Je ne suis pas mort, YOUHOU qui l'eut cru !
Il restera encore deux chapitres après celui ci ! Et désolé pour celleux qui me lisent d'avoir tout laissé sur un cliffhanger la dernière fois ahah.
Des bisous doux, et merci encore à Taru et Miss pour leur correction !
Quentin écarquilla les yeux.
Il ne sut pas tout de suite comment réagir. C'était… C'était trop beau pour être vrai. C'était impossible. Comment cela aurait-il pu l'être ? Lui qui l'avait cherchée sans relâche pendant quatre ans ; il était si proche du but. Est-ce que Frank ne se moquait pas de lui ? Est-ce qu'il ne jouait pas avec ses sentiments, pour s'amuser ? Il n'avait pas de raison de faire ça, mais une voix dans son esprit lui suggérait le contraire. Lui hurlait presque que Frank ne pouvait vouloir que sa perte, que tout était un mensonge - Quentin secoua la tête brusquement, et riva son regard foncé vers celui dépareillé de Frank, qui lui accorda un sourire.
"Elle est où ?" finit par dire Quentin. Il sentait ses mains trembler.
"Elle est dans un hôpital, dans une ville à côté.
-J'ai appelé tous les hôpitaux ! C'est pas possible !"
Frank croisa ses bras contre son torse, sans se départir de son sourire.
"Elle y était sous un faux prénom. Ann Brook. Et elle correspond à la photo que tu as dans ta chambre. Tu l'as retrouvée, ta copine."
Quentin était dans un état qu'il ne pensait jamais expérimenter un jour, parce qu'au fond de lui, il en avait conscience : il avait perdu tout espoir de la retrouver. Et là, là, il allait pouvoir la voir, lui parler, lui raconter tout ce calvaire de ces quatre dernières années, il allait pouvoir lui dire à que point il l'aimait, à quel point elle lui avait manquée ; et il allait pouvoir la serrer dans ses bras, juste une fois, si elle était d'accord ; mais il n'en doutait pas. Il voulait remercier Frank, il voulait lui dire à quel point son coeur battait la chamade, là tout de suite. Mais tout ce qui sortit de son corps, c'étaient des larmes. De grosses larmes qui coulaient le long de ses joues, comme s'il n'en avait pas versé assez avant ; les larmes d'un bonheur indicible.
Frank lui tendit ses bras ouverts, pour lui proposer une étreinte. Quentin attrapa son visage entre ses doigts fins, et l'embrassa.
Il déposa une pluie de baisers sur ses lèvres, puis un dernier, plus long et plus langoureux, avant de se reculer. Quentin avait un grand sourire, le genre qu'il n'offrait à personne, parce qu'il n'avait jamais eu personne à qui le donner ; parce que personne n'en voulait jusque-là. Parce qu'il n'avait aucune raison de l'offrir à qui que ce soit, jusque-là. Aujourd'hui, c'était différent.
Il allait pouvoir dire à Nancy qu'il était amoureux.
Quentin put observer la réaction de Frank, dont les joues avaient pris une jolie teinte rosée. Néanmoins, il fit comme si de rien n'était, et Quentin trouva son attitude adorable. Néanmoins, il y avait plus urgent.
"On y va ?"
Frank secoua la tête.
"Il est une heure du matin, et l'hôpital en question est à deux heures de route d'ici. On part demain matin, première heure."
La part rationnelle de Quentin comprenait ; mais il voulait voir Nancy. Elle était en vie, Nancy. Elle était en vie. ELLE ÉTAIT EN VIE ! Ses larmes, qui s'étaient plus ou moins calmées, reprirent de plus belle. Il cala son front sur l'épaule de Frank qui était un petit peu plus petit que lui, et se laissa aller à pleurer. Il avait peur de déranger, mais en sentant la main du rouquin se poser à l'arrière de sa nuque, il se sentit rassuré.
"Elle est en vie… Elle est vraiment en vie… Je le savais mais… mais j'ai eu… Enfin, j'avais tellement peur, mais… Elle est en vie, elle est en vie, elle est en vie."
Après quelques minutes, Frank attrapa sa main pour le conduire jusqu'au canapé, où il l'allongea. Il quitta ensuite la pièce un instant pour ramener une petite couverture extrêmement douce. Elle sentait le lilas.
"C'est celle de Susie, elle l'a oubliée ici, la dernière fois. Repose-toi. On partira à sept heures."
