En vous présentant toutes mes excuses pour l'attente.
Bonne lecture à vous!
M.
Point de vue Edwardian
La nuit était tombée depuis plusieurs heures maintenant. J'errais au rez-de-chaussée perdu dans mes pensées. La situation était tellement étrange pour moi, tellement déconcertante. Esmé et Carlisle étaient attablés dans la grande salle à manger. Ma mère pour m'épier d'un regard inquiet, mon père pour consulter dossiers médicaux et autres rapports concernant les formes extrêmes d'amnésies. Quant aux autres, ils avaient disparu pour une chasse nocturne. Un moment indécis, je finis par gagner mes quartiers, espérant apaiser mes angoisses. En vain.
Les mêmes questions ne cessaient de revenir, les mêmes angoisses. Allait-elle vraiment m'accepter comme époux ? Elle venait tout juste de m'avouer vouloir refuser d'annuler la cérémonie, mais était-elle sérieuse ? Se rendait-elle seulement compte jusqu'où cela allait la mener ? Il restait tout juste une semaine avant la cérémonie et je redoutais qu'elle ne prenne peur au dernier moment.
Mes mains frottèrent mon visage nerveusement avant de se glisser dans mes cheveux.
Que ferais-je si elle découvrait ma nature, mes démons, ma soif de sang? Qu'adviendrait-il de moi si jamais elle me rejetait ?
Je fixais la porte depuis quelques secondes, hagard. Mes doigts se mirent à trembler. D'ici, je pouvais entendre les battements ténus et réguliers de son cœur et une fois de plus, l'étrangeté de la situation s'imposa à moi. Elle était si près et pourtant si loin de moi : elle dormait, non pas dans ma propre chambre hélas mais dans l'une de nos chambres d'amis. Elle était définitivement trop loin pour que je ne le supporte une nouvelle nuit.
La porte de sa chambre craqua lorsque je l'ouvris et je me figeais. Elle se tourna dans le lit, la couette émis un léger froissement mais elle demeura endormie. Quelques secondes s'écoulèrent avant que je ne finisse par entrer et m'asseoir non loin de sa couche pour la contempler, perdu dans mes pensées.
Point de vue de Bella
Un temps exécrable était au rendez-vous le lendemain matin. Je commençais cette nouvelle journée par prendre une douche et le ruissèlement de l'eau fit écho au martèlement plus bruyant de la pluie contre les tuiles du toit. Le ciel était bouché par de gros nuages.
Je quittais la salle de bain, une serviette enroulée autour de moi. Alice m'attendait déjà dans la chambre attenante, assise en tailleur sur le lit. Je ne l'avais pas même entendu entrer et retins mon sursaut de surprise. Ses yeux vifs se posèrent aussitôt sur moi et elle m'adressa un étrange sourire :
_ Bonjour. Comment te sens-tu aujourd'hui ? Bien dormis ?
Le sourire se fit alors – me semble-t-il – plus espiègle.
_ Oui, pourquoi ?
_ Oh, pour rien !
Un rire s'échappa néanmoins de sa bouche, renforçant le malaise qui s'emparait de moi. Je pressais la serviette de bain contre moi :
_ Qu'il y a-t-il d'aussi drôle ?
Elle secoua la tête, peu désireuse visiblement de partager la raison de pareille hilarité. Je m'avançais, constatant qu'elle était assise à côté d'une magnifique robe bleue marine à manche.
_ Qu'est-ce que c'est ? Fis-je alarmé en désignant la robe.
_ Ce que tu mets aujourd'hui, elle est très correcte.
Je caressais le soyeux du tissu, perplexe :
_ Oui mais elle a l'air moulante et je… enfin, à cause des marques, je n'arrive pas encore à mettre de soutien-gorge.
_ Ne t'inquiètes pas, le tissus est doublé.
Je fis la grimace.
_ Tu n'aurais pas un jean plutôt ? Avec un sweater ou un pull ?
_ Non, je suis désolée.
Bizarre, elle ne semblait pas tellement l'être. Je me saisis donc des affaires pour reprendre le chemin de la salle de bain, mal à l'aise. Ce truc n'allait jamais m'aller !
Le reflet que renvoya le miroir réussit cependant à me convaincre du contraire. En effet, je n'avais pas l'air trop ridicule. La couleur était vraiment à mon goût, le tissus doux, léger, ne me serrait pas trop au niveau du buste, bien que le col en « V » soit à mon humble avis, un peu trop plongeant. Alice afficha un sourire approbateur lorsqu'elle me vit sortir :
_ Tu es parfaite !
_ Merci mais je ne comprends pas l'utilité de mettre ça. Nous n'avons pas l'intention de sortir, n'est-ce pas ?
_ Non. A moins que tu ne le veuilles ?
Je m'assis à son côté, un peu gênée. Il y avait bien un endroit que je voulais découvrir mais prendre cette décision était lourde de conséquences. Lui demander ça me mettait mal à l'aise.
