Titre original : Golden Prince
Auteur : Kiva Taliana
Traduction : Allys-33
Note de la traductrice : Bien qu'il n'y ait aucune scène vraiment explicite, les thèmes abordés sont assez matures et sombres, donc pas conseillés à tout le monde.
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Golden Prince
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CHAPITRE 3
Le camp était dans un désordre organisé. Sur le chemin, Arthur suivait son maître qui supervisait les blessés. Lancelot était toujours à cheval, mais pressait douloureusement sa cuisse gauche pour stopper un écoulement de sang.
— Arthur, fait pression sur sa blessure avec tes mains et ne bouge plus.
— Oui, mon seigneur.
Le jeune homme s'approcha du cheval et posa ses mains sur le tissu qui recouvrait la plaie. Lancelot put concentrer ses efforts pour ne pas tomber, il se pencha et saisit de toutes ses forces le pommeau de la selle. Arthur grimaça à la vue du sang qui s'échappait de sa cuisse, mais ne recula pas et appuya plus fort encore, en rejoignant péniblement le campement.
Merlin criait des ordres à ses soldats tandis que Perceval aidait Lancelot à descendre de sa monture. Arthur avait réussi à enrouler le bandage de fortune autour de sa cuisse, c'est à ce moment-là qu'Il avait aperçu des coutures dorées, alors il avait compris que le tissu utilisé par son maître pour recouvrir la plaie était en fait sa propre cape. Il n'avait pas vraiment remarqué sa couleur verte, désormais noir de sang. Il espérait vaguement ne pas être obligé de la nettoyer plus tard.
— Emmenez-le par ici, ordonna Merlin et Perceval aida son ami à bouger jusque dans la tente principale puis le coucha sur le lit de leur chef.
Merlin prit la place d'Arthur et détacha le bandage improvisé pour examiner la blessure. Lancelot était pâle presque livide, il expirait bruyamment et serrait les dents dans la douleur.
— Arthur, j'ai besoin d'eau chaude et de nouveau bandage. Trouve-moi aussi du miel si possible. Et il y a du matériel médical dans mes affaires, dans une petite boîte avec des runes anciennes gravées dessus.
Grâce au ciel, Arthur se souvenait avoir rangé ladite boîte. Il se dépêcha de la lui remette et se précipita à l'extérieur pour chercher tout ce qui lui avait été demandé. Heureusement, il ne lui fallut pas longtemps pour allumer un feu et mettre l'eau à chauffer. Tout le reste du camp semblait occuper à faire la même chose, soigner les blessés et déplacer les morts qu'ils avaient ramenés vers un lieu propice à l'inhumation. Concernant les corps des mercenaires de Cenred, Merlin avait ordonné qu'ils soient tous brûlés.
Lorsque la vapeur commença à s'élever, Arthur retira la casserole du feu et retourna dans la tente. Merlin lui demanda d'en verser un peu dans un bol et s'en servir pour nettoyer la plaie.
— Va aider Léon, ordonna-t-il.
Le chevalier était assis dans la tente et essayait tant bien que mal de retirer son armure. Arthur alla donc l'aider. Il se débattit un moment avec les attaches. Il y avait sur le métal deux bosses qui ne facilitaient pas les choses. Léon grimaçait quelquefois, mais gardait le silence quand l'esclave s'excusait. Il réussit enfin à le libérer de son armure et s'attaqua à sa cotte de mail. Le chevalier serra les dents en levant le bras droit pour l'aider et Arthur lui retira son vêtement de fer le plus délicatement possible.
Léon retira sa chemise et examina les bleues et contusions qui se dessinaient sur sa peau.
— Arthur, va chercher de l'eau fraîche au ruisseau et trouve quelque chose pour compresser la peau, le plus important semble être le gonflement qui est en train de se former.
— Il n'y a rien de cassé, assura Léon en passant ses doigts sur son épaule.
Le jeune homme blond ressortit donc à toute vitesse de la tente pour récupérer un bol d'eau et profita du retour pour chercher ce qui pourrait lui servir de compresse. Il s'arrêta pour tourner entre deux tentes en observant bien les alentours. A quelques mètres de là, sous la lumière du soleil couchant, il aperçut Perceval qui parlait à quelqu'un. L'homme devant lui se rétractait légèrement loin du géant et Arthur réalisa qu'il s'agissait de Méléagant.
