Gabriel découvre que la perfection de son frère est aussi faite de petites imperfections...
Baisers d'anges
Il était de notoriété publique que Lucifer était le plus bel ange de toute la Création. Leur Père l'avait doté d'un physique à faire pâlir d'envie tout en chacun mais plus que la perfection de ses traits, l'archange semblait être animé d'un feu intérieur qui donnait l'impression qu'il irradiait de lumière en permanence. Les surnoms dont il avait hérité rendaient tous hommage à sa beauté divine dont il avait parfaitement conscience. Après tout, on ne le nommait pas Etoile du Matin pour rien. Une étoile était brillante, solaire, éclairait le ciel dans l'obscurité de la nuit.
Si Gabriel avait dû décrire son frère en un seul mot, il aurait sans doute choisit : rayonnant.
Aussi, quand il découvrit à l'occasion d'une balade sur Terre, ce qu'il prit d'abord pour une imperfection sur le corps de son aîné, il en fut fort étonné.
Il allait sur l'année de ses huit ans et Lucifer avait décidé de l'emmener sur Terre afin de passer un peu de temps avec lui avant que leur Père ne le renvoie en mission. Il savait que Gabriel adorait cette planète et qu'il pouvait y passer des heures sans se lasser une seconde de ce qui l'entourait.
Ils étaient donc tous les deux assis au bord d'une rivière, à observer les reflets argentés de quelques poissons primitifs quand le plus âgé décida d'aller tremper ses pieds dans l'eau, voire plus si l'envie lui prenait. Il ôta donc ses habits qu'il posa sur la rive, ne conservant que son sous-vêtement, et glissa un orteil dans le courant avant de se retourner.
- Tu viens, poussin ? Incita-t-il son petit frère qui le regardait, sagement assis sur l'herbe.
Gabriel s'agita, mal à l'aise à l'idée de se séparer de ses vêtements.
- Allez viens, personne ne te regarde. Le rassura le grand blond en s'avançant dans le lit de la rivière jusqu'aux genoux.
A contrecœur, le petit archange ôta son pantalon mais conserva son T-shirt avant de s'approcher timidement, ses pieds nus effleurant l'herbe tendre de la berge. Lucifer lui tendit ses bras.
- Viens, Gaby. Approche.
Le gamin posa un pied dans l'eau en frissonnant. Il ne ressentait pas à proprement parler la morsure du froid autour de sa cheville mais son enveloppe de chair, elle, l'éprouvait.
Précautionneusement, il brava le courant pour s'approcher de son grand frère et s'accrocha à son bras dès qu'il fut assez proche, l'eau lui montant jusqu'à la taille.
Lucifer sourit fièrement et pris sa main pour l'entraîner un peu plus loin. Le petit archange se mit à battre des pieds pour se maintenir à la surface quand l'eau lécha le dessus des hanches de son aîné.
- C'est agréable, n'est-ce pas ?
- O-Oui. Sourit Gabriel sans toutefois oser le lâcher.
L'Etoile du Matin le laissa barboter un instant avant de l'amener plus proche de la rive, là où il avait pieds afin d'aller nager un peu.
C'est quand il se retourna que Gabriel les vit pour la première fois. Les petites tâches rousses qui parsemaient ses épaules et son dos, puis qui s'espaçaient en descendant jusqu'au creux de ses reins avant de disparaître derrière l'élastique de son sous-vêtement. Il fut incapable de détacher ses yeux des petites imperfections qui couvraient le corps de son frère jusqu'à ce que celui-ci s'enfonce sous l'eau, le tirant de sa contemplation.
Il ne comprenait pas pourquoi leur Père avait fait Lucifer si parfait si c'était pour marquer sa peau de manière aussi étrange.
Quand son aîné vint s'asseoir à côté de lui sur la berge, il remarqua avec surprise qu'en plissant bien les yeux, les petits points ocres avaient également eu l'audace de s'étaler sur son nez et ses pommettes. Diantre, comment ne l'avait-il pas remarqué avant ?
- Pourquoi est-ce que tu me dévisages comme ça ? Demanda soudain Lucifer avec un petit sourire, le tirant de ses pensées. J'ai quelque chose sur le visage ?
- Heu... Ben... Bafouilla le petit blond. Tu as des tâches, là.
Il posa son doigt sur le haut de sa joue en rougissant. Le blond éclata de rire devant la mine confuse de son cadet.
- C'est ça qui te perturbe ? Raphaël dit que ce sont des tâches de rousseur. Il dit aussi qu'on appelle ça des baisers d'anges.
- Ah bon ? Mais... Tu as attrapé ça parce que tu as été embrassé par des anges ? Demanda le petit garçon qui s'efforça de ne pas virer au cramoisi en songeant jusqu'où s'étalaient les tâches de son frère.
- Je n'ai pas « attrapé » ça, poussin. Rit le plus âgé. C'est une expression. J'ai été créé comme ça.
- Ah.
- Pourquoi ? Ça te déplaît ? Le taquina Lucifer.
- Non ! Rougit Gabriel. C'est joli. On dirait des étoiles.
Son aîné lui ébouriffa les cheveux en souriant et s'allongea dans l'herbe. Gabriel ne tarda pas venir se blottir contre lui, les yeux fixés sur les panachures rebelles qui avaient étendues leur territoire jusque sur le haut de son torse.
- Dis, tu crois que je pourrais en avoir un jour, moi aussi ?
