Merci pour les reviews !
J'ai pu corriger à peu près ce chapitre. Je réviserai tout une fois que j'aurai publié la plus grande partie de ce que j'ai en stock.
Douzième Chapitre : Balades Nocturnes
Première partie :
La douleur de l'animagus
Aurore se réveilla sur le sol froid de la Salle sur Demande. Ses muscles ne répondirent pas immédiatement, aussi elle ne resta allongée à détailler la minuscule zone de la salle dans son champ de vision : il semblait y avoir des tâches noirs d'explosion un peu partout autour d'elle. À quelques pas, la jeune fille repéra des éclats de verre.
Très lentement, elle se releva en prenant la plus grande attention à ne pas entrer en contact avec les débris coupants jonchant le sol. Autour d'elle, il y avait des vitres cassées, des colonnes de pierre en morceaux, des objets détruits, des fissures dans les murs même de la salle.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé...? Murmura-t-elle.
Les jambes de la Serpentard tremblaient, comme si elles ne pouvaient plus soutenir le poids de la jeune fille. Elle ne pouvait s'appuyer nulle part et ses vertiges lui donnaient la sensation d'une chute infinie dans un monde d'apocalypse.
La Salle semblait avoir été ravagée par un animal furieux et invisible. Mais pourquoi ne s'en serait-il pas pris à elle ? Et si le monstre se trouvait toujours dans les parages ? Inquiète, Aurore détailla rapidement les débris. Instinctivement sa main glissa dans sa poche, mais n'y rencontra que du vide.
- Où est ma baguette ? Paniqua-t-elle.
Ses yeux cherchaient le bois magique à travers le champ de bataille improvisé. Le fait de ne pas avoir sa baguette de cerisier l'inquiéta : et si jamais elle avait perdu un duel après avoir été désarmée ? C'était tout à fait possible même si elle ne se rappelait pas avoir combattu. En fait, les seuls souvenirs d'Aurore de la soirée passée s'arrêtaient à son arrivée dans la salle.
Pour retrouver sa baguette, visiblement portée disparue, Aurore se résolut à utiliser un moyen qu'elle n'avait pas utilisé depuis le soit disant "examen médical" de début d'année.
Se concentrant et imaginant les effets du sort, elle pensa très fort :
Accio Baguette.
Mais il ne se passa rien. Alors elle recommença, se concentrant deux fois plus; ses yeux plissés témoignant du fait. Cette fois-ci, elle murmura :
- Accio Baguette.
Cette fois, un petit bruit se fit entendre dans un coin de la salle, mais était trop ténu pour qu'elle puisse en distinguer la source. Recommençant l'opération, plus fort encore, la jeune sorcière produisit un craquement sourd sous un bout de colonne et, en s'approchant, vit un bout de bois noir tentant de se dégager. Avec beaucoup de difficulté, Aurore parvint à soulever le débris pour dégager sa baguette.
Maintenant, elle devait aller s'occuper de la potion; même si elle n'avait absolument aucune envie de croiser le chemin d'un professeur, et cela incluait Dumbledore. Grâce à plusieurs sorts, la première année réussit à réparer la Salle sur Demande; même si cela lui coûta une bonne partie de son énergie. Lentement, elle se dirigea vers le bureau directorial en prenant me plus grand nombre de passages secrets possibles, ne sachant pas quelle heure il était. Tout au long du chemin, elle imagina un nombre incroyable de scénarios catastrophe où Rogue se plaindrait au Directeur au moment exact où elle apparaîtrait dans le bureau.
Avec horreur elle se rappela, une fois de plus, qu'elle ne connaissait pas le mot de passe actionnant la gargouille. Soupirant et n'ayant aucune envie d'attendre l'apparition d'un professeur, Aurore commença son demi-tour vers les cachots quand se produisit un horriblement grincement : la gardienne du bureau s'écarta.
La première réaction de la jeune fille fut de faire un bond sur le côté, attendant de voir qui descendait les marches. Pourtant, personne ne vint. Lentement, et avec précaution, elle passa par l'ouverture sombre et se positionna sur la première marche, tendant le cou pour voir ce qui pouvait bien se passer là-haut.
Un cri de surprise lui fut arraché quand, sans lui demander son avis, la gargouille se referma et les escaliers se mirent en fonctionnement, roulant sur eux-mêmes, expédiant ainsi l'invitée jusque devant le bureau du Directeur.
Aussitôt l'escalier immobile, Aurore se hâta de faire un pas dans le minuscule couloir, dans l'hypothèse plus ou moins probable où l'entité déciderait de la propulser (littéralement) dans la porte du bureau.
La Serpentard prit quelques minutes pour écouter les voix provenant de l'office. À son grand soulagement, elle n'entendit pas la voix douce et sévère de Rogue. Pourtant, le directeur n'était pas seul, et pour une raison qui lui échappait, elle n'arrivait pas à mettre un nom sur la voix qui parlait à Dumbledore sur un ton presque inquiet. Son esprit devait être un peu éprouvé par ce qui avait pu, possiblement, se passer dans la Salle.
Par prudence, la Serpentard choisit de faire machine arrière : après tout, elle n'avait pas choisi Gryffondor et n'était donc pas tenue par un quelconque honneur de maison de se jeter, tête la première, dans les ennuis. Pourtant, les escaliers lui firent barrage et Aurore fut dans l'obligation de se diriger vers le bureau. Alors que sa main hésitait à toquer sur le bois, la séparation massive avec l'étroit couloir s'ouvrit seule; faisant apparaître le professeur Dumbledore et le professeur McGonagall.
Très rapidement, l'élève se sentit mal à l'aise face aux regards de travers que lui adressaient les deux enseignants. Le directeur se racla rapidement la gorge.
- Miss Sunshine. Je... Enfin, nous vous attendions. Approchez.
Obéissant sans trop de difficultés, elle fit quelques pas, en tentant d'ignorer les iris des adultes, braqués sur sa personne. Ce qui suivit la surprit :
- Tu vas bien, Aurore ? Demanda le professeur McGonagall sur un ton inquiet.
La jeune fille se retourna vers elle pour lui lancer un regard courroucé et étonné : son ancienne tutrice ne l'avait plus tutoyée depuis son admission à Serpentard. Qu'elle s'inquiète pour elle fut la goutte de trop, faisant déborder le vase de l'incompréhension.
- Mais... Vous me détestez...?
- Le professeur McGonagall ne te détestes pas Aurore. La preuve elle se trouve avec nous, sur ma demande expresse. Je ne tenais pas à te laisser seule lors de la transformation. Il sera toujours temps de continuer cette discussion plus tard, ajouta le Directeur en voyant que la jeune fille s'apprêtait à protester.
Immédiatement, Aurore referma sa bouche et mit ses interrogations dans un coin de sa tête, se disant qu'elle pourrait les ressortir plus tard.
- Seulement, avant d'y aller, veux-tu parler de ce qu'il s'est passé avec le professeur Rogue ?
Immédiatement, elle fit un signe de négation. En rentrant, elle avait deviné qu'ils la regardaient ainsi à cause de sa perte de contrôle dans le bureau du Directeur de Serpentard. C'était suffisamment horrible d'y repenser. D'où venait cette étrange fumée, sortie de ses poings ? Autant d'interrogations qu'elle garderait pour elle, jusqu'à la fin de ses jours s'il le fallait, car la jeune fille ne voulait pas vraiment admettre que sa propre personne était responsable de cette conduite intolérable. Dumbledore lui lança son éternel "regard triste de papy gâteau" comme la Serpentard l'appelait. Sa propre pensée choqua Aurore : depuis quand montrait-elle aussi peu de respect envers le Directeur ? Depuis la mise à jour de la manipulation de ses souvenirs. Mais était-ce une raison suffisante ? Elle avait le sentiment de se conduire en délinquante.
- C'est bien dommage, souffla le professeur. Prends la potion et ne traînes pas. Professeur McGonagall, je vous la confie.
La directrice de Gryffondor leva les yeux au ciel, mais acquiesça. Après tout, pourquoi Albus Dumbledore se faisait-il du souci à ce sujet ? Elle avait tout de même élevé l'enfant. Même si leurs relations ne seraient plus jamais les même aux vues du comportement exécrable de l'adulte envers la plus jeune. Et dire que tout cela faisait partie d'un plan. Un stupide plan d'Albus. Mais comment ne pas s'y plier ?
L'élève se mit en route, serrant la potion contre elle, de peur qu'il arrive quelque chose à des mois de travail acharné. Surtout qu'il avait été difficile de convaincre Dumbledore de l'aider, aussi Aurore ne voulait pas prendre le risque qu'il refuse de l'accompagner encore une fois. Peu importe si le professeur McGonagall suivait ou non, la Serpentard s'avançait sans se soucier de son ancienne tutrice. Le bruit de ses pas descendant rapidement les escaliers de Poudlard retentissaient comme de longs échos à travers le château désert. Sa cadence était énergique et rapide, mais étonnamment la directrice de Gryffondor n'eut pas trop de mal à la rattraper. Le professeur semblait presque étonné de l'aisance avec laquelle la jeune fille se déplaçait dans le noir.
- Comment faites-vous pour y voir quelque chose sans même utiliser un Lumos ? Questionna l'adulte.
Aurore pila et regarda McGonagall dans les yeux. Celle-ci sursauta et fit un pas en arrière. Satisfaite l'élève continua son chemin mais au bout de quelques pas, l'absence de sons montra que McGonagall était restée figée sur place. Aurore fut tentée de continuer son chemin mais finit pas se retourner et demander :
- Vous allez bien professeur ?
- Qu'est-ce qui est arrivé à vos iris ? Et vos pupilles ? Pourquoi sont-ils noirs et à la verticale ?
- Oh. Ça... répondit la Serpentard, mal à l'aise. Je ne sais pas comment je fais. Mes yeux s'adaptent ainsi à la luminosité depuis... Et bien je dois avouer que j'ai commencé à remarquer cet étrange phénomène quand j'ai exécuté pour la première fois l'exercice des battements.
McGonagall secoua la tête.
- Cela ne devrait pas faire cela. Quand avez-vous perçu le deuxième battement ?
- Après deux ou trois jours il me semble.
McGonagall secoua la tête et murmura : " ce n'est pas normal ", ce qui agaça encore plus la Serpentard : elle n'y pouvait rien, malheureusement. Sentant une puissance malsaine envahir sa poitrine, elle ne put réprimer l'envie de lui répondre.
- Eh bien, sauf votre respect Professeur McGonagall, je n'y peux rien si rien n'est normal avec moi. Vous devriez y être habituée non ? Sans vouloir vous presser, j'aimerais pouvoir faire tout cela le plus vite possible.
- Oh, oui, bien-sûr... Où comptez-vous aller ? La Salle sur Demande est au sixième étage, vous savez.
- Effectivement je le sais. Mais je pensais à la cabane hurlante.
- La Cab...
- Oui, suivez-moi et vous verrez.
Finalement le professeur de métamorphose se plaça à la hauteur de l'élève et suivit le rythme rapide de la marche de cette dernière. Les couloirs et portraits défilaient à vitesse monumentale, même si cette vitesse ne pouvait égaler celle à laquelle les pensées d'Aurore défilaient dans sa tête. Elle repensait à cette étrange brume sortie de nulle part. Elle repensait à cette colère injustifiée envers Rogue. Elle repensait à l'étrange regard mêlé de tristesse de Dumbledore : que savait-il de toute cette affaire ? Pourquoi McGonagall s'était-elle inquiétée pour elle, alors que depuis le début de l'année elle lui refusait tout soutien ?
- Vous savez, parfois je trouve que vous ressemblez au professeur Rogue, dans votre gestuelle je veux dire.