Quentin voulut protester, mais ses yeux se fermèrent seuls et il s'endormit à une vitesse qui aurait pu le faire paniquer si Frank n'avait pas été à ses côtés.
OoO
Nancy ne hurlait pas.
Elle était assise, les mains posées sur ses genoux.
Elle pleurait.
Pourquoi elle pleurait ?
Quentin voulait crier.
Pourquoi voulait-il crier ?
Nancy. Nancy. Nancy. Nancy. Nancy.
OoO
"Quen, debout."
Quentin ouvrit les yeux doucement. Son regard rencontra le visage de Frank penché sur lui. Le jeune homme sentit son coeur battre la chamade ; coeur qui accéléra encore un peu plus quand il se rendit compte du petit surnom que Frank venait de lui donner. Néanmoins, il n'avait pas le temps de penser à cela ; sa mémoire lui rappela ce que le rouquin lui avait annoncé hier. Nancy… Il allait enfin la revoir. Cependant, une question trottait dans sa tête, une question dont il n'arrivait pas à se défaire, mais qu'il n'osait pas poser, de peur d'entendre la réponse.
Pourquoi était-elle à l'hôpital ?
Quentin se redressa finalement et quitta le canapé. Il attrapa son sac à bandoulière et passa en coup de vent dans la salle de bain pour passer de l'eau froide sur son visage.
Nancy…
Il se présenta ensuite devant Frank qui tapotait sur l'écran de son téléphone. Ce dernier lui sourit et se redressa.
"T'es prêt ?
-... Je crois, ouais."
Frank descendit deux à deux les marches qui menaient au bar, Quentin à sa suite. Quentin qui tremblait un peu et qui sentait son corps entier se crisper au fur et à mesure qu'il avançait. Il était tétanisé. Il avait peur que Frank se soit trompé ; il avait peur qu'elle le déteste et refuse de le voir. Terrifié, il marchait quand même, un pas après l'autre, jusqu'à l'extérieur du bar. Devant se trouvait une vieille voiture quatre places. Une telle antiquité que Quentin se demanda comment est-ce qu'elle pouvait encore rouler. Encore plus pendant deux heures - pour aller jusqu'à l'hôpital où se trouvait Nancy.
Pourquoi était-elle à l'hôpital, bon sang ?
"Hey, Jules!" s'exclama Frank, en direction de la jeune femme qui se trouvait sur le siège conducteur. "Merci d'être là.
-Ferme ta gueule et monte.
-Fais pas attention, Quen, elle est juste de mauvaise humeur le matin."
Quentin hocha la tête et rentra dans la voiture. Il s'agissait de Julie, la jeune femme qui accompagnait Joey et Susie quand ils venaient voir Frank, à qui elle lança quelques regards doux, malgré la fatigue qui se lisait sur ses traits. Quentin ne put s'empêcher de se demander si elle l'aimait - et si oui, de quelle façon ? Comme on aime un ami proche ? Comme on aime un parent ? Comme on peut aimer un amant, peut-être ? Quentin aurait voulu effacer de son crâne tous ces questionnements ; il devait penser à Nancy, et rien qu'à Nancy.
Il fut néanmoins rapidement déconcentré de son objectif quand il commença à les entendre parler. Frank parlait moins fort que d'habitude et articulait mieux. Pourquoi est-ce qu'il prenait toutes ces précautions pour lui parler ? Est-ce qu'il le faisait tout le temps ? Ou est-ce que c'était nouveau ? Il voyait aussi que Frank ne cessait de la regarder, et riait parfois ; il n'arrivait même pas à comprendre les mots qu'ils s'échangeaient. Pourquoi Frank riait avec elle ? Et pourquoi est-ce que Quentin se sentait comme cela ? Pourquoi est-ce qu'il ne pouvait réprimer ce pincement qu'il avait au cœur, en pensant qu'elle était peut-être sa petite-amie et qu'il n'était qu'un jeu pour le rouquin ?
