Me voici me voilà pour l'avant dernier chapitre de la très bien nommée Quentin : La fic.
J'ai pas écrit de fic longue depuis très longtemps, et à vrai dire, c'est sans doute une des premières que je mène à bien. Il y a sans doute des défauts, mais je suis fier de vous présenter cette histoire quand même !
On se revoit pour la fin dans un temps indéterminé. Merci à Miss et Taru pour leur correction !
"Qu'est-ce tu veux ?"
La voix de Quentin était dure et froide. David lui sourit en s'approchant. Entre ses doigts se trouvait un énorme bouquet de roses rouges. Quentin pouvait voir les épines s'enfoncer dans les phalanges de David qui serrait les tiges un peu trop fort. Le jeune homme était méfiant ; il avait toujours la sensation des mains de King autour de son cou. Et, cette fois, il n'y avait personne pour le protéger. Frank n'était pas là.
Et Quentin savait que tout était de sa faute.
"Je viens t'offrir ce bouquet, pour m'excuser.
-Va-t'en."
C'est tout ce que Quentin réussit à dire. Et même ces mots-là, il les murmura plus qu'il ne les cria à cause de sa gorge serrée. King s'avançait de plus en plus et au fur et à mesure qu'il s'approchait, Quentin reculait, jusqu'à ce que son dos rencontre le mur derrière lui. Il était dans un cul-de-sac, sans possibilité de fuite. La panique extrême qu'il ressentait alors se changea une immense lassitude.
Il avait passé quatre ans de sa vie à chercher une fille devenue femme dont l'esprit vivait sans doute les pires cauchmars qui soient ; il avait raté la première relation qui semblait valoir le coup avec Frank ; il était un crétin inutile qui ne faisait que poser problème à son entourage. Alors peut-être que laisser David faire, c'était la seule option qui lui restait.
Il baissait les bras.
Malgré tout, quand King se pencha pour l'embrasser, il ne put se retenir d'esquiver ses lèvres. Il ne pouvait pas... Même pour se forcer, il était mauvais. Visiblement agacé par son refus, David jeta le bouquet au sol d'un geste brusque. Quentin vit les pétales plonger dans flaque qui, au vue de l'odeur, devait être un mélange de crachats et d'alcool. Après tout, le bar de Philip n'était vraiment pas loin d'ici. Quentin resta concentré sur les fleurs pour ne pas avoir à regarder King, qui posa une main sur le torse du jeune homme presque avec douceur. Le cœur de Quentin battait doucement malgré l'angoisse qui rongeait son être. Peut-être parce que lui aussi en avait marre.
"David, si tu veux je…" Quentin hésita. "Je peux venir chez toi demain soir. Mais laisse moi tranquille juste pour maintenant. Ça te convient ?
-Pourquoi tu ne viendrais pas maintenant ?"
Quentin se mordit la lèvre inférieure, puis se mit à arracher avec ses dents avant la peau morte qui s'y trouvait. Il commençait à saigner un peu, quand King reprit.
"Viens, Quen.
-M'appelle pas comme ça."
David haussa un sourcil épais. Il croisa ses bras contre son torse.
"Depuis quand je peux plus t'appeler comme je veux ?
-Je ferai n'importe quoi, si ça te chante, mais juste m'appelle pas comme ça."
Quentin avait pris un peu de temps à lui-même comprendre pourquoi est-ce qu'il était dérangé que King l'appelle comme ça, et pas par son prénom complet ; parce que ça lui rappelait Frank. Frank qui lui manquait terriblement. Frank qu'il voulait revoir. A qui il voulait s'excuser, peut-être ; quitte à devoir disparaître de sa vie juste après, quand bien même cela serait déchirant pour Quentin. Il avait merdé, de toute façon, donc si c'était la conséquence qu'il fallait payer, alors il était prêt.
"Je viens demain soir, je te le promets. Je pourrais même rester, si tu veux. Mais laisse-moi ce soir.
-Si tu me donnes une bonne raison."
Quentin ne savait pas quoi répondre. Il avait peur de lui parler de Frank, parce que David risquait d'être en colère et de devenir violent. Son hésitation devait se lire sur son visage, ou peut-être que King le connaissait bien mieux que Quentin ne l'aurait pensé car il reprit la parole très vite pour lui dire :
"C'est à cause de cet enculé de Morrison, c'est ça, hein ?!"
Sa voix était descendue d'une octave au moins sous la colère. Son visage rougissait à vue d'oeil. Quentin commença à sérieusement paniquer.