Aurore lui jeta un regard étrange par-dessus son épaule.
- Vraiment ? Articula-t-elle avec difficulté.
- Vous semblez bien vous entendre. Parfois, au vu de certains regards que vous lancez, j'ai l'impression de me retrouver face à une mini-Rogue, pouffa légèrement le professeur.
- Oui, il est vrai que nous arrivons à ne pas nous empoisonner mutuellement. Répliqua froidement l'élève.
Pourquoi, par Merlin, son ancienne tutrice voulait-elle à tout prix entamer la discussion ? C'était la personne, avec Quirrell et Trewlaney, qu'elle avait le moins envie de voir.
- Je tenais à m'excuser...
- Vous excusez de quoi ? Répliqua-t-elle sur un ton froid d reproche. Le fait de m'avoir laissée en début d'année, comme ça brutalement et sans me prévenir; ou vous excuser d'avoir été antipathique ?
- Des deux... Écoutez, je suis sincèrement désolée...
Aurore avait attendu cette conversation toute l'année : pouvoir dire à McGonagall qu'elle s'excusait d'avoir choisi Serpentard à la place de Gryffondor, qu'elle était désolée de l'avoir déçue... Qu'elle tenait à sa presque mère adoptive... Mais rien ne sortait de sa gorge sèche. Les mots tentaient de se frayer un chemin, mais cette horrible force noire formait une barrière infranchissable. Pourtant la Serpentard voulait parler. Lentement, une larme de dégoût brilla dans ses yeux, et elle accéléra l'allure.
Ne sachant pas comment réagir, McGonagall garda le silence tout en maudissant silencieusement Albus Dumbledore. Elle savait qu'il était important pour le plan mais... Non, en fait elle avait juste obéi aveuglement à Dumbledore sans raison valable. Le directeur allait voir ce qu'il en coûtait quand on avait affaire à un animagus chat en colère.
Finalement, Aurore s'engagea dans le domaine de Poudlard et fit son petit chemin jusqu'au saule cogneur. Elle se concentra et pensa plusieurs fois "Accio bâton en bois" mais rien ne se produisit, ce qui énerva la jeune fille au plus haut point. Elle n'avait pas perdu ses dons, donc que se passait-il ?
- Eh bien ? Demanda McGonagall, un sourcil levé. Je croyais que nous devions aller à la Cabane Hurlante ?
- C'est ce que nous allons faire professeur. Seulement j'ai besoin de quelque chose qui ne vint pas... Accio bâton de bois ! Hurla-t-elle.
Seulement rien ne se produisit. Encore une fois. Ce fut la fois de trop.
- Vous avez peut-être oublié de sortir votre baguette Sunshine. Fit remarquer McGonagall dans une tentative de sarcasme serpentesque, ayant compris comment cela fonctionnait avec la maison de la ruse.
- Pas besoin... Marmonna-t-elle sous l'effet de la concentration. Fulmen.
Un éclair noir jaillit de sa main pour appuyer directement sur la racine. La jeune fille était trop en colère pour passer une demi-heure à essayer de trouver un bâton de bois sous le regard de McGonagall, dont l'élève se passerait bien. L'arbre s'immobilisa et l'élève se glissa dans l'ouverture entre les racines géantes de l'arbre.
- Quoi ? Mais comment ? Bafouilla le professeur de métamorphose.
- L'histoire est un peu trop longue. Coupa Aurore. Je suppose que vous n'aurez aucun mal à me suivre ?
Secrètement, même si elle essayait de réprimer cette pensée, la Serpentard espérait que McGonagall ne passerait pas dans l'ouverture, faute à son âge et à sa taille plutôt grande. C'était de la mauvaise foi absolue car Rogue, pourtant plus grand que son ancienne tutrice, passait sans problème. " Mais il est plus souple ! " lui hurlait une voix. Bien-sûr, la force sombre présente en elle avait oublié la forme chat de la directrice adjointe.
- Vous pourriez faire un effort pour faire de la magie normale, la gronda le professeur.
- Excusez-moi, mais je trouve cela assez dur en ce moment.
McGonagall n'insista pas et se laissa guider jusqu'à l'étage sombre et poussiéreux de la Cabane Hurlante. Le professeur se remit sous sa forme chat pour pouvoir se diriger dans la d'ombre bâtisse d'où filtrait avec difficulté la lumière de la lune.
Les marches grinçaient et semblaient bouger, si bien que chaque pas appuyant sur les bouts de bois délabrés provoquait l'apparition d'une nuée de poussière. Le chat se fondait presque totalement dans le décor malgré son pelage plutôt clair et ses rayures. Une fois à l'étage, Aurore sécurisa la pièce comme le directeur de Serpentard le faisait à chacune de leurs visites. Elle eut une grimace en pensant qu'elles seraient moins efficaces que celles de Rogue. Sans oublier que les barrières allaient sûrement céder au moment de la transformation, du fait d'une plus que probable faiblesse. Rien que d'y penser, le sentiment de faiblesse arracha un frisson à la Serpentard : s'il y avait bien une chose qu'elle avait apprise en cette moitié d'année, c'était qu'il ne fallait pas se retrouver en situation de faiblesse dans ce château.
- Vous allez bien ? Demanda McGonagall en un miaulement.
- Comment se fait-il que je puisse vous comprendre alors que vous êtes un chat ?
- Hum... Je suppose que vos pouvoirs aident. À part Albus Dumbledore personne ne pouvait me comprendre pour le moment. Bien que je soupçonne Severus Rogue d'en être capable, mais d'être tellement buté que ses pouvoirs et mon charme n'opèrent pas. Ou alors, il comprend très bien ce que je dis mais fait semblant de ne voir en moi qu'un vulgaire chat pour que je le laisse tranquille... Je devrais sûrement vérifier cette seconde hypothèse... Déclara-t-elle en ronronnant, songeuse.
Le chat grimpa sur un des meubles délabrés et s'étira soigneusement. Si Aurore n'avait pas grandi avec McGonagall, elle n'aurait pas été en mesure de faire la différence.
Quoique, pensa-t-elle, aucun chat ne s'assoie de façon aussi rigide. C'est la seule chose qui permettrait de la différencier d'un véritable félin.
- Vous savez comment faire, n'est-ce pas ? Miaula sévèrement la chatte.
- Euh... Oui, oui bien-sûr, répondit-elle acceptant avec difficulté le fait de parler à un chat.
L'animagus continuait de fixer l'élève si bien qu'elle se sentit gênée. Devait-elle réciter les instructions ? À la vue du regard félin, Aurore en conclut que oui. Se remémorant la page du livre, elle prit une inspiration et commença.
- Avec la potion, rendez-vous aussitôt dans un endroit sûr et suffisamment grand où vous pourrez procéder à votre transformation à l'abri du danger et des regards. Placez l'extrémité de votre baguette magique sur votre cœur et prononcez l'incantation "Amato Animo Animato Animagus", puis avalez la potion d'un trait.
Si tout s'est passé comme prévu, vous éprouverez alors une vive douleur et votre rythme cardiaque sera deux fois plus rapide et intense. La forme de la créature que vous êtes sur le point d'incarner se dessinera dans votre esprit. Ne tremblez pas. Il est maintenant trop tard pour échapper à la transformation que vous avez désirée.
La première transformation est généralement douloureuse et effrayante. Vos vêtements et tout ce que vous portez (bijoux, lunettes) fusionnent avec votre peau pour se transformer en fourrure, écailles ou épines. Gardez votre calme, sous peine de voir votre instinct animal prendre le dessus et de faire quelque chose de stupide (comme tenter de bondir au travers d'une fenêtre ou foncer tête baissée dans un mur, par exemple).
Une fois votre transformation terminée, vous devriez recouvrer votre aisance. Nous vous recommandons vivement de ramasser votre baguette pour la mettre en lieu sûr, dans un endroit où vous pourrez la retrouver facilement en reprenant forme humaine.
Pour ce faire, formez une image mentale aussi précise que possible de votre corps humain. Cela devrait suffire à déclencher la transformation, mais ne paniquez pas si celle-ci n'intervient pas immédiatement. Avec le temps, vous parviendrez à passer de votre forme humaine à votre forme animale à volonté, et ce, en visualisant simplement la créature en question. Les Animagi les plus aguerris peuvent se transformer sans l'aide de leur baguette magique.
Lorsque le chat hocha la tête, Aurore se dit qu'elle pouvait enfin boire la potion. Plaçant sa baguette sur son cœur, la main légèrement tremblante, elle prononça les quatre mots du rituel et avala la potion d'un trait. Pendant plusieurs minutes il ne se passa rien et la jeune fille craignit le pire.
Soudain une horrible douleur la brûla au travers chaque muscle. Se pliant en deux, les yeux exorbités la jeune fille trouva que "la première transformation est douloureuse" revenait à un euphémisme extrême. Sa respiration était saccadée, ayant à un horrible moment l'impression de ne plus pouvoir respirer, la jeune fille sentait ses vêtements et ses robes noires de travail se coller à sa peau, ce qui provoquait une sensation de mal-être. Un élan de panique la traversa quand trois formes se présentèrent à son esprit : ce n'était pas possible, un sorcier ne pouvait posséder qu'une seule forme d'animagus ! Quelque chose la tiraillait dans son dos, avant de faire place à une douleur insupportable. Et si quelqu'un se servait encore d'elle comme réservoir ? Non, ce n'était pas le cas, sinon elle se serait mise à tousser voir, dans le pire des cas, cracher du sang. Très vite, il s'avéra que la position à quatre pattes était celle provoquant le moins de douleurs. Lentement, la jeune fille sentit ses membres s'allonger, sa colonne vertébrale s'étirer, sa tête se modifier, ses oreilles grandir et se déplacer au sommet de son crâne. Pourtant elle ne comprenait pas ce se produisait dans son dos. Dans sa panique, elle aurait souhaité que McGonagall lui demande si tout allait bien, si elle tenait le coup... Qu'elle vienne l'aider ! Implorait son esprit embrumé par la douleur. Car c'était pourtant ce que la directrice adjointe faisait : miaulant de toutes ses forces pour se faire entendre ou comprendre mais les douleurs provoqués par la transformation bloquaient toute pénétration extérieure.
Au bout d'un long moment, ce fut finit. En quoi consistait sa forme ? Laquelle triomphait sur les autres ?
C'est alors que lui parvint un miaulement aigu de surprise : McGonagall se sentait toute petite face au colosse devant elle.
Tentant de démêler les quatre pattes, la nouvellement animagus fit plusieurs essais infructueux pour se relever. Elle distinguait seulement des poils blancs, oscillant sur le gris par endroits, et... Oh surprise ! Ce qui s'apparentait à des ailes, de la même couleur que le reste du corps. L'animagus comprit rapidement que sa vision était à 340 degrés, les seuls angles morts consistant en une absence devant et derrière elle. Après réflexion les équidés par exemple possédaient ce genre de vision. Un murmure miaulé de McGonagall l'interrompit :
- Un pégase...
Aurore tenta de répondre, mais seul un hennissement aigu jaillit de sa bouche ouverte. L'équidé eut un renflement de mépris et la chatte remarqua qu'il n'y avait pas vraiment de grande différence au niveau du caractère.
- Essayez de parler clairement, je ne comprends rien, plaisanta l'animagus.
Les yeux du pégase s'exorbitèrent et, lentement, son pelage passa de blanc à gris foncé. De ses naseaux dilatés commençait à s'échapper de la brume. McGonagall déglutit, en se disant qu'elle n'aurait pas dû faire une tentative de plaisanterie avec une élève paniquée. Levant ses yeux de chats le plus haut possible, l'animagus dut s'étirer le plus possible avant de se poser sur ses deux pattes arrière en position bipède; dans l'espoir de croiser les yeux apparemment noirs de l'animal. Si elle avait su qu'une élève de première année serait plus grande qu'elle... Le pégase toisait facilement entre deux mètres et deux mètres cinquante au garrot.
