Tout d'abord, merci beaucoup pour vos reviews, cela me touche beaucoup, je vais continuer à faire de mon mieux. La suite ici:

Assise dans son fauteuil à droite de la cheminée de la grande salle, Enora écoutait patiemment un commerçant de la rue des tanneurs se plaindre des écoulements d'eaux usées de son voisin. C'était le jour des requêtes et il y avait moins de monde que d'habitude, beaucoup d'habitants cuvant encore leur vin suite à festivités de la veille. Derrière le marchand belliqueux, une dizaine de personnes patientaient dans le hall. La plupart jetait sans cesse des coups d'œil à ses invités, les 2 membres de la garde royale assis à ses cotés aux places d'honneur.

Enora sentait les yeux de Jaime posés sur elle, fixant particulièrement ses mains. Son poignet droit était orné d'un bracelet d'or figurant un serpent enroulé autour de son bras, la gueule ouverte en une attitude menaçante dressée au-dessus de son pouce. Ses phalanges gauches portaient toutes des bagues à leurs extrémités, qui couvraient ses ongles et avançaient telles des griffes. Tu te demandes à quoi me servent ces bijoux, tu cherches un message caché. Tu ne vas pas tarder à le découvrir. Surtout si ton ami ne lève pas son regard de sous mes jupes. Ser Osmund semblait en effet perdu dans la contemplation de sa robe de soie émeraude, aux manches ajourées et au manteau de mousseline violette à large ceinture ventrale. Enora retint un soupir d'agacement. Nymeria à ses pieds gronda doucement. Aussitôt le marchand geignard se tut. La jeune femme claqua de la langue et la panthère reposa la tête sur ses pattes, en un sommeil trompeur.

- Maitre Mohato, je comprends le désagrément que vous éprouvez. Mais quand les égouts et les eaux usées du village ont été planifiés, vous avez refusé de les financer en arguant que vous n'en voyiez pas l'utilité. Vous n'avez donc pas été consulté au moment d'en dessiner les plans. Et aujourd'hui, vous voudriez que je paie pour détourner entièrement le tracé des égouts parce qu'il vous gêne ?

- Cela nuit à ma clientèle ma dame…

- Nous avons financé cet aménagement pour qu'il soit bénéfique à l'ensemble du lac rouge, nous n'allons pas le modifier pour votre seul bénéfice. Mais nous ne voulons pas que vous soyez réduits à la mendicité suite à la perte considérable de revenus entrainée par la création d'un trottoir devant votre boutique. Aussi, nous vous donnons la permission de modifier le tracé des égouts à votre convenance. Avec vos hommes. Et à vos frais.

- Mais ma dame…

L'œil violet d'Enora étincela, Nymeria gronda et le marchand se tut, s'inclinant et se dirigeant vers la sortie aussi vite que ses jambes le lui permettaient. La prochaine plaignante fut une femme au visage tuméfié à faire peur accompagnée d'un homme qui ne pouvait être que son père.

- Ma dame, oh je vous en prie, sauvez-moi, mon père veut me tuer !

- Je vois cela ma fille. Père Gerald, peut on savoir pourquoi vous avez battu votre fille si violemment ?

- Parce que c'est une gueuse, sauf votre respect ma lady. Elle était avec un homme à la fête hier soir et elle a fini les jupons par-dessus la tête. Je lui avais arrangé un mariage avec le maréchal ferrant, il en veut plus maintenant qu'elle est fanée.

- C'est pas ma faute ma lady ! je vous le jure, je voulais pas, il m'a forcée !

- Tais-toi. C'est rien que des menteries, elle a ça dans le sang, comme sa mère.

- Assez père Gerald. Depuis quand la noce était-elle prévue ?

- Le maréchal et moi on est allés voir le septon il y a une lune et ça devait se faire dans 3 jours.

- La jeune fille avait elle donné son accord pour cette union ?

- Sauf votre respect ma dame, je suis son père, elle a qu'à obéir.

Enora fronça les sourcils.

- Regarde moi petite. Voulais-tu te marier avec le promis choisi par ton père ?

- Non ma dame, sanglota la gamine. Le maréchal est vieux, il me fait peur et sent mauvais. Je l'ai dit au vieux mais il m'écoute pas.

- Et tu dis que l'homme qui t'a troussé hier soir l'a fait contre ton gré ?

- Oui ma dame. Moi je voulais pas, mais j'avais peur.

- Saurais-tu me dire qui t'a forcé ?

D'une main tremblante, la fille désigna Osmund en sanglotant de plus belle. Des murmures d'indignation s'élevèrent dans la pièce. Le chevalier bondit :

- Je n'ai rien fait, c'est une menteuse !

- Calmez vous ser. Ser Jaime et moi-même, nous vous avons vu hier avec une femme dans le verger du château. Était-ce cette jeune fille ?

