Chapitre 9

Les remords


_ Bella !

Des bras puissants me ceinturèrent brusquement, et je me retrouvais en position assise. L'emprise était froide, glaciale. La peau, dure comme le marbre. Mes yeux explosèrent des tâches sombres se mirent à tourner dans mes iris. Penchés sur moi, Alice et Jasper me parlaient, me dévisageaient avec inquiétude.

J'ignore le temps qui s'écoula, mais il me fallut un moment avant d'entendre à nouveau Alice :

_ Bella, est-ce que tu m'entends ? Bella ?

_ Oui, très bien.

De l'air froid caressa mon visage. Je la vis, agiter de sa main un magazine dans ma direction. Les tâches sombres s'éparpillèrent peu à peu avant de disparaître totalement.

_ Ça va aller?

_ Oui. J'ai eu… un étourdissement.

Un rire nerveux s'échappa de ma bouche alors que je tentais de me dégager d'un étau glacial. Des bras froids – ceux du dénommé Jasper – me maintenaient encore fermement, pour éviter que je ne bascule, sans doute. Il me fût impossible dans un premier temps de bouger : son étreinte empêchait tout mouvement. Cet homme avait une force incroyable.

_ Je crois que tu peux la lâcher maintenant, fit Alice.

Il s'exécuta à mon grand soulagement et je fus libérée. Je me redressais enfin, sur mes deux jambes. Le manque de sang dans mon crâne se fit ressentir. J'oscillais un peu avant de me stabiliser.

_ Carlisle doit rentrer tout à l'heure, je demanderais à ce qu'il t'ausculte. Un contrecoup tardif peut-être. Tu as mal quelque part ? Tu as des vertiges ?

_ Non, non ! Je t'assure : ça va mieux, vraiment.

J'esquissais un sourire, malgré le mal de crâne qui faisait à nouveau battre mon crâne d'une douleur sourde.

_ Jasper voudrais-tu sortir ? Bella à des essayages à faire !

Ce bref contretemps passé et une fois Jasper mis à la porte, je me retrouvais la proie d'Alice et de ses mains, qui sans que je ne puisse rien faire, se chargèrent de me déshabiller et de m'habiller comme si je n'étais qu'une poupée grandeur nature. Elle fit quelques retouches, çà et là, reprenant un détail du corsage, une couture ou le tombé de la traîne. Elle riait beaucoup et semblait s'amuser comme une enfant.

Hélas, je ne partageais pas ce même état d'esprit une fois drapée de la robe tant redoutée, du jour tant attendu. Elle m'allait bien, il fallait le reconnaître, mais tout cela était si étrange. Je me sentais bizarre, là-dedans, oppressée, à l'étroit. Les gants blancs qui remontaient le long de mes bras, masquaient les tremblements de mes mains.

Elle fit le tour de ma personne, inspectant une dernière fois les pans nacrés de la traîne et les lacets du corset qui remontaient effrontément ma poitrine, formant un décolleté que je ne me soupçonnais pas possible de brandir un jour.

_ Alice, tu es sûre pour le…

Elle me coupa, comme si elle ne m'avait pas entendue :

_ Tu es resplendissante. Il manque la coiffure bien sûr, le maquillage, le parfum, la manucure…

Un rire hystérique sorti de ma bouche. Comptait-elle vraiment me faire endurer toutes ces épreuves ? Je la jaugeais et elle semblait tout à fait sérieuse, concentrée sur un planning qu'elle semblait échafauder. Souriante, elle refit un tour d'inspection, posant quelques épingles au niveau du bustier avant d'admirer son œuvre.

_ Edward n'en reviendra jamais.

Ce nom ramena un flot d'images avec lui, de souvenirs et de questions. Je repensais à ce rêve, étrange, et ce fut comme si mon cœur ratait une marche. Le regard d'Alice changea tout à coup, passant de la robe à mon visage :

_ Tu es sûre que tout va bien ?

J'approuvais, presque fautive, le souffle court, désordonné, comprimé à cause du corset. Je répliquais, pour me donner contenance :

_ Il faudrait juste desserrer un peu les lacets du corsage ou je vais encore tomber dans les pommes…

Elle prit le risque au sérieux et se mit aussitôt derrière moi, ses mains froides effleurèrent la peau de mon dos et je sursautais.

_ Tes mains sont si froides, constatais-je.