"Dis-le. Dis-moi si c'est à cause de lui."
Quentin détourna les yeux incapable de répondre.
"J'avais raison. Je vais le buter." David attrapa le bras de Quentin brutalement, et le tira jusqu'au bar.
Le jeune homme était en proie à une angoisse intense. Est-ce que David allait refaire du mal à Frank ? Est-ce que Philip allait être capable de l'arrêter de nouveau ? Quentin sentait la peur s'immiscer dans ses veines pour empoisonner tout son corps. Il essayait de se défaire de la poigne de David, mais il était bien plus fort que lui. Arrivé devant le bar, King ouvrit la porte d'un coup de pied brusque qui laissa un impact dans le bois usé. Puis, il hurla.
"Morrison, j'vais t'éclater la gueule !"
Frank s'était retourné au bruit épouvantable qu'avait fait le battant sombre en s'ouvrant. Puis, Quentin le vit fixer David, puis lui, puis de nouveau David. Le rouquin s'approcha doucement, sous les yeux exorbités de colère de King.
"Lâche-le, King." Quentin nota qu'il avait bien prononcé son nom, pour une fois. "Sinon je vais devoir le dire au patron. Et tu sais ce que tu risques."
David secoua brutalement la tête. De sa main libre, il tapota sa ceinture jusqu'à trouver un couteau que Quentin n'avait pas remarqué plus tôt. Il le pointa au visage de Frank, qui garda son calme.
"Je vais chercher le boss," dit-il en reculant, non sans cesser de fixer King.
Ce dernier, brutalement, tira Quentin pour glisser la lame du couteau contre son cou. Le jeune homme était fébrile. Est-ce que c'est comme ça qu'il allait mourir ? Sous l'arme blanche tenue par son ex petit-ami ? Sans avoir pu sauver Nancy ? Sans avoir pu dire à Frank qu'il était désolé ? Sans avoir pu dire à ces deux personnes à quel point elles comptaient toutes les deux pour lui ? C'était ça, la fin ?
Il avait imaginé la mort tant de fois qu'elle paraissait être un souvenir. Pourtant, aujourd'hui, il ne voulait pas qu'elle se termine. Pas comme ça.
Il lança un regard désespéré à Frank qui se mordit un instant la lèvre inférieure.
"Alors ? Tu vas pas chercher ton boss ?" La voix de King était comme distordue par la rage. "Vas-y, je te dis !"
David approcha dangereusement la lame du cou de Quentin, jusqu'à la frôler. Quentin n'osait pas déglutir. Quand, soudainement, la main de David relâcha le couteau qui tomba bruyamment au sol. Ce fut ensuite au tour de King lui-même de s'effondrer sur Quentin, qui prit la fuite dès qu'il put, causant la chute de son ex petit-ami sur le parquet.
Dans l'encadrure de la porte se trouvaient Philip et son ami que Quentin avait déjà croisé plusieurs fois - Evan, de mémoire. Au bras du deuxième homme, une jeune femme aux longs cheveux roux qui tiraient sur un rouge magnifique, proche d'un grand coucher de soleil. Quentin n'avait pas souvenir de l'avoir déjà vue.
Entre les mains de Philip se trouvait une planche de bois qui avait visiblement servie à assommer King. Peut-être pire. Quentin préférait ne pas y penser. Ses yeux embués de larmes se tournèrent vers Frank qui ne perdit pas de temps et attrapa la main de Quentin pour le tirer vers lui et vérifier qu'il n'avait aucune coupure au niveau du cou.
"Tout va bien ?" lâcha finalement Philip en les regardant. Quentin hocha la tête. "Bien. Evan, je te laisse t'occuper de notre trouble fête. Vous deux, remontez en haut. Compris ?"
C'était au tour de Frank d'hocher la tête. Il n'avait pas lâché la main de Quentin. Il la serra presque tendrement, et l'accompagna en haut. Une fois arrivé dans l'appartement, Quentin le fixa longuement. Puis, comme mue d'une volonté propre, son corps vint se coller à celui de Frank, puis ses lèvres sur les siennes. Le rouquin fut surpris à en juger par la seconde d'hésitation qu'il eut avant de poser ses mains sur les hanches de Quentin et de participer activement au baiser.
