Paradis - Orelsan
Qu'est-ce que j'irais faire au paradis ? Quand tu t'endors près de moi.
Fred était nerveux. Son plan était en place, il l'avait révisé mille fois avec son frère. Ils avaient prévu tous les scénarios, toutes les possibilités, ils avaient même pensé à l'éventualité que Rogue se pointe au milieu vêtu d'une robe rose et d'une couronne de fleurs. Puis, ils avaient écarté cette possibilité, la couronne ne tiendrait pas sur les cheveux huileux du professeur.
-Écoutes Fred, je sais que ce n'est pas ta faute, j'ai juste besoin de digérer tout ça.
Fred resta silencieux, un sourire malicieux sur les lèvres. Il fallait qu'il reste concentré sur son plan.
-Tu ne vas pas me répondre n'est-ce pas ?
Il hocha la tête.
-Et je vais continuer à parler pour rien.
Son sourire s'agrandit.
-Tu peux quand même me dire où nous allons.
Il prit la main d'Hermione en guise de réponse et sa chaleur lui fit fermer les yeux, un instant. Ils arrivèrent enfin à destination.
Qu'ils le donnent à d'autres leur paradis. Je n'en voudrais pas.
-Les cuisines ? Sérieusement Fred ?
Il sourit plus largement et accueillit son frère. Ce dernier était vêtu d'un costume noir et blanc et tenait dans sa main un plateau.
-George ?! Qu'est-ce que tu fais ici ? Fred, si tu veux me larguer, ce n'est pas en me proposant ton jumeau en costume que ce sera plus facile.
Fred leva les yeux au ciel et son frère vint à son secours.
-Hé bien, comme mon cher frère et moi-même savons que tu ne supportes pas l'esclavagisme des elfes de maison, je me suis honorablement porté volontaire pour faire le service. C'est un petit déjeuner aux chandelles.
Il tira une chaise et invita Hermione à s'y assoir. Cette dernière baissa la tête vers George et lui murmura dans un sourire.
-Que t'a-t-il promis ?
-10 gallions.
Puis, devant l'air sérieux de la Gryffondor, il ajouta.
-Et l'exclusivité des blagues sur la vie sentimentale de Ron. À vie.
-Ça ne se refuse pas.
-Hé non.
George lui lança un sourire et Hermione éclata de rire. Le cœur de Fred se détendit quelque peu et il prit sa main.
-Tu es belle.
J'aimerai tes défauts si j'arrive à en trouver.
Il embrassa sa paume et Hermione leva les yeux au ciel.
-Fred, écoute…
-Non, toi écoute ! Hermione je…
-Croissants, pains au chocolat, thé au jasmin pour madame, jus de fruits saveur courage et honneur pour monsieur.
-Merci Forge. Maintenant pourrais-tu, s'il te plait, dégager très vite et très loin de cette cuisine ?
Quand tu t'marrais à mes blagues les plus nulles. Quand on s'donnait des surnoms ridicules.
Le rouquin leur fit une révérence et se dépêcha de quitter les lieux. Fred soupira et reporta son attention sur Hermione. Mais son regard était fuyant et il détesta cela.
-Hermione, tu veux bien me regarder s'il te plait ?
Il prit son menton entre ses doigts et se perdit au fond de ces yeux qui le faisait tomber, littéralement, à terre.
-Hermione, tu es belle. Je me fous de ce que les autres disent. Je me fous de ce que les autres pensent. Je me fous du monde, de la guerre qui arrive, des rumeurs, de ceux qui pensent que tu n'es pas assez bien pour moi. Nous ne sommes peut-être pas faits l'un pour l'autre, je n'en sais rien. Tout nous oppose et je le sais, mais je m'en fous de ce que l'univers dira. Tu sais que je suis amoureux de toi, mais je comprends que cela ne te suffise pas. Alors je vais te dire exactement tout ce que je ressens pour toi. Regarde-moi s'il te plait Hermione.
Il vit les larmes dans les yeux de sa petite amie et cela lui enserra le cœur, le fit souffrir plus que n'importe quel mot, n'importe quel coup.