_ J'aurais aimé aller chez moi, si ça ne pose pas de problèmes.
Elle se figea, un peu surprise :
_ Tu veux rentrer ? Déjà ?
J'opinais, lui expliquant mon raisonnement et mon besoin de découvrir qui j'étais.
_ Tu es sûr que ça va aller ? Rien ne t'empêche de rester encore une nuit ou deux si tu en a envie.
_ Je suis consciente de tout ce que vous avez fait pour moi. J'en suis très reconnaissante, mais j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose.
Elle se leva, m'invitant d'un signe de tête à la rejoindre.
_ Eh bien si tu es sûr de toi, il faut d'abord en parler à Carlisle.
Je la suivais, constatant que je n'avais pas vraiment visité le reste de leur maison depuis mon arrivée. Je descendis prudemment les marches, posant une main sur la rampe. Le rez-de-chaussée était incroyablement spacieux et lumineux, les murs étaient peints de nuances claires, la décoration était raffinée, le tout formant un ensemble harmonieux et apaisant éclairé par un lustre ployant sous les pendilles de cristal.
_ Bella ? Fit Alice à mon côté amusée.
Je baissais les yeux et rencontrais ceux du médecin, posté juste devant moi. Un bref sursaut m'agita mais je me repris.
_ Tu as meilleure mine qu'il y a quelques jours, constata-t-il : Que voulais-tu me demander ?
_ J'aurais aimé me rendre chez moi. Voir ma chambre, mes affaires, essayer de me souvenir de quelque chose. Est-ce que... cela vous dérangerez si je dormais là-bas à présent ? Je vous remercie de votre hospitalité mais je ne voudrais pas que vous pensiez que je…
_ Il n'y a pas de problème, me coupa-t-il dans mes piètres excuses : ne t'inquiètes pas. Je suis sûr que Charlie sera très heureux de passer un peu de temps avec toi.
Il me sourit, rassurant. Alice quant à elle arborait une expression misérable et trahie. Pourquoi pareille tristesse ? Est-ce seulement le fait de ne plus pouvoir m'habiller à sa guise tous les jours qui la mettait dans un tel état ? Essayait-elle de me faire changer d'avis ?
_ Edward va t'emmener là-bas, poursuivit Carlisle, visiblement imperturbable : J'espère que tu reviendras me voir de temps en temps pour que je suive ton état. Je compte sur toi c'est important.
_ Entendu.
Une silhouette masculine émergea du salon et vint à notre rencontre. Je baissais les yeux, rougissante et mal à l'aise face à lui dans pareille tenue. Je devais être ridicule ! Affreusement ridicule ! Mon regard baissé, plongea dans mon décolleté. Je remontais le col d'une main maladroite et risquais un regard dans sa direction.
Ses yeux ne me fixaient pas, il regardait ailleurs, fixant son père avec acharnement puis sa sœur. La déception de cette dernière avait laissé place à un air satisfait.
_ Bella ? fit le médecin.
Je le regardais, sans parvenir à contenir le feu de mes joues.
_ Repose-toi bien. J'espère te revoir très bientôt. Edward ? Peux-tu l'amener chez Charlie ?
_ Bien sûr, dit-il d'une voix étrangement rauque avant de me devancer pour gagner le hall d'entrée.
La Volvo argenté se gara devant une maison blanche aux proportions plus modestes et plus raisonnables que celle des Cullen. Elle arborait un petit jardin : simple pelouse tondue trouée de quelques arbres. J'observais un instant la petite allée qui menait jusqu'au porche soutenu de poutres avant qu'Edward ne vienne ouvrir ma portière. Ma valise déjà dans sa main, il posa l'autre au milieu de mon dos pour m'aider à avancer. Bien que froide, sa paume me parue étrangement brûlante. Je frappais à la porte, hésitante.
_ Ton père est à l'office de police. Il sera rentré vers dix-neuf heures.
Je le vit tendre son bras au-dessus de nos tête, ses doigts disparurent une fraction de seconde derrière l'une des poutrelles et sa main attrapa quelque chose de métallique. Un trousseau de clefs !
Il déverrouilla avant de m'inviter à entrer d'un geste de la main. Je pénétrais dans un petit corridor, comportant un porte manteau ainsi qu'un meuble à chaussure. Il débouchait sur un salon que je détaillais du regard. Le mobilier était modeste et épars. Eclectique et pratique. Un écran plat, un canapé recouvert d'un vieux plaid à carreaux ainsi qu'un fauteuil qui lui faisait face. Une table basse encombrée de journaux, quelques bibelots et cadres étaient posés sur le rebord d'une cheminée. Je m'approchais un peu, distinguant le portrait d'un jeune homme en uniforme de police flambant neuf et entouré d'une brigade de gaillards. Sur la droite, il y avait une petite fille assise dans un wagon de montagne-russe. Elle avait les cheveux longs et bruns. Je croisais son regard et reculais, un peu troublée de me retrouver confronté à un moi du passé. Un moi qui aurait dû me paraître familier, une photo prise lors d'un moment en famille que je devrais garder en mémoire.