Quentin était fébrile. De grosses larmes coulaient le long de ses joues, tandis qu'il embrassait Frank. Il avait besoin de le sentir, tout contre lui, rien qu'un peu plus. Il attira son colocataire d'abord jusqu'au canapé, puis il se ravisa et le conduisit à sa chambre. Là, il le poussa sur le lit et l'odeur de menthe fraîche se mêla à la lavande. Quentin retira sa chemise à carreaux abîmée un peu trop vite, et deux boutons sautèrent au passage ; puis il vint se positionner entre les jambes de Frank pour reprendre ses baisers.
Entre deux échanges, de plus en plus langoureux, Frank murmura :
"T'es sûr de toi, Smith ?
-J'ai jamais été aussi sûr de moi de toute ma vie."
Le souffle chaud de Frank sur ses lèvres était la chose la plus agréable qu'il ait jamais vécue. Quentin captura de nouveau sa bouche pour l'entraîner dans une danse tendre, presque amoureuse. Le jeune homme se redressa un peu au bout de longues minutes pour aider l'homme qu'il était maintenant sûr d'aimer à retirer son propre haut, qui vola au travers de la chambre, rapidement suivi par le binder serré qu'il portait.
Quentin caressa son torse avec douceur, découvrant chaque parcelle du corps de Frank qui ne l'avait jamais laissé le toucher jusqu'à aujourd'hui. Il profita longuement de la peau douce de sa poitrine, puis celle de son ventre. Quentin se redressa finalement pour le déshabiller entièrement, et resta comme béat face à la vue que Frank lui offrait.
"T'aimes ce que tu vois ?" lâcha-t-il d'ailleurs, amusé.
"T'as pas idée."
Frank se leva à son tour pour reprendre de longs baisers. Il plaqua Quentin contre la porte d'entrée de la chambre, et glissa une main entre ses jambes, par-dessus le jean déchiré par endroit du jeune homme qui lâcha un gémissement plaintif. Frank s'amusa un long moment. Il semblait aimer jouer de la sorte avec Quentin ; Quentin à qui ça ne déplaisait pas. Il laissa s'échapper néanmoins un long râle de soulagement, quand il sentit les doigts fins de son rouquin se poser sur le désir qui pulsait dans son bas-ventre.
Son colocataire le caressa longuement, puis retira complètement son pantalon pour avoir accès plus facilement au membre. Quentin gémissait et glissa finalement son visage dans le cou tatoué de Frank pour y déposer une pluie de baisers et quelques coups de langue. Il avait visiblement trouvé un endroit sensible, puisque Frank resserra un peu son emprise sur lui et se mit doucement à geindre. Quentin aimait ce bruit ; c'était le genre de son auquel il pourrait un peu trop vite s'habituer. Leur petit manège dura jusqu'à ce que Quentin se libère entre ses doigts. Frank lui sourit.
"T'es beau quand tu jouis, tu sais ça ?
-Oh va te faire foutre.
-Quand tu veux."
Frank avait dit ça sur un air de défi. Quentin le poussa alors sur le bord du lit, et glissa sa tête entre ses cuisses. Le rouquin se mit à rougir brutalement.
"T'es sûr de toi, là ?
-Oui."
La voix de Quentin était rauque, emplie d'un désir qu'il n'avait jamais ressenti auparavant. Ou du moins jamais si profondément. Il commença à embrasser l'intérieur de ses cuisses, qu'il découvrit couvertes de cicatrices anciennes. Ce n'étaient pas les premières qu'il voyait chez le rouquin ; il y avait celles au creux de ses poignets, puis celles sur ses bras et ses épaules. D'où est-ce qu'elles venaient ? Quentin avait une réponse en tête qui ne lui plaisait pas - est-ce que Frank avait été si triste pour en venir là ? A quel point sa vie avait-elle été difficile, jusqu'ici, pour qu'il s'inflige pareille douleur ? Et qu'est-ce qui l'avait aidé à arrêter ? Quentin le savait mieux que quiconque, c'était addictif, cette adrénaline ressentie lorsqu'un objet tranchant venait taillader la peau rendue fragile par les précédentes coupures. Lui, il avait cessé parce que son obsession pour Nancy avait pris le pas. Mais Frank, lui ?
"Un problème ?" lui demanda soudainement le rouquin. Quentin se rendit compte qu'il ne bougeait plus, et lâcha un petit rire.
"Désolé, je réfléchissais.
-Tu réfléchis trop."