_ Oh oui, c'est vrai. Désolée.

Ma poitrine fut soudain moins comprimée.

_ Là ça te vas ?

_ Oui, c'est mieux. Merci !

_ Dans ce cas, c'est tout pour aujourd'hui. Je te libère.

La robe tomba soudain à mes pieds sans que je ne puisse la retenir. Je me retrouvais en sous-vêtements. Rouge, et pâle à la fois, tandis qu'elle replaçait la robe dans sa large housse, je jetais mon dévolu sur le peignoir de soie blanche qui m'avait servi quelques minutes plus tôt. Je me cachais dessous, nouant la ceinture rapidement. Mes doigts tremblaient encore lorsque je retirais les gants pour les lui rendre.

_ Je te sens nerveuse, constata-t-elle, d'une voix basse et ténue : Il y a quelque chose qui ne va pas ? Tu veux annuler ? C'est encore possible tu sais.

Ses yeux, couleur caramel, se posèrent sur moi avec insistance. Elle semblait sérieuse mais contrariée. Je m'assis, en proie aux vertiges et aux incertitudes. Mes mains couvrirent mes joues, essayant de les refroidir.

_ J'ai peur de décevoir tout le monde. Peur que cela se passe mal, que les gens parlent. Il n'y a aucune raison pour que j'oublie tout définitivement, n'est-ce pas ?

Ses yeux évitèrent mon regard tandis que son dénuement semblait égaler le mien face à pareille question.

_ Cependant, les jours passent et j'ai beau chercher, je ne me souviens de rien ! Absolument de rien ! J'ai peur de ne plus me souvenir de moi, des autres. Peur d'oublier ce que j'ai pu vivre avec Edward. Peur de trouver devant l'autel un inconnu. Je ne veux pas le blesser ou le décevoir. Je ne veux pas vous décevoir, vous tous. Vous êtes si gentils, tu es si gentille avec moi. Tu te donnes du mal pour la robe, la cérémonie. Et moi je… Je… ne suis même pas capable de…

J'expirais difficilement les mots venaient avec peine : ils sortaient en poignardant ma gorge. Je me tus.

_ Oh, Bella !

Elle hésita un bref instant puis ses bras vinrent m'enlacer. Elle me pressa contre sa poitrine.

_ Je suis persuadée que tu te souviendras tôt ou tard de nous. J'en suis certaine ! Il y a forcément un moment où tes souvenirs vont revenir.

_ Comment peux-tu être aussi sûre de toi?

_ Il te faut un déclic, quelque chose qui te fasse réagir. Ça n'a pas encore eu lieu mais ça viendra.

Elle marmonna entre ses dents, comme pour elle-même, des mots qui défilaient si vite que j'eu à peine le temps d'en distinguer quatre : il devrait lui parler. Saisissant aussitôt qui était l'objet de ce reproche, je m'engouffrais dans la brèche pour tenter d'obtenir des informations :

_ Pourquoi Edward ne veut-il pas me dire son… secret ?

Elle soupira, bruyamment, avant de secouer la tête :

_ Il est aussi terrifié que toi.

_ Mais de quoi peut-il avoir peur ? C'est moi qui suis amnésique.

La question la fit hésiter davantage.

_ De toi. Plus particulièrement, de tes réactions.

Elle me sera un peu plus contre elle, compatissante :

_ C'est à toi de lui en parler, de le questionner. Je ne peux rien te dire Bella. J'aimerais tellement, cela résoudrait bien des choses ! Mais il est têtu et borné. Toi seule pourrais le convaincre !

Tandis qu'elle me berçait doucement, d'une étreinte de glace, je repensais au rêve. A ce rêve avec Edward. La texture de la peau était la même, ainsi que sa température. Ce rêve était-il vraiment un rêve ou un souvenir ? Un fragment de mémoire ? Cela c'était-il vraiment passé ? M'avait-il vraiment mordu ou n'était-ce là qu'un fantasme saugrenu ? Je rougi à cette idée. Il fallait que je sache :

_ Alice ?

Elle accueillit mon interpellation avec une méfiance habituelle.

_ Oui ? Tu veux me demander quelque chose, c'est ça ?

_ Depuis combien de temps, Edward et moi sommes ensemble ?

Elle réfléchit à peine quelques secondes :

_ Plus d'un an et demi.

