Dans mes bagages - Roxane Le Texier et Sébastien Agius
Je perdrais tous mes regrets
-Il va falloir arrêter cette manie de me suivre à la bibliothèque quand vous voulez éviter vos petites copines !
-Chut ! Tu vas nous faire repérer !
-Je rêve ! Je nage en plein délire.
Hermione leva les yeux au ciel et Ron sourit. Depuis sa rupture avec Lavande, il l'évitait au maximum. Mais cette dernière semblait avoir à radar spécialement pour lui. Elle profitait alors des occasions qui lui étaient présentées pour le fusiller du regard ou lui lancer des remarques acérées.
-Rappel moi pourquoi tu ne la pas quitté plus tôt ?
-Et toi ?
Il vit un voile passer dans les yeux de sa meilleure amie et regretta aussitôt. Il avait compris depuis bien longtemps, mais s'était gardé de lui en faire part. En vérité, c'est après la saint-Valentin que cela lui avait paru flagrant. Hermione et Harry. Il avait vu le rapprochement, plus que d'habitude, de ses deux amis. Ils avaient vu les mains enlacées, les regards fuyants, les joues rougissantes. Il avait compris alors et cela lui avait fait mal, pour son frère. Parce qu'il était persuadé que Fred était fou amoureux d'Hermione, mais qu'il avait été remplacé. En vérité, c'était inévitable. Harry et Hermione avaient cette connexion incroyable que seules deux âmes sœurs possèdent. Il n'avait jamais douté de la sincérité d'Hermione, jusqu'à maintenant. Et pourtant, il n'arrivait pas à lui en vouloir. Il savait qu'Hermione se voilait la face, fermait les yeux. Parce qu'au fond, elle aimait Fred et l'aimerait toujours. Elle ne voulait pas lui infliger cette peine. Mais il souffrait, sans le savoir.
Je laisserai le temps emporter ce qui me brisait.
-On va marcher ?
Hermione hocha la tête et lui sourit timidement. Ils ne passaient jamais réellement de temps tous les deux, mais ces rares moments étaient sacrés pour Ron. Parce qu'Hermione apaisait les gens autour d'elle, elle rayonnait et sa lumière se reflétait sur ceux qui la côtoyaient. Elle ne jugeait pas, écoutait, angoissait parfois, rassurait souvent.
Et je retiendrai ta voix au creux de mes chansons
Tandis qu'ils s'engouffraient dans l'air frais de ce mois d'avril, il songea à leurs dernières années. Au fait qu'ils avaient grandi. Ils s'étaient cognés contre l'amour, l'avaient laissé filer, s'étaient retrouvés face à la mort et l'avaient défié. Mais Ron ne regrettait rien. Ni son escapade au ministère, ni l'Armée de Dumbledore, ni les centaures, les basilics. Peut-être légèrement le filet du diable, mais c'était un détail.
Il ne voyait pas le visage d'Hermione, noyé dans l'obscurité, mais entendait sa respiration saccadée.
-Tu sais Ron, je n'avais rien prévu. Ça m'est tombé dessus.
-Je sais Hermione, tu n'as pas à te justifier.
Elle se tourna vers lui et il devina l'angoisse au fond de ses grands yeux.
-C'est ton frère Ron !
Il haussa les épaules.
-C'est un crétin.
-Ron…
-Tu sais Hermione, Fred est mon frère et je l'aime plus que tout. C'est mon sang, ma chair. Tu ne seras jamais aussi importante, mais je comprends.
-Comment ?
-Parce que je vois vos yeux, à Harry et toi. Et je sais que tu fais tout pour étouffer cet amour, mais il vous rattrape. Je sais que tu aimes Fred, que c'est ton premier amour. Mais Harry et toi, c'est une histoire qui va bien au-delà. Je ne sais pas comment te dire, c'est physique.
-Tu crois ?
Je garderai le goût de toi.
-J'en suis certain. Mais, Hermione…
Il la prit par le bras et la fit s'arrêter, face à lui.
-Ne fais pas souffrir mon frère plus que nécessaire. Tu sais, il est fort, mais face à toi c'est différent. Il s'en remettra, je le sais et je suis certain qu'il sera là le jour de votre mariage…
-Tu vas un peu vite Ron.
Il sourit et pressa un peu plus son bras.
-Mais il faudra du temps. Tu sais, je le connais, il est sensible au fond. C'est le plus sensible d'entre nous.
-Vraiment ?
-Oui. Viens.
Il la fit assoir sous le vieux chêne, près du lac. Il regarda la lune se refléter à la surface de l'eau et trouva cela reposant.
On était fait pour voler.