- Calmez-vous. Je ne comprends rien à vos hennissements et reniflements.
Le pégase devint noir, et de légères flammèches s'échappèrent de ses naseaux; manquant de griller légèrement le poil du professeur transformé.
- D'accord, d'accord. Je ne comprends toujours rien à ce que vous dites, mais s'il-vous-plaît, calmez-vous. Respirez : un, deux, un, deux.
Au départ, le pégase rechigna à faire ce qu'on lui avait demandé et se retourna, envoyant sa queue noire et grise dans la tête de McGonagall. Le professeur était suffisamment instruite pour savoir que si un équidé montrait son... Hum... derrière, c'était qu'il ne voulait pas de vous et pouvait envoyer une ruade. Mortelle dans son cas, vu la puissance de la bête infligée sur un petit mammifère tel qu'un chat. Discrètement McGonagall fit le tour et vint s'asseoir devant le pégase qui était maintenant stable, sa couleur restant grise.
- Je sais que vous trouvez cet exercice idiot, mais c'est pourtant le seul moyen pour vous de reprendre votre forme humaine, sans parler de votre couleur blanche.
L'équidé renifla de mépris, comme s'il trouvait cela totalement déplacé. McGonagall soupira en songeant qu'elle était heureuse d'avoir à faire à des Gryffondor plutôt que d'avoir en charge des Serpentard. Jamais, au grand jamais, elle ne prendrait la place de Rogue à la direction de la maison de la ruse.
- Couleur blanche ? Renifla finalement le pégase.
McGonagall parut soulagée d'arrêter de parler à un mur et secoua sa tête féline.
- Il semblerait que vous changiez de couleur en fonction de vos humeurs, c'est sûrement du à votre magie assez instable. Essayez de vous calmer et vous devriez reprendre forme.
Le pégase commença enfin à respirer et se força à reprendre son calme. Lentement, les couleurs de ses plumes changèrent pour un blanc si pur que l'on aurait presque dit que la lumière d'un mystérieux soleil éclairait la Cabane de l'intérieur. Seulement, au bout d'une demi-heure, le pégase était toujours là et recommença à s'agacer. Un de ses sabots tapa violemment contre le sol et faillit y percer un trou. Le blanc redevint gris et les oreilles de l'équidé se plaquèrent contre son crâne.
- Je n'arrive pas à me transformer... Paniqua-t-elle.
- J'ai une idée...
Et le chat sauta sur le dos du pégase, griffes rétractées, provoquant un sursaut chez ce dernier.
- Ne vous gênez pas, siffla-t-elle.
Mais la chatte continua son ascension et se pencha pour murmurer quelques phrases à l'oreille de l'autre animagus. Les oreilles du pégase tintèrent doucement sous le coup de l'hésitation. Finalement il souffla bruyamment en signe d'approbation.
La chatte descendit de la jument et se dirigea tranquillement vers la sortie tandis que cette dernière rechigna légèrement à avancer avant de se diriger vers la sortie. Seulement, un problème persistait : la jument était trop grande pour passer par l'entrée du Saul cogneur. Le professeur reprit sa forme humaine et tenta plusieurs sorts pour faire soit reprendre forme humaine à l'élève, soit la faire rétrécir l'animagus. Rien ne fut concluant et la jument resta dans la cabane à regarder le professeur avec un air ennuyé accentué par les reflets argentés de la lune plongeant directement dans son regard vert et noir. Un soupir ennuyé franchit la barrière de ses naseaux alors qu'un frisson de froid l'attrapait. Ou du moins c'est ce dont elle se convainquit, trop effrayée par l'ombre de l'idée d'être coincée dans le corps de l'animal à jamais. Sa seule consolation était de remarquée qu'aucune pulsion meurtrière ne venait agiter son esprit et que ces pensées étaient légèrement simplifiées par rapport à sa version humaine. C'était l'une des raisons l'ayant poussée à vouloir la transformation.
- Eh bien... Je comprends que le professeur Rogue commence à ne plus savoir quoi faire... Vous attirez vraiment les problèmes cette année, soupira McGonagall.
- Minerva ? Demanda une voix qui les fit blêmir toutes les deux (enfin si un pégase pouvait blêmir)
Les bruits de pas s'accentuèrent, venant clairement du passage secret. Les yeux de l'animagus s'ouvrirent dans l'horreur et la main de McGonagall se posa sur sa bouche dans un geste catastrophé. Les pas de Rogue se firent de plus en plus rapides alors qu'il tentait d'apostropher le professeur de métamorphose. Sous elles, le passage émettait de nombreux bruits et craquements des vagues de poussières leur parvenaient depuis le sous-terrain. Alors que l'adulte bloquait la trappe avec un sort; de petits tremblements agitèrent les ailes de l'animal avant d'attaquer le reste de son corps, tel un acide rongeant petit à petit la surface sur laquelle il avait été déposé. Sous les yeux effarés de la directrice adjointe, la jument de deux mètres commença à rapetisser jusqu'à la taille d'un falabella (poney miniature ne faisant pas plus de 70 cm au garrot) ailé à sa crinière légèrement en pétard, la faisant ressembler à un poney teigneux qui soufflait rapidement et régulièrement par ses naseaux tout en secouant la tête pour faire partir les mèches rebelles.
- Je vois que vous avez seulement besoin d'être encouragée, siffla l'autre animagus à voix basse. Permettez-moi de vous rappeler, cependant, que vous vous y prenez un peu trop tard. Il est là maintenant. Allez, essayez de vous cacher; le Directeur m'a dit que vous ne lui en aviez pas parlé. Ajouta-t-elle en donnant un petit coup de tête en direction de la trappe qui tremblait sous les efforts de Rogue qui tentait d'entrer.
Alors que la trappe cédait après un énième assaut; ce qui restait de l'animagus trouva refuge dans un endroit bien saugrenu, c'est à dire derrière les robes du professeur. Alors qu'il accédait au rez-de-chaussée de la Cabane Hurlante, Rogue pestait à voix basse marmonnant qu'il avait laissé la trappe ouverte la dernière fois et qu'il ne comprenait pas pourquoi quelqu'un l'aurait fermée. Il se retourna ensuite vers le professeur de métamorphose, remarquant enfin sa présence après avoir épousseté ses vêtements. Un rictus satisfait déforma sa bouche.
- Il me semblait bien avoir entendu la douce mélodie de votre voix, susurra-t-il en inspectant les lieux de ses iris sombres. Puis-je seulement vous demander ce que vous faîtes-là ? Plus précisément comment vous connaissez ce lieu hum ?
Regardant droit son interlocuteur droit dans les yeux, la directrice de Gryffondor prit une discrète inspiration.
- Rien de ce que vous faîtes ne m'est inconnu pour toujours Professeur Rogue, bluffa-t-elle en voyant bien qu'il avait l'habitude de venir ici.
Cela dut faire effet car la mâchoire du directeur de Serpentard se décrocha et la surprise non dissimulée pendant une fraction de seconde lui prouva également que son bluff était passé. Il était rare de pouvoir faire croire quelque chose à un Serpentard, surtout si ce Serpentard était leur chef, encore plus s'il s'agissait de Severus Rogue (détail plus ou moins important étant donné que son prédécesseur était trop facilement manipulable au goût de la vieille professeur, bien qu'elle ait apprécié Slughorn). Quelque part, Minerva McGonagall se sentit assez fière d'elle-même et caressa la douce idée de pouvoir faire chanter son, quelque peu, insupportable collègue.
- Et si nous passions à la raison de votre présence ici Professeur McGonagall ? Bifurqua-t-il en masquant son trouble.
- Et pourquoi ne m'indiquez-vous pas plutôt ce que vous faîtes ici à minuit passé ? Claqua-t-elle, refusant de céder un pouce de terrain.
Soudain, des cernes furent visibles sur le visage du maître des potions alors que ses épaules s'affaissaient légèrement. Il sembla tout à coup plus fatigué et vieux qu'il ne l'était vraiment. Son regard noir avait perdu cet éclat manipulateur et sûr-de-lui qui, aux yeux de Minerva, caractérisait Severus Rogue. Le choc fut plus grand encore quand les iris noires se posèrent dans les vertes-grises de sa collègue et ce qu'elle y lut la sidéra : Il était vraiment malheureux et paraissait défait. Dans un soupir il demanda :
- Est-ce si dur et impossible a deviné ?
- Je ne suis pas certaine d'avoir les idées claires à minuit, Severus, reprit-elle sur un ton un peu moins cassant.
- En plus de claquer la porte de mon bureau et de me laisser en plan, Sunshine a décidé qu'il fallait que je passe ma nuit à la chercher : elle n'est pas rentrée à son dortoir et Albus m'a dit ne pas l'avoir vue, Avoua le jeune professeur avec un ton presque désespéré.
Le vil menteur... Songea son aînée. Il nous aurait épargné des problèmes s'il lui avait dit qu'elle était passée à son bureau.
- Je suis sûre que vous la retrouverez... Apaisa la directrice adjointe.
- C'est à se demander si ... QU'EST-CE QUE C'EST QUE CA ?! Hurla Rogue en pointant du doigt le falabella, l'air soudain plus réveillé.
La figure du professeur fut déformée par l'étonnement alors qu'il croisait les yeux de l'animal tremblotant. Il avait déjà vu ce regard. Sa mâchoire se décrocha à nouveau et sa lèvre supérieure se souleva, tremblotant sous l'étonnement, dévoilant ses dents irrégulières. McGonagall eut une expression assez contrariée et embêtée. Elle se retourna pour regarder le petit poney tremblant et eut un soupir.
- Minerva, gronda Rogue, est-ce que c'est Sunshine ? Je croyais que la métamorphose sur les élèves était interdite.
- Eh bien... C'est une très longue histoire... Oui et non ? Ce n'est pas vraiment ce que vous croyez.
Rogue allait répondre quand il y eut un flash de lumière derrière son interlocutrice et qu'Aurore se retrouva à quatre pattes sur le plancher, sonnée. Immédiatement, le maître des potions se mit à la foudroyer du regard, n'ayant clairement pas apprécié leur entretient quelques heures plus tôt. Les expressions de son visage avaient basculé de l'inquiétude et de la fatigue à une colère sans borne.
- Je suppose que vous voulez des explications Severus, soupira McGonagall en aidant une l'élève chancelante à se relever.
- Oui, siffla Rogue sans cesser de foudroyer la Serpentard du regard. Il me semble que cela s'impose.
- Eh bien, votre élève a été victime d'un accident.
- Un... accident ? Pourquoi ne suis-je pas surpris ? Cracha le potionniste en regardant son élève droit dans les yeux.
- Un accident de métamorphose, plus précisément. Raison pour laquelle je suis ici avec elle. Nous avons essayé de défaire le sort, mais visiblement votre présence règle tous les problèmes, lança le professeur avec une dose de sarcasme non dissimulée.
Rogue les regarda de son air furieux, avant de faire tourner légèrement son index en l'air dans un geste perplexe.
- Vous savez ce qui cloche dans toute votre affaire, hum ? Non, je suppose... Je ne suis pas un idiot Professeur McGonagall. Vous ne me précisez pas la nature ou la cause de l'accident. Mieux encore, vous évitez le sujet. Quelle énorme bêtise avez-vous fait cette fois ? Demanda-t-il en tournant le regard vers Aurore.
- Rien... Rien du tout, couina faiblement l'élève sa tête tournant sous les différents changements d'altitude.