J'accueillis cette nouvelle avec nervosité. Combien d'hommes seraient susceptibles d'attendre presque deux années sans envisager des rapports autres que purement platoniques? Sans sexe, pendant deux ans ? Combien de couple tout court, les hommes n'étant pas les seuls fautifs dans ce genre de situation… Mes rapides calculs ne m'amenèrent pas à un pourcentage fort élevé. Par conséquent, morsure mise à part – je l'espérais – ce rêve, avait toutes ses chances de s'être réellement produit. J'eu des sueurs froides rien qu'à cette idée, et des frémissements m'hérissèrent toute entière.

_ Pourquoi cette question ?

Je rougie, fortement.

_ C'est que je ne suis pas sûre mais… Il est possible que je me sois souvenue de quelque chose.

_ En rapport avec Edward ?

_ Plutôt, oui, grimaçais-je.

_ De quoi s'agit-il ?

Elle avait desserré son étreinte et s'était redressée, surprise, ravie même de mon aveu. Un sourire plein d'espoir illuminait son visage.

_ J'ai fait un rêve… étrange.

Mes joues brûlaient. Je détournais les yeux, me maudissant intérieurement d'avoir mis le sujet sur la table.

_ Que se passait-il dans ce rêve ?

Je me raclais la gorge.

_ Je n'ose même pas te le dire.

Ses yeux me scrutèrent, songeurs.

_ Nous étions seuls, amorçais-je, en espérant qu'elle comprendrait rapidement mais ce ne fut pas le cas et je dus poursuivre : Tous les deux, dans ma chambre.

Pitié pensais-je intérieurement : ne m'oblige pas à préciser dans quelle posture !

_ Et ?

Elle demeurait à côté de la plaque. Incertaine.

_ Et ton frère semblait très… empressé.

Ses yeux s'ouvrirent, me fixant une seconde avant qu'elle ne se mette à rire, amusée et visiblement surprise.

_ Ce n'est pas drôle, fis-je en me redressant.

Sa réaction me piqua au vif. Je filais dans sa salle de bain pour me rhabiller en vitesse. J'étais ridicule d'aborder un tel sujet avec elle qui à l'évidence, ne devait pas avoir les mêmes appréhensions que moi sur un tel sujet.

Une fois sortie, je reposais le peignoir, prête à partir, encore rouge de honte.

_ Je rentre !

_ Voyons Bella. Attend !

Elle vint à ma hauteur, les yeux malicieux, un sourire étrange au coin des lèvres.

_ Je suis désolée, fit-elle : mais au risque de te décevoir, je ne pense pas que ce soit un souvenir.

Je fronçais les sourcils. Elle s'expliqua à mi-voix :

_ Edward et toi, à ma connaissance, n'avaient pas encore franchis cette étape, si je puis dire.

Un autre rire cristallin lui échappa et elle poursuivit avant que je ne m'énerve :

_ J'ignore exactement de quoi tu as rêvé. J'ai compris bien sûre, de quoi il en retournait mais peut-être que, après tout, mon frère n'a pas été aussi sage avec toi, ces derniers temps, sachant que le mariage approchait. Mais je doute sérieusement que les choses aient puent aller très loin dans ce sens. Tu me suis ?

Malgré les formules de substitution et les sous-entendus, j'affirmais. Ce fut les yeux brillants de curiosité qu'elle insista :

_ Et alors, ce rêve ? Dis-moi, ça t'a plu ?

_ Oui et non à la fois.

_ Pourquoi ? Il était donc si maladroit ?

_ Non, protestais-je : non ce n'est pas ça mais la fin m'a choquée et je me suis réveillé.

_ Choquée ? A ce point ? Que diable se passait-il ?

Je tripotais mes mains, nerveuse. Elle était décidément curieuse mais j'avais besoin d'exorciser, de me rassurer.

_ Puisque tu dis qu'il ne s'agit que de mon imagination, cela me rassure. Je pense que je devais encore être sous l'emprise du film que j'ai regardé hier soir.

_ Quel genre de film ? m'interrogea-t-elle soudain, soucieuse.

_ Oh, rien de bien méchant ! C'était un film étrange, avec des courses poursuites, et il y avait des loups garous dans le métro londonien et ils poursuivaient une femme. C'est ce qui a dû me perturber je crois, après ce qu'il y a eu l'autre nuit, avec Jacob.

