Point de vue de Bella

Même s'il était tard, ranger ma chambre semblait s'imposer au regard des nombreux vêtements, à peine pliés, posés ça et là un peu partout dans la pièce ainsi que des affaires, disséminées sur le sol, comme autant d'indices que je ne parvenais pas à déchiffrer. Il y avait quantité de livres et de blocs-notes, mais aussi un diplôme de graduation, une toge jaune de cérémonie et son chapeau carré duquel pendait un affreux pompon. Je soupirais découragée et commençais par retirer les draps du lit. Les roulants en boule, je les déposais à la salle de bain, dans le panier à linge. Gagnant le pallier, par automatisme, j'ouvrai l'un des tiroirs de la commode et tombais sur le linge de lit avant de me figer.

Comment avais-je su qu'il se trouvait là ? La bouffée d'espoir qui m'envahit, chassa les questions qui me taraudaient. Je pris ce qu'il me fallait avant de retourner dans la chambre.

Satisfaite de voir enfin la couleur du sol et celle de mon bureau après un tri drastique, je m'apprêtais à descendre le sac poubelle lorsqu'un bruit aigu, semblable à celui d'une sonnerie de téléphone résonna du rez-de-chaussée.

J'entendis les pas lourds du shérif se déplacer puis sa voix m'appeler depuis le bas de l'escalier :

_ Bella ? C'est pour toi.

Je me raidis aussitôt. La sonnerie venait-elle du téléphone ? De la porte d'entrée ? Mince ! Pourquoi n'avais-je pas fait plus attention ? Qui voulait me voir ou me parler ? Ce Jacob ou… Edward ?

Evoquer son nom mit aussitôt mon esprit en ébullition, aux prises avec les brides de mon rêve déluré. Je me revis, à mon réveil, envoyant un à un mes oreillers sur un Edward abasourdi. Je me mordis les ongles durement, ne sachant que faire.

_ Bella ?!

La voix de Charlie était plus forte. J'ouvrais la porte le cœur battant et descendais lentement les escaliers, genoux tremblants. Le chef de police n'était pas au salon, je gagnais le couloir et le découvrit dans la cuisine, enveloppant dans une feuille d'essuie-tout un sandwich :

_ Tu as de la visite.

Il quitta la pièce, me rejoignant dans le couloir. Ses yeux firent la navette vers la porte d'entrée et il disparut dans le salon, me laissant seule, face au bâtant de bois.

Le corridor devint alors étrangement silencieux. J'avançais avant de m'arrêter, à quelques centimètres de la porte. Il s'agissait peut-être d'Alice ? Mais pourquoi ne pas la faire entrer dans ce cas, comme il l'avait fait ce matin lorsqu'elle était venue me chercher pour les essayages ? Je pris une grande inspiration et posais ma main sur la clenche pour ouvrir.

Edward était là, devant moi, ses yeux or posés sur ma personne. Je faillis refermer aussi sec, pour cacher ma honte lorsque mon regard croisa le feu du sien. Je n'y descellais ni colère, ni agacement, malgré ma conduite de la veille et c'est ce qui m'aida à rester devant lui.

_ Bonsoir.

Le son de sa voix amena avec lui des souvenirs gênants, je m'efforçais de regarder ailleurs, de fixer ses chaussures, alors que mon visage se couvrait de rougeurs. Je fus incapable de lui répondre autrement que par un petit signe de tête.

Il s'avança, un peu gêné et la marche qu'il gravit le rapprocha davantage. Il portait une chemise, blanche, assortie à la peau nacrée de son cou et semblait sortir tout droit du statuaire de Canova. Je déglutie. Troublée, me demandant vaguement si ce fichu rêve n'était pas responsable d'effets secondaires...

_ Je tenais à m'excuser, encore une fois, à propos d'hier soir.

Mon silence persistant le déstabilisa quelques instants. A moitié cachée par la porte, je ne savais que faire, à la fois confuse et honteuse.

_ J'ignore combien de temps tu risques de m'en vouloir mais je voulais que tu le saches : mes intentions n'étaient nullement déplacées à ton encontre. Je voulais juste m'assurer que tout allait bien. C'était ta première nuit toute seule après la transformation de Jacob.