- Je n'ai été qu'avec une femme hier soir, alors ça se pourrait que oui. Mais c'est difficile de la reconnaitre avec les coups qu'elle a pris. Mais je n'ai forcé personne, je le jure !

- Vous avez aussi juré chasteté en entrant dans la garde royale ser. Où était votre serment hier soir ?

Honteux, Osmund se rassit. Enora se redressa dans son fauteuil et proclama :

- Ser Osmund est parjure mais sur un point il dit vrai. Je t'ai vu hier ma fille et tu n'avais l'air ni apeurée ni triste, bien au contraire. C'est un péché de mentir à sa dame.

- Oh je vous en prie ma lady…

- Silence ! Père Gerald, aucune fille ne sera mariée sans son consentement tant que je règne sur le lac rouge. L'union projetée est donc dissoute. Votre fille n'ayant pas été contrainte, je ne vous condamne pas pour l'avoir battue mais que cela ne se reproduise pas à l'avenir. Une parole plus douce et de la patience amènent aussi bien l'obéissance que le fouet. Quant à toi, jeune fille, je ne condamne pas ta lubricité mais ton mensonge. Pars pendant un an chez les sœurs du silence. De la servitude et du calme assagiront ton tempérament.

Les 2 paysans s'en furent, la fille toujours en sanglotant. Lady Crane jeta un regard mauvais à Osmund.

- Je vous saurai gré de réfréner vos ardeurs tant que vous serez sous mon toit ser. La réputation de la garde royale en dépend.

Le fautif s'inclina de mauvaise grâce quand une pauvresse déboula dans la salle et alla se jeter aux pieds d'Enora.

- Oh madame, je vous en supplie aidez-moi ! mon petit a disparu !

- Allons mère Rougefort, calmez-vous. Il est peut-être en train de cuver son vin dans une grange. Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?

- Hier soir m'dame. Mais je sais qu'il est allé sur le lac, notre barque est plus sur la berge. Depuis que le père est mort, il veut toujours m'aider avec la pêche pour montrer qu'il est homme. Mais j'ai jamais accepté qu'il aille sur le lac. C'est trop dangereux avec la sirène…

- Ta sirène n'existe pas vieille femme, intervint le mestre. Ce sont des racontars d'ivrognes et des contes pour faire peur aux enfants.

- Je vous demande bien pardon messire, mais c'est pas des menteries, même moi je l'ai vu. Mon petit a voulu aller prendre des écrevisses tôt ce matin et la sirène l'a pris. Mon pauvre Jason !

- Apaisez vous mère Rougefort, nous allons retrouver votre garçon. Et quelle que soit la créature qui hante vos cauchemars, nous la tuerons. Rickard, prépare tes hommes et nos barges. Nous partons sur le champ. Ser Jaime, ser Osmund, toutes les bonnes volontés sont bienvenues. Vous joindrez vous à nous avant votre retour à la capitale ?

- Assurément ma dame.

Les navires qui attendaient Jaime et la garde d'Enora étaient de frêles esquifs, rapides, à fond plat. Aucun homme n'était en armure, le poids de l'acier les aurait entrainés sous l'eau en cas de chute, mais tous étaient armés jusqu'aux dents. Il semblerait que beaucoup d'entre eux prennent cette histoire de sirène très au sérieux, à en juger par les murmures captés par les chevaliers au fur et à mesure de leur progression vers l'embarcadère. Soudain le silence se fit. Lady Crane était apparue en armes, tunique de cuir moulant ses formes, des plaques en écailles protégeant ses bras et toujours ses bijoux menaçants à chaque main. Jaime en resta bouche bée. Il avait vu son hôtesse en dessous et même au deçà de son rang, mais la voir ainsi en guerrière était pour le moins inattendu. Baelish aurait il dit vrai concernant ses capacités au combat ?

Il contemplait la dame du lac rouge donner ses ordres pour entamer les recherches quand un hurlement de douleur retentit derrière eux. On se précipita pour découvrir la mère du disparu se griffer le visage à la vue du corps de son enfant que le ressac avait ramené près de la rive. Le cadavre était affreux, partiellement dévoré et les entailles étaient si grosses que Jaime se demanda quel genre de poissons pouvait laisser ce type de blessures. Il sentit Enora arriver derrière lui et voulut lui épargner la vue du corps mais elle le repoussa sans ménagements. Lady Crane regarda l'enfant quelques secondes et poussa un profond soupir. Puis elle alla à la mère hystérique et l'enlaça fortement contre elle. L'étreinte dura jusqu'à ce que la femme endeuillée se calme et tombe assise sur le sol, hagarde. Enora se détourna et repartit vers l'embarcadère.

- Repêchez le petit. Tout le monde à son poste. On ne mettra pas un pied à terra tant que ce qui a tué ce gosse ne sera pas aussi mort que lui. Que ce soit une sirène, un kraken, un saumon ou l'Etranger lui-même.