Je fis marche arrière et avançais en direction de la cuisine. Des meubles en formica blanc, un frigo encombré d'aimants et de feuilles, allant de la simple liste de course à la déclaration d'impôts. J'y découvris une autre photo de moi.
_ Où est ma chambre ? Questionnais-je en me tournant vers lui.
Il était plus prêt que je ne pensais. Ses yeux suivirent un instant les ondulations de ma robe avant qu'il ne se détourne vivement de ma personne.
_ A l'étage. Veux-tu que je t'y conduise ?
J'approuvais et le suivais en silence dans l'escalier de bois qui déboucha sur un palier. Trois portes étaient face à moi. Il ouvrit celle de droite en vieil habitué et je ne pus m'empêcher de me questionner : Avait-il déjà mis les pieds ici ? Avait-il déjà dormis ici ? Avions-nous déjà…
Je me sentis pâlir.
_ Que se passe-t-il ?
Je sursautais au son de sa voix et levais les yeux sans réfléchir pour tomber sur son regard inquisiteur. Je passais devant lui, sans lui répondre et entrais dans la pièce.
Je restais un moment immobile, mes yeux curieux faisant le tour du propriétaire. Un bureau encombré de papiers, de dossiers, d'un ordinateur décrépi et poussiéreux, ayant plus sa place dans un musée que dans la chambre d'une jeune adulte. Un lit, encore défait dont les draps en désordre retinrent mon attention. Une couverture gisait sur le sol, échouée sur le plancher de bois sombre. Les deux oreillers étaient chacun enfoncés d'une forme ronde, comme celle une tête qui laissait sa marque sur le tissu. Une sueur froide me grimpa le long du dos, un serpent glacé qui visita mes vertèbres, les contractants sur son passage. Mes mains devinrent moites alors que je me demandais s'il avait déjà passer la nuit ici, dans mes draps, dans mes bras…
Mon cœur reparti de plus belle face à pareille perspective et je tâchais de reprendre contenance en continuant d'examiner la chambre. Il y avait un rocking-chair près de la fenêtre. Celle-ci donnait sur le jardin. Mais la luminosité qu'elle pouvait offrir était entravée par un arbre imposant dont l'une des branches se situait tout près de la palissade. Enfin, une commode se trouvait à droite de la porte, surplombée d'une chaîne stéréo et d'une pile de cds. Je m'approchais pour en regarder les couvertures. Des groupes de rock, d'autres artistes, des solistes. L'une d'entre elle ne comportait pas de jaquette, juste mon prénom délicatement calligraphié. Il était posé sur un livre, ou plutôt un album. Intriguée, je l'ouvrais, malgré les yeux que je sentais fixés sur moi.
Les photos étaient récentes. Une écriture en pattes de mouches indiquait sur la page de gauche, « années lycée, terminale ». Edward couvrait cette même première page, un sourire mystérieux au coin des lèvres. Il arborait un costard, à la coupe judicieuse qui le rendait très élégant. Je tournais la page. Sur la photo suivante, il était de nouveau avec moi, son bras enroulé autour de ma taille, protecteur, sa joue appuyée contre le haut de mon crâne. Je ne regardais pas l'objectif, détournant les yeux, une expression gênée sur le visage.
Une sensation étrange m'envahi, inexplicable, mais je ressentis brusquement le besoin de m'assoir au plus vite. Je reculais, le lit étant le support le plus proche de moi. Du coin de l'œil, je vis Edward poser la valise et s'avancer vers moi.
_ Qu'as-tu, Bella ?
Ses prunelles me fixèrent, inquiètes. Les miennes étaient dans le flou, dans le vague, le brouillard total.
_ Je ne sais pas, ânonnais-je : L'émotion sans doute, ou le choc. Je ne serais dire exactement quoi…
Il jeta un bref coup d'œil sur la commode, aperçus l'album et grimaça en avouant :
_ Je vais prévenir Carlisle que le mariage est annulé.
Il sorti de la poche de son jeans, un portable de couleur argenté qu'il déverrouilla.
_ Il est hors de question que tu te forces à faire quelque chose uniquement pour sauver les apparences !
Il composait déjà un numéro. Je tendis la main, agrippant son bras pour l'arrêter :
_ Non ! M'exclamais-je.
Ses yeux me fixèrent incrédules :
_ Pourquoi ? Pourquoi te contraindre à cela ? L'album te donne des sueurs froides ! Que va-t-il en être de la cérémonie ?!
_ Ce n'est pas ça, protestais-je en retirant ma main tremblante, consciente soudain que je touchais la peau de son avant-bras, dénudée par ces manches relevées, mes doigts sentirent ses tendons, crispés par une tension apparente.
Ses prunelles se vrillèrent aux miennes.
_ Bella, je vois bien que tu es troublée. Dis-moi ce qui se passe. Dis-moi pourquoi tu as l'air paniquée.