- Vous me mentez et ne faîtes aucun effort pour le cacher correctement, remarqua le sorcier, c'est pitoyable.
- Je suppose que vous voulez la vérité, alors la voilà : de par ses résultats plus que médiocres dans ma discipline, Miss Sunshine a convaincu le directeur de lui donner des... Cours de soutien. Déclara-t-elle en affichant une fausse mine dégoûtée. Et visiblement ses dons laissent à désirer vu la transformation en poney miniature dont vous avez été témoin.
Rogue ne sembla pas convaincu et plissa ses yeux, déjà réduits à deux fentes. Il semblait tellement en colère contre Aurore que les deux sorcières se demandèrent si ce n'était pas la magie du maître des potions qui faisaient ces étranges clignotements noirs autour de lui. Sa mâchoire se crispait un peu plus à chaque seconde qui passait, si bien que la directrice adjointe songea qu'il risquait de se casser les dents rapidement et d'avoir besoin d'un dentiste assez rapidement et que les parents de Granger en étaient dans le monde moldu.
- Très bien. Déclara-t-il lentement d'une voix beaucoup trop calme.
Sans un mot de plus, il partit ses robes noires claquant derrière lui. Aurore avait réussi à remarquer que ses poings étaient serrés de rage. Avant de descendre pour passer à nouveau par le passage secret, Rogue regarda par-dessus son épaule pour croiser le regard d'Aurore.
- Vous avez de la chance d'être avec un professeur car dans un autre cas, accident ou pas, Serpentard n'aurait plus une seule émeraude dans son sablier. Cracha-t-il.
Alors que Rogue allait partir, McGonagall eut un petit ricanement.
- Vous n'enlevez jamais de points à Serpentard.
- J'enlève un point à Serpentard.
Fut la réponse du Directeur de la maison adverse, alors qu'un silence pesant s'abattait sur la Cabane. L'absence de sons était telle, qu'Aurore aurait pu jurer avoir entendu l'émeraude remonter dans le sablier de la Grande Salle. Retrouvant la parole, Aurore demanda, abasourdie.
- Pardon ?
- Un autre point en moins.
McGonagall et Aurore se regardèrent ne croyant pas ce qu'il se passait alors que Rogue quittait finalement la Cabane Hurlante. Si le sorcier n'avait enlevé que deux points, cela restait tout de même une pierre à marquer dans l'histoire de Poudlard : jamais Severus Rogue n'avait dépossédé sa maison d'une seule émeraude avant cette soirée, bien qu'il l'ait certainement fait sur le coup de la colère. La théorie fut confirmée quand on loin, elles entendirent une branche du saule tomber à terre avec un étrange bruit d'arbre en feu.
- Il n'a pas... ? Demanda l'élève alors que McGonagall se précipitait vers le passage pour évaluer les dégâts.
A la sortie, le professeur et l'élève trouvèrent une branche de l'arbre en feu sur le sol. Alors qu'Aurore éteignait l'incendie d'un aguamenti, la directrice adjointe lança un sort réparateur au saule qui se calma et se contenta de secouer ses branches en signe d'agacement et de mécontentement. C'est avec la gorge sèche que la Serpentard se retourna vers la directrice de Gryffondor. En silence, elles se retournèrent pour voir, au loin, le professeur de potions rentrer à grands pas vers le château, ses robes noires flottant derrière lui.
Deuxième partie :
Prendre son envol et tenir bon.
- Excusez-moi, Monsieur le Directeur ?
- Aurore ? Entre, Entre, je t'en prie... Un bonbon au citron ?
- Oui, je veux bien...
Dumbledore ne cacha pas son étonnement alors que l'élève acceptait pour la première fois l'une de ses friandises acidulées : d'ordinaire elle refusait de la même façon que Minerva McGonagall et Severus Rogue, c'est à dire en se vexant et en jetant des regards noirs. Il la dévisagea quelques instants alors qu'elle tripotait avec embarras l'emballage jaune fluo. Il prit finalement les devants.
- Puis-je demander ce qu'il t'amène ? Si c'est pour le professeur Rogue, il ne faut pas s'inquiéter, il se calmera assez tôt.
- En fait... J'ai un problème avec mon animagus...
Depuis la fameuse soirée, Rogue n'adressait plus la parole à Aurore que pour la critiquer, faire une remarque acerbe ou donner une information importante. Le reste du temps, il l'évitait malgré les multiples tentatives de la jeune fille pour s'excuser de son comportement dans le bureau, l'ignorant et lui lançant des regards noirs la plus part du temps. Deux jours plus tard, ils auraient dû être ensemble pour pratiquer la magie noire mais le professeur ne vint pas. De dépit, Aurore s'était déchaînée sur les rochers bordant un coin éloigné du lac noir. Au fur et à mesure des jours, le sourire soudain et mystérieux de Drago s'élargissait de manière fulgurante et quand son amie se décida enfin à lui en demander la raison, il parut réfléchir avant de dire tout simplement :
- Viens, on va voir Rogue.
La jeune fille avait blêmit et refuser catégoriquement, menaçant Drago d'un terrible sort s'il lui demandait encore une fois d'aller voir leur directeur de maison. Perplexe Drago, qui avait été rejoint par Céleste quelques instants plus tôt, voulut connaître les raisons du refus. Alors qu'Aurore refusait de répondre, se remémorant la scène, Céleste qui croisa son regard lança :
- Vous vous êtes disputés, tu as claqué la porte, puis il vous a surpris toi et la vieille McGo' dans la Cabane Hurlante en pleine nuit et ça ne lui a pas plu. Il a enlevé deux points et fait cramer une branche de ce fichu saule cogneur dans le domaine... Attendez, mais ça sort d'où tout ça ?
La blonde parut troublée et ses iris paniqués firent les allers-retours entre ses deux amis, avant qu'Aurore ne daigne comprendre :
- Tu... Tu es une Legilimens.
- Une quoi ? Demanda Drago.
- C'est une Legilimens, répéta Aurore, et une bonne : pas besoin de baguette et surtout elle a passé mes protections... Très peu de personnes y arrivent... Essaye à nouveau s'il-te-plaît.
Céleste plongea son regard dans celui d'Aurore qui avait mis en place de véritables boucliers, ou du moins ce qu'il s'en rapprochait le plus, et poussa un grognement.
- Un mur ! Je suis face à un mur ! Cela m'étonnerait que tu penses à un mur, sérieusement, même Weasley et Londubat ne penserait pas à un mur de briques... Mais il est fissuré... Qu'est-ce qu'il se passe si j'appuie ici ?
Aurore chancela et Drago la rattrapa avant qu'elle ne tombe au sol. Ils s'assirent sur un canapé où Drago explosa :
- EXPLIQUEZ-MOI ! C'est quoi un Legilimens par Merlin ?!
- Un Legilimens pratique la Legilimancie : c'est une technique consistant à pénétrer un esprit pour y faire passer pensées, des souvenirs, des émotions ou tout simplement extraire une information. C'est un don assez rare, et d'après un de mes profs de BeauxBâtons, c'est un chemin assez sombre sur la route de la magie. Expliqua Aurore.
- Mince quoi ! Le blond se tourna vers la blonde et reprit : Mais du coup tu peux voir tout ce que les autres penses et on pourra rien faire. C'est assez énervant nan ? Et c'est quoi cette histoire de mur ?
- On peut s'en protéger en utilisant l'Occlumancie, cette fois Céleste l'a vu sous la forme d'un mur. Par contre... Je ne sais pas comment tu as fait pour le briser. Pour le moment, il n'y a que Rogue qui peut le faire, Dumbledore n'a pas réussi. Franchement tu es douée...
Elle secoua la tête pour faire disparaître les dernières brumes dues à la destruction de son Occlumancie. Il n'était pas supposé y avoir de fissures dans ses barrières, alors pourquoi ?
- En fait, avoua timidement leur amie, ma grand-mère était Legilimens. C'est étonnant mais je me souviens encore des fois où elle regardait quelqu'un dans les yeux et devinait immédiatement ce à quoi on pensait où la réponse à la question qu'elle avait posé deux secondes avant. Assez incroyable... Seulement, ma mère n'est pas Legilimens alors je n'avais jamais pensé pouvoir hériter du don.
- Bon sang Aurore ! Va falloir qu'on se rattrape pour avoir des dons aussi cools.
- Bah, en fait... Je suis Occlumens. Tu n'as pas dû faire attention mais je l'ai dit il y a quelques minutes. En plus, j'ai quelques autres petits trucs en réserve... Rappela Aurore, extrêmement mal à l'aise.
- Je vois... Donc je suis le seul à la traîne... Génial ! Manquerait plus que je sois le seul à n'avoir aucun don...
- Tu sais Drago, tu n'es peut-être pas Legilimens ou Occlumens pour le moment, mais ça s'apprend... Du moins pour l'Occlumancie. Et puis, on a juste un coup de chance : je suis sûre qu'avant la fin de Poudlard tu trouveras quelque chose.
Un peu malheureux, Drago se leva et se dirigea vers la sortie de la salle commune pour se rendre dans la Grande Salle. Arrivée au passage, il se retourna et dit :
- Au fait, je voulais aller voir Rogue pour parler du 'Dragon' d'Hagrid. Mais je n'aurai pas le courage de le faire seul. Je comprends que tu n'aies pas envie de le voir alors...
Il eut un pauvre sourire avant de prendre une grande inspiration pour revêtir à nouveau le masque arrogant de l'héritier Malefoy.
- Grabbe ! Goyle ! Appela-t-il d'une voix forte. J'y vais. A tout à l'heure les filles.
Le clin d'œil fit sursauter Aurore et glousser Céleste. La blonde le regarda partir et chuchota à l'oreille de son amie :
- Ne t'inquiète pas, je ne dirais rien pour ton animagus. Je te rassure également sur un autre point : je n'ai rien vu à part ça, Ajouta-t-elle en voyant Aurore devenir blanche comme un linge. J'aimerai bien savoir pourquoi tu as claqué la porte et qu'il a eu aussi peur en te regardant, mais bon, c'était flou et sombre.
Aurore soupira et s'affaissa dans le canapé sombre, son regard dérivant vers les vitres donnant sur les profondeurs du lac noir. Le calamar passa et agita sa tentacule comme le font les humains ce qui mit un petit sourire sur les lèvres de la Serpentard. A ce moment, elle aurait bien aimé rester dans cette position pour toujours, ou du moins le reste de la journée. Ses yeux aussi verts que l'herbe de la prairie se tournèrent vers Céleste qui s'était levée et la regardait avec une pointe d'amusement. Elle lui tendit une main que la brune saisit et alors qu'elle se relevait, la blonde ajouta :
- Allez, on y va. Avec un peu de chance, tu auras une semaine tranquille et sans aventures rocambolesques.
- Il est toujours beau de rêver! Soupira Aurore en se dirigeant vers la porte où elle stoppa. Mais attends... TU n'as toujours pas été embarquée dans une de mes 'aventures rocambolesques'. Tu veux réserver une place pour la prochaine ?
- Non merci, sans façon ! Rigola Céleste.
Avec un petit sourire aux lèvres elles se dirigèrent tranquillement vers la Grande Salle alors qu'au même moment, ailleurs dans le vaste château et son domaine, le trio de Gryffondor réfléchissait à une solution pour envoyer Norbert dans un endroit sûr. Alors que le soleil illuminait le domaine de Poudlard, une chouette blanche comme la neige fila apporter une lettre au grand frère d'un certain rouquin en Roumanie.
