Depuis 3 jours, Jaime chevauchait aux cotés de Ser Osmund vers le lac rouge. La tristesse d'être séparé de Cersei n'arrivait pas à prendre le dessus sur le soulagement d'avoir laissé derrière lui pour quelques jours l'atmosphère nauséabonde de la capitale et la pénible servitude auprès du roi.
Son compagnon de voyage se révélait plutôt taciturne, oscillant sans cesse entre déférence excessive et mépris caché. Jaime avait l'habitude. Depuis qu'il était passé du titre de jeune lion à celui de régicide, le monde entier agissait comme Ser Osmund. Après toutes ces années, Jaime s'en fichait. Cersei se moquait bien qu'il soit un homme honorable, Tyrion l'aimait assez pour lui pardonner tous ses crimes et son père… lord Tywin était mort en maudissant son fils, non pour avoir tué son roi, mais pour être resté dans la garde royale, faisant de Tyrion l'héritier du roc. Brulez-les tous. Il avait enfoui dans son cœur la vérité sur les circonstances de son dernier face à face avec Aerys et n'en avait soufflé mot à quiconque. Personne, pas même sa sœur, n'avait daigné lui poser la question. Et voilà qu'il chevauchait pour peut être tuer une dernière ombre de son passé, un rejeton du dragon, venue de nulle part. le fait qu'il obéisse à un ordre du roi cette fois-ci n'éteignait pas vraiment le doute qui s'emparait de sa conscience.
- Ser Jaime, je crois que nous arrivons.
Devant eux serpentait un chemin en pente douce contournant un lac aux eaux bleu saphir reflétant les murailles en pierre rouge de ce qui devait être le domaine des Crane. La forêt de Crakehall s'étendait de l'autre coté du château, bordée par des prairies et des champs de blé. Le Bief dans toute sa splendeur, une terre riche, fertile, accueillante. Si la propriétaire des lieux était réellement une sorcière Targaryen, le coté accueillant ne serait pas garanti pour le régicide. Jaime piqua des deux, pressé d'en finir avec cette réminiscence de ses cauchemars et de rentrer vers son seul foyer : Cersei.
Les abords du village étaient bordés de fermes et de cabanes de pêcheurs. Les gardes à l'entrée du fort les laissèrent passer sans les interroger, à la surprise des voyageurs. Peut-être une Targaryen se serait elle montrer plus vigilante quant à la sécurité de son domaine. De ce que Jaime pouvait en voir, le village se divisait en 4 quartiers reliés à la place centrale par 2 grandes rues pavées. Il repéra des tavernes et plusieurs échoppes ayant laissé leur étal visible depuis la rue, des soieries, des peaux, de la vaisselle. Bien que petit, l'endroit fourmillait d'activité et les visiteurs furent surpris d'entendre des accents des 4 coins du royaume et même de Pentos. Les chevaliers continuèrent leur progression jusqu'à un 2e rempart de pierres où cette fois les gardes les arrêtèrent. Curieusement, ils ne manifestèrent aucune surprise quant à l'identité de leurs visiteurs, se contentant d'emmener leurs chevaux à l'écurie et d'aller prévenir leur dame.
Jaime et Osmund patientèrent dans la cour en essayant de repérer les lieux. A droite de la porte, se trouvaient une forge et une salle d'armes avec les écuries. Derrière, on pouvait apercevoir un verger de bonne taille. Face à eux, un petit septuaire barrait l'accès à ce qui semblait être un vaste grenier à blé et une grange à bestiaux. A leur gauche, un étang longeait la muraille aux cotés du donjon et d'un hall à banquets. Comparé au donjon rouge ou au roc, l'ensemble était minuscule. Un trou perdu au fin fond du grenier à blé de Westeros. Rien à voir avec la moindre idée de menace mais qui sait, les apparences pouvaient être trompeuses. Comme pour confirmer le soupçon de Jaime, un grondement nullement amical retentit derrière lui. Les 2 hommes se retournèrent, la main à l'épée pour tomber sur 2 fauves tels qu'ils n'en avaient jamais vu. Cela avait la couleur grise des lynx de fumée, la taille d'un lion, les yeux de la couleur des eaux du lac des Crane. Et des crocs. Beaucoup trop de crocs. Jaime se prépara à dégainer quand :
- Bakeesh ! Nymeria ! restez tranquilles. La garde royale est assez indigeste à dévorer par cette chaleur.
