrer là dedans sans avoir pris de précaution préalable. Alors qu'Hermione, elle, aurait pu s'en sortir. Et puis Krum était arrivé, une tête de requin sur les épaules et Harry l'avait détesté. Hermione était donc la personne la plus importante pour lui ? Foutaises. Hermione n'appartenait à personne, elle était importante pour tous ceux qui croisaient son chemin. Et il avait été en colère contre elle. Jusqu'à ce qu'il remonte à la surface et qu'elle ignore complètement Viktor. Alors Harry s'était senti victorieux, autant que s'il venait de gagner le tournoi.
Il pensa à Cho. Cho était belle, on ne pouvait le contester. Elle était intelligente, c'était une attrapeuse hors pair. Mais les conversations autour du Quidditch s'étaient épuisées et ils n'avaient pas tellement de points communs. Ils ne parlaient pas beaucoup, ses bras ne le rassuraient pas, ses lèvres ne prononçaient pas les vérités qu'il voulait éviter. Cho était une échappatoire à sa réalité, à la guerre qu'il menait et qui allait bientôt inclure le monde des sorciers en entier. Quand il était avec elle, il ne pensait plus à ses problèmes, les ennuis qu'il se créait, elle ne lui reprochait pas son caractère rebelle, ses yeux cernés, ne voulaient pas connaitre ses secrets. Et pourtant, elle ne s'était pas insurgée lorsqu'elle avait vu la cicatrice sur sa main, elle ne s'inquiétait pas de ses absences, ses douleurs dues à sa cicatrice, ses changements d'humeur. Elle ne connaissait que très peu de choses sur lui et semblait s'en accommoder. Elle ne savait pas que son dessert préféré était la tarte à la mélasse, que son parrain était un ex-détenu accusé à tort. Elle ne savait pas qu'il vivait l'enfer sur terre, tous les étés, qu'il avait vu ses parents dans le miroir du Rised. Elle ne savait pas qu'il aimait les blagues des jumeaux Weasley, que le Terrier était sa véritable maison, que Lupin lui avait appris le sortilège du Patronus, qu'il hurlait la nuit dans son sommeil. Non, tout cela, elle n'en savait rien et cela semblait lui aller.
Hermione savait tout cela. Elle savait lorsqu'il avait fait un cauchemar, elle savait le réconforter, employer les bons mots, les bons gestes. Elle savait que seules les caresses sur sa nuque le calmaient. Lorsqu'il criait, elle criait plus fort. Lorsqu'il faisait quelque chose d'irréfléchi, elle lui lançait un regard mauvais. C'est elle qui avait découvert que son père avait été poursuiveur dans l'équipe de Gryffondor et avait partagé cela avec lui. Hermione était son amie. Elle était celle qu'Harry voulait garder avec lui. Il savait qu'il ne la possèderait jamais, mais il aurait aimé être à la place de Fred. Pouvoir la regarder des heures sans qu'elle ne trouve cela suspicieux, pouvoir la prendre dans ses bras quand il le voulait, sentir son odeur à chaque instant, avoir ses lèvres sur les siennes. Non. C'était mal. Elle était son amie.
Saw you walk inside a bar, he said something to make you laugh. I saw that both your smiles were twice as wide as ours. Yeah, you look happier, you do
La porte du dortoir s'ouvrit sur Ron.
-Tout va bien ?
Il haussa les épaules.
-J'sais pas. Fred était vraiment mal. Tu sais, je lui en veux un peu à Hermione. C'est mon frère.
-Mais c'est Hermione.
Ron poussa un profond soupir et se laissa tomber sur son lit.
-Ouais, c'est compliqué l'amour, surtout entre une fille trop intelligente et un garçon trop fauteur de trouble.
-Tu penses qu'ils ne sont pas faits pour être ensemble ?
Une lueur d'espoir apparut pour Harry.
-Au contraire ! Enfin Hermione rend Fred un peu plus responsable, moins égoïste et plus à l'écoute des autres. Et Fred détend Hermione, il l'a fait rire, lui montre l'insouciance et c'est vraiment une bonne chose. Mais ils doivent encore apprendre beaucoup l'un de l'autre et cela ne se fera pas sans pots cassés.
'Cause baby you look happier, you do My friends told me one day I'll feel it too
-Je ne te savais pas aussi spécialiste de la psychologie humaine.