Perceval le surplombait de toute sa hauteur et le regardait de haut. Quoi qu'il ait pu lui dire, Méléagant acquiesça frénétiquement et Arthur baissa la tête lorsque le chevalier tourna son regard dans sa direction dans une vaine tentative d'échapper au géant. Le blond se retourna et fit un long détour pour arriver de l'autre côté sans se faire voir des deux hommes.
De retour à la tente de Merlin, Arthur s'était finalement rabattu sur son ancienne tunique. Il la roula en boule, la plongea dans le bol d'eau et la secoua à quelque reprise pour quelle s'imbibe correctement, puis il la ressortit et recouvrit les contusions sur l'épaule de Léon avec.
— Merlin ! cria Perceval en entrant précipitamment dans la tante. Gareth est dans un sale état, vous devriez venir le voir.
Merlin s'arrêta de coudre la blessure de Lancelot et tourna son attention vers Arthur.
— Tu vas terminer ça.
Arthur écarquilla les yeux de surprise.
— Je ne saurais.
— Peux-tu coudre ?
Le blond hocha la tête, trop abasourdi pour s'exprimer verbalement. Merlin lui ordonna d'approcher d'un geste de la tête. Il obéit en observant la plaie avec appréhension.
Le jeune leader se leva et Arthur s'agenouilla à sa place sur le tissu en soie bordeaux qui avait été placé là à cet usage. Merlin joua de son aiguille pour lui montrer comment faire.
— Tu dois enfoncer l'aiguille comme ça, puis tu la fais passer ici et tu la ressors de l'autre côté.
Arthur se rapprocha de la plaie tant redoutée et saisit avec angoisse l'aiguille que lui tendait son maître.
— Vas-y, lui dit-il.
— Merlin, Insista Perceval.
Lancelot grimaça lorsque Arthur inséra l'aiguille dans sa chaire avec moins de subtilité que Merlin.
— Pardonnez-moi, murmura-t-il.
— Tu dois être plus ferme Arthur. Lancelot sait bien qu'il vaut mieux une petite douleur que de se vider de son sang, aller, continu.
Merlin rassembla son équipement médical, tout en gardant un œil sur lui. Lancelot se redressa et à son tour observa son travail.
— J'en connais assez pour le guider.
Après un dernier regard, Merlin suivit Perceval hors de la tente.
— Fait passer l'aiguille par ici, Arthur, indiqua le chevalier en grimaçant.
— Voulez-vous quelque chose pour la douleur ? lui demanda Léon en se levant lentement. Je vais nous chercher un peu de vin.
Arthur se concentra sur la tâche qui lui avait été confié. Après quelques sutures hésitantes, il gagna en confiance en suivant à la lettre les instructions de Merlin et les bons conseils de Lancelot. Il en était à la moitié de la plaie lorsque Léon réapparut, deux outres de vin à la main. Il en donna une à son ami, qui la prit volontiers. Le blessé retira le bouchon avec ses dents, le recracher sur la table et avala une généreuse gorgée de liqueur. Léon ne tarda pas à l'imiter. Arthur, lui, resta immobile et concentré sur son travail.
Après un moment, Merlin revint dans la tente.
— Comment va-t-il ? lui demanda Léon.
— Il n'a pas survécu, répondit-il.
Arthur s'arrêta et leva les yeux sur son maître. Ce dernier ne lui accorda pas le moindre regard mais se rapprocha pour examiner son travail.
— C'est bien. C'est très bien, Arthur. Vas-y, termine.
L'esclave obéit et se remit au travail. Merlin s'éloigna de lui et accepta avec reconnaissance l'outre de vin que lui offrit Léon. Il en but une grande gorgée et la lui rendit en soupirant.
— Merlin, ça devait arriver un jour ou l'autre. Nous connaissons tous les risques, dit le chevalier.
Arthur leva de nouveau la tête, mais l'expression de Merlin était indéchiffrable. Ce n'était en tout cas pas l'une de celles qu'il connaissait.
Un peu plus tard, ce fut Perceval qui entra dans la tente, les mains et les bras couverts de sang.
— Aller vous nettoyer avant d'entrer ici ! ordonna Merlin.
Le géant fit une grimace et ressortit, puis le jeune leader se tourna vers Lancelot et Arthur.
— Je vais terminer ça. Va te nettoyer et ranger un peu.
— Oui, mon seigneur, répondit Arthur sans relever la tête.
