Titre original : Golden Prince

Auteur : Kiva Taliana

Traduction : Allys-33

Note de la traductrice : Bien qu'il n'y ait aucune scène vraiment explicite, les thèmes abordés sont assez matures et sombres, donc pas conseillés à tout le monde.

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Golden Prince

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CHAPITRE 4

À son retour, Merlin remarqua qu'Arthur semblait un peu étrange. Cependant il faisait ses corvées dans son calme habituel et par son regard, le jeune seigneur comprenait qu'il n'avait aucune envie d'être dérangé. La solution la plus simple était de le laisser seul et le blond sembla lui en être reconnaissant.

Le lendemain, après qu'Arthur l'ait vêtu et lui ait servi son petit-déjeuné, Merlin dut s'éloigner de nouveau. Le blond, de son côté s'était installé près d'une grosse pile de vêtements à rafistoler qui semblait être apparue comme par magie. Il avait remarqué une entaille dans l'une des chemises de son maître et l'une des coutures de son couvre lit s'était défaite. Lancelot avait besoin d'un autre pantalon, il avait réussi à en dénicher un vieux qu'Il lui fallait adapter à la taille du chevalier. Perceval lui avait demandé de recoudre une de ses chemises et enfin Merlin avait récupéré un tas de vêtement du camp de Cenred et lui avait dit de raccommoder ceux qui en avaient besoin.

L'esclave devina que son maître avait l'intention de lui faire porter lesdits vêtements. Il pourrait les resserrer au niveau des épaules si nécessaire, mais le travail le plus important se ferait sur les pantalons, heureusement il avait trouvé une ceinture qui lui serait bien utile. Arthur avait donc rassemblé tous ces vêtements à l'extérieur et travaillait calmement. Lancelot pourrait sans mal faire appel à lui en cas de besoin, toutefois le chevalier avait lentement recommencé à marcher à l'aide d'une béquille.

Le beau temps avait fait son apparition quelques jours plus tôt et même si le soleil se cachait encore par moments, la pluie semblait bien loin.

C'est donc avec aisance qu'Arthur s'attelait à sa couture sous un doux soleil. Il magnait son aiguille avec habileté sur le couvre lit, lorsque quelqu'un vint vers lui.

Aaliah marchait tranquillement en tenant fermement Smudge dans ses bras, l'animal ronronnait bruyamment les yeux clos dans la joie pure.

— Smudge voulait te voir, annonça la fillette, l'oreille presser contre la boule de poile.

Puis le chaton redressa la tête et regarda Arthur.

— Bonjour Smudge, murmura le blond, incertain du comportement à adopter face à la situation, surtout lorsque Aaliah décida de s'asseoir près de lui.

Elle laissa Smudge descendre et le chaton s'étira en ronronnant davantage avant de retourner son attention sur Arthur.

L'esclave se tendit sous l'effet de la panique. Il ignorait si Aaliah était autorisé à lui parler et si ce n'était pas le cas, c'est lui qui en serait blâmé.

— Ne devriez-vous pas informer quelqu'un de votre présence ici ? demanda-t-il.

— Ils savent tous où je me trouve, répondit la fillette.

Elle examina la pile de vêtements, tandis que Smudge s'installait confortablement sur le couvre lit qu'Arthur rafistolait. Puis la petite fille et son chat le regardèrent avec de grands yeux et le jeune homme soupira lourdement.

— Vous n'aurez pas d'ennuis en venant ici ?

— Non, je suis en sécurité ici, dit-elle.

Arthur fronça les sourcils.

— Oh. Parce que je pourrais avoir des problèmes s'ils ne veulent pas que vous soyez là.

— Pourquoi ne le voudraient-ils pas ? interrogea-t-elle négligemment. Tu as pris soin de Smugde et elle t'aime bien. Elle voulait vraiment te voir. Puis-je t'aider ?

— Et bien, je… bredouilla nerveusement Arthur.

Il se sentait désemparé. Aaliah fouilla dans la pile de vêtements et en ressortit la chemise déchirée de Perceval. Ensuite elle chercha une aiguille et un fil dans la boîte à couture.

Le blond reprit lentement son travail tandis qu'Aaliah posait la chemise sur ses genoux et passait son fil dans son aiguille. Smudge, elle, vint se frotter à la jambe d'Arthur.

