A quoi pensait-elle ? Ce n'était pas sérieux. Mes joues rougirent à la vue de ce que je portais :
_ Je ne peux pas, Alice !
_ Mais si voyons, regardes-toi !
_ Non, je ne pourrais jamais ! C'est trop… Trop.
_ Tu es ravissante : laisses-moi juste t'aider à l'enfiler. Il y a aussi ces chaussures.
_ Sans vouloir te vexer je ne peux vraiment pas mettre ça. Tu es sûr que j'avais l'habitude de mettre ce genre de talons ? C'est peut-être le contrecoup de l'accident, mais je crois que je n'ai pas retrouvé mon sens de l'équilibre.
_ Mettrais-tu ma franchise en doute ?
Elle rit et zippa la fermeture de ma robe, qui comprima un peu mon corsage, je hoquetais, à la fois en manque d'air et surprise de l'effet du tissus soyeux et sombre qui m'entourait. Cette robe était noire, en bustier. Les pants retombaient, moulants autour de ma taille, mais courbés et plus évasifs au niveau des hanches et des jambes. La longueur était convenable mais le bustier ne cachait ni mes épaules, ni mes bras et j'avais l'impression de n'être qu'à moitié couverte. Le fait qu'elle ait relevé ma chevelure en un chinon complexe, renforçait cette impression.
Elle déposa soudain un collier autour de mon cou. Ses doigts de dentelières, nouèrent l'attache en un tour de main. Je caressais la chaîne argentée, curieuse, effleurant des brillants froids qui propagèrent un frisson le long de mon échine.
_ Il est très joli.
_ Il est pour toi.
Je balbutiais, jaugeant l'éclat pur des pierreries cristallines qui ne devaient sûrement pas être en toc :
_ C'est très gentil Alice, mais je ne peux pas l'accepter.
_ Mais si je t'assure ! Ne vexe pas mon frère, c'est son idée.
_ Edward ?
Prononcer son prénom dans cette chambre – dans ma chambre – raviva ma honte.
_ Il tient vraiment à se faire pardonner et a jugé bon de te l'offrir, elle ajouta en regardant l'heure : parfait, nous sommes dans les temps, ils ne vont plus tarder à arriver !
Nous étions seules à la maison. Charlie était parti à l'aéroport pour chercher ma mère et son nouveau mari. Carlisle devait venir nous chercher et il était effectivement l'heure. Je chaussais les escarpins, vacillant sur mes deux jambes et me rattrapais de justesse en m'affalant, tête la première, sur Alice, ma joue contre sa poitrine. Je me relevais aussitôt pour m'éloigner, confondue.
_ Ce n'est rien voyons : ne soit pas si nerveuse !
Elle me fixait, sérieuse :
_ Serait-ce le fait de parler de mon frère qui te met dans cet état ?
Je n'eus guère le temps de lui répondre. Un léger coup de klaxon se fit entendre ainsi que le ronronnement d'un moteur.
_ Ils sont là ! s'écria-t-elle, enthousiaste : Edward arrive : vite relève-toi !
Mes genoux flanchèrent un peu en entendant le carillon de la sonnette du rez-de-chaussée. En un tour de main, Alice m'enveloppa d'un châle, qui couvrit mes épaules et nous sortîmes de la chambre pour descendre au rez-de-chaussée. Ce fut elle qui gagna la porte en premier. Elle l'ouvrit vivement, me présentant à son frère d'un geste théâtral de la main.
Mon cœur fit un bond énorme en apercevant Edward, vêtu de noir sur le pas de ma porte. Il portait un smoking sombre, presque ténébreux qui contrastait avec le blanc immaculé de sa chemise et le teint blême de sa peau. La coupe était droite mais avantageuse. Le cou serré d'une cravate, il arborerait un air indéchiffrable, me fixant lui aussi, sans un mot. Ses mâchoires se crispèrent.
J'ignorais combien de temps nous restâmes là, à nous dévisager, lorsque Alice – que j'avais presque oublié – demanda :
_ Alors ? Elle te plait ?
Il se racla la gorge :
_ Magnifique serait un euphémisme.
Je me sentis rougir. Aussi, je refermais les pants du châle sur mes épaules, cachant le bustier qui en laissait trop voir à mon goût. Alice fronça les sourcils en me voyant faire, mais ne me fit aucune remarque.
Nous prîmes place dans la Mercedes noire. Carlisle, assit à la place du conducteur, me salua d'un sourire que je vis briller dans le rétroviseur central. Esmée, à son côté, se tourna légèrement de manière à m'apercevoir :
_ Bonsoir Bella : tu es ravissante ! Cette robe te va très bien.
Je me retrouvais donc à l'arrière, prise en sandwich entre Alice et Edward. Sa sœur, mince et fluette, ne me posait pas vraiment problème, mais ma jambe gauche reposait contre celle d'Edward, et cette situation gênante s'aggravait dangereusement parfois, dans certains virages, où même mon épaule en arrivait à le toucher.