-Tu sais, quand on était enfant, il s'occupait toujours de nous. George aussi bien sûr, mais Fred était différent. Il avait toujours des bonbons dans sa poche au cas où Ginny pleurerait. Il coiffait mes cheveux, faisait rire mon père. S'ils ont commencé à se moquer de Percy c'est pour le faire réagir, parce qu'il s'éloignait de nous. Mais ça n'a jamais fonctionné. C'est Fred qui a consolé ma mère quand ce crétin est parti. Il est doux. Enfant, il me chantait des chansons qu'ils inventaient avec George et faisant semblant de jouer de la guitare. C'était épouvantable, mais ça avait le mérite de nous faire rire. Il se déguisait, montait des pièces de théâtre et les interprétait. George était souvent embarqué dans ses histoires contre son gré, mais il se prenait au jeu. Ce sont peut-être des farceurs, mais mes frères ont une belle âme. Ils ont un cœur énorme. La preuve, leur métier est de diffuser de la joie, je trouve ça exceptionnel ! C'est leur vocation et ça leur va parfaitement. Alors, s'il te plait, si tu dois le faire, fais-le. N'attends pas. Plus tu reculeras et plus George aura du travail pour le réparer.
Il entendit Hermione renifler et passa un bras autour de ses épaules. Elle se laissa aller et posa sa tête contre son torse.
-Tu me détestes ?
-Bien sûr, mais ça, c'est depuis longtemps déjà ! Depuis la première année !
On voulait coute que coute, garder ce qu'on avait trouvé
Elle rit dans ses larmes et Ron la serra un peu plus fort.
-J'y repense souvent. À nous. Aux enfants que nous étions.
-Nous le sommes encore Hermione !
Le ciel nous souriait. On allait sur les routes. Rien ne nous arrêterait
-Plus pour longtemps. Ça arrive et tu le sais.
Elle avait relevé la tête et Ron pouvait percevoir ses yeux à la lumière de la lune. Elle avait raison.
-Je sais. Il va falloir partir.
-Comment ça ?
-Avec Harry et Dumbledore. Si j'ai bien compris, il faut détruire les horcruxes et, par un procédé que je ne comprends pas encore, Harry semble être le seul à pouvoir le faire.
-Tu veux partir avec eux ?
-Pas toi ?
-Si, bien sûr. Enfin, je t'avoue que je ne me suis pas réellement posé la question. C'est assez naturel, je pense.
-Oui et si vous voulez bien de moi pendant votre petite escapade en amoureux…
Hermione lui administra un léger coup de coude dans les côtes.
-Alors, je serai là.
Les beaux jours sont passés.
-Tu es courageux Ron.
Elle appuya à nouveau son visage contre son torse et Ron mit son menton sur le haut de sa tête.
-Pas plus que ça. Je ne veux pas laisser mes meilleurs amis partir sans moi.
-C'est en première année que j'ai remarqué ton courage.
-Parce que j'ai réussi le sortilège de lévitation ?
-Parce que tu t'es sacrifié sur le cavalier.
Ron sentit une douce chaleur se répandre dans tout son corps et déposa un baiser dans les cheveux de son amie.
-Ah bah, enfin vous voilà !
Ils sursautèrent en même temps et Hermione tomba contre Ron.
-Harry !
-Lui-même !
Il leur adressa un grand sourire et s'assit à leur côté. Il prit le poignet d'Hermione et cette dernière se cala à nouveau contre Ron.
-Vous parliez de quoi ?
-De nous.
-Vaste sujet Ron.
-Tu n'imagines même pas. On se remémorait notre première année.
-Ah c'était la belle époque les amis ! Le Troll, Voldemort dans la forêt interdite, Touffu, le filet du diable, Quirell, Voldemort encore, derrière sa tête. Ça me manque toute cette innocence. Nos vies étaient parfaitement calmes !
Et les grands soirs d'amour et tous les mots ensoleillés.
Ron explosa de rire et Hermione le suivit.
-Vous savez les garçons, parfois je me dis qu'on se gardera toujours les uns les autres.
-Comment ça ?
-C'est pas compliqué Harry. Après tout ce qu'on a traversé ensemble et tout ce qui nous reste a traversé, on restera gravé là.
Elle posa ses mains au niveau de leur poitrine.
-Même si la vie nous sépare, je sais que j'existerai dans vos cœurs et que vous existerez dans le miens.
Simplement traverser, par les doutes et les routes. Je n'ai plus à me retourner
-Tu es bien trop romantique pour moi Hermione.
Cette dernière lui assainit un nouveau de coup de coude et il rit en l'embrassant sur le front.
Oui, ils resteraient ensemble, quoi qu'il arrive. Après toutes les épreuves, tous les doutes, tous les obstacles, ils étaient toujours là, unis et forts. L'amitié est un amour bien plus puissant que toutes les potions et les sortilèges.
-Au faite Harry, où étais-tu ?
-Avec Dumbledore. Il me faut vraiment ce souvenir de Slugorn.
-Tu n'as toujours pas plus de chance ?
-De la chance…
Je repars en voyage. Mais je garde toujours de ton amour dans mes bagages.