Frank avait sans doute raison. Laissant de côté ses interrogations - il aurait tout le temps du monde pour lui demander plus tard - il s'approcha du bas-ventre de Frank qu'il couvrit de baisers tendres et de coups de langue. Le rouquin bougeait son bassin avec envie, lâchant de longs râles qu'il ne cherchait pas à retenir. Quentin le trouvait magnifique. Il s'appliqua entre ses cuisses un long moment, jusqu'à sentir Frank enfler doucement entre ses lèvres et s'agiter sur le lit en criant. Il le relâcha alors, le menton trempé, et remonta sur le lit pour l'embrasser longuement.
Il sentit Frank s'agripper à lui, et cette sensation lui plaisait fortement. Quentin aimait sentir l'autre jeune homme à sa merci, loin de sa carapace de délinquant dangereux. Après un baiser qui sembla durer entre quelques secondes et une éternité, Quentin se laissa tomber sur le lit, à côté de son rouquin.
Son…
Est-ce qu'il avait vraiment le droit de penser ça ?
Frank se colla contre lui, mettant fin à ses questionnements - pour le moment.
"... D'où ça vient, toutes tes cicatrices ? lâcha finalement Quentin, après plusieurs minutes de silence.
-C'est indiscret.
-... Pardon."
Le jeune homme eut un léger rire.
"Je déconne. Ça dépend lesquelles, en fait. Celles dans mon dos et sur le visage, c'est mon paternel. Les autres, c'est moi."
Quentin le fixa.
"... Comment tu as pu arrêter ?
-De quoi ?
-De… De te faire ça, je veux dire."
Frank haussa les épaules.
"J'avais plus de raison de le faire, c'est tout. J'avais trouvé ma famille, et ça m'a suffit. Enfin, on s'en fout un peu, non ?
-Je m'en fous pas, moi."
Quentin sentait les larmes monter le long de ses yeux, et il n'était pas trop sûr si c'était du désespoir, comme lors de ces dernières semaines, ou si c'était autre chose. A bien y réfléchir, c'était sans doute autre chose ; mais il était incapable de dire quoi. Frank glissa l'une de ses mains sur sa joue qui commençait doucement à se tremper et la caressa doucement.
"Tu réfléchis trop.
-Et toi, pas assez.
-Tu sous-entends quoi là ?
-Que t'es un crétin. Mais je-"
Quentin se stoppa brutalement. Qu'est-ce qu'il allait dire, là ? Il secoua la tête et se rassit sur le lit, essuyant son visage avec la manche de sa chemise. A son plus grand soulagement, Frank ne releva pas ses derniers mots, et se contenta de se rouler dans les draps qui avaient pris l'odeur de menthe fraîche qui irradiait de son corps. Quentin pourrait s'habituer à cette effluve.
Tout comme il pourrait s'habituer à la présence du rouquin dans son lit.
Comme il pourrait s'habituer à l'aimer, quand bien même il ne lui dira sans doute jamais. Parce que c'était plus simple de se murer dans le silence que de risquer de souffrir.
Quentin s'allongea néanmoins contre Frank et sans trop y réfléchir, il le tira pour le prendre entre ses bras. Le rouquin n'avait pas l'air contre, puisqu'il se cala confortablement contre le torse du jeune homme. Frank s'endormit rapidement, à en juger par les petits ronflements qu'il lâchait ça et là. Quentin songea qu'à ça aussi, il pourrait s'habituer. Non pas parce qu'on s'habitue à tout, comme à la douleur ou à l'indicible ; mais parce qu'il avait déjà pris goût à ces moments de tendresse et qu'il pourrait sans doute tuer pour qu'ils ne s'arrêtent pas.
OoO
"Je crois que je te dois des explications."
La voix de Quentin était presque un murmure. Ils étaient assis sur le canapé usé du salon. Frank ne portait qu'un caleçon et un t-shirt trop grand qui appartenait à Quentin. Ce dernier l'avait dévoré du regard pendant de longues minutes, avant de prendre la parole, un peu hésitant. Maintenant, Frank le regardait avec un sourcil haussé, et retira la cigarette qui reposait entre ses lèvres.
"A quel sujet ?
-... Sur Nancy. Et toute cette histoire."
Frank le fixait.
"... Me regarde pas comme ça, sinon je vais rien pouvoir sortir.
-Ah, pardon."
Le rouquin détourna les yeux pour se concentrer sur le mur en face. Le papier peint se décollait çà et là, malgré les efforts de Quentin pour toujours les remettre en place.