Je gardais le silence, tendue, me contentant de regarder la route qui défilait face à moi ainsi que les essuie-glaces, qui nettoyaient le pare-brise des gouttelettes d'eau. Je les fixais un moment, et bientôt, il me sembla distinguer une autre paire d'essuie-glaces, moins sophistiqués, un peu rouillés sur leurs jointures métalliques. Ils couinaient en glissant par à-coups sur une large vitre.
Je clignais des yeux, réintégrant l'habitacle feutré de la Mercedes. Cette vision n'avait duré que quelques brèves secondes, sans que je ne puisse rien y distinguer. Je n'en soufflais mot, silencieuse entre mes deux passagers.
Après une courte demi-heure, les lumières de Seattle se reflétèrent vaguement derrière les vitres, sur lesquelles roulaient les gouttes de pluie. Le cliquetis du clignotant résonna dans l'habitacle et le médecin quitta la nationale. Les immeubles s'approchèrent et nous fûmes bientôt envahis par la jungle citadine.
_ Quelle direction dois-je prendre Alice ?
_ Suis la trente-sixième : le restaurant est juste à côté du lac, avant l'aéroport de Tacoma.
Quelques minutes suffirent et nous débouchâmes dans une banlieue résidentielle huppée et arborée au milieu de laquelle se trouvait le restaurant, niché entre les arbres.
Carlisle se gara et nous descendîmes de voiture. Je fus surprise de voir Edward me tenir la portière plutôt que de commencer à avancer, tel que le faisait les autres. Ses yeux scrutèrent mon visage un moment, et je les vis descendre sur le reste de ma personne. Une légère brise se mit à souffler, me faisant frissonner.
_ Vite, dit-il : il serait dommage d'attraper froid maintenant et de mouiller une si belle robe !
Derrière le sourire affiché, sa voix était étrange, ses traits, indéfinissables. Je resserrais mon châle autour de moi et lui emboîtais le pas.
La devanture du restaurant, percée d'immenses baies-vitrées était tout à fait gigantesque. Une terrasse de pierre surmontée d'une pergola en bois exotique menait à l'entrée, longeant un bassin décoré de plantes aquatiques et de fleurs savamment éclairées pour mettre en relief ce jardin luxuriant.
Les portes franchies, l'entrée était composée d'un immense bar de bois lustré aux montures argentées. Derrière celui-ci, de multiples présentoirs pour les différents vins et boissons alcoolisées. Une étagère en particulier retenait l'attention du visiteur, sous-verre et sous-clé, elle renfermait des millésimes français et californiens. Une sueur froide me descendit le long du dos. Je doutais fort de pouvoir payer ma part, comme je l'avais prévu et j'étais encore plus sceptique quant au fait d'inviter Charlie…
Dans quel genre de restaurant m'étais-je fais embarquer ?
_ Et si nous buvions quelque chose en attendant tes parents ? proposa Carlisle.
Ils avancèrent tous en direction du bar et plus la distance me séparant de celui-ci diminuait, plus je voyais la carte des vins et des cocktails ainsi que leurs prix.
_ Que veux-tu Bella ?
Je tournais la tête, jaugeant les étagères et la longue liste de cocktails sur l'ardoise, paniquée.
_ Prend ce que tu veux, nous invitons ! ajouta Alice face à mes hésitations.
_ Mais enfin…
Un barman vint à nous. Carlisle prit les devants :
_ Nous prendrons quatre cocktails maison. Et Bella ?
_ Un coca, si vous avez.
Après un sourcillement de surprise, l'employé sorti des verres et un shaker dans lequel il mit de la glace pour commencer la préparation.
Je détaillais ce vaste salon, impressionnée. Deux tables de billard en acajou et aux tapis bordeaux trônaient fièrement au centre de la pièce. L'une d'entre elle était d'ailleurs le théâtre d'une partie serrée, à en juger les quelques spectateurs qui, verres à la main, devisaient sur le probable gagnant. Des petits groupes de clients conversaient çà et là, près de tables hautes ou assis dans des fauteuils dignes d'un gentlemen's club londonien tandis que des enceintes invisibles diffusaient en sourdine un air de jazz.
L'arrivée de notre groupe suscita quelques regards appuyés de la part des clients et plus particulièrement de certaines clientes, qui jaugèrent Carlisle et Edward avec attention. Ce dernier soupira comme contrarié et sembla vouloir se tenir près de moi.
La porte d'entrée s'ouvrit de nouveau. Je me tournais machinalement vers celle-ci, désireuse d'échapper à cette attention soudaine. Un couple, dans la quarantaine, venait d'entrer. Leurs réactions étaient aux antipodes l'une de l'autre : l'homme était visiblement fatigué et il retint à grand peine un bâillement, tandis que sa femme souriait, regardait partout et avançait en poussant des exclamations enthousiastes. J'allais me détourner quand elle surprit mon regard. Son visage s'éclaira aussitôt :
_ Bella ! Bella, c'est bien toi ?!
Cette femme venait de m'appeler par mon prénom. Elle avança aussitôt dans ma direction d'une démarche nerveuse. Son compagnon la suivit, me souriant également, il recoiffa ses cheveux, les aplatissant.
A ma grande surprise, la nouvelle venue me saisit par les mains en s'exclamant :
_ Ma chérie : tu es ravissante !
