Quand on a que l'amour - Jacques Brel

Quand on a que l'amour

La nuit avait été courte et Ron était épuisé. En se levant, ce matin-là, il avait l'étrange impression que le temps s'était accéléré et, ainsi, diminué son temps de sommeil. Il se leva tel un automate, s'habilla et rejoignit Hermione dans la salle commune. Ce n'est que lorsque cette dernière lui souhaita le bonjour qu'il s'aperçut qu'Harry était descendu avec lui.

-Tu as une mine affreuse Ronald.

-Super, je me sens beaucoup mieux maintenant !

A s'offrir en partage

Entre ses entrainements de Quidditch, les 1500 devoirs qu'ils devaient rendre et les cauchemars d'Harry qui devenaient de plus en plus fréquents, ses heures de repos se faisaient étrangement rares. Ron avait l'impression d'avoir soixante ans ce matin-là, son corps le faisait souffrir, sa tête tapait fort et ses yeux peinaient à rester ouvert. Il se promit de demander à Hermione un sort pour coller ses paupières à ses sourcils et, ainsi, tenir toute la journée. En arrivant dans la Grande Salle, ils se dirigèrent vers ses frères et Lee Jordan. Hermione déposa un léger baiser sur les lèvres de George et ébouriffa les cheveux de Fred. C'était étrange, elle ne les confondait jamais. George prit une expression terrifiée, se tourna vers son jumeau puis à nouveau vers Hermione.

-Euh… Moi c'est George.

-Oui, bien sûr et moi c'est Pansy Parkison.

Elle leva les yeux au ciel et se servit un thé.

-Non, mais Hermione, vraiment.

Les jumeaux se regardèrent, médusés et Ron ne put s'empêcher de rire.

-Oh allez Hermione, c'est pas grave, nous aussi on les confond tout le temps. Même maman n'arrive pas à faire la différence.

Quand on n'a que l'amour. Mon amour toi et moi

Mais Hermione ne se laissa pas démonter. Elle ignora la remarque de Ron et George rit nerveusement.

-Même si je dois avouer que c'était très agréable de t'embrasser… Aïe Fred ! Je t'assure que tu t'es trompé de jumeau.

Hermione se pencha à nouveau vers George et ce dernier se recula brusquement. Mais Hermione semblait seulement s'intéresser à son cou.

-Non, mais vous avez même échangé vos parfums ! Sérieusement, vous n'avez pas mieux à faire ? Je ne sais pas moi, par exemple, réviser vos ASPICS ?!

Les jumeaux se regardèrent et explosèrent de rire. Hermione se noya dans sa tasse et entreprit de lire son journal.

Pour qu'éclatent de joie chaque heure et chaque jour

-Tu vois, je te l'avais dit ! Elle arrive réellement à nous différencier !

-Il est à peine huit heures du matin et vous m'avez déjà fatigué.

Fred déposa un baiser bruyant sur la joue d'Hermione.

-Non, mais sérieusement, comment fais-tu pour nous différencier ? Notre propre famille n'y arrive pas. Nous-mêmes, parfois, on a du mal. C'est quoi ton secret ?

Hermione haussa les épaules et échangea, discrètement, un regard malicieux avec Harry.

-C'est dingue, tu as toujours su le faire, même avant que vous sortiez ensemble et que vous… enfin tu vois ce que je veux dire.

Ron sentit la chaleur montée dans ses oreilles et baissa le regard vers son petit déjeuner. Il aurait dû s'arrêter au fait qu'ils sortaient ensemble.

-Depuis que quoi petit frère ?

-Et bien depuis… Oh, mais tu comprends quoi !

-Depuis qu'on joue aux échecs ?

-Ou plutôt à la bataille explosive si je puis me permettre mon cher Forge.

-Vous le pouvez Gred.

Les jumeaux souriaient malicieusement tandis que Ron essayait de se faire le plus petit possible et de noyer sa honte dans son jus de citrouille.