"... C'est l'histoire de Freddy Krueger. C'est un nom de merde, je sais. Mais ça lui va bien, puisque c'est une immense salope." commença Quentin qui regardait ses chaussures. Sa voix tremblait. "Et… Ce type, en fait… Il bossait dans une maternelle. Badham, elle s'appelait. C'est aussi un nom de merde. En fait, tous les noms dans cette histoire sont des noms de merdes."
Le jeune homme sentait son corps se crisper petit à petit. C'était l'indicible qu'il essayait de formuler. Ce presque secret, cette honte qu'il avait gardé au fond de lui pendant quatre ans. Depuis que les souvenirs étaient remontés. Il aperçut Frank hocher la tête sans le regarder, comme pour lui faire signe qu'il pouvait continuer. Quentin reprit :
"Et donc, ce type, enfin, Freddy donc… Il a… Fait des trucs aux gamins. Des trucs qu'on fait pas à des enfants, normalement. Et donc, les parents des gamins, ils… Ils sont devenus dingues. Et c'est normal, sans doute, mais… Ils ont tué Freddy. Ils ont foutu le feu à une baraque dans laquelle il était enfermé."
Frank ne répondit toujours pas, mais Quentin le voyait du coin de l'œil. Il avait posé sa cigarette et semblait concentré.
"Et il est mort. Sauf que non, en fait. Enfin, si, mais… Il est revenu en sorte d'esprit vengeur. Qui te bute dans ton sommeil. Et si tu me crois pas, y'a des anciens de Badham qui avaient des blogs, où… Où ils parlaient de leurs cauchemars, avec Freddy dedans. Jusqu'à ce qu'on les retrouve morts. Les uns après les autres.
A la fin, ils étaient que deux. Deux survivants, face à Freddy. Et ils ont tout fait pour s'en débarrasser. Et ils ont cru réussir. Mais c'était des débiles. Enfin, non, mais…"
Quentin sentait un lourd sanglot remonter le long de sa cage thoracique, jusqu'à s'échapper de sa gorge. Il y avait de grosses larmes qui roulaient sur ses joues, et sa voix devenait fébrile.
"Freddy a tué la mère de la fille. Et la fille a disparu. Et le gars, lui… Pendant quatre ans, il a cherché la fille, qui était sa meilleure amie, sur les traces de cette salope de Krueger. Et il a fini par détruire complètement cet enfoiré. Mais il a pas retrouvé son amie.
Et puis un jour, un gars… un autre gars je veux dire, il a retrouvé l'amie. Enfin, son corps. Parce que le gars de base, lui, quand il a vu le corps de son amie, il a compris. Me demande pas comment, mais il a su qu'il manquait un truc en elle. Comme si son esprit était ailleurs. Alors…"
Il pleurait définitivement. Il avait beau frotter ses joues pour essuyer les larmes, elles revenaient à toute vitesse et s'écrasaient sur son jean trempé. Il se sentait si mal. Nancy…
"Alors il s'est dit que Freddy était peut-être mort avec l'esprit de sa meilleure amie. Et peut-être qu'elle ne se réveillera jamais, par sa faute. Et peut-être qu'il est un immense monstre, et qu'il veut crever, ce gars-là. Parce qu'il a foutu en l'air quatre ans de sa vie, pour peut-être rien. Mais c'est débile. C'est qu'un débile."
Il n'arrivait plus à parler. Les sanglots étaient trop violents, et il hoquetait bruyamment. Frank s'approcha de lui, et Quentin s'agrippa à ses vêtements comme si sa vie entière en dépendait. Et peut-être que c'était le cas sur l'instant ; peut-être que Frank, c'était tout ce qu'il avait pour ce moment, juste ce moment.
Il pleura de longues minutes que Frank passa à lui caresser le dos et à le bercer. C'était doux. C'était maladroit, mais c'était doux et ça lui faisait du bien. C'était tout ce qui comptait au fond, non ?
Quentin se calma finalement et dit, entre deux petits hoquets :
"Tu dois penser que je suis taré.
-Non. Pas du tout."
Le jeune homme le fixa, comme incrédule. Frank glissa sa main sur sa propre nuque qu'il frotta.
"Je veux dire… Je te fais confiance. J'ai pas tout compris, mais je pense pas que ça s'invente, ce genre de merde. Pas vu ton état quand tu en parles. Tu vois ce que je veux dire ?"
Quentin n'hésita pas, cette fois, à le prendre contre lui et à le serrer aussi fort qu'il le pouvait.
"... Tout va bien, Quen' ?"
Il hocha la tête.
Qu'est-ce que c'était bon d'être cru, pour une fois.