Mon manque de réaction sembla lui faire prendre conscience de quelque chose. Elle se figea :
_ Oh… c'est vrai.
Ses yeux se mirent à luirent et son enthousiasme se flétrit. Elle grimaça, lorsqu'une larme s'échappa pour glisser le long de son visage, elle me relâcha les mains pour essuyer sa joue et s'éclaircit la gorge :
_ Je suis Renée, ta maman.
J'encaissais la nouvelle, choquée de ne pas l'avoir reconnue et heureuse, d'une certaine façon. Elle semblait pétillante et il est vrai, un peu follette.
_ Bonsoir : avez-vous fait bon voyage ? S'enquit alors Carlisle en lui tendant la main : Charlie n'est pas avec vous ?
_ Bonsoir. Excusez-nous pour le retard, ajouta-t-elle en faisant de ses yeux le tour de nôtre petit groupe : L'avion a pris du retard et nous avons dû passer à l'agence récupérer notre voiture de location. Charlie s'excuse mais il a préféré rentrer à Forks. Je vous présente Phil Dwyer, mon nouveau compagnon.
Des poignées de mains furent échangées. Et je regardais cette femme, au teint doré, dans sa robe en jean, enveloppée dans un épais gilet. Elle semblait avoir froid.
_ Je vois que le temps ne change pas ici. C'est désespérant ! S'exclama-t-elle : nous avons roulé sous la pluie depuis l'aéroport.
_ Je vous assure que nous avons eu du soleil la semaine passée, plaisanta Carlisle : voici ma femme, Esmé et ma fille Alice et je pense que vous avez reconnu Edward.
_ Bien sûr ! Nous nous sommes vus à Phoenix l'an passé ! Comment allez-vous ?
_ Bien, merci.
Je vis ses yeux se tourner vers moi à nouveau et elle me détailla avec minutie :
_ Et toi Bella, dis-moi, comment vas-tu ? Il faut que tu me racontes ! J'ai eu tellement peur quand Charlie m'a appelé la première fois pour me parler de ce terrible accident ! Mon Dieu, j'ai cru un instant que le pire était arrivé…
Carlisle intervint en me voyant pâlir :
_ Je propose que nous en discutions à table, qu'en dites-vous ? Voulez-vous boire quelque chose ?
Deux autres cocktails furent commandés et une fois nos consommations en main, nous gagnâmes non pas les fauteuils mais la salle de réception, guidés par le maître d'hôtel. Nous passâmes non loin d'une large cheminée en pierre et il désigna une table à côté de la large baie vitrée.
_ Celle-ci vous convient ?
_ Oui, merci.
_ Je vous laisse vous installer et je reviens dans quelques minutes, avec les menus.
Alice prit place en bout de table, présidant l'assemblée. Je m'assis à son côté, et Edward se saisit de la chaise en face de moi. Il avait pour voisin de table Phil qui se trouvait lui-même aux côtés d'Esmée. Ma mère était entre Carlisle et moi.
_ Pourquoi gardes-tu ton châle ? me murmura Alice.
_ J'ai froid.
Elle sourit, leva les yeux au ciel mais ne dit rien. Je mentais, j'avais chaud en réalité, mais je me sentais mal à l'aise à l'idée de le retirer.
Pour ne pas détailler celui qui me faisait face, je reportais mon attention sur la présentation de la table. Je senti ma bouche s'assécher. Le bois sombre était impeccablement lustré. Chacun avait trois verres devant lui, les serviettes étaient épaisses et soigneusement pliées et sur celles-ci, reposait une petite carte avec les coordonnées du restaurant, affilié à une station de remise en forme de luxe. Les couverts qui entouraient l'assiette étés au nombre de trois… de chaque côté. Je dégluti, mal à l'aise, et me saisit de mon soda qui dénotait sérieusement dans pareil décor. J'avalais quelques gorgées, faisant tinter les glaçons.
_ Cet endroit est vraiment magnifique, commenta Renée : mais nous n'en demandions pas tant !
Je vis ledit Phil jauger la carte des vins, posée près de Carlisle. Il essaya d'en apercevoir le contenu tout en desserrant son col de sa chemise. Il semblait tout aussi mal à l'aise que moi. Le médecin s'en aperçut et il la glissa sous son coude, évinçant les tentatives de mon beau-père.
_ Nous vous invitons prenez ce que vous désirez. Il n'y a aucun problème.
_ Oui, ajouta Esmée, c'est un vrai plaisir ! Pour une fois que vôtre petite famille est presque au complet !
Je notais le presque qu'elle avait employé et regrettais que Charlie ne soit pas présent. Je songeais au shérif, seul dans son salon, à se faire un sandwich et cette pensée m'attrista. Etait-ce sa façon de montrer qu'il désapprouvait le maintien de la cérémonie ? Avait-il peur d'être mal à l'aise parmi nous ? Était-ce la présence de Renée ? Celle de Phil ? Ce dernier avait l'air simple et gentil, plus jeune sans doute que ma… mère mais sa physionomie reflétait une certaine jovialité. Je l'imaginais tout à fait discuter baseball avec Emmet autour d'une pizza gigantesque.