-En tout cas, que ce soit pour les échecs ou pour la bataille explosive, il vaut mieux connaître son partenaire, pour ne pas être déçu. Toutes ses qualités et ses…faiblesses.

Tous se tournèrent vers Hermione, choqués par ce qu'ils venaient d'entendre. Ron entendit Harry exploser dans un rire qu'il essaya de contenir face au regard de Fred. Hermione s'était déjà levée et se dirigeait vers la sortie.

-N'est-elle pas merveilleuse ?

Quand on n'a que l'amour pour vivre nos promesses, sans nulle autre richesse que d'y croire toujours

-Oh arrête Fred, il n'est que huit heures du matin !

Ron sourit et poursuivit la dégustation de son petit déjeuner. Ginny s'était joint à eux et s'assit à ses côtés.

-Ca va soeurette ?

-Très bien et vous ? Qu'est-ce que tu as George ?

Ron se tourna vers son frère et vit ce dernier se taper sur les bras, la tête, les épaules. Il semblait enlever une chose invisible de son corps.

-C'est à cause de Fred ! Il empeste la guimauve, je n'ai pas envie d'avoir son odeur sur moi.

Fred lui tira la langue et Ginny éclata de rire.

Et couvrir de soleil la laideur des faubourgs

La journée avait été chargée, ponctuée de remarque d'Hermione sur l'approche des examens, d'Harry et sa mauvaise humeur qui devenait habituelle et d'Ombrage et ses foutus nœuds roses. Ron entra dans la salle commune en remerciant Merlin d'avoir fini cette journée en un seul morceau. Il vit Fred et George près de la cheminée et alla s'assoir à leurs côtés.

-Tu es tout seul ?

-Non, j'ai amené quelques copains avec moi, juste ici.

Il montra le vide à côté de lui et George lui frappa l'épaule.

-Aïe Fred !

-George.

-Tu es sûr?

-On ne l'est jamais.

Ron soupira et s'affala un peu plus sur le canapé.

-Hermione est à la bibliothèque et Harry l'a suivie.

-Harry à la bibliothèque ?

-Je crois qu'il veut éviter Cho.

-C'est incroyable, ce mec est capable d'affronter les mangemorts et Vous-Savez-Qui en personne, mais dès qu'il s'agit d'une fille…

-Il est aussi lâche qu'un Malfoy.

Ron sourit. C'était vrai, le courage d'Harry avait ses limites. Il entendit des pas et vit Ginny venir à eux. Elle se laissa tomber sur le canapé, à côté de Fred et posa ses jambes sur les siennes. C'était une habitude qu'elle avait depuis son enfance. Le salon du Terrier étant trop petit, ils ne pouvaient tenir tous ensemble à l'intérieur. Ils avaient dû trouver des stratagèmes pour s'empiler les uns sur les autres et tenir sur les canapés et fauteuils. Ginny avait toujours aimé être proche des jumeaux ou de Bill lorsque celui-ci revenait.

Quand on n'a que l'amour pour habiller matin, pauvres et malandrins de manteaux de velours

-Mauvaise journée ?

-Mauvaise vie.

George passa une main dans les cheveux de sa sœur et cette dernière ferma les yeux, un court instant.

-J'en ai marre, toutes les filles me harcèlent pour savoir si Fred est toujours avec Hermione.

-Et qu'est-ce que tu leur réponds ?

-Qu'elles seront les premières informées le jour où tu la quitteras.

-Pourquoi ça ?

-Parce que les couloirs seront remplis d'affiches annonçant ta mort par strangulation.

George éclata de rire et Ginny sembla satisfaite de produire cet effet sur lui. Ron sourit, Ginny leur ressemblait bien plus qu'elle ne le pensait. Ayant grandi avec six frères, elle avait dû apprendre très tôt à ne pas se laisser faire. Ils étaient tous trop protecteurs avec elle et Ron en avait parfaitement conscience.

