Elle était là, tout la-bas au bout du monde.
Son bout du monde était une simple jetée de bois qui ne donnait sur rien. Un ponton de planches disjointes qui se lançait dans le vide à l'assaut des nuées. Son bout du monde il avait l'air de rien avec son plancher où on voyait entre les planches, clouées irrégulièrement, la lande qui dansait sous le vent. Des barrières où la peinture s'écaillaient se dressaient sur les côtés et au bout une simple baie vitré teintée de verre égayaient le pont brunâtre qui se dressait devant ses pieds. C'était une passerelle patinée par le temps qui partait de la colline pour aller se perdre dans le ciel.

Elle aimait se rendre sur son perchoir pour contempler le monde. Après être partit de chez elle, elle avait parcouru le monde dans le but de le regarder de ses grands yeux gris. Elle avait vu des paysages splendides, regardés de loin les gens vivre, avait touché du doigts des mystères qui enveloppaient des ruines perdus.
Mais pourtant c'est ici en Bretagne, cette langue de terre qui avait été sa première destination qu'elle avait posé ses valises. De sa première rencontre avec cette lande mystérieuse elle avait gardé une étincelle qui dansait encore dans ses yeux autrefois si mélancolique. C'est aux pieds des contreforts des Monts d'Arrée que Lucy s'était installée.

Encore aujourd'hui elle se souvient avec précision des émotions qui l'avaient parcourue lorsqu'elle avait regardé l'aube se lever sur les montagnes élimés par le le temps loin, très loin de la demeure familiale. C'est cette envie renouveler de contempler l'aube dessiner ses volutes d'or toute en atténuation pourprée qui l'avait poussée à acheter sa maison. Elle était tombée amoureuse de cette vieille passerelle qui surplombait le vide d'une végétation revêche qui s'acharnait à coloniser la pierre érodée.