_ Voilà les menus.
Le maître d'hôtel était revenu. D'un âge avancé, les cheveux blanc et clairsemés, il affichait un sourire jovial et une aisance qui trahissait sa longue carrière. Dans ses mains, des menus, recouverts d'un cuir sombre aux armoiries de l'établissement : le Cedarbrook Lodge. Le menu du dessus était différent des autres, une fine bande dorée sur la couverture le démarquait des autres. Je vis le maître d'hôtel faire des yeux le tour de la table, interrogeant silencieusement Edward, puis Phil qu'il effleura à peine du regard avant de fixer Carlisle.
_ Oui, s'il vous plait, fit ce dernier.
L'homme lui tendis le menu et je compris en ouvrant le mien, que celui détenu par le médecin était le seul à mentionner les prix. Ma gorge se serra un peu en parcourant les intitulés des plats et des menus, chacun comportant plusieurs choix onéreux tels que : turbot, homard, saumon, truffes, souris d'agneau…
_ Oh, que tout cela m'a l'air délicieux ! lança Alice en souriant curieusement, comme s'il s'agissait d'une plaisanterie.
Je vis les lèvres de son frère retenir un sourire et il haussa un sourcil en parcourant les pages.
_ Oui, en effet, ajouta alors Renée : mais ça me gêne vraiment, je ne voudrais pas vous causer de frais supplémentaires avec le mariage qui approche à grands pas.
Je faillis lâcher la page que j'étais en train de tourner. Mes doigts se crispèrent un peu et mes ongles se colorèrent de blanc. Quel jour étions-nous ?
_ Si je peux faire quelque chose pour la cérémonie et vous apportez mon aide n'hésitez pas.
_ Oh, ne vous inquiétez pas, la rassura Esmée : le traiteur et les serveurs seront là. Nous n'avons pas à nous préoccuper du service ou de la cuisine. J'ai préféré attendre votre arrivée pour la décoration des tables et l'agencement des fleurs, j'ai besoin de votre avis.
Je me penchais vers Alice, le cœur battant :
_ Quel jour sommes-nous ?
J'avais toujours du mal à me situer temporellement, à évaluer le nombre de jours qui s'étaient écoulés depuis mon réveil et combien de temps il me restait.
_ Le onze août.
Je me sentis blêmir tout à coup. Plus que deux jours, seulement deux petits jours avant l'engagement final. Levant les yeux de mon menu, j'aperçus ceux d'Edward, braqués sur moi. J'ignorais ce qui me rendait le plus nerveuse. Je ne savais pas exactement ce qui affolait le plus mon cœur me marier avec lui, ne pas avoir retrouvé mes souvenirs ou être certaine lorsque la première hypothèse se réalisera, de me retrouver seule avec lui, la nuit du treize…
Mon cœur tressauta à cette perspective et je tâchais de contenir mon angoisse, disparaissant à nouveau derrière le large menu, me protégeant du feu de son regard.
Un serveur vint prendre notre commande. Je pris le premier menu que je devinais le moins coûteux. Carlisle se chargea de commander le vin et le serveur s'éloigna. Je le suivais distraitement des yeux avant de reporter mon attention à la table, constatant avec gêne qu'Edward me fixait toujours. Ses yeux dorés me happèrent un moment, jusqu'à ce que Renée me sorte de cette situation.
_ Je n'en reviens toujours pas Bella de te voir en robe et en talons ! Toi qui n'en portes jamais ! Qui t'a offert cette robe ? Edward ?
_ C'est Alice.
Tient donc, Alice m'aurait-elle mentis sur ma soi-disant capacité à me déplacer en escarpins ?
_ Oh merci, vraiment ! J'imagine aussi que c'est elle qui t'a fait cette coiffure ? J'aimerais avoir un tel chignon pour le treize ! S'exclama-t-elle, les yeux fixés sur moi : tu m'as l'air un peu pâle quand même, Bella. Enfin, il faut bien reconnaitre que ce n'est pas le soleil d'ici ne te fera pas bronzer. Pourquoi ne pas venir nous voir à Jacksonville, après le mariage ?
_ Pourquoi pas, oui, peut-être… répliquai-je hésitante.
Elle se tu quelques instants avant de reprendre, nerveuse :
_ J'ai eu si peur quand Charlie m'a appelé, il y a quelques semaines maintenant pour me dire que tu venais d'avoir un accident. Au ton de sa voix, j'ai cru un moment que… le pire était arrivé. Que s'est-il passé ? C'est à cause de ça que tu ne te souviens de rien ?
Carlisle jaugea ma mine et préféra répondre à ma place :
_ Sans vouloir vous affoler, Bella a semblerait-il perdu le contrôle de sa voiture. Elle a quitté la route et a chuté du haut des falaises, près de la réserve de la Push. Le choc traumatique a engendré une amnésie rétrograde. Elle ne se souvient pas des évènements ayant eu lieux avant l'accident. Son cas est atypique car les malades perdent rarement la totalité de leurs souvenirs : ils réussissent à se remémorer rapidement les choses, ce qui n'est – pour le moment – pas encore le cas de Bella. Être entourée de personnes connues, de lieux familiers, stimule son cerveau et va l'aider, j'en suis sûr.