…
Merlin termina de coudre la blessure de Lancelot et le laissa s'allonger sur son lit, c'était le meilleur pour se rétablir.
Arthur tournoyait sur lui-même, faisant des vas et viens incessant, apportant la nourriture – principalement à Perceval – tout en rangeant ce qu'il pouvait. Pendant un long moment il ne vit pas son maître, jusqu'à ce qu'il se retrouve à l'extrémité du camp où Il aperçut le jeune seigneur assit un peu à l'écart sur les racines d'un grand arbre. Le blond s'éloigna un instant pour revenir avec le bol encore fumant de ragoût qu'Il avait préservé de Perceval au cas où Merlin réapparaîtrait avec l'envie de se restaurer.
Arthur ne savait pas si le jeune leader voudrait manger, ni même s'Il accepterait d'être dérangé, mais c'était son travail de veiller à ce que les moindres désirs de son maître soient satisfait. Et également de savoir les anticiper.
Dans le cas présent, l'esclave ne pensait pas qu'il serait puni, même si Merlin n'avait aucune envie de manger et se voyait irrité de son interruption.
A son approche, Merlin tourna la tête vers lui et Arthur lui tendit le bol de nourriture.
— Vous n'avez rien mangé, mon seigneur.
Merlin l'observa un moment avant de prendre le ragoût.
— Merci.
— Je vous ai aussi apporté de l'eau, dit Arthur en lui donnant une outre pleine d'eau que Merlin posa près de lui.
— As-tu mangé ? Demanda le seigneur.
Arthur acquiesça. Ces deux derniers jours il avait bien compris qu'Il n'était pas nécessaire de pourchasser Merlin pour des choses aussi basiques que manger, dormir ou s'occuper de lui-même.
— Oui, mon seigneur. Désirez-vous autre chose ?
Merlin avala une cuillère de son ragoût, avant de le regarder de nouveau.
— Assieds-toi.
Arthur descendit sur ses genoux à l'endroit où il se trouvait et resserra son manteau autour de lui. La température n'avait pas spécialement baisse, mais le vent avait commencé à souffler en milieu d'après-midi. L'esclave resta immobile et patienta. Son maître ne lui accordait aucune attention et mangeait silencieusement. Il ne semblait avoir besoin de rien d'autre que de le savoir assit à ses côtés. Merlin termina sa nourriture assez rapidement et délaissa le bol vide au profit de l'eau. Avec des gestes automatiques Arthur récupéra la vaisselle sale et se leva.
— Laisse ça, dit-Il. Personne n'en mourra si tu le laves plus tard.
D'un mouvement de tête, Merlin lui ordonna de se rasseoir. Ce que fit Arthur, mais cette fois il se déplaça légèrement sur le côté afin de reposer son poids sur le sol plutôt que sur ses talons, sans toutefois déplier ses jambes et appuya son épaule contre l'une des racines de l'arbre.
Merlin l'observa.
— Es-tu fatigué ? demanda-t-il.
— Non, mon seigneur, répondit le jeune homme avant de se rattraper lentement. Oui, mais je ne crois pas pouvoir dormir et j'ai encore un peu mal à cause du cheval.
Après cela, Arthur resta silencieux et attendit, tandis que le regard de son maitre glissait vers la forêt.
Derrière eux, le camp était plongé dans l'obscurité, les feux et les torche renvoyaient des ombres vacillantes sur les toiles des tentes et les hommes se déplaçaient calmement.
— Désirez- vous autre chose, mon seigneur ? répéta le blond.
Il ne comprenait pas pourquoi il lui avait été demander de s'asseoir. Il n'était pas habitué à rester sans rien faire, même si bien des fois il aurait simplement souhaité rester assit à se détendre.
— Pas vraiment, répondit Merlin, mais je n'ai pas envie de rester en ma seule compagnie et n'importe qui d'autre m'aurait sûrement agacé.
Arthur ne savait pas s'Il s'agissait d'un compliment ou pas. Son maître savait surement qu'Il resterait immobile et silencieux, alors c'est ce qu'il fit. Il resta assis et observa silencieusement la forêt recouverte de son voile sombre, ne laissant apparaître que quelques arbres et buissons autour d'eux.
— Tu as été avec Cenred une année entière, c'est bien cela ? demanda soudainement le jeune seigneur.
Arthur tourna son regard vers lui, le brun s'était adossé contre le tronc de l'arbre et avait relevé une de ses jambes sur laquelle il avait posé son coude.