Je soupirais, plongeant ma tête au creux de mes paumes, cachant mon visage à ses yeux par ce stratagème.
_ C'est tout ça qui me fait peur.
Ma poitrine se serra douloureusement et je sentis mes yeux s'embuer et piquer dangereusement. Mon cœur quant à lui, se mit à ronfler comme les pales d'un hélicoptère qui aurait voulu décoller ma cage thoracique.
_ J'ai peur de ne jamais me souvenir de rien. Peur de tout perdre : mes souvenirs, les liens qui m'unissaient autrefois aux gens, à ma famille…
Je me mordis la lèvre, ayant l'envie d'ajouter « à toi » dans cette tirade, mais m'en abstint. Une larme m'échappa. Je la vis osciller sur ma paupière un court instant avant qu'elle ne roule sur ma joue et s'écrase sur le planché en un « ploc » qui me parus assourdissant.
_ J'ai peur, fis-je d'une voix chevrotante : en voyant cette chambre qui devrait m'être familière mais que je ne reconnais pas. J'ai peur en découvrant tous ces objets qui étaient les mien et de ne pas réussir à retrouver un tant soit peu de mémoire.
Le lit bougea, du coin de l'œil, je constatais qu'il venait de prendre place, à côté de moi.
_ Je suis désolé, s'excusa-t-il.
J'eu un rire dénué d'humour avant de supposer :
_ Ca ne doit pas être facile non plus pour toi, j'imagine.
J'essuyais mes yeux d'un revers de manche, fixant mes mains avec une fascination nouvelle. Trop peureuse ou honteuse à l'idée d'affronter son regard franc.
_ Et si jamais elle ne voulait plus de moi ? Si je ne représentais rien de plus qu'un simple ami à ces yeux ? Si elle préférait un autre homme que moi ? - Il soupira- Je ne cesse de me poser ces questions Bella, et plus les jours passent, plus je redoute une réponse qui soit en ma défaveur.
Il se leva soudain, marmonnant une série de propos inintelligibles. Sans me regarder, il demanda :
_ Veux-tu que je m'en aille ? Je ferais mieux de te laisser un peu tranquille. Je passerais sûrement demain pour t'emmener voir Carlisle.
Il ouvrait déjà la porte prêt à partir.
_ Edward !
Il se figea un court instant, et attendis que je m'explique, la tête tournée dans ma direction. Je me sentis hésiter soudain. Peut-être que demander ce genre de chose ne se faisait pas au vue de nôtre précédente conversation ? Peut-être valait-il mieux éviter pareil sujet dans la situation actuelle…
_ Oui ? M'encouragea-t-il.
_ Eh bien, je me demandais si…
Je baissais les yeux, de nouveau, rougissante.
_ Je voulais savoir si tu as déjà dormis ici, avec moi, dans cette chambre.
Mon visage me brûla.
_ Oui, nous passions beaucoup de nuits ensemble.
_ Tu es venu ici, n'est-ce pas ? La veille de l'accident ? Tu as dormis là ?
Ses sourcils se froncèrent et il fit un pas dans ma direction. Je sentis mon cœur s'affoler.
_ Oui, mais comment le sais-tu ?
Mes yeux dérivèrent sur les deux coussins et leurs enfoncements.
_ Les marques sur les oreillers.
Il avait suivi mon regard, et quand ses prunelles revinrent sur moi, je fus incapable de les soutenir. Edward s'approcha de moi, jusqu'à pouvoir s'accroupir près de mes genoux. Son visage, parfait et séduisant à hauteur du mien. Je retins mon souffle.
_ Saches que, pour le moment, nous ne faisions que dormir ensemble. Cependant, Charlie ignore que je passais le seuil de ta fenêtre pour venir partager ton lit. Aussi, il serait sans doute plus judicieux que tu ne lui en souffle pas mot, à moins bien sûre de vouloir séjourner dans un couvant.
Voyant ma moue, il rit avant de conclure :
_ Bien. Je te vois demain.
Je ne mangeais pas ce soir-là, et m'excusais auprès de Charlie de ne pas partager sa table. Ce n'était pas l'odeur nauséabonde émanant du four ou la fumée suspecte qui s'en échappait, mais bien le manque d'appétit qui me fit gagner ma chambre. Je restais dans cette pièce, ouvrait mes tiroirs de commode, inspectais les affiches, photos et autre cadres accrochés aux murs. Je fouillais dans des piles de vêtement, respirant leur odeur, touchant les tissus, les frottant contre mes doigts.
Un coup discret contre la porte me fit sursauter.
_ Bella, c'est moi, fit le policier derrière la porte : Je peux entrer ?
_ Bien sûr !
Le battant s'entre-ouvrit, laissant juste apparaître sa tête.
_ Tout va bien ?
_ Oui, j'essaye de… prendre mes marques.