Voilà quelques jours que le trio de vert et argent avait fait son petit point sur l'Occlumancie et la Legilimancie, et étaient plus soudés que jamais. Drago avait fini par faire promettre à Céleste qu'elle n'utiliserait pas son don pour farfouiller dans ses pensées, vu qu'il ne savait pas se défendre et qu'Aurore, ne sachant pas comment elle faisait, ne pouvait pas lui apprendre; et de deux, ne pas l'utiliser en contrôle pour tricher. La brune avait fait remarquer que leur amie ne serait sûrement pas assez discrète pour voler les réponses et que les professeurs pensaient peut-être à autre chose que le contrôle au moment où ils le donnaient. Drago avait suggéré que McGonagall pensait peut-être à son herbe à chat et Rogue au shampoing qu'il devait acheter depuis trente ans, et malgré tous leurs efforts, les deux filles éclatèrent de rire. La scène mit un sourire sur le visage de la Serpentard en vogue au milieu des couloirs de Poudlard. Elle cherchait une certaine personne. Quand elle entrevit des cheveux mi- longs, bruns et légèrement frisés passer dans le couloir à droite, Aurore accéléra le pas pour rattraper Hermione.
- Granger ! Euh... Hermione !
La dite rouge et or se retourna et la foudroya du regard. Elle n'avait pas oublié la fois où Aurore l'avait menacé contre le mur d'un couloir et n'hésitait pas à le lui faire sentir, l'ignorant à chaque fois qu'elle la voyait.
- Qu'est-ce que tu veux ? Demanda-t-elle sèchement.
- Je... Je voulais m'excuser.
- Qui te dit que je vais te pardonner ? Qu'avais-tu dis déjà ? 'Nous sommes alliés pas amis'? Nous n'avons pas besoin de toi comme tu n'as pas besoin de nous, alors au revoir.
Elle faisait demi-tour mais la Serpentard posa une main sur son épaule. Hermione haussa alors un sourcil qui n'avait rien à envier à ceux du directeur de Serpentard ou des siens et susurra :
- Donne-moi une seule bonne raison. Une seule et tout redeviendra comme avant.
Aurore prit une grande inspiration avant d'annoncer à voix basse ce qu'elle cachait depuis quelques temps.
- Ce n'était pas moi... Je... J'ai agi sous l'impulsion d'une force au fond de moi. Je ne pensais pas un seul mot de tout ce que j'ai dit. Si je veux me confier à toi, c'est que je sais que tu ne diras rien sauf en cas d'extrême nécessité, alors... Je ne veux pas que Céleste et Drago sache ce que je vais te dire.
- Pourquoi ne pas leur dire à eux ? Ils sont dans ta maison et le sauront forcément à un moment ou un autre.
Surtout avec la Legilimancie de Céleste... Songea-t-elle.
- Je ne comprends plus ce qu'il m'arrive Hermione... J'ai besoin que tu m'aides à comprendre. De plus, la chose t'aime bien. C'est pour cette raison qu'elle t'a menacé : pour que tu t'éloignes. Elle ne supporte pas mes deux autres amis et ... J'ai peur pour eux 'Mione. Je-Je ne sais plus quoi faire. Je ne te demanderai pas ça si je ne savais pas que la chose ne te veut pas de mal...
- La Chose ? Interrogea Hermione.
- Je savais que tu serais intéressée...
- Bon d'accord ! Soupira la lionne. Les toilettes de Mimi Geignarde ?
Avec un sourire entendu, elles se dirigèrent vers les toilettes hantées pour une autre séance de confidences. Un poids sur le cœur, déjà lourd, d'Aurore avait été retiré avec le pardon d'Hermione et un autre fut ôté quand tous les problèmes furent narrés et que la rouge et or promit de faire des recherches à la bibliothèque sur la mystérieuse et étrange brume noire. Hermione lui apprit qu'ils avaient l'intention de transférer Norbert en Roumanie dès que possible, sûrement dans les jours à venir. Le soir, elle se moquait désormais bien que Rogue refuse toujours de lui adresser la parole et sortit, comme tous les soirs, faire une promenade sous forme animagus dans les airs. Hagrid était pris depuis quelques jours par la soudaine idée de vouloir capturer le pégase quand il se posait à la terre ferme, échoua encore une fois au plus grand amusement de la concernée. Quand elle regagna son dortoir vers minuit, tout allait bien.
Pour le moment.
Le samedi, la nuit était sombre et le ciel rempli de nuages. C'est avec déception que le pégase s'aperçut qu'elle ne contemplerait pas les étoiles aujourd'hui. Les bruits de ses sabots atténués par l'herbe humide, elle se dirigea lentement vers la Cabane d'Hagrid où l'agitation régnait. Sa couleur grise, témoignant d'une humeur volatile et peu joyeuse se confondait à merveille avec le décor même si le noir aurait sans doute fait plus effet encore. Quand elle arriva devant la cabane elle vit Hagrid ainsi qu'Hermione et son ouïe équine capta les mots étouffés du géant adressés aux rouge et or:
- ... Lui ai donné des rats et du cognac pour le voyage (Mais quelle idée ! Du cognac à un dragon ?) Et je lui ai laissé son ours en peluche pour qu'il ne se sente pas trop seul.
Un bruit de déchirure indiqua que le dit ours, à l'intérieur de la boîte, venait très certainement de perdre sa pauvre tête. La scène fit lâcher un ricanement équin au pégase et malheureusement Hagrid l'entendit.
- C'est sûrement le pégase qui rode dans les environs... Voilà plusieurs nuits que j'essaye de l'attraper mais il est trop malin... C'est une jument d'ailleurs. 'M'Demande ce qu'elle fait là. En tous cas, elle ferait un bon sujet d'étude pour le cours de soins aux créatures magiques. En plus, ça ferait p't'être plaisir à Aurore de la monter, elle a pas trop le moral. Dumbledore a dit que je pouvais toujours essayer de l'attraper si j'en avais le courage et la détermination. Allez... Au Revoir Norbert.
Le voyou ! Il avait donné son autorisation alors qu'il savait pertinemment que c'était elle ! Grrr. Sa mâchoire équine se serra et elle renifla légèrement en grattant le sol. Il allait voir...
Harry et Hermione partirent avec le dragon sous la cape d'invisibilité et Aurore fila au triple galop vers le château pour récupérer discrètement la sienne dans son dortoir. Hors de question de rater un tel moment ! Alors qu'elle remontait vers la tour d'astronomie, elle vit une scène pour le moins saugrenue. Il était bientôt trois heures du matin, alors qu'une lampe s'alluma soudainement sous ses yeux la faisant battre des paupières. Le professeur McGonagall, vêtue d'une robe de chambre écossaise et ses cheveux dans un filet, tenait Drago par une oreille et Céleste ne faisait pas la fière à quelques pas de là.
- Vous aurez chacun une retenue ! s'écria-t-elle. Et j'enlève vingt points à Serpentard. Se promener dans le château au milieu de la nuit, comment osez-vous Monsieur Malefoy ! Et vous Jones, vous auriez dû l'en empêcher dans le dortoir, pas en le suivant et en essayant de le convaincre de sa bêtise ! Vous vous êtes mise dans des problèmes ne vous concernant pas !
- Vous ne comprenez pas ! Se défendit Drago. Harry Potter et sa clique vont arriver avec un Dragon !
- Qu'est-ce que c'est que ces mensonges ? Comment pouvez-vous avoir l'audace de proférer de telles inepties ?
- Professeur, intervient Céleste, je l'ai vu dans leur regard...
- Silence Jones ! Ne vous inventez pas Legilimens ! Suivez-moi vous deux, il va falloir que je parle de vous au professeur Rogue !
Après avoir assisté à ce spectacle, l'ascension de l'escalier en colimaçon parut plus que pénible à la Serpentard. Elle savait Harry et Hermione à quelques pas devant elle, grâce au mystérieux lien qui l'unissait au brun. En haut de la tour, elle vit Hermione esquisser quelques pas de danses devant la retenue de Drago et attendit quelques secondes avant d'enlever sa cape.
- Que fais-tu là ? Demanda Harry.
Pour seule réponse, Aurore donna un coup de tête vers l'autre côté de la tour où quatre balais arrivaient pour récupérer Norbert. A leur départ, Les deux lions demandèrent à Aurore si elle retournait dans le dortoir avec eux.
- Non, j'ai... une amie à voir.
- Qui ?
- La jument ailée, répondit Aurore dans un sourire fatigué.
Harry hocha la tête alors qu'Hermione lui lançait un sourire complice. La Serpentard avança jusqu'au rebord et attendit d'entendre les bruits de pas dans les marches pour s'élancer dans le ciel nuageux : elle avait encore quelques minutes de vol pour réussir à calmer son envie irrépressible de transformation. Quand ses sabots touchèrent encore le sol froid de la tour, elle se transforma rapidement et remarqua qu'il y avait deux capes d'invisibilités au lieu d'une. Ils avaient oublié leur cape. Pouvait-elle prendre le risque de la prendre également ? La jeune fille décida que oui. Serrant la cape d'Harry en boule contre elle, Aurore mit sa propre relique et descendit les escaliers. Seulement, la température froide de la nuit avait fait geler par endroit certaines marches les rendant glissantes. A un peu plus de moitié chemin, la Serpentard sentit ses pieds se dérober sous elle et son épaule heurta plusieurs marches, plus bas. Son corps roula douloureusement sur les blocs différés de pierre avant de se stopper dans un torrent de sanglots sur le sol froid. Dans le tumulte de la bataille, la cape lui avait été arrachée et celle d'Harry était restée plusieurs marches plus hautes. Il fallut plusieurs minutes à Aurore pour reprendre son souffle et se calmer. Malgré la douleur presque insupportable traversant son corps entier, elle réussit à se relever en tremblant et à attraper sa cape au passage. Au même moment, un ricanement retentit derrière elle et une main l'attrapa par le bras.
- C'est ma soirée ! Encore un élève dehors ! Et pas n'importe lequel, fit Rusard visiblement ravi. Suivez-moi.
Sans attendre, il tira la jeune fille et la traîna vers une quelconque autorité, sûrement le professeur McGonagall. Au passage il arracha la cape de la main de la Serpentard en sifflant un 'Intéressant...'. Tout le long du chemin, elle ne cessa de demander au concierge de la lâcher et de protester qu'elle avait le droit de se promener dans les couloirs après le couvre-feu. Rusard répondait par des marmonnements semblables à des grognements dans lesquels il se félicitait de cette prise et se disait qu'il allait demander à McGonagall l'autorisation de s'occuper lui-même de la délinquante comme il l'appelait. Alors qu'ils arrivaient devant le bureau ouvert du professeur de métamorphose, elle entendit une phrase du professeur furieux.
- Je suis outrée ! Cinq élèves qui se promènent dans les couloirs la même nuit...
Derrière elle, Aurore sentit une présence imposante et sombre.
- Vous pouvez la lâcher, Rusard. Je m'occupe d'elle à présent. Siffla une voix ferme et rageuse.
Le concierge obéit mais la jeune fille n'osa pas se retourner et croiser le regard de l'homme derrière elle. McGonagall avait interrompu sa phrase et Harry et Hermione relevé la tête vers la porte d'entrée.
- Elle avait cette cape avec elle, Professeur Rogue.
- Donnez-la-moi. Je me charge de ce qu'il suit. Vous pouvez disposer.
- Je voulais savoir si... Tenta Rusard.
- J'ai dit : Vous pouvez disposer Rusard. Répéta dangereusement Rogue.
Rusard fila sans demander son reste et Aurore se retourna lentement vers le maître des potions. Le regard noir suivit le cracmol jusqu'à ce qu'il tourne au premier croisement, puis se posa sur l'élève pour la première fois depuis le début de l'échange. Un regard froid et l'étincelle furieuse ne faisait aucun effort pour être cachée. Sans la quitter du regard, il ferma la porte dans un claquement sec qui fit sursauter tous les élèves présents.