J'osais lever un bref instant les yeux. Son regard happa à nouveau le mien. Sa bouche se tordit en une mimique désolée. Il se racla la gorge et ajouta, tout bas :

_ Je te l'accorde : la manière dont j'entre dans ta chambre n'est pas conventionnelle et elle ne plaide pas en ma faveur mais… nous avons toujours procédé de la sorte, depuis que nous nous fréquentons. Ton père étant shérif, il fallait trouver un moyen pour se voir en-dehors des heures de visite. Encore une fois, ça n'excuse rien mais, j'ai du mal à perdre mes habitudes. Je voulais simplement te voir, je ne pensais pas… à mal.

Ce fut à son tour de se détourner, visiblement découragé. Il esquissa un mouvement de recul, prêt à redescendre les marches du perron mais j'intervins :

_ Je te pardonne à une condition.

Il me fixa, les yeux ronds, surpris :

_ Je suis prêt à tout entendre.

Intérieurement je songeais qu'il n'était pas prêt à tout. Du moins, à tout me révéler. Il était inutile de perdre ma chance en exigeant une réponse qu'il n'était, à l'évidence, pas encore disposé à m'accorder. J'optais pour un compromis plus efficace :

_ Ne recommence pas. N'entre plus dans ma chambre sans que je t'en donne la permission.

Il sembla hésiter une seconde puis hocha la tête, lèvres pincées :

_ C'est d'accord. Je ne t'importunerais plus.

Une présence dans mon dos me fit brusquement tourner la tête. Charlie ! Depuis combien de temps était-il derrière moi ? Le shérif ouvrit la porte un peu plus :

_ Alors comme ça tu importunes ma fille ?

Je priais pour qu'il n'ait pas entendu toute la phrase et qu'il ait posé son arme de service... Edward se ressaisit avant moi, souriant, il répliqua aussitôt avec un sang-froid que je lui enviais :

_ Pas exactement. Je sais que Renée doit arriver bientôt. Carlisle et Esmé ignorent quels sont vos projets. Ils aimeraient vous inviter ainsi que Renée et son conjoint demain soir, au restaurant. Nous pourrions ainsi expliquer plus en détails la situation à la mère de Bella ? Qu'en dites-vous ?

Le policier se gratta le menton, me fixa du coin de l'œil avant de reporter sa suspicion sur Edward, au visage toujours sérieux mais avenant.

_ Je l'ai appelé bien sûr, depuis l'accident, pour la tenir au courant. Elle est dans tous ses états. Je vais y réfléchir. Je dois en discuter avec elle : le voyage la fatiguera sans doute et je ne sais ce qu'elle a prévu.

_ Bien sûr, je comprends,

Les deux hommes se dévisagèrent un moment puis Charlie sembla vouloir couper court :

_ Je te remercie Edward pour l'invitation. Bonne soirée à toi et à tes parents !

Il voulut refermer la porte mais juste avant que le battant ne se clenche, j'entendis sa voix :

_ Je voudrais discuter encore avec Bella.

J'hésitais une seconde, regardant l'air ennuyé de Charlie. Pourquoi était-il aussi grognon ? Qu'est-ce qui l'embêtait au point de vouloir écourter notre tête à tête ? En voulait-il à son futur gendre de maintenir la cérémonie ? Il soupira, hocha la tête puis quitta le couloir pour me laisser seule.

J'ouvris la porte avec un peu plus de confiance et tombais nez à nez avec Edward, qui venait sans doute de gravir la dernière marche. Il se recula vivement, juste avant que je ne me heurte à son torse.

_ Carlisle et surtout Esmé seraient ravis que Charlie accepte l'invitation. Je le serrais tout autant de t'avoir à dîner, à mes côtés, mais si ma présence t'importune, je peux toujours dire à Alice de me remplacer.

Le ton neutre sur lequel il l'annonça était en contradiction avec ses prunelles qui se mirent à m'éviter.

_ Je pense réussir à te supporter une soirée, plaisantais-je.

Je pensais l'incident clos pour de bon mais il revint à la charge :

_ Je ne sais comment me faire pardonner. Demande-moi ce que tu veux.

Je fis la moue, dubitative face à cette seconde perche qu'il me tendait sans même s'en apercevoir :

_ Tout ?