Il se racla la gorge, mal à l'aise, avant d'avouer :
_ Je comptais aller chez les Black ce soir. Je ne pensais pas que tu te déciderais si vite à venir revivre ici, avec moi. Aussi, je… Je voulais savoir si cela te dérangeais si j'allais regarder un match de base-ball chez eux ?
_ Non, ça ne me dérange pas. Qui sont les Black ?
_ Des amis de la réserve de la Push, à quelques kilomètres d'ici. Tu t'entendais bien avec leur fils.
_ Ok.
Il se gratta l'arrière du crâne.
_ Bon. Je vais y aller. Je ne serais pas rentré tard et je te laisse mon numéro sur le frigo, si tu as besoin de me joindre.
_ Merci. Passe une bonne soirée.
Il referma le battant délicatement et j'entendis bientôt les marches de l'escalier grincer. Un peu plus tard encore, alors que j'inspectais une pile de CDs, je le vis par la fenêtre, sortir de la maison et entrer dans sa voiture. Celle-ci démarra, et ces phares se noyèrent dans la nuit ombreuse.
Je soupirais, avant de me mordre les lèvres, écoutant ce silence envahissant qui venait de s'installer. Etre seule ne me dérangeais pas vraiment mais cette impression de vide autour de moi me mettait mal à l'aise. Etrangement mal à l'aise. J'aurais sans doute dû me réjouir de pouvoir penser et réfléchir correctement, avec toutes mes capacités mentales, sans être distraite par un Edward trop éblouissant ou une Alice trop déterminée, mais un pincement m'étirait le cœur, douloureusement.
Je revenais à ma commode, songeuse. Inspectant de nouveau mes vêtements. Beaucoup de chemises en flanelle à carreaux, des jeans, simple à coupe régulière. Des pulls, des survêtements, un peu craqués. Des pyjamas plus ou moins déformés qui me firent honte. Comment arrivais-je à porter ça et à garder un être aussi séduisant que pouvait l'être Edward dans mon lit ?! Je songeais que ses sentiments envers moi devaient être sincères au regard de mes tenues. Je souris, sans parvenir à cacher mon embarras et terminais mon inspection. L'ensemble était relativement simple et pratique, dans les tons chocolat, kaki, bleu, crème et blanc.
Une impression étrange m'envahis. L'impression désagréable et dérangeante de ne plus être seule dans la pièce, de me sentir observée. Enervée contre moi-même, je ne fis rien dans un premier temps, continuant mes recherches, jusqu'à ce qu'un bruit suspect derrière moi me fasse arrêter de nouveau, les mains tremblantes et moites.
Un voleur ? Charlie ? Peut-être était-il rentré après tout, peut-être que les Black n'étaient finalement pas là ? Mais le bruit ne semblait pas venir de dehors ou encore du rez-de-chaussée. Edward était-il revenu en douce une fois la voiture du shérif partie ? C'était plus plausible effectivement. Il m'avait avoué que passer par la fenêtre était un moyen pour lui de me rendre visite. Quel mal poli ! Ne pas me prévenir, ne pas m'annoncer sa venue ! Je me retournais prête à lui faire la remarque.
Je hoquetais de surprise et ma phrase se noya dans une série de tremolos qui secoua ma gorge. Mes membres se mirent à trembler, mon dos parcouru d'une sueur froide, s'hérissa.
Il y avait un homme ici, juste devant moi. Grand, très grand et musclé. Je me reculais, instinctivement mais mon dos ne tarda pas à entrer en contact avec la porte. La perspective de l'ouvrir et de prendre mes jambes à mon cou me traversa. Je descendis lentement ma main le long du bois et agrippais la poignée, évaluant le temps qu'il me faudrait pour dévaler les marches, me saisir du numéro et du téléphone, d'appeler Charlie, que celui-ci décroche… Les chances d'y parvenir semblaient assez minces. Je visais la salle de bain, la porte qui la fermait avait un verrou.
L'homme s'avança d'un pas, amenuisant la distance entre nous. Ses yeux vifs me fixaient et par-delà ce regard, je vis les rideaux de la fenêtre onduler sous le vent. Visiblement, Edward n'était pas le seul à user de ce stratagème. Cette fenêtre ouverte pouvait m'être salutaire. Peut-être qu'un cri alerterait le voisinage et me sortirais de cette mauvaise passe ? Je préparais ma gorge encore endolorie à appeler à l'aide, inspirant une grosse goulée d'air.
_ Bella ! s'exclama alors l'étranger.
Je me figeais, incertaine. Etait-il possible que je le connaisse ? Dans ce cas pourquoi passer par la fenêtre ? Des frémissements m'agitèrent et ma main se crispa davantage autour de la poignée.
_ Bella : je suis tellement désolé !
Ses mains, énormes et fermes se posèrent sur mes épaules raidies et il s'approcha encore un peu plus.
_ Si tu savais comme je m'en veux. Je n'aurais jamais… Jamais dû faire ça ! Je t'en supplie pardonne-moi !