Il lui semblait être dans une impasse. S'il la vexait en la renvoyant, il pourrait s'attirer autant d'ennuis que s'il la laissait rester.

Quel problème cela pourrait-Il réellement causer après tout ? se demanda-t-Il.

D'après les ce que lui avait dit la fillette, il supposait qu'elle avait averti quelqu'un de sa présence ici et personne ne semblait l'avoir empêché de venir.

Ils travaillèrent un moment en silence, uniquement bercé par les ronronnements de Smudge, couché entre eux.

Aaliah leva la tête, alors qu'Arthur se crispait lorsque plusieurs femmes du camp des druides passèrent devant eux en direction de la forêt, des paniers à la main. L'une d'elles lança un sourire à la fillette, qui le lui rendit joyeusement. Puis elles continuèrent leur route sans rien dire et le jeune homme se détendit d'un seul coup. Il n'avait même pas réalisé qu'il était resté figé tout ce temps.

— Cette chemise est très grande, déclara Aaliah en pliant le vêtement désormais recousu.

— Oui, elle est à Sir Perceval.

— Et celle-ci ? Demanda-t-elle en en sortant une autre, rouge cette fois, de l'amas de vêtements.

— Elle appartenait au roi Cenred, expliqua Arthur en se relaxant davantage. Je la porterais désormais, mais il me faut recoudre les manches avant.

Aaliah étudia la déchirure sur la manche gauche et chercha plus de fil.

— Je vais le faire, elle sera comme neuf.

Elle s'arrêta un moment et observa Arthur avec tant d'intensité, qu'il remua, mal à l'aise.

— Le rouge te va bien.

Aaliah bavardait joyeusement pendant qu'Arthur préparait le repas en prévision du retour de Merlin, ou plus précisément de Perceval de plus Lancelot à qui il avait déjà posé la question lui avait certifié qu'un déjeuner serait une excellente idée.

— Pourquoi tu ne peux pas le faire ? demanda finalement Aaliah.

— Je n'ai jamais appris à faire ça, expliqua-t-Il. C'est un peu étrange de parler aux gens directement dans leurs têtes.

— Pas si tu y es habitué, répliqua la petite fille.

Au moins, reconnu Arthur, cette pratique avait le mérite d'expliquer l'étrange silence et les regards intenses de la veille lors de leurs rencontres avec les druides. Bien qu'Il n'en ait jamais rencontré auparavant, il avait entendu nombre d'histoires sur ce peuple et les pouvoirs qu'ils possédaient. Le jeune homme n'avait jamais vraiment totalement cru à tout cela, mais ça justifiait la suspicion presque constante des rois.

La fillette se tut et observa, les yeux larges, le retour de Perceval et Merlin. Ce dernier leva les sourcils avec curiosité en apercevant la fillette, qui se blottit contre Arthur, à la recherche de protection. Le blond remua nerveusement, Aaliah avait peut-être l'autorisation d'être avec lui, mais rien ne lui assurait que son maître accepterait qu'il parle à d'autres personnes dans ce camp.

— Bonjour, dit gentiment Perceval.

Aaliah leva la tête vers lui.

— Bonjour, Sir, répondit-elle à voix basse.

Smudge se leva, les regarda et se roula lentement sur le dos, exposant son ventre poilu. Juste pour avoir quelque chose à faire, Aaliah la pris dans ses bras et posa sa joue contre sa petite tête. Le chaton ferma les yeux et ronronna joyeusement.

— Le déjeuner est presque prêt, mon seigneur, dit Arthur en levant les yeux sur son maître. Il essayait de jauger son humeur.

Merlin observa encore un moment la petite fille avec curiosité, puis finit par lui sourire. Arthur fut surpris de voir son visage s'illuminer. Jusque-là, il avait toujours fait l'objet d'une colère froide, d'une certaine confusion et surtout d'une totale indifférence la grande majorité du temps. Aaliah le regarda un instant avant de lui rendre son sourire.

— Il me semble que votre déjeuner aussi est presque prêt, lui dit-il.

— Oui, répondit la petite fille en se levant lentement.

Elle baissa les yeux sur Arthur et lui sourit également :

— Merci, je me suis bien amusé.