- Six élèves, siffla McGonagall alors que Rogue avait détaché son regard d'Aurore pour avancer jusqu'au bureau derrière lequel la directrice de Gryffondor menaçaient les élèves présents. Londubat, Granger, Malefoy, Jones sans oublier Sunshine et Potter. Formidable ! Vous venez de battre le record de cette école qui était de cinq ! Où est Monsieur Weasley, ne serait-ce que pour creuse un peu plus l'écart ? Je suis extrêmement déçue que vous ayez tous cru à l'histoire de Monsieur Potter et que vous l'ayez aidé Miss Granger.
- Le Dragon était là et nous sommes vraiment allés dans la tour, répondit la Serpentard aussi calmement qu'elle le put.
- Silence Sunshine ! Claqua Rogue qui s'était positionné à côté de sa collègue. Merveilleux. Je vois que vous avez participé à ce sinistre complot. Depuis quand désirez-vous faire du mal à Malefoy et Jones ?
- Je ne...
- Je ne veux pas vous entendre ! Cracha-t-il.
Non loin, Neville se recroquevilla alors qu'Hermione et Harry sursautait. Ils n'avaient jamais vu leur professeur aussi effrayant, et c'était peu dire ! Aurore s'efforça à ne pas baisser la tête et à ne pas baisser le regard en-dessous de la surface du bureau.
- J'ai le droit d'être dans les couloirs à cette heure-là. Affirma-t-elle.
Rogue posa sèchement la cape d'invisibilité sur le bureau et ce geste provoqua le sursaut d'Harry et Aurore.
- Vous ai-je un jour autorisée à vous promener la nuit sous cette cape ?
- N-Non, mais...
- Il n'y a pas de mais qui tiennent ! C'est inacceptable aussi je garde votre cape jusqu'à nouvel ordre. Vous devriez franchement avoir honte, Sunshine. Je pensais que vous en auriez assez de tous ces problèmes et tenteriez de vous tenir à l'écart, mais visiblement non ! Qui sais, peut-être devrais-je immédiatement vous mettre dans un moyen de transport pour BeauxBâtons ? Peut-être auriez-vous moins de problèmes là-bas ?
- N-Non... S'il-vous-plaît...
- Pourquoi étiez-vous dehors, à part ce fichu Dragon ? Je sais qu'il y a autre chose.
- J'avais le droit d'être hors de mon dortoir. Affirma-t-elle à nouveau.
De rage, la main de Rogue s'abattit sur le bureau faisant sursauter tous les élèves alors que Neville commençait à chouiner dans un coin.
- Arrêtez de mentir, vous savez à quel point je hais cette manie ! Le fait que vous ayez pris votre cape d'invisibilité fausse la minuscule once de crédibilité dans votre argument ! Pourquoi l'avoir prise si vous aviez 'le droit d'être dehors' ? J'attends une réponse !
- J'avais le droit, point. Si vous ne me croyez pas, utilisez votre Legilimancie, après tout ça ne serait pas la première fois.
Rogue tourna un instant la tête vers McGonagall, mal à l'aise du regard accusateur qu'elle porta sur lui. La veille professeur savait qu'il n'avait pas le droit d'en faire sur les élèves et ne manqua pas de lui rappeler dans le regard accusateur. Rogue inspiration une minuscule fois avant de passer son regard furieux vers l'élève, chaque millimètre cube de colère toujours présent en lui.
- La Legilimancie n'est pas autorisée sur les élèves.
- Pourtant vous l'avez déjà fait, donc vous n'aviez pas...
- Si j'avais le droit, coupa le maître des potions. En tant que votre tuteur je le peux, seulement je ne me sens plus comme tel depuis quelques temps.
La remarque atteint son but et Aurore recula de quelques pas, regardant le plancher pour la première fois depuis le début de l'entretient. Quelque chose en elle se brisa et elle serra les poings et la mâchoire de détresse et de colère.
- Pour la dernière fois, dîtes-moi ce que vous faisiez là-haut !
- J'avais le droit d'être là-haut. Vous pouvez demander au directeur.
- Je ne vais pas déranger le directeur pour votre ineptie ! Que. Faisiez. Vous. Là. Haut.
Hermione ne pouvant plus supporter de regarder cet échange où Rogue enfonçait un peu plus le clou dans une Aurore mal au point, craqua. Elle releva la tête et serrant les poings s'écria :
- Si tu ne lui dis pas, je le ferais moi-même ! J'avouerai tout depuis le début, sans rien omettre.
Les professeurs tournèrent la tête vers la rouge et or, étonnés.
- Miss Granger ? Demanda McGonagall.
Rogue lui s'était immédiatement retournée vers Aurore.
- Je vois que vous pouvez tout dire à une élève alors que vous ne m'avez pas glissé un simple mot alors que je ...
- Je croyais que vous ne vous considériez plus comme tel ? Cracha Aurore, ses yeux commençant à virer au noir.
Ce fut au tour du professeur de baisser les yeux, blessé. Bien-sûr qu'il avait dit ça sur le coup de la colère, même s'il avait effectivement dénigré sa fonction récemment. Lorsqu'il releva la tête, il la tourna vers la Gryffondor, mais alors que celle-ci allait parler, Aurore l'interrompit.
- Tu m'avais donné ta parole Hermione. Je te faisais confiance. Sur tu leur dit tout, cela voudrait dire que j'ai eu tort d'être ton amie. Hermione... Tu m'avais donné ta parole qu'aucun mot ne sortirait de ta bouche quelques soient les conditions... C'est ta dernière chance.
La Gryffondor sentit qu'il n'y avait pas qu'Aurore qui parlait, et préféra baisser le regard et abandonner l'idée de tout raconter dans un hochement de tête. Rogue pinça de ses longs doigts l'arrête de son nez en soupirant.
- Bien, puisque nous ne pouvons pas tirer un seul mot de vous tous, qu'il est trois heures du matin et que le professeur McGonagall et moi-même avons peut-être autre chose à faire que d'écouter votre discours de sourd, nous allons faire simple. Sunshine, en ce qui vous concerne je n'enlèverais aucun point à Serpentard au nom de cette soit disant autorisation dont j'irai vérifier l'existence. Vous aurez une retenue comme les autres. Je mettrai au clair cette histoire irresponsable et totalement douteuse et comprenez tous autant que vous êtes que vous souffrirez de ma colère si jamais je trouve encore un seul d'entre vous debout à cette heure ! Qu'il reste quelque chose ou non de vous après le passage du professeur McGonagall vous n'y couperez pas et je me contenterais sans aucun problème de vos cendres.
- Potter, Granger et Londubat, j'enlève cinquante points à Gryffondor pour votre idiotie de ce soir !
- Quoi ?! S'exclama Harry. .
- Chacun ! Compléta-t-elle dans un regard furieux.
Ce soir-là, ce qui avait sans doute fait le plus peur à Aurore avait été de voir que Rogue la regardait avec fureur, ne souriant même pas à l'annonce de la perte de cent cinquante points pour les lions.
Severus Rogue poussa un long soupir. Epuisé et lessivé convenaient parfaitement à son état au moment du petit déjeuner. Dans un geste un peu brouillon, il attrapa une tasse de café et en avala une gorgée. En temps normal le sorcier préférait le thé mais, ce matin-là, la faible dose de caféine dans la boisson n'aurait pas suffi. Qui, à part Malefoy et Sunshine, pour se faire embarquer dans une histoire gryffondoresque menée par Potter et compagnie à trois heures du matin ? Il se souvenait encore du discours de sourd qu'il avait eu avec sa Serpentard, quelques heures plus tôt alors que Minerva McGonagall l'avait surprise avec ses lions. A ce moment, il s'était demandé s'il n'avait pas en face de lui une Poufsouffle expérimentée dans l'idiotie. Non. Il chassa cette idée de son esprit : les jaune et noir valaient beaucoup mieux que ça. Désormais il était persuadé qu'il venait de trouver la lauréate du prix de l'obstination. A côté de lui, la directrice de Gryffondor tira sa chaise et s'installa, des cernes visibles sur son visage. Son premier geste, observa le Serpentard, fut de s'emparer le plus rapidement possible d'une tasse de café et de la descendre cul-sec. Son regard hagard traversa la salle pour finalement faire demi-tour et se poser sur le sablier bien vidé de sa maison. Sa bouche se déforma en une grimace et elle murmura à son attention :
" Donc, ce n'était pas un cauchemar...
- J'ai bien peur qu'en effet votre maison ait bien perdu cent cinquante points, lui répondit-il avec un rictus victorieux.
Elle l'observa encore quelques minutes avant de reprendre :
- Ce n'est pas comme-ci les vôtres sont blancs comme neige. Vous n'avez pas l'air en bonne forme...
- Vous pouvez parler, Minerva : vous ressemblez à une morte-vivante.
Le professeur de métamorphose soupira et leva les yeux au plafond.
- C'est incroyable à quel point vous êtes buté, Severus. J'essaye d'avoir une discussion un tant soit peu amicale avec vous et, en bon Serpentard, vous me renvoyez des vannes..."
Le rictus du professeur de potions se transforma en un sourire amusé. Heureusement que peu d'élèves étaient présents dans la Grande Salle, et tous occupés à dévorer le contenu de leurs assiettes.
" Je crains de ne pouvoir m'empêcher de vous faire remarquer que vous êtes derniers au classement et définitivement hors course.
- Vous ne répondez pas à ma question. Je vous connais depuis trop longtemps pour me laisser avoir par vos ruses de Serpentard.
- Qui connaissez-vous depuis trop longtemps ? Ma personne ou la maison de Serpentard ?
- Professeur Rogue !
- Bon, bon, très bien : effectivement, je ne suis pas au mieux de ma forme; mais suffisamment pour vous faire remarquer...
- Oui, oui, c'est bon, j'avais compris" coupa le professeur de métamorphose, mi amusée mi agacée.
Rogue soupira et avala une autre gorgée de café. Quelle dommage qu'il n'ait plus de potions énergisantes en stock... Peut-être pourrait-il en faire préparer aux septième année travaillant sur leurs A.S.P.I.C.s ? Oui, l'idée était bonne : faire travailler les élèves à sa place...
" Il n'y a que nos élèves pour se promener dans la tour d'astronomie à trois heures du matin, n'est-ce pas ? Continua McGonagall.
- Oui, il faudrait revoir ce point avec eux : pourquoi trois heures du matin, et pas six heures, ou encore vingt-trois heures ? Des horaires décents en somme ! Grogna le directeur de Serpentard.
Son commentaire eut pour effet de faire ricaner la directrice adjointe qui lui jeta un regard amusé.
- Si cela avait été le cas, nous n'aurions pas eu à servir. Enfin, dans votre cas du moins. J'aurai tout de même enlevé des points aux miens, mais pas autant...
- Ce qui est génial avec vous, Minerva, c'est que vous êtes capables de vous saborder si jamais l'un de vos élèves brise votre soi-disant discipline. Bien que je ne puisse être que d'accord avec vous sur ces deux points : il est tellement délicieux de garder la coupe des maisons dans son bureau... Ah, j'oubliais, vous ne l'avez plus depuis... Attendez... Sept ans ? Neuf ans ?
- Il n'empêche, contra McGonagall, que c'est la première fois que je vous entends vous plaindre d'horaires nocturnes ou que j'aperçois des cernes sur votre visage : depuis quand n'avez-vous pas dormi correctement ?
Il balaya la question d'un geste de la main et retourna à sa boisson chaude. Seulement, en bon mentor qu'elle était, la directrice adjointe ne lâcha pas le morceau.