Ron rit doucement et le ventre d'Harry se tordit. Ron avait raison, ils s'apportaient beaucoup l'un à l'autre et leur relation était bénéfique. Qu'avait-il, lui, à apporter à Hermione ? À part des ennuis, des nuits blanches, des disputes.
Ain't nobody hurt you like I hurt you? But ain't nobody love you like I do?
-Moi non plus. Mais Fred va mieux, je crois qu'ils préparent un mauvais coup.
-Comment ça ?
-Et bien, après avoir discuté avec lui, il s'est mis à parler bizarrement avec George, tu sais comment ils sont quand ils se parlent, on n'y comprend rien. Et puis, il a retrouvé le sourire. Je ne sais pas ce qu'ils préparent, mais ça va faire du bruit.
Harry se retourna dans son lit. Il était en colère. Fred était vraiment amoureux d'Hermione et cela le faisait souffrir. Il la comprenait, lui offrait ce dont elle avait besoin. Il était attentionné, tendre et généreux. Et puis il la faisait rire, tout le temps, un talent que les Weasley possédaient et qui était hors de sa portée. Et Hermione en avait cruellement besoin. Elle avait besoin d'une échappatoire à sa vie, à ses cours, aux problèmes d'Harry. Les problèmes d'Harry. Il se maudit d'être celui qu'il fallait toujours protéger. Il maudit sa vie d'être si compliquée. Il maudit Voldemort et son envie de le tuer. Il eut envie de pleurer, fort dans son oreiller, mais ses larmes restèrent bloquées au fond de sa gorge. Si seulement il avait pu n'être qu'un gamin de quinze ans, tout à fait normal.
And until then I'll smile to hide the truth. But I know I was happier with you
Le lendemain matin, Harry se réveilla avec la sensation de n'avoir dormi que quelques minutes. Il était de mauvaise humeur, son corps le faisait souffrir et les inscriptions sur sa main le crispaient au plus haut point. De plus, nous étions samedi et un entrainement de Quidditch était prévu ce matin. Malheureusement, la sanction d'Ombrage planait toujours sur lui et il ne pouvait se détendre en volant. Il descendit dans la salle commune et y trouva Hermione, les yeux gonflés et les cheveux encore plus ébouriffés que d'habitude, si cela était possible. Il s'approcha d'elle et posa une main sur son épaule pour la faire sortir de son livre.
-Tu as pris ton petit déjeuner ?
-Je n'ai pas faim Harry.
Il poussa un soupir et entreprit de s'assoir à ses côtés, tant pis pour son ventre qui criait famine. Des voix se firent entendre et il aperçut Fred et George revenir de la Grande Salle. Ils chuchotaient et Hermione se figea à leur vue.
-Finalement, j'ai faim. Emmène-moi loin.
Nursing an empty bottle and telling myself you're happier
Aren't you?
Fred, qui s'était arrêté en voyant Hermione, lui fit un maigre sourire et Harry remarqua les cernes sous ses yeux.
-Hermione…
Mais déjà, elle se levait et essayait de se glisser vers la sortie sans le frôler. Fred semblait désespéré et Harry lui lança un sourire désolé.
-Harry, dis-moi ce que je dois faire.
-J'en sais rien mon vieux.
Et il suivit sans meilleure amie dans les couloirs. Il la rattrapa comme il put et lui saisit le bras. Hermione lui lança un regard interrogateur et il l'éloigna de la grande salle pour se diriger vers l'extérieur, près du lac. Il fit assoir Hermione et appela Dobby pour que ce dernier leur apporte de quoi petit déjeuner. L'elfe s'exécuta, trop heureux de pouvoir aider Harry Potter, et revint quelques instants plus tard, les bras chargés de viennoiseries. Hermione était tournée vers le lac et les montagnes et Harry savait que les larmes étaient en train de dévaler ses joues. Il se sentait impuissant, il aurait voulu être capable de lui dire quelque chose, un mot réconfortant, de l'enlacer et de lui dire tout ce qu'il ressentait. Qu'elle était belle, intelligente, brillante, que Fred était la personne la plus chanceuse au monde, que ce n'était pas sa faute, que tout irait bien. À la place, il se serra un peu plus contre elle et lui prit le poignet. Elle respira bruyamment et étouffa ses larmes.