Il devait rester concentré sur - Frank - Nancy. Il ne devait penser qu'à - lui - elle. Il - elle était important-e. Le - la plus important-e. Il - elle était tout ce qui comptait pour lui, - Frank - Nancy, c'était toute sa vie, et le reste n'était rien. Nancy. Nancy. Nancy. Pourquoi est-ce que ses pensées s'emmêlaient ? Nancy - Frank - Nancy - Frank - NANCY NANCY NANCY. Elle était tout pour lui, elle avait été son moteur pendant quatre ans et même bien avant, et il se permettait de l'abandonner ainsi pour une bête romance vouée à l'échec ? Quel crétin. Il était un pauvre con. Il méritait de crever - mais pas avant de l'avoir vue et de lui avoir dit qu'il l'aimait.
Il devait lui dire qu'il l'aimait.
Frank ?
NON.
Quentin secoua la tête. Pour ne pas pleurer. Parce qu'il ne devait plus se montrer faible. Parce qu'il l'avait suffisamment été jusqu'ici. Il devait se reprendre en main. Il décida de se concentrer sur le paysage, même si à chaque petit rire de Frank, il sentait son coeur se déchirer en deux.
Il passa deux longues heures à observer le décor autour de lui ; que ce soit à l'extérieur de la voiture, avec les grands arbres qui bordaient la route, ou à l'intérieur. Il détailla la banquette arrière dont le faux cuir avait été comme rongé par un animal. Il y avait des cannettes de boissons énergisantes au sol, ainsi que des bouteilles de bière vides. Il y avait aussi des préservatifs, dont certains étaient ouverts. L'odeur était forte également ; un mélange de musc, de cigarettes et cette effluve de menthe fraîche qui semblait suivre Frank partout. Finalement, après une longue hésitation, le regard de Quentin se porta sur le siège avant passager où se trouvait Frank.
Et Quentin ne put s'empêcher de remarquer que ce dernier lui jetait, par intermittence, des petits coups d'œil. Jusqu'à ce que leurs yeux se croisent une demi-seconde, et que Frank détourne la tête, un peu gêné à en croire ses joues teintées.
Le jeune homme n'était pas sûr de comment prendre cette action. Mais, alors qu'il s'apprêtait à partir dans une intense réflexion sur cette situation, Julie parla un peu plus fort :
"On y est dans cinq minutes, si y'a pas de bouchon."
Quentin sursauta presque. C'est vrai qu'ils étaient arrivés en ville. Il n'y avait même pas fait attention. Ses muscles se tendirent. Ce furent les cinq plus longues minutes de sa vie.
Julie prit quelques instants à se garer sur le parking de l'hôpital, puis elle donna un papier à Frank.
"C'est le nom sous lequel elle se trouve, avec le numéro de sa chambre. C'est dans cette partie du bâtiment."
Elle pointa une partie de l'hôpital, et recula son siège pour s'étaler dessus.
"Je vous attends là. A tout à l'heure."
Frank s'étira un peu, et ouvrit la portière de la voiture, très vite suivi par Quentin qui peinait à maîtriser ses tremblements. Frank sembla hésiter un instant, mais attrapa finalement la main du jeune homme et entrelaça ses doigts aux siens. Quentin sentit ses tremblements s'apaiser un peu, ainsi que ses joues chauffer. Mais il n'avait pas le temps pour ça. Ils marchèrent à vive allure jusqu'au rez-de-chaussée de l'hôpital. Frank repéra rapidement l'ascenseur dans lequel ils s'engouffrèrent.
Le chemin jusqu'à la chambre prétendue de Nancy fut long. L'odeur de propre et de gel hydroalcoolique était puissante et venait agresser ses nasaux, habitués à la cigarette de Frank et la lavande chimique de sa lessive. Les murs et le sol étaient affreusement blancs. Nancy n'aimait pas le blanc, parce que c'était le vide, et le vide l'effrayait. Est-ce qu'elle était à l'aise, ici ?
Une fois devant la porte, Quentin resta immobile.
Une multitude de pensées se fracassaient dans son crâne. Est-ce qu'elle accepterait de le voir ? Comment allait-elle ? Est-ce qu'elle se souvenait de lui ? Est-ce qu'il avait bien fait de la chercher ? Est-ce qu'il avait bien fait de venir ici ? Et si elle voulait tout oublier, et recommencer une nouvelle vie, et qu'il l'en empêchait ? Quel genre de monstre serait-il ? Il tremblait. Il voulait la voir. Il voulait la serrer entre ses bras. Il voulait lui dire qu'il l'aimait. C'est tout ce dont il avait besoin, là, tout de suite - et peut-être qu'il pourrait être égoïste, pour cette fois, rien que pour cette fois.