Puis elle s'éloigna en courant. Arthur se sentit rougir et retourna rapidement son attention sur la nourriture qu'il préparait, en espérant simplement occuper son esprit. Il ne voulait pas s'attarder sur l'étrange personne qu'était son maître. Il remua un peu la nourriture sur le feu et se leva, désireux de se mettre au travail.

— Je vais installer le repas.

— Et après ça, tu pourras commencer à emballer les affaires. Nous partirons demain dans la matinée.

— Oui, mon seigneur.

Arthur ne put retenir l'étrange sentiment de déception qui montait en lui, mais il le maîtrisa rapidement. Il avait mieux à faire qu'à penser à la seule amitié qu'il avait été capable de tisser en toute une vie et à sa courte durée de deux jours.

La routine avait tout de même fini par s'installer. Ils avaient voyagé durant trois jours lorsque Merlin appela de nouveau à une halte. Il semblait attendre quelque chose, mais Arthur ne s'attarda pas sur le sujet. Ce que son maître faisait ne le regardait pas. Au moins, pour l'instant, il était nourri, vêtu et plutôt bien traité.

Merlin s'était installé dans sa tente tôt dans l'après-midi pour examiner de nombreux papiers et Arthur était sorti faire la lessive dans le ruisseau adjacent. Il frottait et essorait les vêtements, totalement concentré dans sa tâche lorsqu'un homme apparut. Il leva la tête, juste pour voir de qui il s'agissait, mais ne le reconnut pas.

L'étranger avait des cheveux noirs qui lui descendait jusqu'aux épaules et une épaisse barbe de la même couleur lui mangeait la mâchoire. Quand il le fixa, Arthur détourna le regard. Il stoppa sa lessive et attendit patiemment que l'homme se rapproche. La tête baissée, il aperçut du coin de l'œil Sir Léon qui suivait l'étranger, ce qui signifiait que Merlin le connaissait et l'avait fait appeler.

Arthur sentit la tension s'accumuler dans son dos et se recroquevilla légèrement quand l'homme s'arrêta tout près de lui. Une grosse botte se pressa contre ses côtes et il comprit ce qu'on attendait de lui. Il posa les vêtements de son maître et se leva rapidement pour se laisser examiner. L'étranger resta immobile un instant, l'étudiant de haut en bas, puis passa sa main sous son menton pour l'obliger à lever la tête. Le blond se laissa faire, mais détourna les yeux et les laissa vagabonder jusqu'à la petite pente de terre sur la rive opposée. Il repéra un petit écureuil rouge qui marchait sur une branche. L'animal s'arrêta et renifla plusieurs en remuant sa queue touffue derrière lui.

Soudain l'écureuil déguerpi à toute vitesse, faisant, trembler les feuilles sur son passage, effrayé par la venue de Merlin. L'étranger lâcha son menton, mais resta immobile. L'esclave fit de même, en attendant que quelqu'un lui dise de faire autre chose.

— Père, salua poliment Merlin. Arthur tiqua et se remémora les mots de son maitre quelques jours auparavant.

— Mon fils, tu t'es très bien débrouillé. Selon Léon, tu as fait preuve d'un grand talent lors de la négociation avec Cenred.

L'étranger s'éloigna de lui pour rejoindre son maître, mais Arthur n'osait toujours pas bouger. Il baissa la tête et vit du coin de l'œil les deux hommes s'enlacer. Puis Balinor s'écarta et saisit fermement les épaules de son fils.

— Quand Léon m'a raconté, je pouvais à peine y croire. Surtout lorsqu'il m'a dit que tu avais pris possession du Prince d'Or. Nombreux étaient ceux qui pensait que Cenred aurait égorgé ce morveux en dépit de tous.

A l'entente de ces mots, un long frisson traversa Arthur. Balinor parlait de lui comme s'Il n'était pas là, pourtant le ton de sa voix le faisait frémir autant que le commentaire en lui-même.

Beaucoup des souvenirs d'Arthur restaient flous. Une partie entière de sa vie était refoulé, enterré sous d'innombrables actes répétés maintes et maintes fois. Mais rien ne valait la peine qu'Il s'y attarde. Alors il essayait de ne pas y penser. Il faisait ce qu'on lui ordonnait et prenait tout ce qu'on lui jetait. Par moments, lorsque son subconscient s'interrogeait, il s'empressait de le faire taire.

