Titre original: Golden Prince

Auteur: Kiva Taliana

Traduction: Allys-33

Note de la traductrice : Bien qu'il n'y ait aucune scène vraiment explicite, les thèmes abordés sont assez matures et sombres, donc pas conseillés à tout le monde.

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Golden Prince

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CHAPITRE 2

Merlin se réveilla lentement et laissa son regard se promener dans la tente. Lorsqu'il se redressa, son instinct lui dit automatiquement qu'il était encore très tôt. A l'extérieur il pouvait entendre les oiseaux chanter, mais en écoutant plus attentivement, il réalisa qu'il n'était pas le premier levé. Il repoussa ses couvertures, qu'Arthur avait consciencieusement pris le soin de placer sur le lit la nuit dernière. Il posa les pieds au sol et rencontra instantanément le tapi en laine que Center avait trouvé Dieu ne sait où - sûrement lors d'un pillage. Près du lit, des vêtements avait été soigneusement posé pour lui, bien en évidence. En regardant les alentour il remarqua que l'endroit avait été nettoyé et la table dressé pour le petit déjeuné. Arthur, sans aucun doute, lui avait apporté une assiette pleine de pains, de fromages et de fruits, ainsi qu'une cruche d'eau. Cependant, un bol vide et des couverts supplémentaires indiquaient que quelque chose d'autre était attendu.

Il commença par les vêtements, retira ceux qu'il avait portés pour dormir et enfila rapidement les nouveaux, puis il passa à ses bottes en cuir qu'il remonta sur ses mollets et noua d'un geste simple, avant de quitter la tente. Dès qu'il poussa l'épais tissu qui servait de porte, il vit Arthur se tourner vers lui dans un sursaut. Le regard de Merlin tomba sur le petit feu que le blond utilisait pour cuisiner du pudding et de la compote de fruit. Tout en surveillant sa préparation, il semblait également tenter d'aplatir une bosse sur une cruche en métal. En voyant son maître, le jeune homme posa ladite cruche au sol et se redressa.

— Excusez-moi mon seigneur, je ne vous avais pas entendus vous réveiller.

— Tu es sûr que ça en vaut la peine ? demanda Merlin en désignant la cruche gondolée.

— Ce sera mieux quand j'aurais terminé, mon seigneur, dit Arthur. Ça peut encore servir. Merlin leva un sourcil interrogateur, puis haussa les épaules.

— Je vous ai préparé votre petit déjeuné.

Il indiqua la préparation sur le feu. Le jeune sorcier acquiesça, jeta un coup d'œil à la nourriture, puis retourna son attention sur Arthur. C'est alors qu'Il comprit pourquoi le jeune homme lui avait semblé légèrement différent. La tunique claire qu'il portait la veille avait cédé sa place à un vêtement en soie bleu foncé. Il était large au niveau des épaules, donc il ne lui appartenait pas. L'investigation visuelle de Merlin lui fit remarquer du linge étendu au soleil, parmi lequel il reconnut deux de ses chemises et un pantalon. Il effleura du bout des doigts le col du vêtement d'Arthur. La couleur sombre faisait ressortir les ecchymoses sur son cou.

— Cette chemise te va mieux, dit Merlin avec approbation. Le rouge aux joues, Arthur semblait mal à l'aise.

— Elle est à Cenred, mon seigneur. Il y avait du sang sur la mienne. J'espère que ce n'est pas inapproprié.

— Absolument pas, répondit Merlin en regardant le linge étendu.

Il n'y avait que ses vêtements et la tunique d'Arthur. La tache de sang n'avait pas totalement disparu, mais il avait fait de son mieux.

— Désirez-vous prendre votre petit déjeuné, mon seigneur ? demanda l'esclave en jetant un coup d'œil au porridge bouillant.

— Bien entendu.

Sur ce, il retourna dans la tente et Arthur prit ça pour un bon signe. À l'aide d'un chiffon il souleva la casserole métallique du feu et suivit Merlin. Il posa le porridge brulant sur la table, en servit une généreuse portion dans l'assiette vide et accompagna le tout d'un bol de compote de fruit.

— Désirez-vous autre chose, mon seigneur ?

— Aurais-tu vu Sir Perceval et Sir Lancelot ce matin ?

— Ils étaient vers les tentes d'approvisionnement quand je suis allé chercher les flocons d'avoine, mais je ne les ai pas vus depuis.

Merlin versa une grande cuillère de compote de fruit dans son porridge et mélangea le tout.