Quentin n'arrivait pas à poser sa main sur la poignée de la porte. Malgré tout, il n'arrivait pas. Il ne pouvait pas. Il sentait ses yeux s'embuer devant sa propre faiblesse. Il avait besoin qu'elle le soigne ; il avait besoin qu'elle prenne soin de lui ; il avait besoin que n'importe qui s'occupe un peu de lui. Ses yeux se tournèrent vers Frank.
Ce dernier poussa légèrement Quentin, sans agressivité, pour atteindre la anse sur laquelle il appuya pour ouvrir le lourd battant de bois. La porte grinça bruyamment, jusqu'à ce que Quentin la voit.
Elle était allongée. Ses cheveux étaient très courts, et elle avait maigri. Mais c'était elle. Elle était branchée à une multitudes d'instruments qui mesuraient notamment les battements de son cœur. Mais peu importe, car c'était elle.
Quentin s'approcha d'elle, fébrile. C'était elle. Il reconnaissait les traits de son visage, comme s'il l'avait vue hier. Ces traits qu'il avait imaginé mille fois dans sa tête, les soirs d'orage dans son crâne ; ce visage qui s'était dessiné tant de fois dans ses cauchemars. C'était elle. Ce visage qu'il avait aimé et aimait toujours comme un fou. Un fou, oui, c'était ce qu'il était ; un pauvre fou qui avait cherché sa Nancy partout, et qui aujourd'hui, se trouvait devant elle, car oui, c'était bien elle. Et les bip, bip, bip des machines qui prouvaient, si la voir n'était pas suffisant, qu'elle était en vie ; de même que le léger mouvement de sa poitrine, de haut en bas. Sa respiration calme.
Nancy était là.
Proche du lit, les genoux de Quentin cédèrent sous son poids. Il s'effondra comme une poupée de chiffon avant même que Frank ne puisse faire quoique ce soit pour le rattraper. Finalement à genoux près d'elle, Quentin glissa sa main sur la sienne, où se trouvait une perfusion. Il prit soin de l'esquiver pour caresser ses doigts pâles. Puis, alors qu'il cajolait la peau bizarrement douce, il sentit un sanglot se former dans sa gorge. Un soulagement intense, mêlé à un désespoir terrible dont il n'arriva pas tout de suite à situer la cause exacte.
Il sentait juste qu'il manquait quelque chose, mais il était incapable de dire quoi. C'était comme si sa Nancy n'était pas tout à fait complète.
Mais elle était là, ne serait-ce qu'en partie, et pour le moment, c'était tout ce qui comptait.
Rien ne coulait sur ses joues, sans doute parce qu'il avait trop pleuré, en quatre ans. Mais Quentin se surprit néanmoins à sourire ; un sourire immense, quoique teinté d'une mélancolie certaine. Un sourire sincère, parce qu'il y avait cette joie au fond de lui, même si dérangée par cette gêne qu'il ressentait. Ce manque.
Comme si Nancy était là sans l'être.
Quentin ignorait combien de temps il resta prostré à même le sol, à caresser les doigts de Nancy avec douceur. Il ignorait combien de temps Frank resta debout derrière lui, sans un mot, mais sans l'abandonner pour autant. Peut-être dix minutes. Peut-être trois heures. Ce n'était pas important. Ce n'était pas le plus important, le temps. Du moins, jusqu'à ce que Quentin semble reprendre conscience et décide de se redresser. Il tituba, et Frank l'aida à se maintenir debout.
"On peut y aller.
-Tu veux pas voir si elle se réveille ?
-Elle ne se réveillera pas. Pas tout de suite, du moins."
Frank haussa un sourcil, mais raccompagna Quentin en-dehors de la chambre. Ce dernier s'agrippa encore un peu aux bras de son colocataire, avant de s'éloigner. Ses jambes étaient crispées et douloureuses, mais il n'en dit rien. Il lâcha, avec un petit sourire :
"Voilà, t'as plus de dette.
-Quoi ?" Frank semblait ne pas comprendre de quoi il parlait.
"Tu m'as dit que tu avais une dette envers moi. Bah c'est bon, c'est fini. T'es plus obligé de me supporter."
Frank haussa un sourcil.
"Parce que tu crois que j'aurais fait tout ça juste pour une dette ?"
Quentin sentit son corps se tendre encore plus.
"Pourquoi d'autre ?
-... Laisse tomber."