Je voulais me soustraire à ces mains, étrangement chaudes. Ce contact me mettait très mal à l'aise. Peut-être le connaissais-je effectivement, mais il n'était qu'un étranger pour moi, dénué de souvenirs et de sens.
Il n'était vêtu que d'un simple short, découpé dans un jean décousu et asymétrique. La musculature de son torse et de ses bras dénudés était impressionnante. Ses yeux, ténébreux, se posèrent sur moi et je vis ses dents pincer nerveusement sa lèvre inférieure.
_ Dis-moi quelque chose ! Bella ?
Un air gêné se peignit sur son visage alors qu'il lâchait :
_ La vache : tu es toute blanche !
Mes dents claquèrent plus que je ne l'aurais voulu :
_ Qu… Qu… bégayais-je lamentablement : Que faites-vous dans ma chambre ?
Il haussa les sourcils, circonspect avant de les froncer tout aussi sec. Une pique de colère le traversa :
_ Vous ?
Il lâcha un rire, dénué d'humour :
_ Allez, Bella arrête ton char ! Qu'est-ce qui t'arrives ?
Ses mains, autour de mes épaules resserrèrent leur emprise. Ses doigts étaient légèrement tremblants. Je me sentis prise au piège. Il était trop près.
_ Lâchez-moi ! Tout de suite !
_ Mais arrête un peu de me vouvoyez : c'est ridicule, enfin ! Je reconnais que ma conduite a été inexcusable mais de là à te comporter comme si nous étions des étrangers… Tu t'améliores question mensonges, au passage : j'y croyais presque !
Mais pour qui se prenait-il ? Et quel était l'évènement auquel il faisait allusion ? A quel genre de conduite ? Je dégluti, anxieuse et terrifiée.
_ Qui êtes-vous ? Répétais-je d'une toute petite voix, de peur que la colère le gagne à nouveau.
Sa bouche se pinça en une ligne mince.
_ Bella, ça ne m'amuse plus du tout. Arrête !
Les tremblements de ses mains s'intensifièrent, faisant vibrer tout mon corps par la même occasion. Je tentais à nouveau de me dégager et y parvins en glissant rapidement sous son bras qu'il rabaissa trop tard. Je me reculais le plus possible, arrivant près de la fenêtre toujours ouverte. Un courant d'air me balaya la nuque, me faisant frémir.
Mon visiteur se figea. Ses narines se dilatèrent et je vis son corps tout entier se crisper d'un seul coup. Ses muscles se bandèrent et il sera fortement les poings. Quand ses prunelles croisèrent mon regard, elles étaient aussi noires que l'encre.
_ Il est venu ici, pas vrais ? Cracha-t-il avec verve.
_ Qui ?
_ Ne fais pas l'innocente ! Ton buveur de sang est venu dans ta chambre ?
Il s'avança avant d'ajouter :
_ J'ignorais qu'il te rendait des petites visites nocturnes… Pour t'aider à t'endormir, je suppose ?
_ Buveur de sang ? Repris-je sans comprendre le motif de pareille injure.
_ Edward ! Cesse donc de me prendre pour un imbécile ! Ta chambre empeste son odeur !
Ses pas se firent lourds sur le plancher. Je n'avais plus d'issue possible hormis cette fenêtre donnant sur la pelouse du jardin, quelques mètres plus bas.
_ Pourquoi n'as-tu pas répondu au téléphone ? Continua-t-il plus doucement : Je ne vais pas te manger. Ce qui s'est passé à la Push ne change rien pour moi.
Ce nom avait une connotation familière. Où l'avais-je entendu ? Dans quelle conversation ? A l'hôpital ? Chez les Cullen ? Avec Charlie ?
Il s'était approché. Immense devant moi, tout proche. Une frontière trop infime pour que je puisse le supporter très longtemps. Son corps, dégageait une chaleur étrange, dérangeante, qui me rendait encore plus confuse.
_ Je regrette d'avoir agi ainsi, vraiment. Ce n'était pas la meilleure solution. Pardonne-moi. Mais je veux que tu comprennes que plusieurs options s'offrent à toi. Tu n'es pas obligée de te damner pour moi. Je ne le permettrais pas…
Ses yeux, à présent caramels, tentèrent d'happer mon regard. Je détournais la tête. Une main chaude se referma alors sur mon menton qu'il fit pivoter, me forçant à affronter son regard.
_ Pourquoi t'obstines-tu à fuir ? Pourquoi nier après ce qui s'est passé? Pourquoi refuser l'option que je te propose ?
_ Quelle option ?! Qui êtes-vous ?! De quoi me parlez-vous ? Allez-vous en ou je…
_ Ou tu quoi ? Menaça-t-il.
Ses prunelles brillaient d'un éclat différent, qui me fit peur. Mon cœur commença à s'emballer. Tressautant douloureusement dans ma cage thoracique.
_ Tu vas l'appeler à la rescousse ? Très bien, mais ton portable est en bas. Ton père est chez le mien pour regarder le base-ball : nous sommes seuls, toi et moi.