Je retenais un frisson alors qu'elle me fixait, figée dans l'attente :

_ Je ne me rappelle plus du nom de ce film. Bref, à la fin de mon rêve, Edward a effleuré mon bras, sa bouche s'est approchée de ma peau et il m'a mordu, fort et je me suis réveillé à ce moment-là.

Elle semblait avoir un peu pâlit à mon côté. Je n'osais rien dire, gênée.

_ Tout semblait si réel que je me suis demandé si une partie du moins, n'étais pas vraie. Mais ce n'était qu'un rêve ! C'est ridicule de penser qu'il aurait pu faire ça.

Un sourire se peignit sur son visage :

_ Oui bien sûr ! Quelle idée, Edward est trop civilisé pour faire ça !

Je ris un peu, imité par elle lorsqu'on toqua à la porte. Mon cœur s'arrêta un instant de battre. Etait-ce Jasper qui revenait voir Alice ? Est-ce que Edward était derrière cette porte ? Est-ce que j'allais croiser ses yeux ?

_ Bonjour Bella. Comment te sens-tu ? Jasper m'a dit que tu avais eu un malaise ?

Ce n'était que Carlisle, qui venant dans la chambre, s'était mis en tête de m'ausculter. Je tentais de me soustraire à cette formalité, en vain.

_ J'étais juste étourdie.

_ Elle serait tombée tête la première s'il ne l'avait pas retenue. Elle est restée presque une minute sans réactions, contra aussitôt Alice, faisant voler en fumée ma tentative d'apaisement.

Face à ce constat, il m'invita poliment à l'accompagner. Je le suivais dans le couloir, résignée, et nous entrâmes dans la chambre blanche que j'avais occupée lors des quelques jours passés chez eux. Il sorti d'un tiroir un stéthoscope ainsi qu'un tensiomètre et me fit assoir sur le lit.

_ Il ne faut pas minimiser ce genre de symptômes Bella. Même si tu te sens mieux à présent, au regard de ce que tu as subis, tu es encore convalescente. Peux-tu remonter ta manche ?

Je m'exécutais, enlevant de mes doigts tremblants le bouton qui retenait la manche de mon chemisier avant de la rouler sur mon bras.

_ Détends-toi, je veux juste vérifier ta tension : pas d'inquiétude ! Comment va ta mémoire ? Questionna-t-il en passant le scratch autour de mon bras, appuyant sur une poire de sorte que la bande épaisse se gonfle et compresse mon membre.

_ Rien pour le moment.

Il scruta la petite aiguille qui descendait peu à peu les graduations.

_ Douze-sept. C'est bien. Tu n'as toujours pas retrouvé un semblant de souvenir ? Quelque chose ? Une bride d'information ? Une sensation de déjà vue ?

Ma deuxième négation fut moins convaincante que la première, mais il ne remarqua rien. De toute façon, il était hors de question que j'aborde le sujet avec lui.

Il écouta mon cœur, palpa ma nuque et ma tête de ses doigts froids. Il fit osciller mon crâne, vérifiant les vertèbres, me demandant si c'était douloureux. Je le laissais faire, fascinée par le charisme dégagé par cet homme et songeant à ces pauvres collègues et infirmières, qui devaient jalouser ou envier la femme d'un pareil homme. Blond, grand, souriant, aimable et serviable. Que demander de plus ? Il semblait vraiment attaché et fidèle à sa femme.

Il me sourit, et ses dents blanches, m'éblouirent presque de leur éclat. Je clignais des yeux pour me concentrer.

_ Je vais te demander de suivre ce crayon des yeux.

Il sorti un stylo de la poche de sa blouse, qu'il n'avait pas encore eu le temps d'enlever et le tint en face de moi.

_ Tu le vois ?

J'affirmais et il commença à le faire aller de droite à gauche tandis que je le suivais des yeux. Il finit par l'approcher si près de moi que je louchais.

_ Bien : j'en ai fini avec toi.

Il me regarda, en souriant, alors que je reboutonnais ma manche.

_ Je suis soulagé que tu n'aies rien, que tu ne développes aucun autre traumatisme que cette perte de mémoire. Les accidents de voiture sont parfois pervers dans leurs effets tardifs. Un caillot de sang, un éclat non retiré, des troubles de la vision qui se transforment en cécité…

J'ignorais la tête que je devais tirer, mais il arrêta son inventaire de maux dramatiques et rit pour essayer de détendre l'atmosphère. J'avais d'autres projets en tête :

_ Monsieur Cullen ?

