Embrasse moi mon ange - Sébastien Agius
Mets ta main sur ma blessure, laisse faire le temps
Harry était dans son lit, au Terrier. Les ronflements de Ron, le bruit de la goule dans le grenier, le bois qui craque, tout ceci le rassurait, lui réchauffait le cœur. Il était de retour chez lui. Les Weasley étaient l'image qu'Harry se faisait d'une véritable famille. Unie, se chamaillant souvent, se courant après dans les couloirs, les étreintes rassurantes, les présences toujours. Ils étaient la joie et l'amour incarné et Harry se sentait à sa place en leur présence. Il avait le droit à autant de moqueries de la part des jumeaux que Ron, autant d'étreintes de Molly, d'inquiétude d'Artur, de sourires de Ginny. Il avait été accueilli ici, avant sa deuxième année lorsque Ron, Fred et George étaient venus le délivrer en volant la voiture de leur père. Il sourit à ce souvenir. Ils avaient passé un très mauvais moment lorsque Molly les avait découverts. Ils avaient pris des risques pour le faire évader. Il se souvint de Fred au volant, George lui indiquant le chemin, les soupirs de Ron. C'était sa famille, sa seule véritable famille.
Harry était épuisé, mais ne parvenait pas à s'endormir. Le voyage avec Dumbledore, la rencontre avec Slugorn, son premier transplanage, tout ceci tournait en boucle dans sa tête. Il décida de se lever et d'aller se rafraîchir à la cuisine. Il profita du fait d'être seul dans la maison pour regarder autour de lui. Tous ces objets magiques ne cessaient de l'émerveiller. Les aiguilles qui tricotaient toutes seules, l'horloge qui n'indiquait pas l'heure, le poêle qui faisait gonfler ses flammes sans aucune aide. Il aimait la magie. Il songea que, Sirius n'était était toujours en vie, ils auraient pu vivre dans une maison aussi magique. Il y aurait eu des plats se cuisinant seuls, la musique moldue, Kreatture et ses injures. Il aurait partagé sa chambre avec Ron et une autre aurait été décorée pour Hermione. Ou l'inverse. À bien y réfléchir, il préférait l'inverse.
La porte d'entrée s'ouvrit lentement et la peur prit possession de son corps. Il empoigna sa baguette qui se trouvait dans sa poche arrière, vérifia ses deux fesses et attendit. Des petits bruits étouffés lui parvinrent. Il semblait y avoir deux personnes dans le salon et Harry se tendit encore plus.
-Tu es aussi discret qu'un Troll Fred !
-Oh ça va, je connais la maison par cœur, je sais les pièges à éviter !
Un grand fracas se fit entendre et Harry sourit.
-Pour ma défense, ce vase n'avait rien à faire ici !
-On va se faire repérer par ta mère !
-Ou par Harry.
Fred pointait sa baguette sur lui et un immense sourire fit son apparition sur son visage. Hermione se tourna précipitamment et la stupeur l'envahit.
-Harry…
Elle se jeta dans ses bras et il sentit une douce chaleur se répandre en lui. Il était à la maison. Hermione caressa doucement sa nuque dans leur étreinte et il déposa un baiser dans ses cheveux. Elle sentait bon, elle sentait la sécurité, le réconfort, les soirées au coin du feu. Son cœur tambourina dans sa poitrine et il pria pour qu'elle ne l'entende pas.
Je le dirais je le jure, avant que vienne le printemps.
Un bruit leur parvint et Fred rit.
-Ah le petit Ronnie est réveillé.
Harry se détacha à contrecœur de sa meilleure amie et le visage de Ron apparut dans les escaliers.
-Qu'est-ce qui se passe ici ?
-Y'a pas à dire, on peut vraiment compter sur toi en cas d'attaque de mangemorts !
-La ferme Fred ! Harry ?!
Ron descendit l'escalier en faisant le moins de bruit possible et en évitant soigneusement la septième marche.
-Depuis quand es-tu là ?
-Quelques heures. Je n'arrivais pas à dormir.
-Tu étais dans ma chambre ?!
-Ah oui, on peut vraiment compter sur toi Ron !
-Est-ce que quelqu'un t'a demandé ton avis à toi Fred ?
-Est-ce que quelqu'un t'a demandé d'exister Ron ?
-Ça suffit ! Vous allez réveiller toute la maison !
Fred tira la langue à son frère et embrassa Hermione. Harry sentit son estomac se contracter et préféra regarder ailleurs.
-Je vais me coucher, tu me rejoins ?
-Je vais rester un peu avec les garçons.
Harry entendit Fred émettre un grognement et leur souhaiter bonne nuit. Il suivit ensuite Ron et Hermione dans la cuisine. Cette dernière leur servit un thé et s'assit à côté d'Harry, posant sa main sur son bras.
Mets tes doigts sous mon armure, viens là, viens dans mon présent.
-Comment te sens-tu ?
-À merveilles.