— Trouve-les et dit leur que j'ai à leur parler. Ensuite rassemble les cheveux et des provisions pour quelques jours. Et, aurais-tu quelque chose de chaud à porter ? ajouta Merlin en guettant d'un œil critique la fine chemise qu'Il portait.

— Oui mon seigneur, répondit Arthur, repensant au manteau de laine que Cenred avait abandonné quelque part. Il pourrait sans doute s'en servir.

— Bien, assure-toi de l'emporter, ça, quelques couvertures et…

Merlin lui fit une liste complète de tout ce qu'il souhaitait emmener, armes et provisions comprises. L'esclave laissa de coté les choses les plus évidentes qu'il aurait emballées de toute façon et se concentra sur les plus inhabituelles pour être sûr de tout retenir.

— Et je monterais la jument marron, conclu enfin Merlin.

— Oui mon seigneur.

Arthur comprit que sa présence n'était plus nécessaire et s'en alla. Il ne lui fallut pas longtemps pour repérer Perceval et Lancelot puisqu'ils se dirigeaient justement vers Merlin. En se rappelant que les sacs de son maitre étaient restés dans la tente, le blond en profita pour les suivre.

— Oooohh du porridge ! s'exclama Perceval en regardant à l'intérieur de la casserole.

Lancelot leva les yeux au ciel, déplorant la faim insatiable de son ami. Arthur comprit immédiatement le message, il alla fouiller dans l'un des coffres de la tente pour en sortir des bols et couverts supplémentaires qu'il posa sur la table. Perceval s'installa joyeusement, l'écarta d'un geste de la main et se servir lui-même. L'esclave s'esquissa donc de nouveau pour aller rassembler les effets que lui avait demandés Merlin.

Environ une heure plus tard, le bataillon fut sur le départ. D'autres serviteurs avaient âpreté les chevaux et les soldats étaient prêts. Arthur terminait tout juste d'attacher les derniers sacs à la selle d'un petit poney lorsque les autres enjambèrent leurs montures. Il saisit automatiquement les rênes du poney pour le diriger en marchant. C'est à ce moment que Merlin sur le dos de son cheval se tourna vers lui et le regarda de haut en bas.

— Et comment comptes-tu le monter ?

Arthur leva la tête, le regard large et apeuré.

— Je ne vais pas le monter… je vais marcher, maître…

Il se recroquevilla sur lui-même et se mordit la lèvre inférieure en baissant la tête. Même sans le voir, il pouvait sentir le regard froid de Merlin sur lui. Arthur n'y avait même pas pensé. Il avait toujours marché et il avait préparé les cheveux sans s'imaginer une seule seconde que son maître voulait qu'il en monte un. Il ne leva pas les yeux au soupir d'irritation de Merlin, mais lorsqu'il entendit son cheval se rapprocher, il se prépara mentalement à ce qui lui serait fait.

Le petit poney heurta Arthur en se poussant pour laisser la place au cheval de Merlin. Ce dernier se pencha pour examiner son travaille.

— Ce n'est pas la peine de le trimbaler inutilement. Perceval trouvez un cheval à Arthur.

— Sir, répondit poliment Perceval en descendant de sa monture avant d'en confier les rênes à Lancelot. La jument de ce dernier baissa les oreilles et gigota pour montrer son mécontentement, mais le soldat la maintint fermement pour l'immobiliser.

— Sir Léon prenez quelques hommes et allez en éclaireurs, c'est inutile de retarder tout le monde, ordonna Merlin.

Arthur se recroquevilla davantage, se sentant trop exposé au milieu du groupe d'hommes forcé d'attendre par sa faute.

La tête encore baissée, il vit du coins de l'œil le cheval de Merlin se rapprocher plus prêt de lui.

— Je suis désolé mon seigneur, dit-il.

Merlin ne répondit pas et poussa son cheval vers l'avant pour donner des instructions supplémentaires aux soldats avant leur départ. Il les sépara en petit groupe dès maintenant afin d'éviter de perdre plus de temps à le faire plus tard. Tandis qu'il revenait vers eux, Lancelot lui lança un regard, puis baissa de nouveau les yeux sur Arthur, qui se pressait contre le petit poney pour se rassurer.

— Mon seigneur, sait-il seulement monter à cheval ?

Considérant l'humeur de son chef, Lancelot décida de lui poser la question à lui plutôt qu'à Arthur directement. Cependant en voyant le regard que Merlin posa sur le blond, il douta de cette décision.