Frank lâcha un long soupir, et lui fit signe de le suivre. Ils prirent le chemin inverse jusqu'au parking où Julie les attendait toujours, somnolant sur son siège.
"Ah, vous êtes là," marmonna-t-elle en redressant ledit siège. "On y va ?
-Ouais," dit Frank avec cet air d'animal blessé qui tente de le cacher. Julie haussa un sourcil.
"Toi, t'auras des choses à me raconter.
-On verra ça."
Quentin s'assit sur la banquette arrière, sans suivre plus longtemps la discussion qu'avaient les deux personnes devant lui. C'est comme si le monde n'avait plus de sens. Il avait retrouvé Nancy, mais à quel prix ? Et pourquoi n'était-elle pas complète ? C'est comme s'il manquait un bout de son esprit. Est-ce que Freddy était derrière tout ça ? Il était incapable de le savoir, surtout maintenent que cette salope de Krueger était morte.
Le jeune homme ne vit pas le voyage passer, trop occupé à réfléchir à toutes ces questions, et à bien d'autres. Arrivés devant le bar, il remercia Julie à demi-mot, et sortit de la voiture pour regagner son appartement, puis sa chambre. Là, il ferma la porte en la claquant presque, et s'étala sur son lit au parfum de lavande, qui détonnait tellement face à l'ambiance de la chambre d'hôpital de Nancy. Il entendit à peine Frank frapper à la porte.
"Hey… Tu veux boire un truc ?"
Quentin ne répondit pas.
"Je sais que ça a dû faire un choc de voir ta pote comme ça, mais reste pas tout seul, tu vas juste déprimer."
Quentin ne répondit pas.
"Puis, elle est en vie. Elle va sans doute se réveiller à un moment ou à un autre."
Quentin ne répondit pas.
"Quen, s'il te plaît."
Quentin hésita, mais ne répondit pas.
La voix de Frank se fit plus pressante.
"Pourquoi elle était sous un faux nom à l'hôpital, d'ailleurs ? Qu'est-ce qui se passe, Quentin, putain ?"
Quentin hésita de nouveau, puis lâcha, presque dans un murmure :
"Je… Je peux pas te dire.
-Pourquoi tu peux pas ?
-... Je peux pas, c'est tout. De toute façon, ça te regarde pas !"
La voix de Quentin s'était faite plus agacée sur la fin de sa phrase - et il s'en voulut immédiatement. Il y eut un silence d'une longue minute, avant qu'il n'entende les pas de Frank s'éloigner de la porte. Quentin aurait voulu le rattraper pour s'excuser, mais il ne bougeait pas.
Pourquoi est-ce qu'il ne bougeait pas ?
"Frank ?"
Mais Frank ne répondit pas.
OoO
Quentin réfléchissait. Il quittait à peine sa chambre, et croisait à peine Frank, ou même son propre patron à qui il avait demandé quelques jours de congés - une première, en quatre ans. Philip avait été si étonné qu'il n'avait pas réussi à refuser. Les idées fusaient dans son crâne, et il cherchait désespérément à comprendre où est-ce que l'esprit de Nancy était passé. Il ne comprenait pas. Est-ce que Freddy l'aurait dissimulé dans un monde onirique, et qu'en le tuant, Quentin avait raté sa seule opportunité de sauver Nancy ? Ou pire, est-ce que Freddy aurait détruit l'âme de Nancy, ne laissant qu'un corps vide ?
Quentin n'était sûr de rien, et ses cauchemars avaient repris de plus belle, et ses crispations, et la putain de sensation du souffle de Krueger dans sa nuque, et la peur quand il s'endormait, et le cycle terrible de la terreur et de la douleur reprenait.
Parfois, le jeune homme croisait Frank, mais ce dernier était devenu plus froid. Il passait le plus clair de son temps dehors, et ne rentrait que tard le soir pour repartir tôt le matin. Quentin s'en voulait. Il aurait voulu arranger les choses, mais il n'en était pas capable. Il avait encore tout foiré. Il était un échec.
Il n'était qu'un échec.
Un échec.
Échec.
Quentin sortit de l'appartement, un soir. Le bar était bondé. Il avait besoin de prendre l'air pour mieux réfléchir, loin de la lavande chimique et de la menthe défraîchie. Il s'avança dans les ruelles, quand d'un coup, une voix familière se fit entendre.
"Quentin !
-... David ?"