Elle le dévisagea un moment. Je vis ses doigts se crisper autour de son verre. Elle coula ensuite un regard dans ma direction et esquissa un sourire, peu réussit.
Mon cœur palpitait encore douloureusement, allant battre jusque dans mon crâne et mes tempes. Je me sentis mal tout à coup, oppressée dans ce bustier : en manque d'air.
_ Cette situation risque-t-elle d'être définitive ? insista alors Renée.
Je relevais les yeux, vérifiant que je n'attirais pas l'attention. Elle ne me regardait plus, reportant toutes ses interrogations sur le médecin qui tâchait de la rassurer. Edward en revanche, semblait avoir perçu ma détresse. Ses yeux me parurent plus sombres que tout à l'heure, ses lèvres étaient fines et pincées.
En manque de souffle, je me levais et m'excusais avant de quitter la table pour aller prendre l'air. Je maudis ardemment mes chaussures. Les talons claquaient fort sur le parquet. Je regagnais le hall, ouvris la porte pour sortir sur la terrasse et reprendre haleine.
La honte me gagna en même temps qu'une panique sourde. Comment expliquer ma conduite ? Comment justifier ma sortie théâtrale après pareil sujet ? Les yeux d'Edward étaient loin d'être aveugles : il avait deviné mon trouble sans la moindre difficulté.
Il pleuvait encore un peu mais l'auvent de la longue terrasse me protégeait des gouttes. Je respirais mieux, inhalant un maximum d'air frais. J'ouvrais un peu mon châle pour me rafraîchir. Il faisait nuit. Le parc alentour laissait deviner les ombres sinueuses des arbres, agités par le vent tandis que l'eau du bassin clapotait tranquillement, indifférente à cette agitation.
Le petit carillon de la porte résonna et je me figeais.
Mon cœur à peine calmé, eu tout le mal du monde à se remettre lorsqu'il apparût à mon côté, imposant dans son costume sombre. Fallait-il qu'il me suive jusqu'ici ?
_ Quelque chose ne va pas ? Tu te sens bien ?
_ Tout va bien.
Mon murmure fut presque inintelligible.
_ Ce n'est pas l'impression que tu me renvoies.
_ Je vais bien, fis-je piteusement : c'est juste cette robe qui me serre un peu trop. J'avais besoin d'air. Je crois que les bustiers ne sont pas faits pour moi.
Je tentais un sourire. Il fana lorsque mes yeux croisèrent les siens, sérieux et graves. Je cru voir ses prunelles ocre jauger un instant le voile entrouvert du châle avant qu'il ne s'approche, s'appuyant lui-aussi contre la balustrade :
_ Alice ne fait décidément rien pour rendre les choses faciles et supportables.
Qu'entendait-il exactement par-là ? Je ne compris pas et me sentis niaise de le lui demander.
_Quand je te vois dans cette robe, c'est… comme une invitation, une tentation difficile à supporter. Je meurs d'envie de t'embrasser, de te prendre dans mes bras, mais je-
Il se tu, se frottant la tête avant de passer une main dans ses cheveux :
_ Il est dur pour moi de rester éloigné comme je m'efforce de le faire. Ta cécité ne me permet plus d'agir comme je le faisais avant et de me laisser aller comme à mon habitude. Les moindres petits gestes me paraissent déplacés et grossiers au regard de la situation.
Il avait dit tout cela très vite, le regard fuyant. Sa voix se fit plus douce, plus ténue, presque contrite :
_ Excuse-moi d'avoir violé ton intimité en entrant dans ta chambre. Je voulais juste te…
Pourquoi s'excusait-il encore ? Il s'arrêta. Je ne l'avais encore jamais vu butter sur les mots qu'il s'essayait à trouver :
_ Me justifier est compliqué… C'était là nôtre ancienne habitude. J'aurais dû éviter de m'introduire ainsi, sans ta permission.
_ Nous en avons déjà parlé hier soir et tu m'as déjà présenté tes excuses, contrairement à moi.
Les yeux ronds, il demanda, abasourdit :
_ Tout cela est entièrement de ma faute, pourquoi diable voudrais-tu être pardonnée ? D'avoir rêvé ?
_ Ma réaction a été un peu… vive. J'espère que les oreillers ne t'on rien fait.
Il rit, un son bas mais cristallin. Ses lèvres retroussées découvrirent un moment ses dents, d'un blanc nacré, que je fixais, étrangement fascinée, jusqu'à ce qu'il reprenne :
_ Tu n'as pas à t'en faire en ce qui concerne tes coussins.
Il était très proche à dire vrai. Je n'y étais pas encore habitué et je peinais à comprendre pourquoi cet homme semblait si attaché à moi. Ma gorge se sera. Ses yeux glissèrent aussitôt en oblique, vers moi :
_ Bella, si quelque chose ne va pas tu es en droit de me le dire.
Je me tu, incertaine. Le changement de ton était palpable, le badinage avait de nouveau fait place au sérieux. Un silence s'installa.
_ Tu peux encore annuler, lâcha-t-il, nerveux.