— Et bien ? interrogea Merlin. Arthur releva la tête un cours instant, avant de la rabaisser.

— Oui. Mais je ne suis pas monté à cheval depuis… il se recroquevilla légèrement. Il ne pouvait pas exactement dire quand avait été la dernière fois… Très longtemps en tout cas.

— Combien de temps ? insista Merlin.

Arthur ne savait pas exactement, mais il n'était jamais été sur un cheval avec Cenred. Lorsqu'il avait accompagné son armée, ça avait toujours été à pied. Ils avaient un rythme assez lent, donc ça n'avait pas vraiment été un problème. Le roi avait été son maître durant deux hivers, donc un peu plus d'un. Arthur répondit cela à Merlin.

— De toute façon, nous devrons avancer lentement dans les montagnes Merlin, intervint Lancelot. Ça lui laissera surement assez de temps pour s'y adapter.

Arthur se maudit intérieurement. Avec un nouveau maître il n'aurait dû faire aucune supposition, mais il était tellement rare qu'il soit autorisé à monter. Il n'était qu'un esclave et c'était le genre de privilèges qui ne lui était pas permis. Grâce au ciel le regard de Merlin, qu'il pouvait encore sentir sur lui, se détourna lorsque Perceval revient avec un poney brun, petit mais robuste. Il n'avait évidemment pas été choisi au hasard.

— Elle peut suivre le rythme et elle est docile.

— Bien ! grogna Merlin. Aide-le à monter. Lancelot, il serait mieux que tu t'occupes du cheval de bât.

Perceval prit les rênes du cheval de ravitaillement en plus de celle du petit poney brun. Arthur vérifia la selle et se positionna pour monter. Il passa l'un de ses pieds dans l'étrier, ce qui manqua de le faire tomber, et se propulsa littéralement en l'air, désespéré d'en finir. Il atterrit de manière peu élégante, mais s'accrocha à la selle et saisit les rênes.

— Ne la tient pas si fort, lui murmura Perceval et il relâcha légèrement sa prise.

Le petit poney attendait, les oreilles battantes comme pour évaluer les alentour, cerné par tous les autres étalons. Perceval attacha les rênes du cheval de ravitaillement à la selle de Lancelot et remonta sur sa monture.

Après un dernier regard désapprobateur, Merlin se retourna et enfonça ses talons dans les côtes de son cheval. Perceval et Lancelot firent avancer Arthur en s'assurant qu'il reste bien derrière leur chef. Le jeune homme observa son maître désormais vêtu d'une armure et d'une cotte de mailles camouflé sous une cape vert foncé sur laquelle était brodé un dragon doré aux ailles étendues comme en plein vol.

Arthur ne le quitta pas des yeux et se concentra pour rester droit sur le dos de sa petite jument. Selon Perceval le poney suivrait joyeusement le cheval de Merlin partout où il irait et la majorité du chemin se ferait lentement. Ils avançaient donc doucement sur la route sinueuse de la montagne. Ils accélérèrent aussi quelques fois, mais c'était assez rare, autant que les preuves qui indiquaient la présence passée d'une armée en fuite.

Merlin était déterminé à retrouver Cenred, il ne voulait pas lui laisser la chance de gagner la frontière. En territoire sûr, il pourrait rassembler des alliés parmi les nobles. C'était surement dans ce but qu'il avait emporté l'or et les pierres précieuses, et pourtant Merlin ne comprenait pas pourquoi il avait laissé Arthur. Le prince d'or serait un outil d'une plus grande valeur encore s'il voulait traiter avec la noblesse.

Ils firent une halte pour laisser se reposer les chevaux au déjeuner. Arthur se hâta de servir Merlin, ainsi que Lancelot et Perceval qui était tout prêt, avant de reprendre la route. Le jeune homme commençait à sentir l'épuisement de l'équitation. Son dos lui faisait mal et les muscles de ses jambes étaient tendus, mais il pouvait aisément le supporter, comparé à la dernière fois qu'il était monté à cheval. Toutefois, il ne put que ressentir du soulagement lorsque le jeune leader sonna la fin de la chasse pour la journée et que les troupes se rassemblèrent pour la nuit. Il était heureux de descendre du cheval pour le reste de la soirée et de pouvoir se concentrer sur autre chose en l'occurrence, l'installation du camp, la cuisson du faisan que Lancelot avait attrapé et le service du petit groupe rassemblé autour de son maître.

— Où vas-tu ? lui demanda Merlin lorsqu'il fut sur le point de s'éclipser.

— Je vais nourrir les chevaux, mon seigneur.

