Un jour dans notre vie - Indochine

Tu vois, tu vois et tu verras

Ils étaient partis, enfin. Ils avaient laissé derrière eux leur jeunesse, leur innocence. Ils avaient laissé leurs jeux d'enfants, McGonagall et ses chignons, Flitwich et ses rires, Rogue et ses cheveux gras. Ils avaient quitté Poudlard en héros, sous une foule d'admirateurs et Fred avait perçu la fierté d'Hermione dans ses yeux et son cœur s'était serré. Il disait adieu aux baisers volés au détour d'un couloir, à la salle-sur-demande qui garderait leurs secrets. Adieu aux remontrances d'Hermione, aux jeux de Ron, aux sourires de Ginny, toute l'année.

Ils avaient fait tout ce qu'ils pouvaient pour rendre la vie impossible à Dolores Ombrage et ils savaient que leurs méfaits étaient accomplis, enfin. Il repensa à Peeves et su que la relève

était assurée.

Que nous resterons intacts devant chacun de nos actes

Ils avaient rejoint la boutique et leur appartement. Fred avait décoré sa chambre, joliment. « C'est pour Hermione tu comprends ? » et George lui avait souri tendrement. Ils étaient enfin chez eux. L'appartement était à leur image, un peu bancale, rieur, incompréhensible pour les autres. Il y avait de la couleur, partout, du violet et du orange. Les meubles n'étaient pas très droits, les photos et les affiches Weasley & Weasley ornaient les murs, leurs inventions étalées dans la maison. Sur le buffet, la miniature d'un dragon, la bague de Bill, une photo de mariage, une pièce d'échiquier et une écharpe ornée d'un G. Le meuble supportait mille

histoires, la leur, celle de la famille Weasley.

Affectifs de nos états

Fred se sentait heureux. Cet appartement était la promesse de lendemains joyeux, de farces toujours plus nombreuses, de George à ses côtés, tout le temps, seulement eux.

Et puis, il y eut l'aventure au ministère, la terreur secouant le ventre de Fred. Où était-elle ? Avait-elle été attaquée ? Pourquoi ne pouvait-il pas la rejoindre ?

Il y avait eu le réconfort de George, les mains enlacées, les peurs chuchotées et les baisers apaisants. Les cent pas dans l'appartement, la vaisselle éclatée au sol, les hurlements et George, toujours présent. Hermione s'était jetée dans la gueule du loup, elle était tombée pour suivre Harry. Harry, toujours que lui, jamais que lui. Et Fred le maudissait, il envoyait Hermione en plein cœur de la guerre, droit vers sa mort et il le détestait pour cela. Il y avait eu la colère contre le survivant, les poings contre le mur et le sourire effacé. Et les bras de George, le retenant, le retenant de tomber, de se battre contre lui-même, contre sa folie, contre sa rage. Alors Fred s'était laissé aller et avait pleuré contre l'épaule de son frère. Il avait capitulé et George avait pris ses armes, il était son bouclier.

Quand on se voit courir sous les pluies

Et Errol, titubant, comme à son habitude, et les mots de sa mère. « Ils sont rentrés ». Alors il avait transplané devant les grilles de son école et avait parcourut le château à une vitesse étonnante, George sur ses talons et la peur au ventre. Il avait aperçu son petit frère, couvert de cicatrices et avait eu envie de hurler, de le secouer. Il lui avait murmuré que c'était un idiot et l'avait embrassé. Puis, il y eut Ginny et le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Sa petite sœur était en vie. Il s'en voulut de ne pas avoir pu la protéger. C'était à lui de monter au front. Pas elle. Jamais elle. Elle était toute sa vie. La petite dernière, la plus téméraire. Et il l'avait aimé pour cela. Enfin, il y eut Hermione. Les sanglots ont éclaté et ses jambes l'ont

abandonné. Hermione a caressé son visage et embrassé son front.

Agressé par l'ennui ou l'envie

-J'ai eu si peur.

-Ce n'est pas dans vos habitudes monsieur Weasley

-Ne refais plus jamais ça.

-Tu sais que je ne pourrais pas.

Alors elle l'avait embrassé et il avait cédé. C'était la guerre qui le frappait au visage, dans le cœur. Et Hermione était en première ligne, il le savait et il se maudit d'être tombé amoureux d'une jeune femme aussi courageuse, d'une battante telle qu'Hermione. Alors il l'avait serré, fort, contre lui. Et Harry s'était agité dans son sommeil. Hermione s'était jetée à ce chevet et avait caressé ses cheveux. Et le vide de ses bras fut comblé par ceux de George.

Un révolver chargé dans la poche parce que le monde est salement moche

-Qu'est-ce qui cri plus fort qu'un hippogriffe en rut et qui est plus rouge qu'un scroutt à pétard ?

-Percy après que l'on ait volé son insigne de Préfet.

Et il avait souri, grâce à son frère et le poids dans sa poitrine s'était allégé. Harry avait cessé de s'agiter, puis, devant la scène qui se déroulait sous ses yeux, Hermione s'agenouilla auprès de Fred et lui caressa la joue.

-George, je peux t'emprunter ton jumeau ?

-Pas trop longtemps Hermione, tu sais bien que je ne peux pas vivre sans lui.