Le blond voulut acquiescer, mais le hululement d'un hibou lointain le fit sursauter. Le cri avait troublé le son apaisant du crépitement des flammes du camp.
— Un peu plus d'un an, en fait. Il a pris possession de moi lors de l'hiver surpassé.
Merlin y réfléchir un moment. En effet cela avait fait un an cet hiver et le printemps était déjà bien avancé.
— D'où t'a-t-il pris ?
— Il m'a arraché à Lord Goldfrey. Il vivait à la frontière de Mercia, Cenred a envahi ses terres et m'a emmené avec lui.
Merlin acquiesça.
— J'ai entendu parler de cet incident. Et comment Lord Goldfrey t'a-t-il eu ?
— Son beau-frère avait une dette envers lui. Lord Goldfrey a décidé qu'il pourrait la payer avec moi. Son beau-frère vivait dans le royaume du roi Olaf, il n'a pas vraiment eu le choix.
— Olaf n'a-t-il pas proposé de payer sa dette ?
— Je l'ignore. Je sais juste que j'ai été échangé.
— Comment était Lord Goldfrey avec toi ?
Arthur haussa les épaules avec ce dédain caractéristique de son désintérêt.
— Il ne faisait pas vraiment attention à moi. De ce que je sais, il n'était pas dans les bonnes grâce du roi Bayard et il avait prévu de m'envoyer à la cour de Mercia.
— Vraiment ? J'avais pourtant entendu dire que Bayard t'appréciait beaucoup.
Le blond détourna le regard. Merlin pouvait voir la tension dans ses épaules, ses mains se tordaient dans mon manteau en laine usé. Le mot 'apprécier' était un euphémisme. Il y avait suffisamment de rumeur après chaque passage d'Arthur dans les différents royaumes pour savoir ce que chacun pensait de lui.
— Oui, mon seigneur, répondit Arthur dans un murmure.
— Désirerais-tu retourner en sa compagnie ? questionna Merlin.
Le blond releva légèrement la tête, ses cheveux scintillaient sous la lumière des torches à proximité.
— Ce n'est pas à moi d'en décider, mon seigneur, répondit-il.
Sa voix était redevenue neutre. Le jeune seigneur comprit sans mal qu'il n'avait aucune envie de poursuivre cette conversation.
Le prince d'or n'avait aucune idée de ce que Merlin voulait de lui et très honnêtement, Merlin ne le savait pas lui-même.
Le blond avait de nouveau baissé la tête et le jeune leader décida de ne pas insister. Il lui était passé l'envie de discuter, alors il laissa son regard se perdre dans l'obscurité de la forêt. Il entendit Arthur soupirer légèrement et constata que le jeune homme s'était adossé à la racine de l'arbre où il était assis.
Merlin se demandait ce que le prince d'or pouvait bien penser de sa vie. Il savait qu'il n'y avait aucun intérêt à lui poser des questions, toutes ses réponses seraient neutres et empruntent de mensonges moelleux pour satisfaire sa curiosité. Ils ne se connaissaient que depuis deux jours, il était évident que le blond ne lui faisait pas confiance. Il lui faudrait encore du temps.
Cette pensée lui fit froncer les sourcils. Il semblait que son subconscient avait déjà décidé de garder le jeune homme. En y réfléchissant, il était arrivé à la conclusion que posséder un esclave qui le suivrait partout serait bien peu pratique. Son père voudrait probablement s'en servir pour avoir un avantage sur les autres rois, mais cette idée le répugnant profondément. Merlin comprenait le désir ardant des dirigeants de prendre leur revanche sur Uther, l'ancien roi avait très souvent massacré de nombreuses personnes sans même prendre la peine d'une quelconque réflexion. Ça, il le savait parfaitement. Sa mère avait souffert entre les griffes de cet homme. Il n'avait que neuf ans à l'époque et en avait été durement marquer. Toutefois, il ne comprenait pas l'intérêt de s'en prendre à Arthur. Pas alors que le prince n'était qu'un enfant, et encore moins maintenant lorsqu'il ignorait tout de cette histoire. La Grande Purge était terminée depuis seize ans maintenant et Merlin ne voyait aucun intérêt à vivre dans le passé.
Arthur sursauta lorsqu'une branche craqua non loin d'eux. Merlin scruta les bois et aperçut les yeux brillants d'une petite créature qui se faufilait hors des buissons.