— Mangé d'abord. Il y a de l'herbe, ils peuvent attendre.

Arthur resta interdit un instant, mais un ordre était un ordre. Alors il fit marche arrière et alla récupérer la casserole qui ne contenait désormais plus que les restant que personne - sauf peut-être Perceval - ne voulait vraiment. Le blond eut la sensation que Merlin avait averti le géant.

— Tu mangeras en même temps que nous. Affamé, tu ne me seras d'aucune utilité.

— Oui, mon seigneur.

Le ventre plein de nourriture chaude, Arthur se sentait mieux. Après avoir terminé ses corvées, il retourna au feu de camp et s'assit près de Merlin, attendant de voir si son maître avait besoin de quoi que ce soit. Mais ce dernier ne lui accorda pas la moindre attention et continua de discuter stratégie avec les autres. Le blond écoutait et patientait.

— Les soldats sont-ils prêts pour les tours de garde ? demanda Merlin quand ils eurent terminé.

— Oui mon seigneur, répondit Lancelot. Ils feront les rotations habituelles.

— Je prendrais le premier tour, allez tous vous reposer. Toi aussi.

Arthur eut de nouveaux droits à ce regard froid. Il acquiesça, légèrement découragé.

— Oui, mon seigneur.

Il lui avait pourtant semblé avoir bien commencé la journée, enfin tant que Merlin avait été endormi. Par contre, il semblait avoir tout fait de travers le reste du temps, en plus tout son corps lui faisait mal. Une douleur lui battait le bas du dos et ses jambes semblaient peser des tonnes.

Arthur s'installa pour la nuit, il se servit du manteau de laine comme d'un drap et s'enroula dans sa couverture. Comme la nuit précédente, il retira sa chemise et la posa, pliée, à ses côtés avant de se recroqueviller sur lui-même. Il se sentait pathétique. Il paraissait incapable de suivre les ordres qu'on lui donnait et ses jambes et son dos lui faisaient toujours aussi mal. Il n'était pas sûr de pouvoir dormir avec ces douleurs qui le lançaient sans cesse.

Cependant il devait bien reconnaître que son dos avait déjà subi bien pire qu'une journée à cheval.

Arthur se sentait fatigué, mais la multitude de penser qui se bousculait dans sa tête l'empêchaient de dormir. Sa couverture était chaude et confortable, alors il resta allongé et patienta. Autour de lui tout le monde dormait, sauf Merlin, assit sur le tronc d'un arbre abattu, pour son tour de garde. Il semblait perdu dans ses pensées, son regard fixant le vide devant lui. L'esclave l'observa un moment en se mordant lèvre, puis prenant enfin une décision, il s'extirpa de sous sa couverture, enfila sa chemise, enroula le manteau sur ses épaules et se dirigea vers son maître.

Merlin sortit de sa transe en apercevant Arthur marcher vers lui. Comme à son habitude sa tête était baissée et il ne croisa pas son regard, il ne croisait jamais celui de personne.

— Je pensais que tu dormais, lui dit-Il.

— Je suis désolé, mon seigneur, j'ai juste… puis-je prendre la parole ?

Arthur se comportait rarement de manière aussi extravagante. De toute façon, la majorité du temps il était ignoré, mais il avait déjà eu quelques maîtres décents au cours des années et son intuition lui disait que Merlin pourrait en faire partie, puisqu'il attendait d'Arthur qu'Il soit nourri et correctement vêtu. Il devinait également que le jeune leader devait trouver la torture quelque peu détestable, cependant il ne doutait pas une seconde que s'Il outrepassait ses limites les conséquences en seraient terribles. C'était à la fois grâce à la décence de Merlin et par instinct de survie qu'Arthur agissait présentement.

Merlin fut d'abord surpris par la question, mais il comprit bien vite que si le blond était généralement vu, il était plus rarement écouté.

— A quel sujet ?

— Je ne voulais pas écouter, mais j'ai tout de même entendu votre conversation de tout à l'heure. Cenred ira au ravin. C'est de là-bas qu'Il se retirera.

Merlin le dévisagea, interloqué. Toute la nuit, ils avaient émis des suppositions sur le lieu de retrait du roi ennemi.

— Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Le ravin est piégé. Il pourra facilement déclencher un éboulement.

Merlin observa le jeune homme en face de lui qui détourna immédiatement son regard vers le feu.

— Assieds-toi, ordonna le jeune leader.