— Je doute que l'idée lui ait même traversé l'esprit rétorqua Merlin. Il n'y aurait rien gagné.

— Dans tous les cas, tu as fait du bon travail, déclara fièrement Balinor.

— Allons, vous avez fait un long voyage. Arthur apporte nous donc de quoi nous rafraîchir.

Le blond sursauta légèrement à l'entente de son nom et baissa davantage la tête.

— Oui, mon seigneur.

Il sortit rapidement la lessive de la rivière et l'étala sur la rive en attendant son retour. Puis il suivit les deux hommes jusqu'à la tente principale pour y récupérer un plateau, des verres et une cruche, avant de se rendre à la tente de ravitaillement. Pendant tout ce temps, il pouvait sentir les yeux de Balinor sur lui. Mais le seigneur ne le fixait pas avec le même désintérêt que son fils. Arthur connaissait bien les hommes avec ce regard, celui qui jugeait de sa valeur et de toutes les possibilités qu'il pourrait offrir.

De son côté, Merlin regardait son père observer Arthur. Dès que l'esclave fut sorti, Balinor se laissa tomber sur une chaise et posa ses pieds sur la petite table en face de lui. Merlin s'assit à son tour.

— Les autres rois ont certainement dû être impressionnés, dit Balinor. Ils ne te pensaient pas capable de maintenir Cenred.

— Si tel avait été le cas, vous auriez pu faire appel au Grand Dragon.

— Sa présence n'aurait guère été utile. Ta magie est assez puissante pour faire face à n'importe quelle armée.

Merlin haussa les épaules.

— J'ai à peine usé de magie.

— A peine ? répéta Balinor.

— Je leur ai compté de belles promesses et leur instinct naturel à fait le reste.

— Tu les as amadoués pour une rencontre conviviale, s'amusa le seigneur. Bayard nous a déjà envoyé un message et il nous fait une offre.

Un léger bruit de verres qui s'entrechoquent indiqua au jeune sorcier qu'Arthur se trouvait juste à l'extérieur de la tente, assez proche pour entendre leur conversation. Si Balinor avait également perçu le bruit, il décida de l'ignorer.

— Et je ne doute pas une seconde qu'au moins Alined et Lot nous fassent une contre-offre, ajouta-t-il tandis que l'esclave entrait dans la tente.

Il garda la tête baissée dans une tentative évidente de cacher sa réaction et posa sur la table un plateau contenant une jarre d'eau, des bières, deux verres et quelques fruits.

En le regardant, Merlin ne manqua pas les légers tremblements qui l'agitaient et décida qu'Il n'avait en rien besoin d'assister à cette discussion. Alors lorsque le blond fut sur le point de les servir, il se redressa.

— Laisse ça et retourne donc à ce que tu faisais, ordonna-t-il.

— Oui, mon seigneur.

Sa voix était basse et légèrement tremblante. Merlin serra les dents en pensant à ce qu'Arthur pourrait faire de se renvoie. S'Il était honnête avec lui-même, et il tentait généralement de l'être, il ne savait même pas ce qu'il voulait réellement lui-même. L'esclave quitta la tente et le jeune seigneur entrepris de remplir leurs verres. Balinor se saisit d'une pomme et la croqua à pleine dent.

— Peu importe ce que nous ferons, nous devons nous assurer que ça en vaille la peine. Les nobles de ces terres ont confiance en nous, en toi surtout. Nous pourrons sans mal fixer un bon prix pour lui.

— Oui, s'il me vient l'intention de le vendre, rétorqua Merlin.

Balinor leva les sourcils dans l'interrogation et sa mâchoire ralentit dans son mouvement.

— Tu n'as pas sérieusement l'intention de le garder ?

— Je n'ai pas vraiment réfléchi à la question, menti, presque, Merlin.

Il n'avait fait aucun plan particulier concernant le jeune homme, mais il n'avait certainement pas l'intention de le donner à qui que ce soit, même en échange d'une grosse somme.

— Et s'ils veulent tant que ça lu mettre la main dessus, il me vient l'envie soudaine de m'assurer qu'ils ne le fassent pas.

— Ce morveux ne nous est d'aucune utilité, si ce n'est comme outils de négociation, répliqua le seigneur.