Il sembla prendre la mesure de ses dires et précisa aussitôt, lèvres pincées :

_ Presque tout.

Je méditais un moment.

_ Je garde ce joker pour plus tard.

La rue était déserte, éclairée faiblement par deux ou trois réverbères qui crachaient leur lumière blafarde sur le bitume sombre. Une légère brise souffla, et les arbres s'agitèrent.

_ Tu devrais rentrer, tu vas attraper froid.

Ses yeux me jaugèrent alors que mon corps était saisit d'un léger frisson. Ses mains, plongèrent dans ses poches, comme s'il cherchait à les retenir de faire quelque chose et il recula :

_ Je vais te laisser dormir. Seule.

_ Promis ?

Il me regarda, un moment puis hocha la tête avant de s'éloigner. Il regagna sa voiture, garée non loin de là et je refermais la porte.

Mon dos s'appuya lourdement contre le bois. La chamade de mon cœur avait du mal à se calmer, à ralentir sa course. Rêve ou non, je devais me rendre à l'évidence et l'admettre : cet homme, cet inconnu, ce futur mari, ne me laissait pas indifférente…

_ Hé, ça va ?

Je sursautais en voyant la tête joufflue de Charlie sortie du salon. Je me redressais aussitôt :

_ Oui.

_ Qu'est-ce qu'il te voulait ?

Je m'avançais, posant une main sur la rambarde de l'escalier, prête à regagner ma chambre :

_ Parler un peu, c'est tout.

_ C'est tout ? souligna-t-il, en me jaugeant plus attentivement.

Nerveuse, j'affirmais, sous son regard qui relevait davantage de l'officier de police en mission que du père attentif.

_ Bella, je devine que c'est beaucoup de choses à digérer. C'est difficile pour toi. Tu dois te sentir redevable envers les autres et surtout envers Edward. Mais si tu veux décaler la date ou si tu ne veux pas te marier avec lui, personne ne te le reprochera, moi le premier. Personne ne peut te forcer à faire ce choix si tu n'es toi-même pas certaine de ce que tu ressens.

Il se racla la gorge :

_ C'est Edward je suppose, qui veut ça ? Le mariage.

_ Non, j'ai également eu mon mot à dire.

_ Je l'espère bien !

Il avala une gorgé de la bière qu'il avait à la main et j'en profitais pour tenter de m'éclipser :

_ Bonne nuit ! Lançais-je en montant.

Il me suivit pourtant jusqu'au bas des marches :

_ Bella, tu sais, un jour, tu m'as dit qu'Edward était de la « vieille école ». Non que cela me dérange. Je n'ai pas vraiment saisi ou tu voulais en venir mais je pense avoir deviné – il soupira, comme mal à l'aise – Enfin, je veux dire par là que… qu'Edward et toi pouvaient tout à fait être… impliqués… physiquement dans votre relation, sans forcément vous marier. Je ne lui en voudrais pas pour ça… Enfin, je suppose.

Je m'arrêtais net :

_ Quoi ? De quoi est-ce que tu parles ?

Je l'entendis souffler, sa langue tapa bruyamment contre son palais :

_ Si Edward est si vieux jeu que ça et pense devoir se marier d'abord avec toi pour avoir des… des – il leva les yeux au ciel avant de terminer – relations sexuelles, il peut tout à fait, ou plutôt vous pouvez tout à fait le faire sans être mariés. Je doute que son père, un médecin et un homme très respectable puisse lui en vouloir de-

_ Stop ! M'exclamais-je : Non, Charlie, je… Nous…

Ce fut à mon tour de m'éclaircir la voix, on ne peut plus mal à l'aise :

_ Nous n'en sommes pas là. Edward à déjà proposé d'annuler, à plusieurs reprises, à cause de ce qui s'est passé, mais je ne veux pas. Maintenant je vais me coucher ! Bonne nuit !

Je filais à l'anglaise, avant qu'il ne puisse rien ajouter et m'enfermais à double tours dans la chambre.

Point de vue Edwardien

_ Alors ?

La porte d'entrée venait à peine d'être fermée qu'Alice descendait au salon pour venir au-devant de moi pour connaître la réponse de Bella. D'après ma sœur et ses visions, ce dîner devrait être propice à déclencher quelque chose chez elle, un souvenir.