Sans surprise, le blond se laissa tomber là où il se trouvait. Il croisa les jambes et s'emmitoufla dans son manteau. Il y avait suffisamment de place sur le tronc, près de Merlin, mais évidemment l'idée ne lui avait même pas traversé l'esprit. C'était l'une des nombreuses choses chez lui qui irritait Merlin. Il agissait par automatisme, uniquement comme il lui avait toujours été appris. Il était assis et attendait.

— Quand a-t-il piégé le ravin ?

— Quand nous sommes descendus pour la bataille, expliqua Arthur en indiquant vaguement le chemin qu'ils avaient utilisé.

— Récemment donc ?

— Oui mon seigneur, acquiesça Arthur.

— Où précisément ?

Le blond secoua la tête.

— Je ne sais pas. Les troupes principales sont passées par les pentes basses. J'étais avec eux.

— Est-ce Cenred qui a supervisé cela ?

— Je l'ai entendu parler aux généraux. Il leur a expliqué qu'en cas de retrait ils pourraient passer par ce chemin pour piéger… heu… vous.

Merlin prit le temps d'y réfléchir. Il saisit une petite flasque, l'ouvrit et en but un peu, puis il en proposa à Arthur.

— Ça va te réchauffer, dit-il.

Arthur prit la flasque offerte et en but une gorgée. Le liquide âcre lui brula la bouche et la gorge, mais laissa une plaisante chaleur qui se répandit dans tout son corps. Son maître s'était tourné vers le feu, il vit l'éclairé doré illuminer ses yeux et les flammes grossir.

— Merci, mon seigneur, dit-il en lui rendant la petite flasque.

— Pourquoi me dis-tu tout cela ? demanda le jeune leader.

Arthur répondit avec un léger haussement d'épaules, auquel Merlin s'était déjà habitué.

— Normalement, ils me posent des questions. Alors je préfère leur dire ce que je sais, parce que s'ils découvrent que je savais quelque chose que je n'ai pas dit... il vaut mieux parler dès le début.

— Les gens te demandent souvent de leur raconter les secrets dont tu es au courant ?

— Généralement oui. Et il serait idiot de ma part de refuser ou de mentir.

— Hmm, fredonna Merlin, je suppose que dans ton cas tu n'as pas totalement tort. Il y aurait-il autre chose que je devrais savoir ?

— C'est tout ce que je sais, dit Arthur. Je ne voyageais pas souvent avec l'armée.

— Que faisais-tu lorsque Cenred partait sans toi ? demanda le jeune seigneur.

— Je travaillais dans les baraquements.

L'insinuation était claire quant au dit travail, mais Merlin n'ajouta rien. Il observa le jeune homme en fasse de lui, qui semblait soudainement trouver le feu de camp très fascinant. Il tendit le bras pour toucher ses cheveux blonds, il les trouva doux et soyeux.

— Va te coucher. Comme je l'ai dit tout à l'heure, tu as besoin de repos.

Arthur marchait près du cheval de son maître, en essayant tant bien que mal de ne pas se sentir trop perturbé par la tournure des événements. Le matin même, Merlin avait rassemblé un petit groupe d'hommes pour l'accompagner, ensuite il était allé vers lui et lui avait lié les mains en laissant une extrémité de corde assez longue pour le diriger. Arthur n'avait posé aucune question, il n'avait aucun droit de le faire, mais il se demandait tout de même ce que le jeune seigneur avait prévu pour lui.

Le voyage fut plus rude cette fois, la route abîmée demandait à Arthur une grande concentration pour ne pas tomber. Une chute à cet endroit serait particulièrement douloureuse, mais heureusement Merlin gardait un rythme lent. Petit à petit, le blond reconnut l'endroit où ils se trouvaient. Au lieu de traverser le ravin piégé, ils l'avaient contourné. Merlin semblait avoir un plan et, considérant sa position actuelle, Arthur se doutait bien qu'Il y aurait un rôle à jouer.

Le jeune esclave redoubla de prudence alors qu'ils entamèrent leur ascension. La longue pante débouchait sur un vaste plateau où Cenred avait établi son campement lorsqu'il travaillait sur son piège dans le ravin.

— Restez groupé, ordonna Merlin lorsqu'ils franchement le sommet de l'inclinaison qui desservait le plateau.

Perceval se rapprocha, cachant le blond des yeux extérieurs. Les soldats et chevaliers resserrèrent leurs positions alors que l'ennemi se montrait. Arthur entendit le bruit métallique des épées tirées de leurs fourreaux et il se blottit contre le cheval à ses côtés, juste derrière la jambe de son maître.

