Merci beaucoup pour vos reviews 3
Nlov : c'est normal ! Au départ je pensais que plus personne ne lisait donc j'avais fini par arrêter de mettre à jour. Ca fait plaisir d'avoir des personnes intéressées par l'histoire !
Merci de suivre l'histoire
Je m'excuse je n'ai pu que jeter un très rapide coup d'œil, il doit encore y avoir des fautes... Je repasserai après !
Je pense que les possibilités diminuent à partir de ce chapitre... Après je suis bien placée pour savoir qu'en général on a de nouvelles idées à chaque lecture de chapitre...
Bonne lecture !
Treizième Chapitre : Dark Times
Partie Une :
Poufsouffle et Magie Noire
La nuit de la tour d'astronomie avait eu des conséquences assez étonnantes sur la mentalité de tous les élèves : Harry qui était l'élève le plus populaire jusqu'à présent devint soudain le plus détesté. Ayant également eu plusieurs problèmes ce soir-là, le trio de Serpentard ne prit aucun plaisir à voir le sablier de rubis à moitié vide, ni à voir les Gryffondor ignorer l'Elu. Les autres Serpentard acclamaient Harry à chaque fois qu'ils le croisaient dans le couloir, heureux d'avoir une victoire assurée sans trop d'efforts à la Coupe des maisons. Les Serdaigle et Poufsouffle ayant espéré une défaite des serpents joignirent leur mécontentement à celui des lions. Le seul soutien d'Harry était Ron, qui n'hésitait pas à élever la voix pour défendre son ami.
- Oui, Oui, vous pouvez rigoler ! Vous avez juste oublié qu'Aurore était là-haut aussi !
La Serpentard serra les poings et la mâchoire mais ne répondit pas, alors que Blaise Zabini s'en chargeait à sa place.
- Ouais, mais elle ne nous a pas fait perdre de points, elle.
- C'est bon, Blaise, laisse. Souffla la brune. Ça ne sert à rien de gaspiller sa salive pour les Gryffondor. De toute manière on a la coupe, alors autant garder notre voix pour hurler notre joie à ce moment-là.
Le Serpentard jeta un regard noir à Ron, qui le défia encore quelques instants avant de se retourner vers Harry et de le rassurer à voix basse.
- Ils auront tout oublié dans quelques semaines. Fred et George ont déjà fait perdre énormément de points à Gryffondor mais tout le monde les aime bien.
La réponse provoqua un frisson chez Aurore.
- Mais ils n'ont pas fait perdre cent cinquante points d'un coup j'imagine...
Dire que cela aurait pu leur arriver également... Avec Céleste et Drago, elle termina rapidement son petit déjeuner avant de se diriger vers les salles de cours. Si les Serpentard étaient plus en forme que jamais, le trio ne faisait pas vraiment le fier. Aurore se faisait discrète et travaillait en silence, alors que Drago se montrait un peu moins vantard qu'à son habitude. Céleste, elle, demeurait extrêmement mal à l'aise. Une question taraudait Aurore depuis qu'elle avait vu ses deux amis avec McGonagall, mais ce ne fut qu'au bout de plusieurs jours qu'elle osa la poser. Alors qu'ils faisaient un tour du lac, son regard dériva vers le haut de la tour d'astronomie, brillant sous les rayons du soleil. Marchant dans leurs longues robes noires, une écharpe verte et argent autour du cou pour Aurore, ils laissèrent un silence bienfaisant durer quelques minutes de plus avant de s'arrêter pour regarder Poudlard.
- Comment avez-vous su pour le dragon, moi c'était un coup de chance mais vous... ? Croassa la brune avec une voix cassée.
Ce ne fut qu'à ce moment que les deux acolytes remarquèrent l'écharpe et Céleste écarquilla les yeux :
- Tu as mal à la gorge, Aurore ?
Un hochement de tête lui suffit, mais visiblement pas à Drago qui renchérit :
- Noooon ! Toi, tu es en train de perdre ta voix ?
Rougissant légèrement, elle répéta son faible hochement de tête : c'était la première fois qu'elle perdait sa voix et Drago, qui se plaignait de ses petits moments pipelettes, était ravi. Il esquissa une petite danse de la victoire alors que Céleste le foudroyait du regard.