Il s'approcha, ses yeux fouillèrent les miens avec une intensité qui me déstabilisa. Instinctivement, je fis un pas en arrière et le regrettais aussitôt en voyant l'éclat attristé de ses prunelles. Quelle imbécile !
_ Annuler ?
_ La cérémonie, la réception, le mariage. Si tu veux l'annuler, dis-le-moi.
Il était tendu, crispé d'attendre ma réponse. Que répondre d'ailleurs ? Comment lui expliquer ? Face à mon silence, il insista :
_ Je suis très sérieux, Bella. Je veux savoir pourquoi tu acceptes de te lier à moi, alors que tu ne te souviens même pas qui je suis. J'aimerais comprendre ce qui te pousse à faire ça.
Ce fut à mon tour de soupirer, mal à l'aise. Je tentais d'esquiver :
_ Nous en reparlerons plus tard. Il faut rentrer, les autres doivent nous attendre pour manger.
J'esquissais un demi-tour pour gagner la porte d'une démarche rapide. Ma main se saisit de la poignée lorsque je le senti brusquement tout près de moi. Quelque chose me ceintura la taille et je fus happée en arrière, mon dos touchant le soyeux de son costume.
_ Edward ?
C'était ses bras, qui m'enlaçaient ainsi. Mon cœur recommença à s'emballer et ma poitrine fut compressée dans mon corsage. Je restais en apnée pour ne pas me trahir mais fini par manquer d'air et inspirais bruyamment.
_ Je veux que tu répondes à ma question. Je ne te lâcherais pas autrement.
Ses bras, ainsi enroulés, le plat de ses mains contre mon ventre, sentaient sans le moindre doute les soulèvements saccadés de ma respiration. Je sentis mes joues brûler.
_ Sois honnête, c'est important. Je dois comprendre.
Je baissais les yeux, lâchant la poignée de la porte, je défis doucement ses bras, un par un et malgré ses dires, il me relâcha. Je crus voir ses mains trembler avant qu'il ne les dissimule derrière son dos.
_ J'ai peur, je ne peux pas le nier, commençais-je d'une voix enrouée : j'imagine que tout le monde est un peu nerveux avant de s'engager mais les circonstances sont pour le moins particulières, en ce qui nous concerne.
Je me sentis bête. Honteuse, je reportais mon attention vers le jardin:
_ Ne pas reconnaître ses propres parents est quelque chose de difficile à admettre. Pour moi ce sont des inconnus mais l'on m'affirme qu'ils me sont familiers.
_ Bella, tu t'égares de ma question.
_ J'allais y venir ! Pour toi, c'est un peu la même chose. Je dois t'avouer que j'étais terrifiée en te voyant pour la première fois dans ma chambre d'hôpital. Un instant j'ai cru que…
Je me tu, laissant échapper un rire nerveux. Non, je ne pouvais pas lui avouer ça. Je ne pouvais pas lui dire là, maintenant, que je l'avais pris pour un fou échappé de l'asile.
_ Que quoi ? Qu'as-tu pensé de moi ?
_ J'ai cru que tu voulais me faire du mal. Je n'ai pas compris ton attitude, ni pourquoi tu t'obstinais à toujours vouloir me toucher la main ou le visage.
Je le vis ouvrir la bouche, prêt à réagir mais je poursuivais avant qu'il ne fasse une nouvelle réflexion sur ma manière de tourner autour du pot :
_ Tu m'es inconnu. Les zones d'ombre sont encore trop épaisses pour que je puisse t'identifier clairement mais parfois j'ai des impressions étranges qui me viennent, quand tu prononces mon nom ou que tu me parles.
Le lui avouer n'était pas chose facile et je me sentis rougir.
_ Je ne veux pas annuler ce mariage pour entretenir ça et peut-être mettre la main sur mes souvenirs, réussir à éclairer cette masse épaisse de brume. C'est un projet fait de longue date et il est de toute façon trop tard pour annuler.
_ Détrompes-toi, tu pourras toujours annuler, même devant l'autel.
_ Je ne le veux pas. Faire ça serait comme renoncer à mon passé. Renoncer à ce que j'ai vécu avec toi. Du moins, à ce que j'ai dû vivre avec toi. Ces souvenirs, je veux les retrouver et le mariage est à mon sens l'une des meilleures solutions pour y parvenir.
Il accueillit mon aveu d'un long silence. Plus livide qu'à l'ordinaire, il finit par lâcher :
_ Et si ça ne marche pas ?
Je haussais les épaules, sans réponse :
_ Nous verrons bien. Le fait que tu ne veuille rien me dire ou presque à ton sujet n'arrange pas mes interrogations. Ce secret que tu portes m'intrigue et m'effraie à la fois. Surtout après ce qui s'est passé avec le… avec le loup.
Un frisson m'hérissa à ce souvenir, et je me fis violence pour poursuivre et essayer de lui arracher un indice :
_ Me cacher la vérité ne fait qu'empirer les choses. J'essaye de me souvenir mais je n'y arrive pas et je ne trouve rien qu'y puisse me venir en aide. Je pense sans cesse à ça. C'est frustrant. Pourquoi ne me le dis-tu pas ?