Merlin fronça les sourcils, il n'était pas tout à fait d'accord sur ce point. Balinor ne manqua pas l'expression qui vacilla sur le visage de son fils.

— Aucun de nous ne devrait oublier ce qui a été fait à ta mère, ajouta-t-Il, la voix rude et le regard sombre.

Merlin remplit de nouveau leurs verres.

— Je n'oublie pas. Mais je pense que personne ne mérite de souffrir sous les lubies de nobles capricieux. Au final, leurs propres peuples restent les premières victimes de leurs combats et leurs batailles.

De nouveau, Merlin sentit le regard curieux de Balinor sur lui. Il aimait son père et savait que c'était réciproque, mais parfois, lorsqu'il le regardait, il n'aimait pas ce qu'il voyait.

La mort de sa mère, Hunit, les avait tous deux profondément affecté. Merlin n'avait été qu'un enfant à l'époque, mais lorsque l'incident avait eu lieu, il était déjà loin, caché avec les druides. C'était Balinor qui avait assisté à la scène. D'une certaine façon, il avait toujours pensé que ce genre de catastrophe affectait davantage les adultes que les enfants et cet instant précis concrétisant sa théorie.

— L'autre alternative n'aurait pas été mieux. Je veux dire, si Uther était resté au pouvoir. Non le détrôner fut la meilleure solution. S'il en avait eu l'occasion il aurait détruit jusqu'à la dernière trace de magie.

— Je vous l'accorde, dit Merlin. Mais tous les autres rois actuellement au pouvoir tuent ceux dotés de magies, même s'ils leur sont parfois utiles. C'est une hypocrisie que je ne peux cautionner.

Balinor ne répondit rien et Merlin décida de changer de sujet.

— La célébration de l'équinoxe approche à grands pas. Si la rencontre a lieu bientôt, serons-nous encore en mesure d'y assister ?

La question fit sourire son père.

— La rencontre est pour très bientôt.

Merlin le regarda avec curiosité.

Le voyage continua et avec lui la routine confortable dans laquelle s'était installé Arthur. La seule chose quelque peu dérangeante était la présence de Balinor. Le seigneur n'avait rien dit de plus sur son sort, mais le blond savait parfaitement ce qu'il attendait de lui. Concernant Merlin cependant, le doute régnait, mais il allait de soi que son père pourrait sans mal influencer sa décision.

Sur le chemin, Arthur montait le petit poney - qui semblait désormais lui avoir été attribué – en se demandant ce qui arriverait.

Il savait que les rois organisaient des rencontres, bien qu'il n'en ait presque jamais rien vu. C'était pour eux un moyen de maintenir sous contrôle les petits litiges, même si de son point de vue ce n'était pas très efficace. Tous les rois n'y assistaient pas forcément, dépendamment de leurs humeurs ou des royaumes avec lesquelles ils étaient en conflit durant cette période. La dernière fois qu'Arthur y avait assisté, il devait avoir environ douze ans. Il avait été enfermé dans l'une des pièces d'un château où il avait été emmené. Durant ces quelques jours, il avait été battu et abusé par de nombreuses personnes, bien que la présence continue de deux gardes avaient quelque peu limité les dégâts. Plus tard, il avait compris qu'il s'agissait en fait de visites privées pour tous ces potentiels acheteurs. Son propriétaire de l'époque désirait se faire une grosse somme d'argent grâce à lui. Lors de la dernière nuit de la rencontre, il avait été mis aux enchères et emmené par son nouveau maître. A dire vrai, cet homme n'avait pas été si nouveau, puisqu'il s'agissait du roi Olaf. Il ne s'en était pas plain, le roi l'avait déjà eu en sa possession et tant qu'il faisait ce qui lui était ordonné, il avait pour ainsi dire la paix.

Etant donné que Balinor agissait comme s'il n'existait pas - quand bien même son regard s'attardait parfois sur lui – Arthur avait su rassembler un paquet d'informations. La nouvelle s'était répandu que Merlin enverrait le Prince d'or avec lui et de nombreux rois semblaient soudainement vouloir assister à la rencontre. Le blond savait pour sûr que Bayard le voulait de nouveau, il savait aussi que beaucoup de rois essaieraient de lui mettre des bâtons dans les roues. Enfin n'importe quel noble assez riche tenterait également leur chance.