_ J'ai exposé l'idée. Charlie veut réfléchir.

_ C'est déjà tout réfléchit !

Elle tapa des mains en souriant, victorieuse et malicieuse, avant de poursuivre :

_ Comment à réagit Bella ?

Je retirais ma veste pour l'accrocher au porte-manteau. Il n'y avait personne dans le salon à part nous.

_ Elle était nerveuse, mais j'ai quand même pu m'expliquer et elle a dit qu'elle me pardonnait. La froisser est bien la dernière chose que je veux faire.

Je traversais le salon pour me planter devant la baie vitrée. La nuit était calme, belle, étoilée. J'ouvris légèrement l'une des portes coulissantes, laissant l'air chargé des senteurs boisées venir jusqu'à moi pour me changer les idées.

_ Tout ira bien Edward. Je suis confiante.

_ Plus que moi je ne le crains !

Elle s'approcha dans mon dos et je vis son reflet me sourire :

_ J'avais pensé à quelque chose, pour peut-être forcer le déclic chez elle.

Je tournais mes yeux dans sa direction.

Il ne voudra jamais. Je ne vois même pas pourquoi je tente.

_ De quoi s'agit-il ? Venant de toi je pense devoir me préparer à tout ?

_ Eh bien, j'ai fait quelques recherches et Carlisle m'a aussi beaucoup aidé.

Elle prit place sur l'un des divans de couleur crème, et enchaîna ses explications :

_ Lors de l'accident, la tête de Bella a – d'après les radios et l'impact sur la vitre de la Chevrolet – été heurtée sur le côté droit. L'hémisphère droit de son cerveau à donc était touché.

L'image de l'épave de sa voiture remorquée sur la plage de la Push revint s'imposer à mon esprit. Un frisson m'hérissa et je m'empressais de me concentrer sur Alice :

_ Je te suis médicalement jusque-là, mais je ne vois pas où tu veux en venir, Alice.

_ Passons à l'hémisphère gauche : tu sais qu'il contient le lobe pariétal ?

_ Tu as sacrément bossé ton sujet, rétorquais-je sans parvenir à contenir une pointe de sarcasme : s'il te plait ne traînes pas dans tes explications : je suis assez sur les nerfs ces derniers temps.

_ Bella a reconnu l'odeur de son shampoing, l'odeur des fleurs, elle a vu la clairière lorsque nous avons fait les tests olfactifs avec les échantillons. Cette partie-là de son cerveau semble être restée alerte et réceptive aux stimulations.

Elle disait vrai. Attentif, je la regardais avec sérieux à présent.

_ Tu veux dire que nous pourrions stimuler sa mémoire grâce à ses sens ?

_ Oui, et j'aimerais tester un sens en particulier.

_ Lequel ?

Elle hésita, baissa les yeux un bref instant puis me regarda de nouveau, avec un aplomb qui me surprit :

_ Carlisle m'a dit que cette partie du cerveau était la plus tenace, que le lobe pariétal enregistrait sur le long terme les sensations éprouvées par une odeur, une vision, un son, un toucher et que ces informations sont moins susceptibles de disparaître.

_ Alice, vient-en au fait !

_ Les sentiments entre vous sont très puissants, très forts. Intenses. Votre relation est assez fusionnelle.
_ Elle l'était, la corrigeais-je, amère.

Elle soupira et ses yeux en amande se plissèrent :

_ Bella n'a pas pu oublier ça ! Sa mémoire n'a pas pu effacer l'effet que tu lui faisais ! Son corps doit s'en souvenir ! Il faut juste… stimuler son sens du toucher et essayer de-

_ Qu'est-ce que tu entends par là ?! M'écriais-je aussitôt en m'écartant de plusieurs pas : de quel genre de stimulation parles-tu ? Alice !

Elle soupira, agacée à son tour :

_ Arrête de monter tout de suite sur tes grands chevaux ! Je ne te demande pas d'abuser d'elle ! Simplement d'essayer de vous rapprocher : lui prendre la main, lui proposer ton aide, lui donner ta veste par exemple, demain, lorsque nous sortirons du restaurant. Tu peux poser une main dans son dos pour l'accompagner. Des petits gestes, pas grand-chose.