Je le fixais cette fois avec aplomb et ce fut à son tour de paraitre mal à l'aise :
_ Je suis désolé, murmura-t-il : je ne peux pas.
Le carillon nous interrompit brusquement. Je sursautais et tournais la tête : Alice venait d'entrebâiller la porte :
_ Pardonnez-moi de couper court à la conversation mais les entrés viennent d'être servies et tout le monde attend que vous reveniez pour manger.
Le repas repris son cours normal. L'ambiance se détendit peu à peu. Je remarquais qu'Edward picorait dans son assiette sans manifester un réel appétit. Peut-être était-il malade ? Nerveux ? Etait-ce notre conversation ? Réfléchissait-il à ce secret ? A la manière de me le révéler ? Ses yeux revenaient parfois sur ma personne mais contrairement au début du repas, ils ne s'attardaient pas plus de quelques secondes. Du coin de l'œil, je cru voir Alice sourire.
Les serveurs débarrassèrent et un léger silence plana sur la tablée. René le rompit :
_ Comment te sens-tu Bella ? D'ici deux petits jours tu seras une femme mariée. Mon dieu, comme cela me fait drôle ! S'exclama-t-elle : j'espère juste que tu ne prendras pas exemple sur ta pauvre mère, en termes de réussite conjugale.
Phil parut se renfrogner mais elle lui fit un clin d'œil, ajoutant à mi-voix que la remarque ne le concernait pas.
_ Et que vas-tu faire demain soir ?
Je la dévisageais, sans comprendre où elle voulait en venir. Demain ? Qu'étais-je censé faire demain ? Elle ajouta en voyant mon air surpris :
_ Je vous laisserais entre filles, bien entendu, mais, je suis curieuse dis-moi, qu'as-tu prévue pour ton enterrement de vie de jeune fille ?
Quoi !? Je faillis ravaler mon coca par le nez.
_ Euh, non : il n'y a rien de prévu.
_ Oh, comme c'est dommage ! J'ai trouvé ça très amusant à mon époque ! Oh, Alice à sûrement dut te préparer quelque chose, non ?
Alice…
Je tournais la tête vers mon autre voisine. L'intéressée sourit, tel le sphinx, malicieuse et énigmatique.
_ Ne vous inquiétez pas Renée, j'ai déjà tout organisé mais je ne peux rien vous dire : cette soirée sera une surprise et elle est uniquement réservée aux filles !
Elle appuya sa remarque d'un regard entendu à destination de son frère. Ce dernier avait pâli :
_ J'estime être en droit de savoir ce que tu mijotes.
Edward défiait Alice du regard, comme si la réponse allait apparaître sur le front de sa sœur. Elle sourit de plus belle, dévoilant ses dents blanches et j'entendis un sifflement ténu. Un son bas, que je devais être la seule à avoir entendu. Il émanait d'Edward qui fusillait sa voisine de table. René s'avoua vaincue et son attention fut accaparée par Esmée.
_ Nous en reparlerons plus tard, l'entendis-je souffler : mais il est hors de question que tu fasses ça !
Avais-je loupé quelque chose ? Avait-il compris ce qu'elle préparait ? Lui avait-elle répondu sans que je ne puisse l'entendre ? A moins que la réponse ne soit bel et bien gravée sur son front…
Les plats de résistance arrivèrent et bientôt l'air embauma de fragrances délicieuses de viandes grillées, ainsi que de bouillon de petits légumes et autres mets raffinés. Mes narines furent assaillies par le basilique contenu dans la sauce qui accompagnait mes raviolis aux champignons. Saisissant au hasard une de mes trois fourchettes, j'en piquais un que je portais à ma bouche pour le mâcher avec appétit. La texture était fondante et mon estomac me quémanda une nouvelle bouchée de ces raviolis. Je m'arrêtais un instant, observant mon assiette de raviolis aux champignons… de raviolis aux champignons…
Qu'est-ce que… Une petite table ronde avait remplacé la longue tablée. La lueur d'une bougie semblait trembloter dans petit photophore en verre. Il y avait quelqu'un devant moi, à l'odeur de miel, au parfum musqué, glacé, enivrant.
Un bruit de vaisselle résonna fortement à mes oreilles. Je venais de lâcher ma fourchette. Celle-ci ricocha sur la table de bois et glissa pour atterrir sur le sol.
Une forte douleur transperça mon crâne et mes yeux furent occultés par des visions éparses et flouent. Mes oreilles bourdonnèrent et un écho de voix incompréhensible s'y développa. Un brouhaha confus et insupportable, tel des centaines de bourdons volant de concert. Je portais une main à l'une de mes oreilles, la bouchant pour tenter d'apaiser le bruit. Ce fut encore pire et je la retirais aussitôt.
_Bella ? M'appela quelqu'un.
Je clignais des yeux et retombais dans la salle de réception. Edward me fixait anxieux.
_ Bella tu m'entends ?
_ Oui…
J'étais devenue le centre d'attraction de la table. Carlisle me fixait lui aussi avec attention et René avec inquiétude. J'ignore combien de temps j'étais resté absente mais je supposais assez longtemps. J'avalais une gorgé du soda glacé et ramassais ma fourchette que j'essuyais à l'aide de ma serviette.