Arthur y réfléchit un moment. Il ne comprenait pas vraiment le rôle de Merlin dans tout ça. Il en connaissait assez pour savoir que son maître était, ou serait, un seigneur des dragons. C'était Balinor qui détenait se pouvoir pour l'instant, ce qui faisait de lui quelqu'un que les rois préféreraient ne pas énerver. Arthur savait aussi que les dragons étaient de formidables créatures, bien sûr il n'en avait jamais vu et tout ce qu'il savait à leur sujet se résumait une fois de plus aux histoires et aux rumeurs qu'il avait entendues. Et Merlin, il l'avait bien compris, était doté de magies, en plus de diriger une armée.

Il en connaissait trop peu pour comprendre réellement. Bien sûr il entendait les conversations qui avaient lieu en sa présence, il les écoutait même. La plupart des gens agissaient comme s'il était invisible et ça signifiait parfois qu'il n'entendait qu'une partie de ces conversations, alors il manquait d'éléments à assembler. Par moments Arthur s'inquiétait que toutes ces années d'abus lui aient laissé des dommages permanents ; ça ou alors il était si doué pour enfouir des choses au fin fond de son esprit qu'Il finissait parfois par les perdre.

Arthur tira sur les rênes de son petit cheval pour l'arrêter, imitant le mouvement de son maître. Le poney alla joyeusement frotter son museau contre le flanc de la jument de Merlin. Le grand cheval était désormais habitué à ce geste, conscient de la présence permanente de la petite bête derrière lui et fit claquer joyeusement sa queue en réponse. Encouragé, le poney leva la tête pour se frotter contre le dos de l'étalon. Arthur s'interrogea sur leur arrêt soudain et en levant la tête réalisa que Merlin avait suivi le geste de Balinor qui regardait, immobile, les tourelles d'un grand château derrière les arbres. L'esclave patienta, se demandant s'Il devait descendre pour offrir à boire aux soldats et aux cheveux.

— Qu'en penses-tu, gamin ? Demanda Balinor de sa voix forte.

Arthur sursauta, en réalisant que le seigneur des dragons s'adressait à lui. Il faisait toujours référence à lui comme « gamin » depuis qu'Il les avait rejoints. Il leva la tête et vit que l'homme n'avait pas quitté des yeux les tourelles qui s'élevaient au-dessus des arbres.

À son tour, il observa le château. L'un de ses côtés avait subi de lourds dégâts, la tour était détruite, les pierres éparpillé, pointues et tranchantes, le toit inexistant. De l'autre côté bien que la tour était intacte, la végétation s'était installée jusqu'à obscurcir presque totalement toutes les pierres. Il remarqua aussi un grand arbre qui avait réussi à s'extirper des remparts et monter jusqu'au ciel. Aucune feuille n'avait encore poussé, les branches ressemblaient à des griffes géantes dont la noirceur ressortait sur le bleu du ciel printanier. Arthur se demanda si l'arbre était mort. Il était tellement grand que la plus haute branche dépassait le sommet de la tour en bon était, alors il avait déjà dû vivre un long moment.

Le jeune homme observa une dernière fois le château dans son ensemble, sans comprendre ce que Balinor voulait l'entendre dire. Finalement il détourna les yeux et les posa sur son maître qui s'était tourné vers lui. Il croisa son regard bleu un bref instant avant de fuir le contact visuel.

Le mouvement de Merlin avait également attiré l'attention de Balinor. L'esclave se sentit déconcerté sous le regard confus du seigneur. Son désespoir dut se lire sur son visage, car le jeune sorcier brisa enfin le silence et expliqua :

— Nous somme à Camelot.

Balinor fronça les sourcils, toujours plus confus. Merlin lui lança un bref regard avant de se retourner vers Arthur.

— C'est l'ancien château de Camelot.

A SUIVRE

- tahury : Moi aussi ça m'a fait un peu bizarre au début. J'ai déjà quelques chapitres de prêt, il faut juste les corriger et les relire (la partie que je déteste le plus), je vais essayer de faire ça assez vite. Merci pour le commentaire.

- scribendpen : Comme je l'ai dit ça va un peu lentement, mais on en découvre un peu plus à chaque fois. J'espère que la suite te plaira. Merci pour le commentaire.