- Ce n'est pas bien de rire du malheur des autres, Drago.
- Oui, bah on est des Serpentard ! Si tu penses vraiment qu'il faut faire dans la dentelle va voir à Poufsouffle ! Aurore ne va pas se vexer pour ça.
Céleste vit rouge, et Aurore pouffa légèrement dans son écharpe, aux couleurs de sa maison. Drago avait raison, cela ne la vexait pas vraiment : au lieu de cela, la danse de la victoire l'amusa sans compter la réaction de son amie.
- Ils sont très bien les Poufsouffles ! Riposta-t-elle.
Les yeux d'Aurore s'ouvrirent au maximum et Drago s'arrêta pour regarder Céleste. Le regard amusé que lui jeta la brune fit ricaner le blond.
- Je me fais interprète de cette demoiselle. Alors ce regard veut dire : Tu es amoureuse ?
- Quoi ? Mais non ! Pas du tout !
- Alors c'est qui ? Taquina Drago.
- Mais laisse-moi Drago ! Ce n'est pas ça du tout !
- Alors c'est quoi ?
- TOUTE ma famille est passée à Poufsouffle crétin ! Cracha-t-elle.
La mâchoire du blond se décrocha et Aurore lui envoya un regard perplexe.
- Je suis d'accord avec Aurore : pourquoi tu ne nous l'as pas dit plutôt ? On se serait pas moqués, tu sais, approuva Drago.
- Ah oui ? Vu comment tu traites les Poufsouffle, Drago, je ne suis pas sûre que ça soit vrai.
- Je ferai un effort, et puis ce n'est pas pareil ! Tu es une Serpentard, et ça je te le confirme. On s'en fiche de ta famille, c'est toi qui compte. Une fois admise, tu fais partie de la famille : de plus tu es notre amie, alors pourquoi devrait-on essayer de te rabaisser ? C'est bon pour les Gryffondor, Serdaigle et blai...euh Poufsouffle mais on ne fait pas ça aux nôtres !
Céleste soupira et rejeta sa chevelure en arrière d'un geste de la tête, son regard dériva vers la surface brillante du lac noire. Dos à Aurore, elle ne vit pas le regard perplexe de la brune et Drago voulut encore fois faire la traduction.
- Aurore, cela te dérangerait-il d'ouvrir la bouche et de parler ?
- Tu tiens vraiment à ce que je perde toute ma voix, souffla-t-elle avec difficulté toussant parfois, mais sinon vous n'avez toujours pas répondu à ma question.
Alors qu'ils reprenaient leur tour du lac, il fut décidé que c'était à Drago de s'y coller :
- Weasley était à l'infirmerie après s'être fait mordre par le dragon. J'ai... Et bien j'ai menti à Pomfresh en disant que je voulais emprunter un livre au rouquin. En fait je me suis moqué de lui et ai menacé de dire à Pomfresh qui l'avait mordu.
Le calme et le silence de la bordure de la forêt fut rompu par un "hurlement" roque et faible, presque inexistant.
- TU AS QUOI ?!
La toux ne se fit pas attendre et Céleste ricana :
- Je croyais que tu n'avais plus de voix ?
Le regard assassin d'Aurore exprimait clairement : "j'en ai toujours assez pour ça."
- Écoute, je sais que tu n'aimes pas que je m'en prenne aux Gryffondor ni aux plus faibles mais il a profité du match de Quidditch, la dernière fois, pour me taper dessus, alors ce n'est que vengeance ! Râla Drago.
- Donc je disais que j'avais besoin d'une excuse pour rentrer, donc j'ai finalement emprunté l'un de ses livres. Bah oui, sinon je ne pouvais pas partir, Ajouta-t-il devant le regard noir d'Aurore. Et dedans, il y avait la réponse à une lettre qu'ils avaient écrite avec Potter pour un certain Charlie Weasley. Je crois que c'est l'aîné. Dedans, il y avait écrit qu'il, Charlie Weasley, serait ravi de récupérer le norvégien à crête et qu'il fallait l'emmener en haut de la plus haute tour pour samedi à trois heures du matin.
- J'ai toujours pas compris pourquoi trois heures et pas minuit, coupa Céleste.