— Ce n'est qu'un renard, dit-Il pour rassurer le blond à ses côtés.
Les deux jeunes hommes observaient silencieusement le petit animal qui s'arrêta pour renifler l'air. Il était immobile, les oreilles dressées comme s'Il avait senti leur présence, puis il regarda le camp derrière eux. Quelques secondes plus tard, le renard s'élança dans la forêt et courut dans la noirceur de la nuit. Merlin perçu le bref éclat de la lune sur son beau pelage avant qu'Il ne disparaisse totalement. Le jeune sorcier et le prince d'or se détendirent de nouveau.
Les yeux perdus dans l'immensité du ciel, Merlin en oublia le temps qui s'écoulait, jusqu'à ce que Perceval le ramène à la réalité.
— Tout va bien, Merlin ?
— Tout va bien. Je ne me sens juste pas d'humeur très sociable.
Perceval fronça les sourcils et jeta un coup d'œil sur Arthur, assit aux pieds du jeune seigneur, la tête complètement baissée. Sa poitrine montait et descendait dans un rythme lent et régulier.
— Il est de bonne compagnie, ajouta Merlin.
— Voulez-vous que je le ramène à sa tente ? demanda Perceval.
Le concerné, profondément endormi, n'eut aucune réaction.
— Non, laissez-le. Je ne compte pas dormir, je me chargerais de lui.
Le chevalier acquiesça.
— Dans ce cas, passez une bonne nuit.
— Bonne nuit, répondit distraitement Merlin, l'air déjà ailleurs.
Il baissa les yeux sur le blond qui malgré ce qu'il pensait n'avait pas tardé à s'assoupir. Merlin n'avait aucun intérêt à le réveiller, alors il se positionna plus confortablement et contempla le visage serein d'Arthur.
…
Le lendemain, ils levèrent le camp, Merlin dispersa ses troupes dans toutes les directions. Son armée n'était pas nombreuse, composé d'à peine plus d'une centaine d'hommes, mais aux yeux d'Arthur elle représentait un redoutable adversaire.
Merlin se retrouva à voyager avec une cinquantaine de soldats, dont Perceval et Lancelot encore en convalescence qui resta assis dans l'une des charrettes. Cette fois Arthur s'assura que son petit poney soit prêt en même temps que le cheval de son maître. Ce dernier ne fit aucune remarque, ce que le blond prit pour un signe d'approbation.
Durant le voyage, Arthur s'assura de toujours rester près de Merlin et lorsqu'ils campaient, il ne s'éloignait jamais de sa tente. Ce ne fut qu'au bout du troisième jour, qu'il réalisa que ses peurs étaient infondées et il se demanda si cela était le but de la conversation qu'il avait surprise entre Perceval et Méléagant. Il recevait des regards appuyés et des commentaires déplacés par moments, mais jamais en présence de son maître ou de ses chevaliers les plus proches.
Le quatrième jour, Merlin arrêta le convoie dans la forêt. Un peu plus loin derrière les arbres Arthur pouvait apercevoir un campement. Il supposa que les hommes qui l'avaient installé devaient être plus nombreux que ceux de son maître. Cependant un petit groupe tout juste composé de quatre hommes et quatre femmes s'avança vers le jeune chef sans la moindre peur. Merlin descendit de son cheval et Arthur fit de même. Il était moins inélégant qu'au début, mais la douleur de l'équitation était toujours présente.
L'esclave saisit les rênes des deux chevaux et attendit patiemment. Le petit poney frotta son museau contre le cou de la jument qui rumina de façon comique. Le blond étouffa un rire à leur bouffonnerie et se retourna pour observer la scène devant lui. Personne ne parlait, mais Merlin observait l'homme en face de lui avec intensité. Arthur chercha Perceval des yeux pour un quelconque indice sur la façon d'agir, mais le géant semblait détendu et parfaitement à l'aise face à la situation.
Le blond retourna donc son attention vers son maître, mais se rétracta légèrement lorsque l'un des hommes jeta un coup d'œil vers lui. Il baissa la tête, conscient que l'étranger le fixait encore avec insistance, mais également avec un certain détachement.
Merlin brisa finalement le silence.
— Aglain, il est bon de vous revoir.
— Nous avons entendu des rumeurs disant que Cenred était aller trop loin.
— Rien qui ne nécessite notre inquiétude à présent, dit Merlin. C'est une affaire réglée.