Et tu verras qu'un jour dans notre vie, on nous illuminera

Elle lui sourit et saisit la main de Fred pour l'emmener à l'écart, loin de l'infirmerie, dans une petite salle de cours vide.

-Pardon, je sais que ça te fait mal quand je suis près d'Harry.

Il soupira doucement et serra la main d'Hermione. Son sourire était revenu, il ne voulait pas qu'Hermione le voie triste. Il ne voulait pas qu'elle remarque qu'il était blessé par Harry. Il ne voulait pas qu'elle culpabilise.

-Ca va Hermione, c'est juste que j'ai eu peur.

-Fred, arrête de me mentir. Je le vois, je le sens, je te connais, tu sais ?

Devant son air interrogateur, elle ajouta.

-Je te connais bien mieux que tu ne le penses. Pas aussi bien que George évidemment. Je sais que tu en veux à Harry parce que tu le tiens pour responsable de m'avoir mise en danger. Tu penses qu'il n'y aura jamais que lui. Je vois tes regards lorsque je suis avec lui et Ron, je sais ta jalousie.

-Hermione…

-Non écoutes-moi, s'il te plait. Tu sais, Harry n'a jamais connu l'amour. Il en a été lâchement privé, depuis sa première année. Il a été humilié pendant toute son enfance, il n'a jamais reçu que des coups et du mépris. Tu veux connaitre son tout premier souvenir ? Son cousin, l'obligeant à se tenir debout sur les toilettes lorsqu'il a appris à marcher. Tu te rends compte Fred ? Toi, tu as tes parents, tes frères, ta sœur. Tu as toujours été entouré d'amour, de baisers, de tendresses. Tu as toujours eu une épaule sur laquelle pleurer, des bras pour te relever. Harry, lui n'a jamais connu ses parents, sa famille. Je ne sais pas ce que c'est, de pas avoir sa maman et son papa auprès de soi, de n'en avoir aucun souvenir, pas même une simple image. Harry ne connaîtra jamais l'odeur de sa mère, les bras de son père, la fierté dans leur regard. Il a toujours été seul contre le monde entier. Ron et moi, nous étions sa seule famille, jusqu'à Sirius. Si tu savais. Harry s'est toujours délecté en écoutant Sirius raconter ses parents, il a enfin su ce que le mot famille signifiait. Il avait quelqu'un sur qui compter, quelqu'un qui le raccrochait à cette idée qu'un jour, il avait été aimé, souhaité et chéri. Que ses parents ont réellement existé et qu'ils l'ont aimé si fort qu'ils se sont sacrifiés. Et ce soir… Ce soir Fred, cette promesse s'est envolée. Sirius est mort. Il est mort Fred, tu te rends compte ?

Et elle éclata en sanglots. Fred se précipita sur elle et la prit dans ses bras. Elle se débattit quelques instants pour se laisser aller finalement et hurler contre son épaule, silencieusement. Il pouvait sentir son ventre se contracter, sa respiration difficile, le trou béant au milieu de sa poitrine.

-Tu comprends pourquoi Harry est si important ? Il a déjà perdu tellement de personnes, il n'a plus aucune famille, retour à la case départ. Harry est un enfant, meurtri, ravagé par la vie, je ne peux pas l'abandonner. Eh oui je l'aime Fred.

Qu'un jour dans notre esprit le rêve continuera

-Je sais.

C'était une douloureuse vérité et il serra Hermione un peu plus fort contre lui. Il se colla à son corps et sentit son monde s'effondrer.

-Mais toi…

Elle avait releva la tête et plonger son regard empli de larmes et de détresse dans le sien.

-Mais toi c'est différent. Tu es mon échappatoire. Tu me fais rire et danser. Avec toi, je respire. Je ne t'aime pas comme lui. Je ne t'aime pas plus ou pas moins. Je t'aime différemment. Parce que tu es mon souffle, tu fais cogner mon cœur, me donne envie de me lever chaque matin pour voir ton sourire et t'entendre rire. Tu me donnes envie de me battre pour que l'on puisse se construire un avenir sans crainte de voir la marque des ténèbres au-dessus de notre maison. Et oui, cette maison je veux la partager aussi avec Ron et Harry. Et je sais que tu voudras George aussi. Est-ce que tu peux l'accepter ?

-Seulement si je peux les prendre comme cobayes pour nos expériences.

Que nous saurons les surprendre, que nous saurons profiter

-C'était bien évidemment prévu.

Et rester maîtres de nos offrandes

Fred sourit et embrassa Hermione. Elle ne serait jamais totalement à lui, il y avait Ron et Harry. Elle ne lui appartiendrait jamais complètement et il songea que lui non plus. Il y avait George. Elle l'aimait et c'est tout ce qui comptait. Alors il s'en voulut d'avoir été égoïste, d'avoir voulu l'exclusivité d'Hermione alors que lui-même était incapable de lui donner.

-Retournes auprès d'eux.

-Merci.

Et, après l'avoir embrassé une dernière fois, il entendit la porte se refermer et son cœur se glacer. Et puis George était apparu et les avait ramenés, chez eux.

Et tu verras qu'un jour dans notre vie, on nous illuminera. Qu'un jour dans nos esprits, le rêve continuera.