-Tu veux savoir pourquoi je me fous de tout ça ? Parce que, quand tu me regardes, j'ai l'impression qu'il n'y a que toi et moi. Tes yeux me font oublier la guerre, la mort qui rode au-dessus de nous, de ma famille, de George. Parce que quand tu me prends dans tes bras, j'ai l'impression que le monde bascule et que tu me retiens. Ta chaleur m'apaise, me rend plus fort, plus courageux. Parce que quand tu m'embrasses, je me sens invincible, indestructible, capable d'affronter cent mangemorts et de rire au nez de Tu-Sais-Qui. Parce que je suis fière de tenir ta main. Je te promets Hermione, quand ta main est dans la mienne, je pavane, il y a comme une puissance qui m'envahit et je me dis que je suis l'homme le plus chanceux du monde. Parce que oui, je suis chanceux. Ton amour, tes yeux valent tous les sacrifices, tous les murmures, toutes les insultes. Je pourrai subir les pires tortures en échange de la promesse d'un de tes baisers. Parce que, quand tu me fais l'amour, je me sens vivant, entier. Parce que je suis éperdument amoureux de toi Hermione Granger et tu ne peux rien y faire.
On dit qu'le temps détruit, mais l'temps n'est pas notre ennemi. Parce que plus j'te connais et plus j'me sens béni
Il avait débité ça d'une traite, d'un seul souffle et l'air lui manquait. Il essaya de calmer sa respiration et accrocha le regard d'Hermione, y faisant passant tout l'amour et l'admiration qu'il avait pour elle.
-Fred, je ne sais pas quoi dire… Je …
Les larmes dévalaient ses joues et Fred se sentit dépérir. Il avait ouvert son cœur, comme jamais auparavant. Il avait tout sorti. Tous les mots qu'on ne dit pas, qu'il n'avait jamais eu le courage de prononcer, de s'avouer et de lui avouer. Les joues d'Hermione étaient rouges et elle respirait difficilement. Fred pouvait entendre son cœur battre de là où il se trouvait et bénit cette douce mélodie.
-Fred ?
-Oui ?
-Je peux t'embrasser ?
-Depuis quand me demandes-tu l'autorisation ?
Alors Hermione se leva, lentement, et Fred ne la quitta pas du regard. Il s'écarta de la table et elle vint se placer sur ses genoux, ses bras encerclant son cou. Fred caressa tendrement son dos, ses bras, ses joues et Hermione approcha son visage du sien. Leurs souffles se mêlaient et il ressentit une envie furieuse de capturer ses lèvres, de mêler leurs langues et de se perdre dans leur amour. Mais il n'en fit rien, il attendait, patiemment, qu'elle fasse le premier pas. Elle en avait besoin et il le savait. Alors, hésitante, Hermione posa furtivement ses lèvres sur les siennes. Il ferma les yeux de bonheur et ne bougea pas. Elle respirait fort contre sa bouche et il du faire un effort incommensurable pour ne pas l'attirer à lui. Elle embrassa ses joues, son nez, la commissure de ses lèvres. Il ne tenait plus. Il savait qu'elle ne faisait pas cela pour le frustrer. Elle avait besoin d'être sûr. Ce baiser signifiait le pardon, les excuses et la confiance. Il savait que, en l'embrassant à nouveau elle lui donnait tous ses espoirs, aveuglément. Une larme vint s'écraser sur sa joue et Hermione posa ses lèvres dessus. Et puis, sans crier gare, elle l'embrassa. Tendrement. Fougueusement. Et il gémit de soulagement. Il n'avait pas seulement gagné son amour, il avait mérité sa confiance et il l'aimait pour cela. Alors, il s'autorisa à répondre à son baiser et le monde s'arrêta de tourner.
-Je t'aime Hermione.
Assez béni pour t'emmener à l'église. Dire au prêtre "oublie l'truc où la mort nous sépare, on va rester dans cette vie"
Il avait murmuré cela, douloureusement, contre ses lèvres et elle amplifia son baiser, y mêlant leur langue et Fred pensa que c'était la meilleure chose au monde. Il se détacha et la regarda, intensément. Il aurait voulu la garder ici, dans cette cuisine, à Poudlard, loin de l'agitation de la foule, pour toujours. Mais il devait garder l'esprit clair pour mener à bien son plan.
-Tu viens avec moi ?
-Non.
-Pardon ?
Elle posa sa tête dans le creux de son cou et y déposa un baiser.
-Hermione, je ne pense pas que ce soit le bon endroit pour avoir une de notre petite bataille explosive.
Elle sourit et le serra un peu plus.
-Je n'ai pas envie de bouger, d'y retourner. Je veux rester ici, avec toi. Il y a de la nourriture, une cheminée, on peut même se créer une forteresse ici. C'est calme.
-Oh oui, c'est certain. On essayera de s'entendre quand une centaine d'elfes arrivera pour préparer le diner. Mais on pourrait les aider, après tout, c'était mon ambition, me transformer en elfe de maison.
Elle frappa gentiment son épaule et releva son visage.
-Et où va-t-on ?
-C'est une surprise Miss Granger.
La réponse à tous mes problèmes s'endort à mes côtés.