-Tu sais, j'ai peur, constamment. J'ai peur pour toi, tu es une bombe à retardement, j'ai peur de te perdre, chaque jour. Et j'angoisse pour les cours, de ne pas réussir, de pas être une bonne sorcière et donner raison à Malfoy. J'ai peur de la guerre qui tape à notre porte, de plus en plus fort. Je sais que, bientôt, nous devrons l'affronter et parfois je me dis que nous sommes trop jeunes. J'ai peur pour Ron, de le voir se lancer dans la gueule du loup sans penser aux conséquences. L'angoisse fait partie de ma vie et avec Fred, elle s'apaisait. Fred me fait rire et danser. Il calme mes angoisses, je n'ai jamais eu peur avec lui et aujourd'hui…
-Aujourd'hui tu as peur aussi de lui.
Elle se tourna vers lui et son regard brisa le cœur d'Harry. Elle souffrait et il détestait cela.
-Mais, tu sais, Fred s'en fout de tout ça. Il est amoureux de toi. Vraiment amoureux. Je te jure Hermione. Son regard, il est incroyable, j'aimerais qu'on me regarde comme cela.
-Tu es jaloux de moi Potter ?
Et Harry éclata de rire.
-Oh non ! Je te le laisse. Fred n'est pas vraiment mon genre. Hermione, je pense que tu as placé beaucoup d'espoirs dans cette relation. Mais, comme dans toutes les autres, il y a des hauts et bas. Tu lui as donné ta confiance, il ne l'a pas trahi. Dis-moi la vérité, tu penses vraiment qu'il en a quelque chose à faire de ce que les autres disent sur toi ?
-J'en sais rien.
-Arrête Hermione. Il s'en fout complètement. Fred se fout de tout et tout le monde. Il se fout des règles, des rumeurs, des « on-dit ». Il se fout qu'on le confonde avec George, qu'on le prenne pour le rigolo de service. Il se fout des punitions, des regards sur lui. Il t'aime et c'est tout ce qui compte pour lui et pour moi aussi.
Il ne savait pas pourquoi il avait dit cela, mais son cœur se crispait à chacune de ses paroles. Lui dire que Fred l'aimait, qu'il était parfait pour elle. Tout cela lui donnait envie de vomir. Mais il savait que c'était la seule façon de revoir le sourire d'Hermione. Alors il lui hurlait ses vérités et faisait taire ses sentiments.
I know that there's others that deserve you. But my darling, I am still in love with you
-Je ne suis pas faite pour les relations amoureuses.
-Trois mots qui n'ont rien à voir ensemble. Hermione. Pessimisme. Découragement.
Hermione sourit et Harry eut envie de la prendre dans ses bras. Qu'elle s'y perde.
-Pourquoi es-tu en colère contre lui ?
Elle se tourna violemment vers lui et il sut qu'il avait visé juste.
-Parc que… Parce que j'étais bien moi avant lui. Je ne demandais rien à personne. J'étais dans mes livres, dans mon monde avec la sécurité de vous avoir Ron, toi et Ginny. Je ne pensais à rien d'autre qu'à nous et mes études. Je n'avais pas une personne qui faisait danser la polka à mon cœur, personne pour me distraire de mes occupations. Lui, il arrive et il chamboule tout ! Et le pire, c'est que je n'ai rien choisi.
-Oui, mais finalement Hermione, il en vaut la peine.
Elle soupira et posa sa tête sur l'épaule d'Harry.
-Tu sais, en tant qu'ami, tu n'es pas censé me sortir ce genre de vérités. Tu es censé me dire ce que j'ai envie d'entendre.
-Et qu'est-ce que tu as envie d'entendre ?
-Que Fred Weasley n'est qu'un idiot.
-Alors là, je suis complètement d'accord avec vous, miss Granger.
Harry et Hermione se tournèrent violemment vers la provenance de cette voix. Fred se tenait devant eux, un grand sourire sur ses lèvres et Harry eut envie de l'envoyer valser dans le lac pour se faire dévorer par le calamar géant. Il se pencha vers Hermione et lui murmura.
-Oui, mais en tant que meilleur ami, je suis censé te dire que tu as tort et que c'est idiot de ne pas l'écouter.
But baby you look happier you do
Elle lui tira la langue.
-Hermione, tu veux bien venir avec moi s'il te plait ?
-Mais bien sûr qu'elle le veut !
Harry poussa sa meilleure amie et cette dernière lui lança un regard assassin.
-Oh et Fred ! Elle n'a pas pris de petit déjeuner !
Alors Fred lui sourit et partit avec sa petite amie, laissant Harry seul, devant le lac.
But if breaks your heart like lovers do
Just know that I'll be waiting here for you