_ Ça va, fis-je en tâchant de sourire, juste un bourdonnement dans les oreilles.
Je fixais mon assiette un moment, dubitative, observant les raviolis avant d'en apporter un autre à ma bouche. Je mâchais, laissant le goût s'imprimer sur ma langue avant d'avaler.
La même chose se reproduit alors, les mêmes sifflements désagréables résonnèrent au creux de mes tympans. Les bourdonnements laissèrent cependant place à des voix, mes yeux virent affluer des images confuses et tout se mélangea brusquement :
Les phares d'une voiture sur le bitume. Un crissement de pneus. Une voix furibonde « Monte ! ». Un groupe d'hommes. Une ruelle sombre. Un grondement bestial. Un compteur de vitesse. Un regard furibond. Des mains blanches, froides. « Je t'emmène dîner ». Des fenêtres voilées de rideaux. Une serveuse avenante. « Un coca ». Une veste crème. Une odeur enivrante. Ma voix : « les raviolis aux champignons ». Des regards. Une table à l'écart. Des silences embarrassants. Des brides de conversation : « Et pourtant tu es là », « Te suivre à la trace », « T'emporter », « Je t'ai flairée ».
Une main, froide, se posa soudain, sur la mienne, secouant mes doigts avec énergie. Je faillis lâcher ma fourchette à nouveau. Mon cœur s'emballa et confuse, je retrouvais avec peine mes esprits.
_ Bella ?
La voix d'Edward, était la même, avait les mêmes intonations que celle qui venait d'envahir mon crâne. Le lien ne fut pas compliqué à faire. Je levais les yeux de mon plat et tombais directement dans l'ambre des siens. Ses lèvres bougèrent à nouveau mais je ne compris pas. Je vis au passage que c'était sa main qui tenait la mienne sur la table. Je retirais mes doigts de son emprise, saisie d'un vertige. Mes oreilles étaient comme bouchées, j'entendais avec difficulté. Je vis cependant que les personnes assises aux tables adjacentes commençaient à couler des regards curieux dans ma direction.
Carlisle se leva, posa sa serviette sur la table et vint derrière ma chaise qu'il recula pour pouvoir s'accroupir près de moi. Je vis ses lèvres bouger, vite d'abord, puis plus lentement. Les mêmes séries de paroles se répétèrent plusieurs fois mais je n'entendais pas, comme si ma tête était plongée sous l'eau. Il posa une main sur mon front, froide il fallait s'en douter. Il prit un verre qu'il remplit d'eau et le porta à ma bouche. J'avalais et senti le liquide froid couler dans ma gorge.
Des petits papillons volèrent dans mes yeux ainsi que des tâches sombres. Non, pas maintenant ! J'avais déjà ressenti ça, chez les Cullen, dans la chambre d'Alice. Je craignais de faire un nouveau malaise. Carlisle parut le sentir aussi : il ôta le châle qui recouvrait mes épaules et me fit de l'air à l'aide de la carte des vins.
_ Je crois que tu as trop serré sa robe Alice.
Mes oreilles se débouchèrent petit à petit et suivre les évènements fut donc plus aisé.
_ Bella tu es avec nous ma chérie ? Questionna René en agitant sa main devant mes yeux.
_ Oui… Je crois. Ça va mieux. J'ai juste chaud.
_ Un étourdissement, rien de grave. J'ai juste eu peur que tu fasses un malaise ici, commenta Carlisle : Tu te sens mieux à présent ?
_ Oui.
Je gardais la carte du vignoble pour m'éventer, prise de bouffées de chaleurs. Je ne touchais plus à mon repas qui refroidi dans mon assiette. Je regardais les autres finir, en silence, remarquant qu'Edward ne toucha presque pas à sa viande et qu'Alice éparpilla son filet de poisson aux quatre coins de son assiette, sans en manger davantage. Je me contentais de mon coca et appréciais sa fraîcheur.
Les desserts arrivèrent, les conversations tournèrent autour du mariage, des alliances, de la décoration, du temps exécrable de cette petite bourgade et des probabilités fortement compromises d'avoir un temps sec après-demain… Je restais taciturne, en retrait, désorientée.
Je me levais une fois les assiettes débarrassées. René et Phil ayant commandé un café, je disposais de quelques minutes pour tenter de reprendre mes esprits et faire bonne figure. Je décidais de gagner les toilettes pour me passer de l'eau sur le visage.
L'eau… L'eau était fraîche. Glacée. Elle refroidit mon visage, l'engloutissant sous une vague froide. Je me sentie partir en arrière et me rattrapais prestement au rebord du lavabo. Mes jambes tremblèrent. Non ! Pensais-je paniquée : pas encore, pas maintenant !
J'allais appeler à l'aide mais la pièce se mit à tourner, les carreaux blancs du carrelage n'en formèrent plus qu'un. Mon cœur eu des palpitations lorsque mes yeux crurent apercevoir une route, aux virages serrés, séparée du rebord des falaises et de leur chute vertigineuse par un simple chemin pédestre et une rambarde de bois.
Prenez soin de vous!
M.