— Mon seigneur.

Son maître le regarda, s'assurant qu'il était toujours près de lui. Plus bas que les autres, Arthur ne pouvait voir que les cavaliers qui l'entouraient. Cependant, sa vision se dégagea lorsque les chevaux se déplacèrent pour laisser avancer Merlin. Les mercenaires de Cenred les avaient encerclés, empêchant toute tentative de fuite. Sur les hauts sommets au-delà du plateau, ses archers attendaient. L'un d'eux lança une flèche expérimentale dans leur direction. L'attaque ne toucha personne, mais une fois que le cercle autour d'eux se fut resserré, il serait beaucoup plus facile de leur tirer dessus.

Cenred s'avança légèrement devant les troupes immobiles. Merlin fit de même, entraînant Arthur avec lui. Le roi ennemi le dévisagea un moment en souriant d'un air satisfait. L'esclave attendait, les yeux résolument baissés sur la jambe de son maître, la peur au ventre quant au sort qui lui était réservé.

— Je vois que mon piège aux cheveux blonds a fonctionné.

— C'est pour ça que vous l'aviez laissé là-bas. Vous vous attendiez à ce que je le questionne et qu'il me parle de l'éboulement, expliqua calmement Merlin. En fait, il est venu m'en parler de son propre chef.

— Même si je ne pouvais pas exactement prévoir vos déplacements, je savais que vous tiendriez compte de cette information.

— En effet, j'en ai tenu compte, puis je me suis dit que vous aviez probablement prévu cela. Votre seule chance de pallier aux deux possibilités était de nous prendre par derrière.

Cenred ne dit rien un moment, puis un sourire laid se dessina sur son visage.

— Le joli petit prince pourra vous dire à quel point je suis doué pour ça. Avez-vous déjà exploré tous ses talents ?

Merlin garda le silence et observa son ennemi.

— Tu ne gagneras pas Cenred. Il semblerait que tu es dépassé les limites avec les autres rois.

— Et c'est pour cela qu'ils vous ont envoyé, vous, le si puissant seigneur des dragons. Mais dites-moi, à quoi donc vous sert votre magie à présent ? Vous êtes encerclés.

— Rien de bien inquiétant, en somme. Voyez-vous, il y a d'autres moyens de régler ce conflit. J'ai une offre à proposer.

— Je ne suis guère intéressé par votre offre, annonça Cenred, faisant sourit Merlin.

— Je sais que vous avez emporté suffisamment d'or et de diamant pour payer vos hommes, mais je peux leur offrir beaucoup plus. Enfin, s'Ils sont prêts à se battre pour ça.

Le jeune leader fit une pause de quelques secondes, puis il reprit, la voix forte. Elle raisonna comme Arthur ne l'aurait jamais cru possible.

— A celui qui me rapportera la tête de votre roi, j'offrirais le prince d'or en récompense.

En parlant, il tira un cou sec sur la corde, propulsant Arthur vers l'avant. Sous la violence du geste, le blond manqua de tomber à genoux, mais au dernier moment, Merlin s'en aperçu et tira de nouveau sur la corde pour le maintenir droit.

— Reste debout, siffla-t-il.

Arthur obéit et attendit. L'armée ennemie était immobile et tous les yeux étaient sur lui. Silencieusement, les hommes derrière Cenred se déplacèrent.

L'esclave sursauta lorsqu'un des mercenaires se précipita vers Cenred. Ce dernier bougea rapidement et abatis son épée contre son adversaire. Soudain deux autres hommes se jetèrent l'un sur l'autre avec férocité. A cet instant tout sembla s'enchaîner de façon similaire. Arthur regardait avec étonnement les mercenaires se battre les uns contre les autres comme des chiens enragées. Des corps tombèrent, sauvagement piétiné par la foule déchaînée. Le roi ennemi fut rapidement encerclé, il n'avait plus aucune chance de survie.

Arthur leva les yeux vers son maître qui regardait la scène d'un air sinistre. Il retourna son attention devant lui et aperçut Cenred tomber, il vit une épée s'abattre à toute vitesse vers lui. Il tressaillit et se blottit inconsciemment contre le cheval de Merlin, ne voulant pas assister à l'horreur qui se déroulait sous ses yeux.