Les exemples étaient raisonnables, mais je craignais qu'ils ne dérivent. Mon imagination n'avait aucun mal à comprendre sur quel terrain elle essayait de me mener.

_ Nous voyions tous comment elle réagissait face à toi avant ! S'en était même comique parfois.

Au fond elle n'avait pas tout à fait tort...

_ Edward, vous allez vous marier dans trois jours ! Il serait peut-être temps de lui montrer à quel point tu tiens à elle, à passer du temps en sa compagnie au lieu de la fuir pour mieux étouffer tes désirs. Mais tu t'obstines à fuir, à lui cacher les choses, à l'éloigner de toutes explications. Elle ne peut rester dans l'ignorance, tôt ou tard il faudra en venir aux faits et à la vérité. Si tu ne lui dis rien à notre sujet avant le mariage, je peux t'assurer que je m'en chargerais !

Comment pouvait-elle me faire cela ? Pourquoi enfoncer le clou ? Voulait-elle vraiment l'effrayer ? Voulait-elle vraiment que le mariage soit un désastre ? Un vent de panique balaya ma retenue :

_ Je t'interdis de le faire !

_ Je me fiche de tes ordres !

_ Si tu lui révèle ce que nous sommes s'en est fini ! Elle n'a pas eu le temps émotionnellement de s'attacher à nous et à moi ! Tout est à refaire Alice !

Non ! Elle n'avait pas le droit de me trahir comme ça. Pourquoi maintenant ? J'étouffais, de frustration, de panique et de colère :

_ Nous sommes de parfaits inconnus et elle ignore si en tant que vampire nous n'irons pas l'égorger pendant la nuit ! Réfléchis une seconde : je suis rentré dans sa chambre en pleine nuit ! Elle fera sûrement un lien malencontreux !

_ Tu es stupide.

Le calme olympien dont elle faisait preuve me mettait hors de moi. Comment pouvait-elle être aussi sûre d'elle ? Comment pouvait-elle me prendre à défaut de la sorte ? Je reculais, tremblant, la voix étouffée d'angoisses :

_ Ce n'est pas toi, qui étais dans sa chambre le jour de son réveil. Ce n'est pas toi qu'elle a repoussé comme si sa vie en dépendait ! J'ai vue toute sa peur, sa panique, ses larmes. Elle était effrayée ! Je ne veux pas revivre ça. Je ne veux pas lui faire revivre ça !

Ses yeux, attristés un instant, me fixèrent de nouveau avec une détermination sans faille :

_ Non, ce n'était pas moi, en effet et oui, elle avait très peur de toi au tout début. Rien d'étonnant : tu as rôdé à l'hôpital nuit et jour depuis l'accident, sans prendre le temps de te nourriture. Tu ressemblais à un zombie ! Je ne peux qu'imaginer ce qu'à ressentit Bella en te trouvant dans sa chambre, échevelé et les yeux assombris par la soif.

Qu'elle cesse ! Je ne voulais pas revivre ce moment, ce réveil d'effroi et de refus.

_ Et les jours ont passé ! reprit-elle avec verve : tu as pris soin d'elle, tu lui as fait prendre un bain ! Elle t'a laissé venir à elle, malgré l'inconnu. Elle a compris ce qui se passe, pourquoi rien ne lui revient, qui tu représentais pour elle, et ce que sont les Quilleutes. C'est toi qui es intervenu quand Jacob s'est transformé. Tu as pris sa défense. Elle était soulagée que tu ne sois pas un loup-garou. Peut-être qu'un vampire serait un compromis moins poilu et plus envisageable ?

Elle eut un sourire, amusé et mutin puis s'approcha de moi pour réduire la distance que je lui avais imposé. Je détournais la tête, évitant ses yeux, me concentrant sur la haute baie-vitrée du salon. Son reflet s'imposa dans la vitre et ses pensées s'infiltrèrent en moi contre ma volonté.

Combien de fois vais-je devoir te dire à quel point tu as compté pour elle et combien tu comptes toujours à ses yeux ?

Je restais immobile, muet, le regard vide, observant cette nuit noire, l'esprit agité.

_ Ne fuis pas tes responsabilités Edward, ou elles vont te rattraper. Il faut lui parler.


Prenez soin de vous!

M.