Aglain sembla quelque peu peiné par cette nouvelle, comprenant immédiatement ce que Merlin avait fait.
— Vous êtes le bienvenu au campement et nous partagerons volontiers ce que nous avons.
— Je vous remercie, répondit Merlin. Nous ne serons pas longs, il me faut encore rattraper mon père. Et bien entendu nous participerons à l'approvisionnement.
— Merci bien, comment se porte Lord Balinor ? demanda Aglain
— Toujours aussi bien, déclara Merlin. Puis il se tourna, apporte les chevaux, Arthur.
A l'entente de son nom, le druide Aglain se tourna vers le jeune homme. Bien heureusement, l'esclave pouvait se concentrer sur les cordes dans ses mains et sur la conduite des chevaux. Il était atrocement conscient du regard qui pesait sur lui et pouvait sentir l'un des autres druides le fixer avec un intérêt non dissimulé. Toutefois, il sentait que ces hommes n'avaient pas de mauvaises intentions.
Arthur avançait avec les chevaux, reconnaissant pour la présence de Perceval qui marchait à ses côtés. Il entendit malgré lui ce que le druide dit à son maître.
— Vous avez en votre possession le prince déchu de Camelot ?
— Il était dans le camp de Cenred quand je suis arrivé.
Le blond mima l'indifférence alors qu'ils parlaient de lui. La conversation se termina là, mais le silence semblait inconfortable.
Arthur voyait Merlin et Aglain se regarder du coin de l'œil, il voyait aussi le regard du druide dériver vers lui par moments. Au bout du cinquième coup d'œil, Merlin prit la parole.
— Nous camperons ici, Arthur, va aider Lancelot.
— Oui, mon seigneur.
Arthur savait reconnaître un ordre de renvoie, et obéit sans tarder.
…
Merlin fut très occupé le reste de la journée. De son côté, Arthur prépara le camp et, aidé de Perceval, installa Lancelot dans une tente. Ensuite il entama ses corvées habituelles, rangement, nettoyage et, après quelques indices pas très subtils du grand chevalier, commença la cuisine.
Il était tellement concentré à couper les légumes et surveiller la soupe qu'il ne remarqua pas la légère pression sur sa botte, jusqu'à ce qu'elle remonte sur son bras.
— Salut toi, dit Arthur au petit chaton apparu à ses côtés.
La petite bête ronronna, se frotta encore contre son bras et tapa de la patte sur sa botte. Avec obligeance Arthur caressa la petite tête poilue. Le chaton ronronna plus fort encore et ferma ses yeux jaunes dans l'extase. Puis il tourna son museau rosé vers la casserole. Le blond n'avait pas encore mis toute la viande au feu. Il avait pensé qu'en garder un peu de coté serait une bonne idée. Perceval voudrait probablement manger une seconde fois un peu plus tard et il ne savait pas quand Merlin reviendrait. Il choisit un petit morceau de viande et l'offrit à la petite boule de poile qui le mangea en ronronnant joyeusement. Une fois fini, le chaton le regarda de nouveau.
— Tu en veux encore ? demanda Arthur en lui donnant quelques petits morceaux supplémentaires parmi les moins appétissants.
Le chaton les mangea avec enthousiasme, puis leva la tête vers le blond, bien décider à obtenir plus d'attention et grimpa sur ses genoux. Il se frotta contre son torse, fit un tour sur lui-même et se roula en boule sur ses cuisses.
Arthur lui tapota un peu la tête avant de retourner à son travail. Il termina de couper les légumes, ajouta encore un peu de viandes au mélange et referma le couvercle de la casserole pour laisser le tout mijoter tranquillement. Enfin il retourna son attention sur la petite boule de poile.
— D'où viens-tu d'ailleurs ? demanda-t-il.
Il releva la tête. Abrité derrière les arbres, il pouvait voir le camp des druides et plusieurs femmes se déplacer dans l'espace commun réservé à la cuisine. Arthur se mordit la lèvre et regarda autour de lui. Il n'y avait personne d'autre à questionner sur la propriété du petit animal. Il mâcha sa lèvre inférieure un moment en se demandant quoi faire. La meilleure option serait de rendre la petite boule de poile à son propriétaire.
Il souleva très prudemment le chaton qui ronronnait encore et le porta vers le camp des druides. Il le tint fermement, bien que la petite bête ne semblait avoir aucune intention de s'enfuir. Arthur grimpa la petite pente et marcha vers le feu. Personne ne le remarqua au début, mais finalement une femme se tourna vers lui.