Il sursauta légèrement lorsque Merlin saisit ses poignets liés pour le ramener avec douceur à sa place initiale, près de son cheval. Arthur sursauta une seconde fois et les cheveux s'agitèrent, hurlant de mécontentement lorsqu'un grondement strident se fit entendre. Le jeune leader sourit. Il tourna la tête pour observer les archers soudainement pris d'assaut par ses hommes. Ils tentèrent vainement de fuir et ceux qui se précipitèrent aux bas des sommets tombèrent nez à nez avec les chevaliers qui l'accompagnaient.

Plusieurs des hommes de Cenred battirent en retraite, mais leur fuite fut vite avortée par Sir Léon et son groupe. Il avait déclenché le piège dans le ravin et avait rebroussé chemin comme Merlin le lui avait ordonné. Après l'émeute que le jeune seigneur avait créée, l'armée de Cenred était dans un piètre état. Au centre de la scène, la lutte continuait, les hommes se disputaient toujours la tête de leur roi, se battant désespérément à coup de poing et d'épée.

Finalement, un groupe sembla en sortir victorieux. Arthur reconnu l'homme à leur tête, c'était l'un des généraux de Cenred, qui avait apparemment réussi à persuader une douzaine d'hommes de se ranger à ses côtés durant l'émeute. Il souleva la tête décapitée par ses cheveux et s'éloigna du reste de l'armée. Les mercenaires qui le suivaient lui ouvrir un passage vers Merlin, empêchant les autres d'approcher.

Quand il fut assez proche, il lança la tête au pied du cheval de Merlin. L'animal leva son museau en reniflant violemment et le jeune leader dut resserrer sa prise sur les rênes pour l'empêcher de remuer. Arthur regarda la tête sans corps et les yeux ouvert sans vie qui fixaient le vide. Dans la bagarre, il avait dû réservoir un violent coup à la tête et le côté gauche de son crâne avait été sauvagement scalpé par une épée. Le blond ne ressentait pas grand-chose à la vu sordide de la tête de l'homme à qui il avait récemment appartenu. Certes ce n'était pas une très belle façon de mourir et il ne souhaitait cela à personne, mais il avait souffert entre les mains du roi et il ne pouvait pas honnêtement prétendre qu'il lui manquerait.

Maintenant il ne pouvait qu'observer ce qui se passerait. Bien qu'il ne se souvienne jamais des visages, il était presque sûr que les mercenaires du petit groupe s'étaient tous déjà servi de lui au moins une fois. Le général le regardait, les yeux brillant de triomphe et de luxure.

— Je vous ai remis sa tête, maintenant donnez-nous notre prix.

Arthur attendait. Il ne bougeait pas, il attendait patiemment que Merlin le remette aux mercenaires.

— Avant, il y a quelque chose que vous devriez savoir, dit Merlin avec confiance. Il laissa passer une courte pause et poursuivit. J'ai menti.

Les mots furent prononcés avec tellement de calme, qu'Il fallut un moment avant que la compréhension éclate. Les mercenaires le dévisagèrent, estomaqué, puis regardèrent la tête jetée au sol. Arthur leva les yeux sur son maître, mais il n'eut pas le luxe de la réflexion. Les hommes de Cenred se jetèrent sur eux et les soldats de Merlin se précipitèrent à leur rencontre. Plusieurs mercenaires tombèrent, comme écrasés contre un mur invisible. Le jeune leader fit reculer son cheval, entraînant un Arthur vacillant avec lui.

— Méléagant ! appela-t-il.

Le chevalier à pied se précipita et saisit la corde d'Arthur que lui lançait son chef.

— Passez par le flanc gauche et ramenez-le au camp. Vous deux, avec lui.

— Oui, mon seigneur.

Dès que le chevalier tira Arthur vers lui, Merlin dégaina son épée. Il enfonça ses talons dans les côtés de son cheval avec un grognement furieux et se jeta dans la bataille. Méléagant enroula la corde autour de son poignet pour rapprocher l'esclave et le traîna à ses côtés. Ils s'éloignèrent des combats et contournèrent les hommes de Léon qui accouraient pour prendre les mercenaires restant à revers. Arthur tenta de regarder derrière lui, mais ne vit pas grand-chose. Manquant de peu de trébucher, il retourna son attention devant lui pour voir où est-ce qu'il était traîné. Les deux hommes qui les accompagnaient se placèrent chacun d'un côté tandis qu'ils arrivaient sous le couvert d'une paroi rocheuse, à l'abri du tumulte, et s'enfonçaient dans la forêt.