_ Carlisle, seulement Carlisle, s'il te plaît.

_ Que s'est-il passé ? Le jour de l'accident ? Pourquoi ai-je quitté la route ? J'ai blessé d'autres conducteurs ? Il y a-t-il eu d'autres voitures ? D'autres victimes ? Je suis la seule ?

_ Tu es la seule et tu n'es en rien responsable d'un quelconque carambolage.

_ Alors qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi suis-je… tombée dans l'eau ?

Indécis, je le vis hésiter quelques instants avant qu'il ne confesse, grave:

_ Je ne sais pas exactement Bella. Il n'y avait pas de témoins sur les lieux. Il pleuvait beaucoup ce jour-là. Ta voiture a quitté la route après une succession de virages, le long des falaises de la Push : la réserve des Quileutes. La barrière de sécurité n'était pas assez solide pour retenir un véhicule.

J'approuvais d'un hochement de tête avant de déglutir, tâchant de me représenter la scène.

_ Comment ais-je pu sortir du véhicule ? L'eau a dû monter très vite et avec le choc...

_ Tu as eu beaucoup de chance de t'en sortir, ce jour-là. C'est moi qui t'es pris en charge à l'hôpital, le jour de ton arrivée. Tout le monde était très inquiet.

Je digérais la nouvelle, prenant conscience du caractère miraculeux de mon sauvetage. J'ignorais la hauteur des falaises dont il été question mais à entendre le médecin, la chute avait dû importante. Le silence menaçant de se prolonger, je demandais :

_ Je peux m'en aller ? C'est bon ?

_ Oui, je t'en prie. Veux-tu rester encore un peu avec Alice ou préfères-tu rentrer? J'étais venu récupérer un dossier, je peux te déposer sur le chemin de l'hôpital.

_ Merci, je vais prévenir Alice.

Il me sourit avant de sortir ses clefs de voiture :

_ Dans ce cas je t'attends en bas.

Point de Vue Edwardien

Elle venait de quitter la villa. Sa fragrance emplissait cependant toujours l'air. S'imprimant avec force dans les murs. C'était comme si je la voyais encore là, discutant avec ma sœur. Comme si son cœur battait encore, à travers le couloir, dans la chambre d'Alice.

Je soupirais, refermant mon livre : faire semblant ne servait à rien. Je le posais au hasard sur l'étagère, le posant sur une pile particulièrement fournie et instable.

Je n'avais osé descendre pour la voir. J'avais peur de sa réaction. Je pouvais m'attendre à tout. Elle n'aurait pas été jusqu'à exposer publiquement l'objet de sa colère mais… dans son énervement, je craignais qu'elle ne s'emporte. La colère et le trouble qui l'avaient secoué la veille me restais encore bien en mémoire.

On frappa à peine à ma porte et elle s'ouvrit aussitôt sur Esmé. Elle me fixa un moment puis s'avança à ma rencontre, ses pensées trahissant sa contrariété :

_ Tu n'es pas descendu ?

_ Je lisais, me justifiais-je en me détournant.

Ses pas légers se firent entendre dans mon dos.

_ Bella était là pourtant.

_ Oui, je sais, soufflais-je.

D'autres pas, puis, un frôlement doux sur mon bras. Je baissais les yeux, pour voir sa main refermée sur mon poignet.

_ Qu'est-ce qui te tracasse ? Ça ne va pas, je le vois bien.

Je secouais la tête, peu enclin à converser.

_ Je sais que la situation est compliquée. J'ai peur moi aussi de ce qui pourrait se passer si elle réagit mal… Mais si elle se souvient de notre nature, elle devrait garder en mémoires nos particularités… Elle devrait se rappeler de ton amour, de ta dévotion pour elle.

Je ne fus pas en mesure de répondre, ma gorge était nouée d'inquiétude.

_ Peut-être que la laisser découvrir cela tout seule, d'affronter cette épreuve sans aide n'est pas la meilleure option qui s'offre à nous et à toi. Je ne te comprends pas Edward : pourquoi ne pas lui parler? Pourquoi ne pas lui expliquer calmement les choses ? Nous pourrions l'inviter à dormir à la maison et l'amener en douceur sur ce que nous sommes ?