- Bon, très bien. Céda-t-il. J'ai battu mon record en ne parvenant pas à dormir plus de trois heures, quand j'y arrive, depuis le début de l'année. Mais dites-moi plutôt : depuis quand vous préoccupez-vous de ma personne ?
- Arrêtez Severus ! Vous savez très bien que je prête attention à la santé de mes élèves.
-Oh, et bien dans ce cas c'est parfait ! La question est réglée ! Je ne suis plus votre élève depuis une quinzaine d'années, et même à cette époque vous ne m'avez pas prêté grande attention. Ricana-t-il amèrement. Oh, et ne prenez pas cet air outragé Professeur McGonagall vous avez toujours considéré Potter et sa bande comme dans anges. Ne me faîtes pas croire que vous n'avez jamais favorisé un élève, je ne vous crois pas. Laissez-moi vous dire quelque chose : vous avez beau être impartiale au possible, j'ai l'impression que vous cherchez à compenser cette époque où vous l'étiez beaucoup moins. Maintenant si vous voulez bien me laisser, j'ai de la caféine à ingurgiter."
Et pour illustrer ses propos il attrapa sa tasse de café, serrant si fort le récipient que ses phalanges en devinrent blanches. Cela faisait quelques temps qu'il se retenait de dire ses quatre vérités à son ancienne enseignante, mais ne l'avait jamais fait avant, politesse oblige. A vrai dire ses nerfs étaient sur le point de céder; car oui, il s'était retenu et aurait pu être plus désagréable encore. Pourtant, au bout d'une dizaine de minutes de silence, il inclina légèrement la tête vers l'avant sans quitter des yeux la fumée s'échappant du liquide chaud nouvellement versé.
" Excusez-moi professeur McGonagall.
Rogue n'était pas vraiment sûr que ses excuses viennent du cœur, mais il était certain qu'elle n'avait pas mérité la tirade. Après tout, c'était surtout elle que les élèves avaient réveillés. Lui ne pouvait tout simplement pas dormir et leur escapade était tombée pendant un moment d'insomnie. S'il y avait quelqu'un ayant le droit d'être à bout ce matin, c'était bien la directrice adjointe. Celle-ci balaya les excuses de revers de la main.
- Laissez, laissez. Ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude : vous rejetez toujours votre perpétuelle mauvaise humeur sur les autres.
- Ma... Perpétuelle... Mauvaise humeur ? Reprit-il dangereusement.
- Exactement ! Ricana doucement son aînée. Plus sérieusement Severus, je pense qu'il est normal que je m'inquiète un minimum concernant votre santé: après tout, si vous venez à tomber malade, il faudra bien que quelqu'un gère votre maison, et devinez sur qui cela tombera ?
- Pomona ? Proposa-t-il innocemment.
- A vrai dire, je pensais plutôt à ma personne. Et je me passerai bien de la garde de vos monstres : intenables qu'ils sont !
- Vous pouvez parler, Minerva ! Qui sont ceux à l'origine de la stupide blague de cette nuit ? Oh, attendez... Ils me semblent qu'ils font partis de votre maison et que les victimes sont chez moi...
- Sunshine, une victime ? Elle m'avait plutôt l'air de faire partie du complot.
- Je ne pensais pas à cette demoiselle, mais plutôt à Malefoy. Si respectueux du règlement qu'il n'a pu s'empêcher d'essayer de contrecarrer les plans de Potter... Pff...
- Vous oublier qu'il était dans les couloirs à trois heures du matin...
- C'était pour une bonne cause, Minerva ! De plus, il a eu une heure de retenue, cela ne vous suffit-il pas ?
- Vous auriez dû enlever des points...
- L'un de mes principes est de ne jamais, au grand jamais, me faire couler volontairement. Tout le contraire de vous, en somme. Les retenues fonctionnent aussi bien et me permettent de gagner la coupe."
McGonagall soupira et laissa son regard vaquer sur les tables d'élèves. Un tic nerveux vint agiter un muscle de sa joue quand elle balaya la table de Serpentard.
"Jones n'est pas présente... Sunshine non plus d'ailleurs, fit-elle remarquer.
Immédiatement, Rogue avala de travers son café et se mit à tousser fortement. Quand la quinte de toux fut passée, il releva la tête vers la Directrice adjointe.
- C'est une blague ?
- Vous avez des yeux, il me semble.
Immédiatement, il chercha la deuxième élève du regard. Quand il ne vit pas la chevelure noire parmi ses élèves, le Directeur de Serpentard pâlit.
- C'est à cause de... ça que vous ne dormez plus, n'est-ce-pas ? Comprit le professeur de métamorphose.
- Elle va finir par me donner des cheveux blancs, siffla-t-il pour seule réponse.
Alors qu'il allait se lever, des formes transparentes traversèrent les portes et murs de la Grande Salle dans une entrée à couper le souffle. Le Baron Sanglant, la Dame Grise et Nick-Quasi-Sans-Tête en chefs du bataillon, les fantômes vinrent se poster devant la table des professeurs; visiblement furieux.
- C'est une honte ! Tempêta le fantôme de Gryffondor.
- Il m'avait pourtant semblé que vous aviez un minimum d'intelligence, Professeur Dumbledore, lança celui de Serpentard.
- Je pensais que vous compreniez... Murmura le spectre d'Helena Serdaigle, fantôme de la maison éponyme.
- Voyons, voyons... Lança le Moine Gras, gardien de Poufsouffle, à l'attention de ses collègues. Soyons un peu plus compréhensifs et pardonnons...
- TAIS-TOI ! Hurlèrent-ils en même temps.
Le Baron Sanglant avança d'un pas fantomesque et tourna son regard vide vers Rogue.
- Ne me dîtes pas que vous avez soutenu ça, monsieur le Directeur...
Le chef de Serpentard détestait cette appellation, qui faisait penser qu'il dirigeait Poudlard; alors que le spectre faisait seulement allusion au fait qu'il était directeur des serpents, la seule maison qui comptait aux yeux du défunt (raison pour laquelle il ne précisait pas "de Serpentard"). Le sorcier aux yeux noirs et cheveux gras prit une expression pensive.
- Veuillez m'excuser, mon cher Baron, mais je ne vois pas de quoi vous parlez...
- Sir Nicholas, que se passe-t-il ici ? Quelle est la raison de ce mécontentement ? Lança la directrice de Gryffondor, aussi perdue que son collègue et que le Directeur.
- IL SE PASSE, hurla-t-il d'une voix de ténor, QUE LE DIRECTEUR A CEDE A RUSARD ET A TENTER DE NOUS ELIMINER !
Des murmures horrifiés raisonnèrent dans la salle à mesure que les élèves comprenaient la portée des paroles du fantôme. Certains, scandalisés, se levèrent de leur chaise pour jeter des regards venimeux à Dumbledore ou l'invectiver.
- SILENCE ! Hurlèrent à l'unisson les quatre directeurs de maison, se levant également de leur chaise et prenant appui, pour certains, sur la table pour paraître plus menaçants; Dumbledore étant trop choqué pour le faire lui-même.
Dans un coin de la salle, Rusard arborait un sourire montant jusqu'aux oreilles; Miss Teigne dansant une danse étrange non loin de là.
- C'est vrai ? Demanda-t-il, plein d'espoir, se disant que le prochain sur la liste serait Peeves.
- Non, répondit fermement Dumbledore, je n'ai jamais cherché à 'débarrasser' Poudlard de ses occupants fantômes. Ils font partie du château au même titre que chacun d'entre nous.
- Mensonge, siffla Helena.
- Comment pourrions-nous vous faire confiance maintenant ? Continua Nick.
- Nous devrions organiser une élection pour le prochain directeur... L'un des chefs de maison fera l'affaire, rien ne peut être pire que celui-là... Visiblement ils n'étaient pas au courant donc innocents, continua-t-elle.
- Puis-je proposer le professeur McGonagall ?
- Taisez-vous, tous les deux, nous avions dit que vous me laissiez parler. Coupa fermement le Baron. Comment, professeur Dumbledore, expliquez-vous la brume noire au septième étage qui a tenté de nous étrangler ?
Tous les professeurs pâlirent instantanément : quelle chose pouvait attaquer des morts ?
- Sir Nicholas, Monsieur le Baron, Moine Gras, Dame Grise ... Rien ne peut tuer les morts... De plus nous n'avons jamais eu connaissance d'une quelconque brume noire au septième, les informa Flitwick.
Si Chourave et les autres professeurs approuvèrent; Dumbledore, McGonagall et Rogue avaient le teint presque transparent. Les mains du professeur de potions tremblèrent sur sa tasse alors qu'il observait les fantômes des maisons, incertain et blême. Le professeur de métamorphose, hésitante, regarda tour à tour Dumbledore, dont le regard était incertain, et Rogue.
- Rien ne peut tuer les morts, répéta calmement Flitwick. N'est-ce-pas professeur Dumbledore ? Professeur McGonagall ? Professeur Rogue ?
La tasse dans les mains du potionniste tomba sur le carrelage de la salle dans un grand bruit de poterie cassée. Ses yeux noirs cherchèrent, encore une fois, une personne chez les Serpentard mais ne la vit pas. D'un geste brusque il se leva et murmura :
- Si, il y a quelque chose qui peut.
Et il se dirigea le plus vite possible vers la porte près de la table des professeurs, d'un pas précipité. Au loin, chez les Gryffondor, il entendit Weasley murmurer à Saint Potter (comme se plaisait à l'appeler Malefoy) :
- Tu l'as vu ? Il veut pas l'avouer, mais la fumée noire c'est l'une de ses potions qui a raté !
- Dix points en moins à Gryffondor, Potter et Weasley, pour avoir suggéré une telle ineptie et pensé que j'étais sourd, gronda Rogue alors qu'il atteignait et ouvrait la porte à la volée. Je ne rate jamais mes potions.
S'il avait eu le temps, il aurait apprécié à sa juste valeur la tête dépitée de McGonagall qui regardait les rubis disparaître du sablier de sa maison. Il claqua la porte et fila le plus vite possible vers le septième, et ne vit donc pas Quirrell s'éclipser et dire qu'il allait aider son collègue; mettant en avant le fait que, si force maléfique il y avait, c'était son travail de s'en débarrasser. Montant les marches quatre à quatre, il sortit sa baguette de sa poche, bien qu'il savait que si, d'aventure, il tombait sur la brume seule la fuite pourrait éventuellement le sauver. Quand Rogue posa enfin le pied sur le plancher du septième étage de Poudlard, ce qu'il vit le laissa bouche bée : alors que les rayons du soleil illuminaient le couloir par l'une des rares fenêtres du château, des bribes de fumées noires flottaient dans l'atmosphère comme dans un ciel d'orage miniature. Au sol, les morceaux de cadres dorés appartenant aux tableaux environnants contrastaient fortement avec les débris de murs blancs jonchant chaque dalle du couloir. Non loin, les portes de la Salle Va et Viens, également dite Sur Demande, étaient ouvertes et les gravures l'ornant semblaient vaguement incomplètes, comme si une tierce personne avait pris grand plaisir à donner des coups de marteau moldu dessus dans le but d'en détacher des fragments. Sur le qui-vive, baguette prête à l'action, Rogue avança lentement et silencieusement à travers les ruines de l'étage. Il avait remarqué, de son œil attentif, une concentration de filaments noirs dans l'air près des portes ouvertes de la, si mystérieuse, salle de Poudlard; aussi le professeur fit quelques pas dans sa direction et poussa avec une précaution infinie la séparation en bois ouvragé. Avec la même attention, il fit son entrée et examina la pièce. Son état était bien pire que celui dans lequel il avait trouvé le couloir : la moitié des colonnes soutenant et décorant l'endroit était coupées en plusieurs morceaux ou s'étaient écroulées sur le côté; les miroirs prenant autrefois place sur les murs étaient réduits à l'état de débris de verre jonchant toute le parterre jadis immaculé de la Salle Sur Demande; des cibles, visiblement crées pour un quelconque entrainement, gisaient en miettes et éparpillaient des bouts de rembourrage à l'occasion quand le Serpentard donnait un coup de pied pour dégager le passage. Le détail le plus important fut sans doute le presque nuage noir trônant au centre de la pièce. Ne sachant pas s'il s'agissait de l'attaquant, Rogue lança un sort de couleur blanche, quasi-inoffensif, qui éparpilla les bribes aux quatre coins de la pièce. Le directeur de Serpentard soupira : ce n'était donc pas ce qu'il cherchait. Visiblement la créature n'était plus là. Un curieux sentiment lui pinça le cœur : de la déception ? Peut-être, mais en même temps, il se sentait soulagé de ne pas avoir à affronter d'ennemi potentiellement mortel dont la nature n'était qu'une conjecture de sa part. Il sentait surtout... de l'inquiétude. Dans un geste fluide de sa baguette, il remit la pièce en ordre et fit de même dans le couloir. Un long soupir s'échappa de sa gorge : il était plus que las de cette affaire sans queue ni tête. D'un pas rapide, Rogue se dirigea vers les escaliers dans l'intention de descendre aux cachots pour y régler un certain point. Après tout, il était certain de connaître le coupable. Puis, un bruit se fit entendre derrière lui, et sa baguette se retrouva pointée sur Quirrell. Le maître des potions se détendit légèrement mais n'abaissa pas sa garde.