Arthur suivait le chevalier en trébuchant par moments et profita du calme pour penser à ce qui venait de se passer. En réalité Merlin n'avait jamais eu l'intention de le livrer, mais il savait que cette offre pousserait les mercenaires à se retourner les uns contre les autres. L'argent leur suffirait sur le moment, mais sur le long terme, s'Il prévoyait un jour de demander refuge à n'importe quels rois de cette terre, Arthur serait un bien meilleur outil de négociation. Cenred avait surement eu l'intention de le réclamer après sa victoire sur Merlin, mais le jeune leader s'était volontairement jeté dans la gueule du loup et avait retourné son piège contre lui.

— Mon seigneur, le camp est de ce côté, indiqua l'un des soldats, sortant Arthur de ses pensées.

— Je prends juste quelques précautions, dit Méléagant en souriant aux deux hommes, puis son regard dériva vers l'esclave blond. La bataille pourrait s'éternisent, alors rien ne presse.

Arthur se laissa entraîner plus profondément dans la forêt, jusqu'à un endroit tranquille où le chevalier s'arrêta et le jeta au sol, à quatre pattes.

— Vous voulez dire qu'on pourrait l'utiliser ? demanda l'un des soldats à voix basse.

Arthur sentit une main glisser sur ses fesses et presser son entrejambe.

— Pas comme ça, ce serait trop évident. Il vaudrait mieux qu'Il nous suce.

Les bottes du chevalier apparurent dans le champ de vision d'Arthur, puis une main tira violemment ses cheveux pour le redresser sur ses genoux. Il leva la tête et se laissa faire lorsque deux doigts gantés de cuir s'enfoncèrent dans sa bouche. Il ne résista pas, mais il ne répondit pas non plus. Il regarda Méléagant libérer à la hâte son érection. Ses yeux noirs le fixaient avec la même avidité que les mercenaires quelques minutes auparavant et son visage était rougi d'excitation. Le blond soupira lourdement lorsque les doigts furent remplacés par le membre de l'homme et grimaça en sentant la main revenir s'emmêler dans ses cheveux.

— Ne vous dérangez surtout pas pour moi.

Arthur crut que ses cheveux allaient lui être arrachés quand Méléagant tira sa tête vers l'arrière. Il regarda l'érection se ramollir à une vitesse inouïe et devina que le regard froid de Merlin était posé sur son chevalier.

— Mon seigneur. Je ne voulais pas vous offensez-

— Ne vous avisez plus jamais de toucher à ce qui m'appartient, dit le jeune leader.

La voix cinglante fit frissonner Arthur. Ce n'était pas étonnant, Merlin avait réussi à vaincre toute une armée avec seulement quelques mots.

— Pardonnez-moi… mon seigneur.

Arthur osa lever les yeux. Il y avait de la peur dans la voix de Méléagant et il était soudainement devenu très pâle. Merlin resta silencieux tandis que le chevalier rangeait précipitamment ses abribus dans son pantalon et reculait avec ses deux complices. Le blond resta patiemment immobile alors que son maître marchait vers lui. Il le saisit fermement par le bras pour le releva. Il détacha ses poignets, vérifia qu'il n'était pas blessé et rangea la corde.

Puis Merlin se retourna et s'avança dans la forêt.

— Allez, viens, lui lança-t-Il par-dessus son épaule.

Arthur obéit, ravalant sa confusion, sa fatigue et sa douleur.

A SUIVRE

- Translucide : ton commentaire fait vraiment plaisir à lire. D'habitude je suis très univers alternatif, mais j'aime aussi redécouvrir l'histoire originale sous différents angles; ce qui aurait pu se passer dans telle ou telle circonstance. Et oui, tu verras bientôt tout ce joli monde à l'œuvre, en espérant que la suite te plaira autant qu'à moi. Merci pour ton commentaire.

- eiko : ça change de d'habitude et à force on finit par si faire... pour ton commentaire.

- Misatelle : oui, un peu de changement entre ces deux-là. Les préjugés sans fondement viennent bien souvent de l'éducation, en outre quel aurait été les poignons d'Arthur s'il n'avait pas été influencé par pour ton commentaire.

- amegonys : Oui un peu e changement. Alors très honnêtement je ne m'en rappelle pas. J'ai lu ce fic il y a un moment déjà, mais il me semble bien que non, pas à la fin... et pour ce qui se passera dans les autres chapitres avant la fin, je t'avoue que je redécouvre l'histoire en traduisant. Désolé si je n'ai pas vraiment répondu à ta question. Merci pour ton commentaire.

- Maria : Merci beaucoup, désolé pour mon rythme épouvantablement lent. Merci pour ton commentaire.