Les panthères se couchèrent aussitôt, ne quittant pas des yeux les intrus. Une femme apparut, pieds nus, un tablier sale masquant des jupons de coton, la chemise blanche aux courtes manches bouffantes se laissant voir sous un corsage de cuir bleu. Même vêtue telle une lavandière, il n'y avait aucun doute sur l'identité de la maitresse des fauves. Deux yeux splendides fixaient Jaime, un saphir et une améthyste. Dans la masse de cheveux noirs tombant librement sur ses épaules, Enora Crane possédait plusieurs mèches d'argent liquide. Jaime restait figé, incapable de bouger ou de se présenter. Lady Crane les regardait, un sourire amusé au coin des lèvres, mais nulle malveillance n'émanait d'elle, pas plus que de la crainte. Et nulle folie. Un instant, Jaime crut voir la douceur de feu la reine Rhaella s'imprimer sur les traits de la jeune femme devant lui et il vacilla. Ce fut finalement Ser Osmund qui rompit le charme en allant s'incliner devant la lady du lac rouge.
- Ma dame, je suis Ser Osmund de la garde royale et voici mon comparse Ser Jaime. Nous sommes ici sur ordre du roi.
- Oh, notre bon roi Robert a donc finalement eu vent que quelques gouttes du sang de dragon se nichaient encore au sein de son royaume et vous a donc envoyé tarir la source. Je vous écoute messieurs, quels sont vos ordres ? devez vous m'interroger, me tuer ici même ou me ramener à Port Réal ?
- Hum, ma lady, il y a méprise. Nous ne sommes là que pour faire la lumière sur votre lignage et… vos intentions…
- Bien sur Ser Osmund. Le roi exterminateur de dragons a dépêché 2 chevaliers de sa propre garde, dont le fameux Jaime Lannister, simplement pour discuter et boire du vin de la Treille. Après tout, il est de notoriété publique que Robert Barathéon est un homme de palabres et de négociations.
- Lady Crane, je vous assure…
- N'en dites pas plus Ser Osmund. Vous m'avez l'air d'un homme honorable et je n'ai aucune intention de vous humilier en vous démontrant l'ineptie de vos mensonges. Sachez seulement que si j'avais ne serait-ce que la moitié de la naïveté nécessaire pour y croire, vous ne seriez jamais venus ici car mes os blanchiraient au soleil de Vaes Dothrak à l'heure actuelle. Je vous repose la question et cette fois-ci, je vous prie de me dire la vérité ou mes petits chats mangeront autre chose que du gibier ce soir. Pourquoi êtes-vous là ?
- Vous menacez des membres de la garde royale ?
- Le roi Robert m'a envoyé pour vous tuer si vous êtes une Targaryen.
Jaime s'était avancé, se plaçant entre Ser Osmund et les fauves. Cette mascarade l'impatientait et il était curieux de savoir comment cette donzelle arrogante réagirait en sachant qu'une des plus fines lames de Westeros était venue pour prendre sa vie. Contre toute attente, lady Crane sourit d'un air serein.
- Rangez votre épée, Ser Jaime. Je ne suis pas une Targaryen.
- Je ne demande qu'à vous croire ma dame. Mais mes yeux me disent le contraire. Vous demandez de nous une franchise absolue, permettez-moi de faire pareil.
Lady Crane opina en soupirant. Puis elle claqua des doigts et une servante apparut derrière elle.
- La vérité est une trop longue histoire pour être racontée sous un tel soleil. Paquita, montre à ces chevaliers les quartiers des invités et apporte leur tout ce qu'ils demanderont. C'est la fête des lampions ce soir, faites moi l'honneur d'y être mes invités. Vous profiterez ainsi de tout ce que le lac rouge a à offrir et vous pourrez rapporter à votre roi toute la vérité qu'il désire entendre.
Les 2 chevaliers s'entre regardèrent et s'inclinèrent pour accepter la proposition de leur hôtesse.
