Ville de Midgard – train Shinra

Les mains posées sur ses genoux, le buste droit et la mine quiète, la jeune Azahel observait. Elle venait d'avoir quinze ans il y a quelques jours, mais ce soir ce n'était pas son anniversaire que l'on fêterait. On ne le fêtait pas. Pour Azahel, le temps passait à présent si vite, bien qu'en contre partie toute la planète semblait au ralenti. Sauf cette ville … Midgard.

Ses grands yeux azurin regardaient à travers les vitres du train, apercevant Midgard derrière une fine couche de buée. Coincée entre les chaînes montagneuses d'immeubles de béton et l'océan de nuages acides, la ville de Midgard était immense. Telle un monstre de lumière et de métal fumant jamais rassasié, avançant toujours plus haut dans le ciel. La ville flottante s'élevait à cinquante mètres au-dessus du sol et les travaux, coupables de nombreux échafaudages et grues, bâtissaient depuis des mois un inextricable réseau d'autoroutes et de voies de chemin de fer pour la relier au sol.

Au loin, au centre de cette plaque circulaire de métal, on pouvait percevoir les puissantes lumières vertes des réacteurs de la Shinra Inc., consommant d'avantage et d'avantage l'énergie de la planète. Elle regarda les huit réacteurs cracher leur lumineuse colonne de fumée jade, diluant la vapeur de Mako dans l'air épais et lourd. Illuminé par de puissants projecteurs, l'immense bâtiment éclipsait dans son ombre le reste du gigantesque édifice. Ce titan d'acier était survolé par un des hélicoptères patrouilleurs, dont le vrombissement des hélices déchirait le silence.

Ses mains effleurèrent le satin anthracite de sa robe contrastant avec sa peau claire. Cette dernière était ouverte jusqu'au milieu de son dos et sa coupe ajustée épousait sensuellement ses courbes devenues à présent des courbes de femme. Elle passa une main sur sa nuque délicate, puis la remonta afin de rajuster une coiffure raffinée, un chignon réalisé à l'aide de perles, dont quelques mèches d'albâtre bouclées descendaient dans son cou. Azahel posa à nouveau les mains sur ses genoux. Elle avait l'air d'une jolie poupée en porcelaine, tristement perdue dans cette citée de fer.

Les yeux azurins d'Azahel ne quittaient les réacteurs Mako. Ils détaillant l'élévation de l'énergie de jade qui finissait sa lente course en s'évaporant dans le ciel noir de Midgard, pour toujours. Un souspon de tristesse et d'effroi passa dans le regard de la jeune femme, venant à l'assombrir lui aussi. Un instant, Azahel baissa quelque peu la tête. À ses côtés, le général Kaligan posa un regard grave sur sa fille. Aussitôt, cette dernière compris qu'elle était rappelée à l'ordre et acquiesça en relevant le menton.

Azahel jeta discrètement une œillade à Kaligan. Son père, le Général en chef des armés Shinra, était un homme robuste au regard froid et aux cheveux grisonnants. Plus d'un mètre quatre-vingt et large comme un ours, Kaligan en imposait. Sa masse ne le rendait pas moins habile. Ses mains maîtrisaient aussitôt l'arme qu'elles empoignaient, de l'épée à la lance, en passant par le fusil ou l'arc. Il lui arrivait également d'en forger lui-même comme l'épée qu'il portait à la ceinture. Ses connaissances en la matière égalaient – voire surpassaient – celles de Scarlett, la directrice de l'armement. Il était respecté et craint de tous. Comme le démontrait la cicatrise causée par une matéria de feu contournant l'un de ses yeux, il avait livré de nombreuses batailles qui ne l'avaient qu'endurcit avec le temps. C'était Kaligan, un des membres fondateurs de la Shinra, et c'était lui qui avait versé tant de sang pour bâtir l'empire Shinra sur la tombe de ses ennemis. Néanmoins, son âge se faisant, son jeune et prometteur disciple prendrait bientôt sa place au combat.

Lentement, Azahel détourna le regard sur les SOLDAT présents dans leur wagon. Debout telles des statues, le regard perdu au loin, aucun ne ferait geste. Aucun ne faisait de faux pas, de peur de se faire foudryer par le regard de glace de Kaligan. Comme toujours, le Général et sa fille étaient escortés par des unités d'infanterie et quelques deuxièmes et troisièmes classe.

La jeune femme se perdit dans ses pensées. Elle suivait une fois de plus son père lors de l'une de ses représentations au sein du bâtiment principal Shinra. Bien qu'habituée à ce genre de cérémonies, Azahel ne pas apprécierait pas pour autant avec quelques années de plus, ni jamais d'après elle. Tout le gratin d'aristocrates et grands pontes de la Shinra, y compris le Président, y était convié. Mais ce soir était une soirée spéciale, car la Shinra tenait à célébrer la naissance de son nouveau monstre le canon Sister Ray. Ironie du sort, il y avait été décrété que ce soir là, en qualité d'apprentie Geisha, Azahel effectuerait une danse traditionnelle avec sa mentor Mameha. Seulement, l'idée de d'exécuter faits et gestes ce soir pour le vil plaisir pour des dirigeants Shinra, telle une jolie petite poupée articulait, la répugnait.

A la pensée de dame Mameha, le cœur d'Azahel se réchauffa un peu plus. Grace à dame Mameha qui l'avait pris sous son aile et posé sur elle un regard bienveillant. Elle affectionnait tout autant cette femme que l'art de la danse dans lequel elle faisait excellemment entrevoir sa passion. Son nom déjà célèbre dans la région commençait à s'étendre à tout le continent, cependant Azahel n'était aucunement intéressée par la renommée.

La prestance sans pareil d'Azahel avait attiré les convoitises d'un grand nombre d'hommes de Midgard. Si bien que Don Corneo ne pouvant posséder une dame d'une telle beauté au sein de sa maison close, le Honey Bee, s'était vu développer une sorte d'obsession malsaine pour elle. En réalité, Azahel se demandit bien pourquoi pouvait-on trouver gracieuse une personne d'après son physique, si elles ne prenaient pas le temps de la connaitre et donc de la voir réelement. Aujourd'hui, les personnes étaient bien étranges de part leur façon de voir les choses.

Seulement, un seul avait le pouvoir de faire d'elle sienne. Le présent qu'elle portait au cou, un collier de perles hors de prix, ne lui rappelait que trop les dessins du Président Shinra qu'elle avait deviné et qui la concernaient, la marier à son fils Refus, âgé de avait six ans de moins qu'elle. Cette idée éclipsa ses souvenirs les chaleureux de Mameha et lui serra le cœur à nouveau. Il n'y avait pas une personne au monde qui répugnait Azahel autant que le Président. Cet homme, ou plutôt ce dictateur, était un odieux manipulateur. Du haut de sa tour et sur un air de musique classique, il avait osé regarder le spectacle de la plaque supérieure de la ville écraser le quartier du secteur 7, impassible, et avait fait porter le chapeau au groupe rebelle Avalanche. Du moment qu'il parvenait à ses fins le reste du monde lui importait bien peu.

Mais Azahel n'avait pas le droit, elle appartenait à la Shinra. Elle n'avait pas le droit de décider de son avenir. Elle n'avait pas le droit, c'est tout.

Ca y a est. Le cœur de la ville. Là où se tapit le monstre Shinra. Azahel soupira silencieusement.