Contrairement à moi, cette perspective avait l'air de l'enchanter. Mon corps tout entier se mit à trembler. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine, mes côtes étaient douloureuses, mes mains moites. Mais qu'allais-je faire pour lui échapper ?
Il me jaugea un moment. Ses traits se radoucir et il soupira, visiblement désolé :
_ N'aie pas peur. Jamais je ne te referais subir ça. J'ai étais idiot, égoïste, je-
Il s'interrompit d'un seul coup. Ses yeux sombres dérivèrent sensiblement vers la fenêtre. Ses narines, se dilatèrent, et ses mains se crispèrent alors en deux poings serrés.
Plusieurs choses se passèrent alors en même temps. Quelque chose de blanc et rapide, s'engouffra dans la chambre, tel un boulet de canon. Celui-ci vint percuter mon visiteur de plein fouet. Tremblant de rage, il s'écarta et ses frémissements s'amplifièrent à tel point qu'il devint flou lui aussi.
Il y eu des grognements bestiaux, un déchirement de tissus et bientôt ce fut un loup, énorme qui déforma le corps de l'intrus. Ils firent corps, la bête remplaçant l'homme. Le pelage roux de celui-ci s'hérissa en pointes drus sur son dos. Ses oreilles pointues se rabattirent contre son crâne massif et allongé et il dévoila une paire de mâchoires aux crocs acérés.
L'animal enragé posa ses yeux sur mon deuxième visiteur, Edward. Le soulagement éprouvé par sa venue fut noyé par la peur de ce fauve lâché dans ma chambre, de la hauteur d'un cheval.
Mes muscles se pétrifièrent, tendus, raidis. La gueule du loup s'ouvrit davantage et il se plia, appuyant le poids de son corps sur ses pattes avant. Son train relevé, il semblait prêt à bondir. Mon cri s'étouffa dans ma gorge alors que je m'effondrais sur le plancher, les yeux exorbités par cette scène terrifiante.
_ Sors, de sa chambre, immédiatement !
Posté devant moi, Edward faisait rempart de son corps muraille dérisoire entre moi et le monstre.
_ Comment oses-tu venir ici !
Je rampais sur le plancher en entendant les grondements s'amplifier, assourdissants mes jambes étaient incapables de me soutenir. Mes bras faiblirent vite et je me résignais à me glisser sous le lit, plutôt que de traverser la chambre pour gagner la porte. Je ne bougeais plus, tout du moins m'y efforçais. Mes tremblements étaient incontrôlables, je ne parvenais pas à les maitriser, à me dominer suffisamment pour qu'ils cessent.
_ Elle a perdu la mémoire à cause de toi !
Les feulements du loup stoppèrent.
_ Ais-je vraiment l'air de plaisanter ?! s'écria Edward.
Je tentais à nouveau de contrôler mon souffle anarchique et mes membres agités de convulsions. Mes dents claquèrent quand je vis les énormes pattes du loup s'avancer vers le lit. Elles se plièrent et bientôt un museau sombre se faufila entre le dessous du sommier et le plancher, humant l'air près de ma cheville. Je voyais deux dents, deux canines en dehors de ses babines, blanches et acérées. Il ne ferait qu'une bouchée de mon pied nu.
Je repliais ma jambe prestement et entendis la bête glapir en un son plaintif. Le bout de sa tête s'agita et il semblait prêt à soulever le lit avec.
_ Arrête ! Tu ne vois pas que tu la terrorises !
Les pattes se muèrent alors en pieds, charnus, et dépourvus de poils. Je retins mon souffle, les yeux écarquillés devant pareille métamorphose. Ce que je venais de voir n'était pas possible. Toute cette mascarade n'était pas rationnelle ! Ce que je venais de voir n'était pas réel ! Je rêvais ! Oui, c'est ça ! Un cauchemar horriblement vrai.
_ Va-t'en ! Tout de suite ! Rugit Edward.
_ Je n'ai pas d'ordre à recevoir d'une sangsue !
Un grondement furibond lui répondit et je me tapis davantage sur le sol. Malgré les dires de l'inconnu, celui-ci quitta la pièce après quelques instant, par la porte cette fois. Edward quant à lui, resta sans bouger durant une longue minute avant qu'un soupir soulagé ne s'échappe de sa bouche.
_ C'est bon Bella : il est parti : tu peux sortir.
Mon souffle heurté et les battements effrénés qui pulsaient à l'intérieur de ma cage thoracique étaient assourdissants, faisant pulser mon sang à l'intérieur de mes tympans. Je ne fis pas un geste pour me dégager de ma cachette.
_ Bella ?
Mon attitude était sans nul doute lâche et puérile, mais je ne voulais pas sortir. Mes membres n'étaient pas en mesures de me relever. Tapis sur le sol, je cachais mes yeux et mon visage dans le creux de mon coude. Etre une souris et disparaître, vite !
_ N'aie pas peur, tout va bien. Je vais t'expliquer. S'il te plaît…
Je secouais frénétiquement la tête, sentant les larmes quitter mes yeux.