— Excusez-moi, dit Arthur en essayant de cacher sa nervosité. Je voulais juste savoir à qui il appartenait… je l'ai trouvé… tout près d'ici…
La femme se redressa et examina le chaton délicatement bercé dans les bras d'Arthur.
— C'est donc là que tu te cachais ? dit-elle. Puis la femme regarda Arthur, cette petite demoiselle est à Aaliah, nous nous demandions où est-ce qu'elle était passée.
Il espérait simplement pouvoir lui donner le chaton, mais la femme se détourna sans rien ajouter. Arthur fronça les sourcils en voyant une fillette d'environ huit ans courir vers lui. Elle ralentit en entrant dans l'espace dédié à la cuisine et tendit les bras en s'approchant.
— Smudge !
Arthur devina qu'il s'agissait du nom du chaton et ouvrit doucement ses bras pour lui rendre son chat en s'assurant tout de même de reste à une bonne distance de la petite fille. L'esclave sentait son cœur battre la chamade, il n'aimait pas être en présence d'enfant. Les seules qu'Il avait connues étaient des enfants de nobles et ils avaient toujours eu tous les droits de le tourmenter à leur guise. Personne ne les arrêtait jamais, il l'avait bien compris depuis ses huit ans, lorsqu'il avait accidentellement bousculé une petite fille en portant la lourde armure de son maitre. Il l'avait fait tomber, mais ce n'était qu'un simple accident, pourtant le père de la fille avait jugé bon de le battre jusqu'aux portes de l'inconscience. Et alors qu'Il était roulé en boule sur le sol, Arthur avait vu tous les gens autour d'eux qui regardaient la scène, mais personne n'était intervenu pour arrêter ni le noble qui le frappait, ni sa fille qui lui hurlait dessus.
Il sentit ses membres commencer à trembler. Ils pourraient l'accuser d'avoir tenté de voler l'animal, ou d'avoir fait mal à la fillette. Bien sûr il n'aurait jamais fait de telles choses, mais d'après son expérience ce qu'il faisait et ce que les autres voyaient était totalement différent.
— Que sis-tu, Aaliah ? demanda la femme.
Arthur ne quitta pas des yeux le chaton désormais ronronnant dans les bras de sa propriétaire.
— Merci d'avoir veillé sur elle, déclara la petite fille.
Arthur fut interloqué par cette déclaration.
— Je pense que c'est l'odeur de la nourriture qui l'a attirée. Je lui ai donné un peu de viande de soupe.
Aaliah pressa son oreille contre la tête du petit chaton un moment, avant de parler de nouveau.
— Smudge te remercie.
Arthur avait la gorge trop nouée pour répondre. Il tourna la tête pour voir que Merlin et les autres étaient de retour.
— Je dois partir.
Arthur s'en alla presque en courant, mais il se retourna pour voir Aaliah partir de son côté en parlant au chaton dans ses bras.
Arthur sentait le nœud dans sa poitrine se détendre, puis se resserrer de nouveau. Il n'avait jamais rien connu de semblable. La fillette courant vers ses amis avec son chaton retrouvé. L'esclave sentait vibré en lui un sentiment qu'Il ne ressentait que très rarement, un sentiment qu'Il valait mieux ne jamais ressentir.
Il était jaloux. Il n'avait jamais été autorisé à jouer. Les enfants des nobles l'avaient toujours injurié, et le faisaient encore, sachant parfaitement qu'ils pouvaient abuser de lui sans avoir de problèmes. Il ne lui avait été permit que de travailler en les regardant jouer ensemble.
Arthur étouffa du mieux qu'il put le sentiment grandissant en lui. Mais il savait ce que c'était.
La solitude.
A SUIVRE
…
- scribendpen : Ça fait tellement longtemps que je n'ai plus écrit pour cette fic, il m'a fallu du temps pour me replonger dedans, en espérant que tu la suivras encore. Oui, j'ai trouvé Merlin assez badass mais toujours trop occupé. Merci pour le commentaire.
- tahury : Je m'excuse pour tout ce temps sans rien publier, j'espère que tu prendre plaisir à lire la suite, que tu la liras d'ailleurs. Oui un peu de changement où Merlin est enfin reconnu à sa juste valeur. L'histoire est assez longue alors les choses évolueront lentement, mais en tout cas elle évoluera ! Merci pour le commentaire.