" Quirrell... Que faîtes-vous ici ?
- Je venais vous donner un coup de main, après tout je suis professeur de Défense contre les forces du mal. Mais visiblement, les fantômes ont exagéré : il n'y a rien ici qui puisse faire croire à une invasion de brume magique hautement dangereuse et non-identifiée.
- Evidemment : je viens de tout remettre en place. Sombre idiot, se retint-il d'ajouter. C'était un véritable champ de bataille : tout le couloir a été endommagé, il y avait des débris et de la fumée stagnait dans l'air... Ce n'était pas vraiment beau à voir.
Rogue ne parla pas de la Salle Sur Demande, celle-ci s'étant refermée et ayant disparue. Moins de personnes connaîtraient son existence, mieux il se porterait.
- Pensez-vous à une autre invasion de troll ? Demanda son 'collègue' avec une anxiété non dissimulée.
- Bien-sûr que non, renifla le directeur de Serpentard, êtes-vous sourd ? Je ne savais pas que les trolls lâchaient de la brume noir sur le passage, à moins que des études sur les pets de ces derniers aient prouvé le contraire ? Seulement, si c'est bien ce que je pense... Si cette créature est vraiment capable d'étrangler des morts... Eh bien, je vous suggérerais d'abandonner le poste de DCFM et d'aller trouver du travail ailleurs.
Bien qu'il fasse le fier, Rogue était plutôt paralysé à l'idée de tomber sur une créature disparue depuis une soixantaine d'années. Il ne prit pas la peine de se réjouir de la peur sur le visage de Quirrell et descendit les marches aussi vite qu'il les avait montées, c'est à dire quatre à quatre. Il ne se laissa arrêter par aucun professeur où élève dans sa route pour la salle commune de Serpentard : ils auraient tous son rapport bien assez-tôt, à moins que Quirrell ne s'en charge en enveniment et tournant à son avantage les faits. Le bruit de ses robes noires claquant dans le silence des cachots ne lui procura, pour la première fois, aucun plaisir. Il ne s'arrêta pas devant l'entrée, préférant lancer de loin "Legendae" pour actionner l'ouverture et ainsi ne pas perdre de temps. Au fur et à mesure de sa progression, il avait senti la fureur et la peur lui tordre les entrailles, animant ses yeux noirs d'une étincelle enflammée. Il courut presque dans les souterrains menant au dortoir des filles de première année, et gravit les quelques marches trois par trois. Sans préambule, il ouvrit la porte à la volée et se figea sur la scène se présentant à ses yeux : Sunshine était assise sur son lit, vomissant dans une bassine spécialement invoquée à cet effet, ses yeux roulants presque dans leur orbites. Non loin de là Jones lui murmurait des mots d'encouragement, régulièrement ponctués par des "Tu devrais aller à l'infirmerie...", ne gagnant pour seule réponse qu'un " Non... Va en cours...". Puis le professeur se reprit et entreprit de les foudroyer du regard.
" Puis-je savoir, commença-t-il de sa voix la plus dangereuse, celle qui pouvait provoquer des paroxysmes de peur chez ses collègues, pourquoi vous n'étiez pas au petit-déjeuner ce matin ? "
Aurore aurait voulu répondre à la question, et tourna la tête pour ce faire, mais les nausées en décidèrent autrement et elle replongea la tête la première dans la bassine.
Que la vie est belle... Songea le directeur de Serpentard. Rien de mieux pour vous mettre de bonne humeur le matin...
Céleste tourna la tête vers le sorcier et l'hésitation se lut dans les yeux bleus de la première année mais elle prit finalement la parole.
" Elle était malade ce matin, sauf...
- Qu'elle s'obstine à ne pas vouloir aller à l'infirmerie, coupa-t-il sèchement, j'avais compris. Depuis quand ?
- Je... Je ne sais pas."
C'était fait : il avait envie de s'arracher les cheveux. Il allait devenir fou avec la promotion de cette année ! Avec un peu de recul et certainement un peu de folie, il se demanda s'il n'aurait pas mieux fallut se taire pendant la cérémonie de répartition, se disant que la gamine serait sûrement restée avec McGonagall et que tout ceci ne serait jamais arrivé. Mais bon, il n'avait pas de retourneur de temps assez puissant pour revenir plusieurs mois en arrière, de plus il pourrait mourir dans d'atroces souffrances de par les problèmes liés aux voyages longues durées. Or il avait prévu de vivre encore quelques années, jusqu'au retour du Seigneur des Ténèbres minimum. Après il n'avait rien prévu. Peut-être s'enfuir en Europe ou aux Etats-Unis pour vivre une vie paisible, loin très loin de Dumbledore, du Seigneur des Ténèbres et des manigances des sorciers britanniques. Ou aller sous les cocotiers ? Se concentrer. Il devait se concentrer... Ah oui, le septième. D'un coup, Rogue sentit sa colère se raviver en lui.
- Sunshine, regardez-moi immédiatement ! Je ne parlerai pas au tapis !
Avec un effort qui parut surhumain, elle releva légèrement la tête et lui lança un regard interrogateur.
- Qu'est-ce que les fantômes vous ont fait pour que vous aillez envie de les étrangler, dites-le moi ! Rugit-il avec une violence qui fit sursauter Céleste, Aurore n'étant pas en état de faire autrement qu'en lui jetant un regard apeuré.
- Les... étrangler ? Mais... on peut pas... tuer... sont morts... Protesta faiblement la jeune fille.
- Professeur, si je puis me permettre...
- Non, vous ne pouvez pas Jones ! Maintenant, je vous demanderai de bien vouloir sortir, ou au moins de vous taire.
Céleste se recroquevilla légèrement et le directeur de Serpentard retourna son attention vers Celle-Qui-Avait-Eu-La-Bonne-Idée-D'Être-Dans-La-Tour-D'Astronomie-A-Trois-Heures.
- N'avez-vous donc pas appris au cours de cette année que je ne supportais pas le mensonge Sunshine ? Que faisiez-vous au septième étage ?
- Mais... Je ne suis pas allée au septième depuis une semaine.
- Oh, je vois alors que pouvez-vous me dire sur la brume noire qui s'est échappée et a détruit l'étage ce matin ?
- De la brume noire ? Mais ... Je n'en ai pas vu depuis... Depuis la dernière fois ! S'écria Aurore en jetant un regard vers Céleste qui n'était pas au courant de l'accident.
- Vous savez ce que je pense ? Demanda dangereusement le professeur en s'approchant, ses yeux réduits à deux fentes. Je pense que vous me mentez depuis le début.
- Je ne mens pas, protesta-t-elle faiblement.
- Ah oui ? Je n'aurais pas un autre discours de sourd avec vous ! Le dernier m'a largement suffit ! Legilimens.
A côté, Céleste sursauta. Rogue fouilla l'esprit mais malheureusement ne trouva rien. Pas la moindre pensée. Ce fut comme s'il sondait un esprit mort. Comme s'il sondait un cadavre ou un malheureux embrassé par les détraqueurs. Il n'y avait strictement rien. En hâte, haletant, il sortit de l'esprit pour vérifier si l'élève n'avait pas eu un arrêt cardiaque ou quelque chose comme ça, mais Aurore était toujours là, vomissant une nouvelle fois dans un sac plastique n'ayant pas supporté l'intrusion. Secouant la tête de désarroi et d'incompréhension il recommença le Legilimens. Cette fois-ci, il vit tous les souvenirs mais ne trouva rien en rapport avec la brume, les fantômes ou la destruction du septième étage et de la Salle sur Demande.
- Vous voyez, siffla Aurore, je ne mentais pas : je n'ai rien à voir avec les événements dont vous me parlez !
Rogue la regardait, clairement étonné.
- Je-Je...
Céleste les regardait tous deux comme s'ils étaient fous. Rogue se retourna vers elle et sortir sa baguette pour murmurer un sort. Le regard de la première année devint vitreux une seconde avant de redevenir normal.
- Elle ne pourra pas parler de ce qu'il s'est passé, expliqua le directeur de Serpentard. Cela ne laisse aucune séquelle.
Il secoua quelques fois la tête, encore ébranlé par le fait d'avoir trouvé un esprit comme mort.
- Ve-Venez avec moi à l'infirmerie, Sunshine.
Il entraîna l'élève avec lui dans le domaine de Pomfresh, après examination minutieuse il s'avéra que la jeune fille n'était pas malade et n'avait rien sinon de nombreux bleus et ecchymoses.
- Tout va bien, Severus : juste des nausées qui font sûrement suite à trop peu de sommeil et aux émotions de la nuit passée.
Le professeur regarda l'infirmière de sa paire noire ébranlée et secoua la tête, envoyant ses cheveux noirs et graisseux voler autour.
- Je ne comprends pas... L'esprit... Il était vide, comme mort ! Comment... Je ne suis pas sujet aux hallucinations Pompon : encore moins quand il s'agit de l'esprit.
- Voilà le point : comme mort. Il ne l'était pas : après tout, vous avez pu vous méprendre en voyant quelque chose de noir... Essayez encore pour voir.
Dans un soupir ennuyé, Rogue s'approcha du lit où était faiblement allongée Aurore et ordonna doucement :
- Regardez-moi dans les yeux.
A nouveau, Rogue trouva un esprit parfaitement normal. Cela l'inquiétait. Peut-être n'avait-il aucune raison valable de s'en faire ? Alors que Madame Pomfresh s'en allait, il demanda plus durement.
- Vous ne voulez toujours pas me dire pourquoi vous étiez là-bas ?
D'un signe de tête, elle lui montra que non et il leva les yeux au ciel de résilience.
- D'où viennent tous ces bleus ?
- Je... J'ai glissé dans l'escalier de la Tour et ai roulé sur toutes les marches...
- Je suppose que vous avez perdu votre cape à ce moment-là ?
Elle hocha la tête et tout ce qu'il fut capable de dire fut : "Reposez-vous".
Ouf, un de plus.
N'hésitez pas à laisser une review, j'adore avoir votre opinion et vos impressions sur l'histoire !
Je ne sais pas quand je pourrai faire le prochain. A voir aussi mon niveau de motivation.
A bientôt !