-Et avec Dean ?

-Dean ? Quel Dean?

-Oh arrête Fred! Je fais ce que je veux.

-Si Charlie l'apprenait…

-Mais Charlie n'est pas là!

-Ce n'est pas une raison

-Fred laisse-la tranquille.

-Oh la ferme Oustiti ! Je te signale que nous ne serons bientôt plus là. Qui va veiller sur elle ? Certainement pas toi !

-Hé ! Moi aussi je suis son grand frère.

-Et tu es aussi compétent dans ce rôle que dans celui de maître des potions.

Ron se renfrogna. Il était le plus jeune des frères Weasley, mais la sécurité de sa petite sœur comptait tout autant. Seulement lui ne la harcelait pas de question et ne l'empêchait pas vivre. Mais il était vrai que si Bill ou Charlie apprenait que Ginny sortait avec Dean, elle passerait un sale quart d'heure.

Quand on n'a que l'amour à offrir en prière

-Charlie revient pour les grandes vacances ?

-Il reviendra bien assez tôt sœurette.

-Pourquoi ?

-Parce que la guerre approche…

-Et quand elle sera là, Charlie réapparaitra.

Pour les maux de la terre en simple troubadour

-Tu crois ?

-Nous devrons tous nous battre…

-Et tu sais ce qu'on dit…

-Plus on est de fous…

-Et plus on rit !

Quand on n'a que l'amour pour parler aux canons

Ron tourna son regard vers celui de George. Ce dernier lui offrit un immense sourire, mais Ron perçut la peur dans ses yeux. Les jumeaux avaient raison, bientôt la guerre. Ils devront porter les armes et il savait que sa famille serait au premier rang. Les premiers à se battre, à défendre leurs enfants, leurs frères, leur sœur. Il s'était fait à l'idée que lui-même serait le premier visé, étant le meilleur ami d'Harry Potter, sa tête sera autant en danger que celle de son meilleur ami. Mais il n'avait pas songé à sa famille. En parfait Gryffondor, ils fonceraient tous tête baissée. Et une profonde angoisse le prit alors.

-Ça ira Ronnie.

Fred avait posé sa main sur son épaule et Ron ravala ses larmes.

-Il y a peu de chances pour qu'on s'en sorte tous vivants.

-Alors espérons que ce soit Percy qui…

La phrase de Fred fut étouffée dans un grand fracas. Ron recula vivement et aperçut Ginny, les joues rouges, la main en l'air. Les regards se portèrent sur eux.

-Tout va bien ! Fred vient juste d'insulter Firenze et Ginny ne l'a pas supporté !

-Ne redis plus jamais ça tu entends !

Elle était rouge et Ron vit l'angoisse et la colère au fond de ses yeux. Fred lui prit la main et l'embrassa.

-Pardon, c'était pour rire. Je suis toujours en colère contre lui, je n'ai pas réfléchi.

Alors Ginny se jeta sur lui et l'enlaça.

- Promettez-moi les gars, on restera ensemble.

Et rien qu'une chanson pour convaincre un tambour

-Bien sûr! Imagine un peu, si nous sommes les deux derniers survivants, qui testera nos produits?

Ginny rit doucement dans le cou de Fred et George leur raconta leur dernière anecdote sur Ombrage. Ron sourit largement. Ils étaient une grande famille, unie, forte, combattante. Rien ne pourrait leur arriver. Il le savait, le sentait au fond de lui. Ils s'en sortiraient et, après la guerre, Ron irait aider les jumeaux au magasin. Il se promit de le faire.

Alors, sans avoir rien que la force d'aimer

-Les gars, qu'est-ce qui est aussi moche qu'un strangulot et aussi répugnant que Rogue ?

-Dean quand Charlie aura découvert qu'il sort avec notre sœur !

Nous aurons dans nos mains, Ma mie, le monde entier