_ Ce serait de la folie ! Esmé ! Après ce qui s'est passé chez elle, avec Jacob, elle paniquerait, étant chez nous, entourée par nous !

_ Mais ne crois-tu pas qu'elle risque d'avoir peur, si elle se réveille seule au milieu de la nuit, hantée par le souvenir des nôtres ? Des Volturi ? Des traqueurs ? Mon chéri, je sais que tu te soucie d'elle mais je désapprouve ton choix. Si les mauvais souvenirs reviennent en premier, avant même que tu ne puisses t'expliquer, elle paniquera tout autant.

Je fermais les yeux, perdu dans mes pensées. Que faire ? Comment agir ? Je n'en savais rien. Au fond elle n'avait pas tout à fait tort mais la perspective de la mettre devant le fait accompli me terrifiais.

_ Elle n'a pas confiance en moi, pas encore, soufflais-je d'une voix précipitée : c'est trop tôt. Elle n'a pas annulé le mariage et Dieu seul sait pourquoi ! Elle doit se sentir redevable, je ne vois que ça qui pourrait expliquer son choix ! La date approche et je suis anxieux à l'idée qu'elle blêmisse devant l'autel, qu'elle s'enfuit en courant. Tout cela est tellement insensé et malsain. Je suis malsain !

_ Edward ! Protesta sa voix douce mais outrée : tu es tout sauf malsain ! Tu es surtout trop dure avec toi-même ! Depuis le début, depuis que je te connais : tu restes sévère et droit. Tu ne veux pas te laisser porter par les évènements, tu veux tout prévoir, tout envisager…

Serait-ce la nuit de noce qui le met dans un tel état ? Ses épaules sont si raides.

_ Esmé ! protestais-je : je ne veux pas penser à ça ! Je ne peux même pas l'envisager !

L'emprise de sa main se desserra autour de mon bras.

Je suis pourtant sûr que cela vous aiderez… Peut-être que Bella retrouverait ses esprits ?

_ Esmé !

Je m'écartais. Ma voix avait déraillé dans les aigues, sans que je ne le veuille. Comment pouvait-elle croire en ça ?

_ Bon. Je te laisse. A l'évidence tu préfères rester seul pour le moment.

Elle se détourna et ses pas s'évanouirent rapidement. L'avais-je vexé ? Décidément, mes relations sociales ces derniers temps étaient particulièrement difficiles ! Je n'eus guère le temps de souffler que la porte s'ouvrait de nouveau, avec fracas.

_ Je viens d'avoir une idée !

_ Je ne suis pas sûr de vouloir l'entendre, Alice.

_ Et si je te garantis un effet immédiat chez Bella ?

Silencieux un moment, je ne réussis pas à deviner si elle bluffait ou si elle était sérieuse. A la fois curieux et inquiet, je relevais légèrement les yeux dans sa direction.

_ Avant tout je ne te félicite pas !

Ses pensées bouillonnaient trop à mon encontre pour que je ne puisse distinguer clairement lequel de ses reproches elle tenait à me faire part.

_ Si tu crois que l'éviter va vous permettre de tisser des liens tu te trompes !

Son ton claqua, dur. Elle savait comment me toucher. Elle savait également pour Bella, pour son rêve. Je les avais entendues parler, j'avais presque senti le corps de Bella se réchauffer alors que son cœur ne semblait plus savoir comment battre.

_ Bien sûr, c'est plus facile à dire pour toi !

Elle leva les yeux au ciel.

_ Bon sang Edward ! Ce n'est qu'un rêve ! Qui n'est même pas le tien ! Tu t'es juste retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Enfin, si l'on peut qualifier cela de mauvais moment pour toi. C'était plutôt le cas pour elle à son réveil.

_ Si c'est pour venir me faire la leçon, je n'ai nullement besoin de ton aide : je me débrouille très bien tout seul crois-moi !

_ Tu ne lui as même pas présenté tes excuses ! Tu n'es même pas descendu la voir, lui parler, ne serait-ce que pour quelques minutes !

_ Je suis la personne qu'elle a surement le moins envie de voir.

_ Tu n'en sais rien ! Elle te cherchait des yeux lorsque nous avons traversé le rez-de-chaussée. Elle était plus gênée que fâchée.