Elle sourit tristement et il prit soin de la détailler. Elle avait les cheveux ébouriffés, le regard inquiet et les lèvres rouges. Elle était belle. Elle réchauffait son cœur. Hermione avait toujours représenté le réconfort pour Harry. Sa simple vue lui faisait oublier ses problèmes, la guerre, la mort qui rythmait sa vie. Il n'avait qu'à la regarder pour entrevoir l'espoir, un rayon de lumière parmi les nuages. Il se rapprocha discrètement d'elle pour toucher ses jambes.
-Je suis désolée.
-Rien n'est de ta faute Hermione. Tu as fait tout ce qu'il y avait à faire. Vous m'avez suivi dans ma connerie. Je ne peux m'en prendre qu'à moi-même.
Hermione resserra son emprise sur son bras et Harry déposa sa main sur la sienne.
Mets ta main sur ma blessure et ne dis rien, attends.
-Ce n'est pas ta faute mon vieux. On aurait tous réagi pareil. Si ça avait moi et que j'avais vu Ginny, ou un de mes frères, j'aurai fait la même chose que toi.
-Je sais…
Ils restèrent dans la cuisine des Weasley jusqu'au petit jour. Leurs conversations étaient tournées vers Sirius et Voldemort. Harry leur raconta la prophétie, les confidences de Dumbledore, la peur que lui inspirait son avenir. Il y avait eu les hoquets de Ron, les perles dans les yeux d'Hermione. Les plans d'attaque, de survie. Les confidences sur sa peine, sur leur culpabilité. Il y avait eut Ron et son encas de quatre heures du matin, les réprimandes d'Hermione, les récits sur la vie au Terrier, les aventures en France. Et puis, la douleur d'Harry et ses larmes qu'Hermione avait embrassées.
Embrasse-moi mon ange. Mes cicatrices sous tes phalanges.
Leur sixième année avait commencé depuis quelques semaines et Harry se sentait épuisé. Il était passé maître dans l'art des potions grâce au Prince de Sang-Mêlé. Rogue avait rendu les cours de Défenses contres les Forces du Mal encore plus exécrables qu'Ombrage, oui c'était possible, et il recevait de partout des paroles d'excuses de la part de ses camarades. « Tu avais raison Harry », « excuse-nous de ne pas t'avoir cru », « tu n'es pas un menteur », ça il était au courant depuis longtemps, merci.
Et Dumbledore lui avait donné rendez-vous dans son bureau. Harry ne savait pas à quoi s'attendre. Bien sûr, le directeur lui avait parlé de ces petits cours qu'il lui donnerait cette année, mais il était resté vague, mystérieux, comme à son habitude. Il avait passé la soirée avec lui, découvrant, avec effroi, un Voldemort enfant, aussi terrifiant qu'aujourd'hui. Dumbledore lui avait parlé de la fascination de ce dernier pour la magie noire, son goût pour les sortilèges néfastes, sa scolarité à Poudlard et le début de sa formation de partisans. En ressortant de son bureau ce soir-là, Harry s'était senti étrange. Il n'avait jamais imaginé Voldemort enfant. Il n'avait jamais pensé au fait qu'il avait eu des parents, qu'il avait peut-être été aimé, désiré. Qu'avant d'être ce Mage Noir, il avait vécu, comme chacun d'entre nous. Mais le pire restait le fait qu'il se trouvait beaucoup de points communs avec lui. Ils avaient tous les deux grandi sans parents, sans repère, sans amour. Ils avaient considéré Poudlard comme un refuge, une maison, une protection. La nausée le prit soudain et il essaya de chasser ces pensées de son esprit.
Et puis, une phrase lui revint en mémoire. C'était anodin, rien du tout, une phrase insignifiante, mais il avait senti le mal-être s'installer en lui à cet instant. « Et tes autres activités en dehors des cours ? Et bien j'ai remarqué que tu passais beaucoup de temps avec Miss Granger ». Harry avait alors rit nerveusement en lui assurant qu'ils n'étaient qu'amis et il détesta ce mot. Amis. Justes amis. Dire qu'un tout petit mot aurait pu tout changer. Dumbledore n'avait pas insisté, mais Harry avait pu percevoir son sourire en coin.
Libère-moi mon ange, que je reprenne de cet amour qui nous change.
Plus les jours passaient et plus Harry était heureux. Il avait enfin Hermione pour lui seul. Fred n'étant plus là, il pouvait profiter de sa présence chaque jour. Bien sûr, elle n'avait de cesse de lui répéter de ne pas se mettre en danger, de faire attention avec Dumbledore, d'être toujours sur ses gardes. Il levait souvent les yeux au ciel et un sourire apparaissait sur le visage de son amie. Hermione passait à nouveau ses soirées avec eux et Harry en profitait pour la regarder, du coin de l'œil, dès qu'il en avait l'occasion. Mais elle s'en rendait toujours compte et lui adressait un sourire timide. Leur relation avait changé. En l'absence de Fred et de Cho, ils étaient redevenus tactiles. Leurs caresses se faisaient de plus en plus fréquentes et cela rassura Harry, tout en le faisant souffrir. Il savait que l'ombre de Fred n'était jamais loin et qu'Hermione ne voyait en cela que de simples gestes d'amitié. Or, il aurait aimé que ce soit plus. Il aurait aimé la prendre dans ses bras et l'embrasser. Il se voyait souvent déposer ses lèvres sur les siennes et ces pensées le mettaient à l'étroit.