Qu'il me laisse seule était mon souhait le plus chère en cet instant mais me retrouver sans protection, la peur au ventre en imaginant ce loup énorme revenir hanter ma chambre durant mon sommeil était une perspective terrifiante. Un loup ? Je ne voulais pas croire en ça, je ne parvenais pas à expliquer que cet homme se transforme de la sorte, avec pareil réalisme. Un loup-garou ? Non, voyons, c'était ridicule. Absurde… Complètement terrifiant ! Dans quel monde étais-je ?
De gros sanglots m'agitèrent alors que la panique amplifiait ses effets sur mon corps, complètement paralysé.
_ C'est fini Bella. Viens : je ne te ferais aucun mal, je t'en fais la promesse.
J'ouvris un œil pour le voir, le visage posé sur le planché, à côté du lit, m'observant soucieux. Ses yeux étaient sombres. Il tendit une main dans ma direction, ses doigts blancs s'approchèrent de moi, ouverts. Je ne fis rien pour m'en saisir, l'observant. Il m'avait parlé d'un secret qu'il gardait, qu'il avait peur que je découvre, peur de ma réaction… Etais-ce donc ça son secret ? Etait-il lui aussi un… Un…
Je regardais de nouveau sa main, méfiante. Il se mordit la lèvre et rampa à son tour, se glissant sous le lit jusqu'à moi. Je me recroquevillais.
_ Je dois avouer que je n'avais pas encore visité cette partie de ta chambre !
L'absurdité de la situation me sauta aux yeux.
_ J'aurais aimé que cet imbécile ne se transforme pas sous tes yeux. Pas si tôt. Pas avant que je ne te parle de lui. Tu n'as pas eu le temps de te souvenir de « ça ». Brûler les étapes va t'effrayer. Je ne veux pas que tu aies peur Bella. Je ne te veux aucun mal.
Il s'avança encore un peu et la distance séparant nos deux corps devins infime.
_ Il ne ta rien fait ? Il n'a pas essayé de…
Ses mâchoires se crispèrent.
_ Non, le rassurais-je d'une voix tremblotante.
Il sourit au son de ma voix. Sa paume parcourut les derniers centimètres qui la séparaient de moi et se posa sur mon dos. Froide, glacée, même au travers de mes vêtements. Je notais le contraste extrême entre ce contact et la chaleur irradiant de l'inconnu. Edward ne devait pas être un loup. Quelque chose d'autre peut-être, mais pas un loup. Bizarrement, cette perspective me rassura un peu.
_ Tu devrais sortir de là. Charlie ne va pas tarder à rentrer et il serait mieux qu'il te trouve dans ton lit plutôt qu'en-dessous.
Je le scrutais un instant, hésitante, avant d'entendre le moteur d'une voiture qui se garait dans l'allée. Un courant de panique m'électrisa et dans ma précipitation, ma tête heurta le sommier.
_ Ça va ? dit-il, en posant sa paume sur le sommet de mon crâne.
Le contact glacé me fit du bien mais je n'eus guère le temps d'en profiter. Déjà, des pas feutrés résonnaient depuis le rez-de-chaussée. Rapidement, Edward m'aida à me coucher. Dans une série de geste sûr, il rabattit les couvertures sur moi, les bordant avec dextérité.
_ Veux-tu que je reste cette nuit ?
Qu'entendait-il par-là ? Me surveiller ? Surveiller l'entré pour ne pas que ce loup revienne me voir ? Les pas de Charlie firent grincer les marches.
_ Ferme les yeux, souffla-t-il.
Mais qu'est-ce qu'il fabriquait ? Charlie allait le voir s'il ne quittait pas la chambre ! Comptait-il se glisser de nouveau sous mon lit ? Je n'eus guère le temps d'y réfléchir, la porte s'ouvrit doucement. Je fermais mes paupières, tâchant de ne pas bouger. J'adoptais une respiration lente et attendis qu'il s'en aille.
Les minutes passèrent et je n'osais ouvrir les yeux. Etait-il toujours là ? Un contact contre ma joue me fit presque sursauter. Je me repris. Il ne s'agissait pas d'Edward, la température était trop élevée pour que ce soit le cas. Maladroitement, des doigts glissèrent sur mon front avant de venir remettre en place une mèche de cheveux derrière mon oreille.
_ Ne m'oublie, Bella. Je t'en supplie ne m'oubli pas…
Quelque chose me piqua le sommet du crâne, comme des poils drus. Il déposa un baiser dans mes cheveux et ajouta :
_ Je t'aime.
Le sommier bougea et bientôt ce fût tout.
D'autres doigts remplacèrent les précédents, frais sur mes joues brûlantes. J'osais ouvrir les yeux. Il était penché sur moi, tout près. L'ombre de sa silhouette semblait assise, à mon côté.
_ Tu devrais dormir, me conseilla-t-il : Ne t'inquiète pas, je serais là. Il ne reviendra pas.
