Les mots qu'on ne dit pas - Camille Lou

Il y a des mots qui brûlent mes rêves.

Le départ de Fred avait laissé un grand vide dans le cœur d'Hermione. Elle s'en voulait. Elle se sentait responsable de la tristesse dans ses yeux, du sourire qui semblait s'être échappé de ses lèvres. Et pourtant, elle ne pouvait faire autrement. Cette nuit, elle avait bien cru mourir. Son cœur s'était emballé face aux mangemorts et elle avait prié tous les Dieux pour qu'ils s'en sortent vivants. Elle avait vu le regard d'Harry après s'être réveillé. On lui avait appris la mort de Sirius, et elle avait eu envie de hurler. C'était impossible. Sirius était venue pour Harry, pour le sauver, pour les sauver. Et il avait péri, tué de la main de sa propre cousine. C'était injuste, c'était trop. Harry venait de perdre le dernier membre de sa famille. Et Hermione avait eu envie de se frapper. Parce qu'elle n'avait pas su arrêter Harry, parce qu'elle avait reçu un sortilège et qu'elle n'avait pas été à ses côtés pour le soutenir après la chute de Sirius. Parce qu'il avait dû affronter la mort, encore une fois, seul.

Tant d'interdits sur mes lèvres.

Elle ne pouvait supporter sa douleur, elle ne pouvait supporter que son meilleur ami souffre, une fois de plus, une fois de trop et qu'elle ne puisse rien y faire. Elle savait qu'il devrait traverser une terrible épreuve, seul, chez son oncle et sa tante, sans soutien, sans épaule sur laquelle pleurer, sans paroles réconfortantes. Elle aurait voulu le prendre avec Ron et les emmener avec elle. Les garder et leur offrir une maison au bord de la mer. Elle les voulait à ses côtés, penser leurs blessures, dormir dans leurs bras, dans ses bras.

Que je n'avoue pas.

Elle ne se comprenait pas. Elle ne se comprenait plus. Depuis quelque temps déjà, elle voyait Harry autrement, avait besoin de lui, autrement, le voulait auprès d'elle, autrement. Pourtant, elle était amoureuse de Fred, elle en était persuadée, elle le savait.

J'ai devant moi la vie que je n'ose pas.

Quand Fred était auprès d'elle, tous ses sens étaient en alerte. C'était l'admiration, les rires, le désir brûlant son ventre, le manque, l'amour. Elle ne voyait pas Harry ainsi. Elle ne s'imaginait pas l'embrasser ou passer la nuit à ses côtés, les mêmes qu'avec Fred.

Au fond de moi l'envie que je laisse là.

Et pourtant, si elle avait à choisir, elle prendrait Harry pour passer sa vie auprès d'elle. Une chambre pour deux, un lit commun, une petite cuisine dans laquelle il aurait fait brûler leur repas, un salon remplis de leurs souvenirs, une chambre pour Ron, le nimbus 2000 qu'Harry laisserait traîner partout. Elle voulait partager ses peurs et ses joies. Elle s'imaginait à ses côtés, pour le temps que la vie leur accorderait.

J'entends chanter dans mes nuits.

Mais c'était impossible. Elle aimait Fred et c'est avec lui qu'elle ferait sa vie. Cette perspective la réjouissait. Il y aurait toujours des rires, des farces, des bras réconfortants, l'amour et l'admiration, le respect. C'est ce dont elle avait besoin. Harry, c'était les problèmes, la peur constante, une bombe à retardement, la célébrité, les sorts par voie postale. Elle voulait une vie paisible et seul Fred pourrait lui offrir. La mort ne pesait pas au-dessus de Fred, il était vivant, pour encore longtemps. Il n'y avait aucune menace sur sa tête, aucun danger. Et pourtant…

Les mots qu'on ne dit pas.

-Hermione ?

Plongée dans ses réflexions, elle n'avait pas vu que Ron était réveillé dans le lit à côté du sien.

-Tout va bien Ron ?

Il haussa les épaules et lui balança une friandise de chez Weasley, farces pour sorciers Facétieux. Elle sourit, oui Fred la ferait toujours rire.

-Bof, j'ai mal partout. Je ne connais pas ce sortilège, mais c'est une saloperie ! Et toi, comment tu vas ?

Elle aurait voulu être capable de lui dire que tout allait bien, de le rassurer, lui sourire et mentir. Mais les mots restèrent bloqués au fond de sa gorge, incapable d'en sortir.

Il y a des silences qui font mal quand les sentiments se voilent.

Alors il se leva de son lit et vint s'assoir sur le sien.

-Tout ira bien Hermione.

Il avait les mêmes yeux que Fred et cela la rassura, quelque peu. Elle aurait aimé rester aux côtés de son petit ami, mais Ron et Harry avaient besoin d'elle.

De non-dits qui lacèrent.

Elle resta silencieuse et Ron regarda un instant Harry.

-On ne peut rien faire Hermione. Ce n'est la faute de personne. Ni de la tienne, ni de la mienne, ni de la sienne.

-Il va être seul.

-Il viendra au Terrier, ne t'inquiète pas pour cela et nous serons là.

-Comme toujours…

Ils se tournèrent et Hermione vit Harry, un triste sourire sur le visage. Ses yeux étaient rouges, vides et elle aurait voulu courir vers lui et l'enlacer. Elle savait qu'elle avait autant besoin de sa chaleur qu'il avait besoin de la sienne. Elle avait besoin de le sentir contre elle, respirer son odeur. Elle avait besoin de ses bras protecteurs et de se perdre dedans.

Malgré les regards qui condamnent, mes idéaux portent mon âme vers les mots qui espèrent

-Comment vas-tu ?

Il haussa les épaules et se retourna dans son lit. Il n'imposerait pas ses peines, elle le savait. Et cela lui brisa le cœur. Un jour, il lui dira, il pleura dans ses bras, il rira sur ses lèvres et tout ira bien. Un jour, cette foutue guerre aura une fin et ils seront tous là, riant devant les farces des jumeaux et chantant à la gloire de l'amour et de l'amitié.

J'aurais la vie que je voulais. Oser chanter dans mes nuits, les mots qu'on ne dit pas.