Je soupirais, rien ne servais de discuter avec elle. Je préférais Esmé et son calme apaisant. Etre sermonné par Alice était beaucoup plus énergique. Le ton n'étant bien évidemment pas le même.

_ Tu es là à préparer le mariage, constatais-je : comme si tout était normal : comme si tout allait bien ! Ça m'écœure : elle ne va pas bien, la cérémonie va être une catastrophe ! Je devrais annuler cette mascarade sur le champ !

_ Alors là il n'en est pas question !

L'aplomb de sa voix semblait peu enclin à être compromit.

_ Tout d'abord : tu vas te calmer.

Une mascarade ! Non mais franchement ! L'entendis-je siffler intérieurement.

_ Ensuite, tu vas essayer de me faire un peu plus confiance et enfin tu vas écouter ce que j'ai à te dire !

Elle me jaugea un instant, haussant un sourcil, évaluant mon assiduité. Je me redressais un peu, la fixant également, résigné.

_ Renée arrive demain en fin d'après-midi : pourquoi ne pas l'inviter avec Phil et Charlie au restaurant ? Carlisle, Esmé et toi pourraient se joindre à eux et discuter en expliquant ce qui lui arrive ?

_ Je ne vois pas en quoi cela ferait un quelconque effet à Bella ?

_ Ne peux-tu donc pas faire confiance aux autres de temps en temps ?

Je soupirais, sur les nerfs. Incrédule et indécis. Elle s'approcha de moi, se plaçant juste en face. Je la dépassais presque de deux têtes, ce qui ne l'empêchait pas de me toiser, nullement impressionnée. Son regard s'adouci néanmoins quelques instants :

_ J'ai peur moi aussi. J'ai peur qu'elle ne se souvienne plus de moi. Que cette situation dure des années. Carlisle m'a dit qu'il était possible qu'elle ne retrouve pas la totalité de ses souvenirs. Qu'il pourrait y avoir des « vides » dans sa mémoire.

Ma sœur avait décidément les mots appropriés pour me rassurer…

_ Pourquoi faire cette sortie ?

_ Il se passera peut-être quelque chose. Son futur est loin d'être stable en ce moment, je ne suis sûre de rien mais je pense que… J'espère que ça se passera.

_ Comment ça ? Fis-je : que doit-il se passer ? Que va-t-elle voir ?

_ Je t'ai dit ne pas savoir ! Son expression était surprise, elle fixait quelque chose mais je n'ai pas vue quoi. Ensuite elle te regardait, avec étonnement.

_ As-tu vu de quel restaurant il s'agissait ?

_ Oui et j'attends juste ton accord pour réserver demain soir une table au Copperleaf Restaurant de Seattle.

_ Fait comme il te plaît, je suis d'accord. Mais comment allons-nous justifier notre manque d'appétit ?

_ Je pense qu'avaler quelques bouchées ne nous tuera pas.

_ Entendu. Je te laisse l'annoncer à Bella.

Un grand sourire se peignit sur son visage lorsqu'elle ajouta :

_ Il n'en est pas question. C'est à toi d'y aller. Va la voir, présente-lui tes excuses et invite-la personnellement.

Une montée d'angoisse noua ma gorge, à la fois sèche et brûlante. Pourquoi me mettre dans une telle situation ? Que cherchait-elle à provoquer ? Un drame ? Un divorce avant même que nous soyons mariés ?

_ Alice, je-

_ Non. Ne discute pas. Si tu t'enfermes ici se serra pire.

Son sourire s'élargie, moqueur alors qu'elle ajoutait :

_ Et après tout, c'est toi qui as pris sciemment la décision d'aller l'espionner chez elle hier soir, alors que je t'avais déconseillé de ne pas t'y rendre. Tu t'es mis dans cette situation donc c'est à toi d'y aller. Vas-la voir. Elle ne peut te tenir tête très longtemps, tu le sais bien.

Je grommelais en me saisissant de ma veste et de mes clefs de voiture.

Reste calme. J'aurais autre chose à te dire lorsque tu seras revenu. L'entendis-je penser alors que je dévalais les escaliers menant au rez-de-chaussée.

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Navrée pour le temps d'attente. Je reprend le service actif pour mes fictions.

J'espère que ce chapitre vous a plu. A bientôt! M.