L'enfance - Grégoire
Ça se ressent parfois, ça ne s'explique pas
-Maman ! Tu n'as pas vu mon insigne de préfet ?
-Tu as demandé aux jumeaux ?
Ron sursauta. Il n'avait pas entendu Ginny arriver. Elle se tenait dans l'embrassure de la porte et il fut surpris de voir à quel point elle avait changé. Sa petite sœur était devenue une vraie femme. Son visage était moins enfantin, plus sérieux, plus rieur. Elle ressemblait de plus en plus à Fred et George.
-C'est vrai que j'aurai dû commencer par là.
Il rit nerveusement et Ginny vint se poser sur son lit.
-Ça va?
Ron la regarda un moment avant de se laisser tomber à ses côtés.
- Alors, ce n'est plus que toi et moi maintenant pas vrai ?
-On dirait bien.
L'envie de revenir au lieu de son enfance
Ginny avait posé son bras contre le sien et Ron en profita pour prendre sa main. Cela faisait une éternité qu'ils ne s'étaient pas touchés. Ses frères n'étaient pas du genre tactile alors il avait reproduit cela avec sa petite sœur. De tous les Weasley, il était le seul à ne pas prendre Ginny dans ses bras, à ne pas embrasser ses joues, à ne pas la faire rire comme eux. Il avait toujours été très pudique et le faite que Ginny n'ait qu'un an de moins que lui avait renforcé cette pudeur. Pourtant, il avait besoin de contact et il savait que sa sœur aussi. Il n'y avait plus qu'eux désormais, pour veiller l'un sur l'autre, pour reproduire l'ambiance de Terrier à Poudlard. Ils n'avaient pas toujours été ainsi. Enfants, Ron et Ginny étaient inséparables. Ils se lovaient souvent l'un contre l'autre et leurs frères s'occupaient d'eux, les faisaient manger, rire, pleurer parfois.
Ginny avait été une bénédiction pour leur mère. Après six garçons, la promesse d'un peu de délicatesse la réjouissait, lui donnait de l'espoir. Pourtant les Weasley étaient sensibles, ouverts, généreux. Ses frères n'avaient pas peur de pleurer devant les autres, de demander les bras de leur mère et l'attention de leur père. Mais Ginny était une fille et cela suffisait à Molly. Mais elle n'avait pas répondu à ses attentes. Bien plus téméraire que ses frères, plus courageuse, plus bourrue. Elle n'avait pas peur de dire ce qu'elle pensait, s'affirmait devant ses ainés, leur coupait la parole, se moquait d'eux, leur tirait la langue et les cheveux. Elle était parfois bien plus masculine que Fred et George, plus bornée que Charlie, plus sérieuse que Bill, moins timide que Ron et bien meilleure au Quidditch que Percy. Mais elle était plus douce aussi, elle avait du tact, qualité dont Ron n'avait pas hérité.
Ivre de souvenir, le temps de l'insouciance
-Ca te fait peur ?
-De quoi ?
-De n'avoir que moi ? Il n'y aura plus Fred ni George, tu vas te retrouver coincée avec ton dernier crétin de frère.
-On garde le meilleur pour la fin comme on dit.
Son sourire s'élargit et il embrassa la joue de sa sœur.
-La cavalerie est arrivée !
-Ah, ça c'est Fred et Hermione qui rentrent.
-Oh non…
-Pardon ?
-Fred et George vont être réunis, et les farces vont recommencer.
-Arrête Ronnie, tu serais malheureux sans nous !
Là-bas, chez moi, au creux des vieilles pierres
Fred était apparu dans sa chambre, une Hermione rayonnante entre ses bras. George fit bientôt son apparition et serra son jumeau contre lui.
-Enfin te voilà ! J'ai cru défaillir ! Te rends-tu compte ? Une chambre pour moi tout seul, personne pour rire de mes blagues ! Seul face à ces horribles personnes
-Ta famille tu veux dire ?
-Ne joue pas sur les mots Granger !
-Je sais Georgie, j'ai ressenti la même chose. C'était affreux !
-C'est bon, vous avez fini ?
Les jumeaux rirent. George poussa Ron pour s'assoir à ses côtés et posa son bras sur le visage de son cadet. Hermione prit place sur le bureau et Fred s'assit au sol, contre ses jambes.
-Alors quoi de neuf ?
-Oh pas grand-chose, maman a paniqué en apprenant que Fleur allait arriver, pousses toi George !
Là-bas, chez moi, le sourire de ma mère
-Oh un peu de chaleur humaine frangin ! Papa a découvert l'utilité des balais dans le monde moldus
-Et ça l'a fasciné pendant trois jours…
-Jusqu'à ce que maman le menace de faire le ménage façon moldue, à vie.
-Oh et Charlie a charrié Bill pendant deux jours sur Fleurk.
-Et vous ?
-Rien qui ne te regarde Ronnie.
Fred lui adresse un clin d'œil et Hermione s'éloigna vivement de lui lorsqu'une lampe lui atterrit sur la tête.
-Qu'est-ce que j'ai dit ?!
-Fred ! Depuis quand laisses-tu victimiser par plus jeune toi ?! Ton frère et moi ne t'avons pas élevé comme ça !
Le besoin insensé d'un retour en arrière
Ginny faillit s'étouffer de rire en voyant les ainés entrer dans la chambre.
-Comment vas-tu Hermione jolie ?
-Très bien et toi Charlie ?
Ce dernier déposa un bruyant baiser sur sa joue et s'allongea au sol, posant sa tête sur les jambes de Fred.
-Tu pourrais arrêter de draguer ma copine ?
-Silence Freddie. Je suis le plus vieux, je n'accepte aucune contradiction.
-C'est Bill le plus vieux.
-Et Bill est d'accord.
Ce dernier vint s'assoir sur le lit qui menaçait de s'effondrer à tout moment. Il se posa près de la fenêtre et ses jambes bloquèrent la respiration de Ron.
Un jardin, de vieux jouets, royaume de poussière,
-Vous êtes lourds les gars ! On a plus l'âge de tenir tous dans ce lit !
-Si tu ne mangeais pas autant aussi !
-Ah parce que c'est de ma faute Fred ?
-C'est vrai que tu as pris un peu de poids Ronnie.
-La ferme Bill, je me suis musclé, voilà tout !
-Vraiment ?
Là-bas, chez moi, aux creux des vieilles pierres
Bill pinça son ventre et Ron lui sauta dessus.
-Au moins, moi, je ne reste pas derrière un bureau à draguer les filles.
-Mais c'est justement pour cela que je m'entretiens.
Ron essaya d'étouffer son frère, mais il dut reconnaître que ce dernier avait plus de force.
-Respecte tes ainés et…
Mais la phrase de Charlie fut noyé dans un coussin que George venait de lui lancer.
-Ça m'a glissé des mains.
-Vous l'aurez cherché !
Charlie se leva brusquement et se jeta sur George.
-Attendez ! On fait les équipes !
-Je prends Ginny !
Ils avaient tous parlé en même temps et Fred avait soupiré.
-J'ai le droit à mon jumeau ?
-Ce ne serait pas équitable. Chacun pour soi !
S'en suivit une bataille d'oreillers et de tout ce qui se trouvait dans la chambre. Hermione en arbitre et les rires des Weasley emplirent la maison, comme sortis d'un autre temps.
Là-bas, chez moi, le sourire de mes frères.