Garde-moi près de tes cieux et je ferais de mon mieux.
Il profitait aussi de ses séances de Quidditch et du temps qu'il y passait avec Ron. Il pouvait voler à nouveau et cela lui donnait une liberté sans égale. Ils s'entrainaient tant et si bien qu'ils réussirent en remporter le premier match de la saison. Et cela était essentiellement dû à Ron et à son agilité.
Le vacarme résonnait dans la salle commune. Les cris de joie ponctués des Weasley est notre roi. Et puis, Lavande Brown s'était jeté sur son meilleur ami et Harry avait explosé de rire. Rire qui s'était estompé lorsqu'il avait aperçu Hermione sortir de la salle en courant. Son cœur s'était mis à battre frénétiquement et il l'avait cherché partout dans les couloirs. Puis, il s'était rendu dans la même salle que l'année dernière et avait découvert le même spectacle. Sa meilleure amie, assise au fond de la salle, larmoyante, désolante. Il s'était alors précipité vers elle et s'était assis à ses côtés. Elle avait posé sa tête sur son épaule et il avait recueilli ses larmes.
-C'est stupide.
-Rien n'est stupide.
Il n'était pas dupe, il connaissait la raison pour laquelle Hermione pleurait entre ses bras. Et cette vérité l'étouffa.
-Ça te rappelle Fred n'est-ce pas ?
Elle hocha la tête et le poids sur sa poitrine s'intensifia.
-Il te manque ?
Elle se releva et Harry vit dans ses yeux une certaine détresse. Mais il comprit que cela n'était pas dû à l'absence du Weasley.
-Dis-moi Hermione.
Alors elle pleura plus fort et il la serra contre lui.
-Tu vas me trouver horrible.
-On point où on en est, tu sais…
Elle rit et planta son regard dans le sien. Harry sécha les larmes sur ses joues et fut surpris en voyant Hermione fermer les yeux. Elle prit une inspiration et lui fit face.
-Je l'aime. Tu le sais Harry. Mais, depuis que nous sommes revenus à Poudlard, c'est différent. Il me manque, mais… Mais ce n'est pas pareil. Je veux dire, j'ai envie qu'il soit avec moi. Mais j'ai aussi envie … Enfin je voudrais…
S'il est permis qu'on s'éprenne
-Hé Hermione, tout va bien. Ce n'est que moi.
-Justement Harry !
Qu'on se prenne à se plaire.
Son cœur manqua un battement et son estomac remonta dans sa gorge. Qu'essayait-elle de lui dire ?
-Un autre a pris sa place ?
-Il est en train de le faire, je crois. Et je m'en veux. Mon Dieu je m'en veux tellement. Je ne sais pas quoi faire.
Son murmure reflétait la douleur et la culpabilité. Harry avait remarqué depuis quelque temps le changement de comportement d'Hermione. Ses yeux avaient changé, la manière de le toucher, d'être toujours à ses côtés. Mais il avait mis cela sur le compte des retrouvailles, de la peur de sa meilleure amie pour lui, après ce qu'ils avaient vécu au ministère. Il ne s'était jamais autorisé à penser qu'elle pouvait le voir autrement.
Le remède de ta bouche reste encore un mystère.
Alors, lentement, comme si le temps s'était suspendu, il approcha son visage du sien. Il détailla tous les traits de son visage et il pu voir la crainte dans son regard. Il caressa sa joue et elle ferma les yeux. Plus rien n'existait. Plus rien ne comptait. Harry pouvait sentir le souffle d'Hermione cogner contre ses lèvres et il s'approcha un peu plus. Il l'effleura du bout des lèvres. Il ne voulait pas la brusquer. Mais déjà, il put en connaitre leur saveur et il se dit que c'était certainement la meilleure chose au monde. Le remède à tous les maux de la terre.
Tes lèvres soignent les maux et les entailles de naguère, de mes guerres, de ma guerre.
Et la porte s'ouvrit avec un immense fracas. Il entendit des gloussements et s'éloigna rapidement d'Hermione. Le froid prit place dans son corps et il vit Ron et Lavande, arriver en courant.
-Oups ! La place est prise on dirait.
-Hermione ?
Lavande sortie de la salle, les laissant tous les trois. Harry s'attendait à ce que Ron comprenne. Comprenne qu'il avait failli embrasser la petite amie de son frère. Il était prêt à se faire cogner en voyant Ron arriver en courant. Mais, à la place, il s'agenouilla face à Hermione et posa une main sur son bras.
-Elle ne te remplace pas.
Alors Hermione s'était jetée à son cou et lui avait murmuré des excuses. Mais Harry savait que ces excuses lui étaient destinées. Elle s'était laissé aller et cela ne se reproduirait plus. Il le savait. Pas temps que l'ombre de Fred planait sur eux.
Libère-moi mon ange.