- Bah, minuit ça devait faire trop moldu. Et donc il précisait aussi que ses potes profiteraient de l'obscurité pour emmener le dragon... Et après... Bah vas-y, continue Céleste.
- Après il a ramené la lettre, et nous avons conclu qu'il valait mieux ne pas t'en parler pour que tu n'aies pas encore des ennuis. Même si, je l'avoue, tu t'es débrouillée sans nous. Le samedi, j'ai entendu du bruit et je suis descendue. J'ai trouvé Monsieur en pyjama et lui ai demandé ce qu'il comptait faire. J'ai essayé de le raisonner mais il ne m'a pas écouté et j'ai au moins réussi à le convaincre de ne pas vadrouiller en pyjama.
L'image d'une Céleste empêchant Drago de partir en pyjama à la conquête de la tour d'astronomie fit pouffer Aurore. Il y a des fois où le blond agissait de façon aussi irréfléchie qu'un Gryffondor. Bien que la comparaison ne lui aurait pas plu.
- Nous sommes retournés nous changer et j'ai tenté de le convaincre d'abandonner cette idée stupide, mais il a dit, je cite : "Aurore est pas rentrée alors on ne va pas la laisser dehors et nous allons faire en sorte que Potter ne s'en tire pas !" Il a insisté alors que je lui disais que si tu étais en danger, toute l'école l'aurait su dans la seconde. Tout le long du chemin je n'ai cessé de lui dire de faire demi-tour, qu'on allait se faire chopper par Rogue et que ça allait mal finir, mais est-ce que Monsieur m'a écouté ? Noooon, bien-sûr...
- Eh ! Je te rappelle que tu as eu tort : on s'est fait chopper par McGo !
- Cela a-t-il vraiment de l'importance ? Elle nous a traînés au bureau de Rogue et il nous a cuisinés pensant une vingtaine de minutes, en nous criant dessus alternativement au fait de nous noyer sous les questions ! D'ailleurs il est sorti en furie à la fin, en nous ordonnant d'aller nous coucher.
- C'est comme ça qu'il a su que j'allais sûrement me faire avoir moi aussi... Souffla Aurore du bout de sa voix.
Les deux hochèrent la tête alors que leur petite promenade se terminait devant les portes de Poudlard.
- Vous pensez qu'on devra faire quoi pour la retenue ?
Aurore soupira et Drago acquiesça.
- Je suis d'accord avec Miss Pas-de-voix... J'espère que ça ne sera pas trop pénible...
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- Comme promis, j'ai fait des recherches sur ce qu'il t'arrivait, commença Hermione en déposant plusieurs livres sur la table, ce n'était pas facile mais j'ai trouvé une ou deux choses sur tes symptômes...
- Merci Beaucoup... Croassa la Serpentard.
- Tu ne devrais pas parler ou forcer sur ta voix, la réprimanda la Gryffondor, même si j'aimerai bien savoir comment tu fais pour perdre ta voix alors que les températures sont beaucoup plus clémentes et que tu ne sollicites pas tant que ça tes cordes vocales...
La Serpentard prit un air embarrassé et murmura du bout de sa voix :
- En fait... Je l'ai depuis l'hiver.
- Quoi ? Mais comment... ? Ça se saurait si tu avais la voix cassée depuis l'hiver voyons.
- J'ai utilisé des potions...
- Tu t'es dopée aux potions ? J'attendais mieux de toi, Aurore Sunshine ! Franchement, quand as-tu pensé à te faire soigner à l'infirmerie ? Et jusqu'à quand comptais-tu truquer ta voix ?
Le parquet de la bibliothèque devint soudain très intéressant, elle aurait préféré se changer en veracrasse plutôt que d'avouer jusqu'à quand elle pensait être capable de tenir.
- A vrai dire... J'avais trop de problèmes pour m'occuper en plus d'une voix cassée...
- Jusqu'à quand ?
- Je... Je pensais tenir jusqu'à l'été. Mais Pansy a détruit "sans faire exprès" les deux dernières fioles...
- Jusqu'à l'été ?! Mais c'est totalement irresponsable ! Tu pensais vraiment que personne ne s'en rendrait compte ? Tu as pensé aux effets secondaires des potions ? Et qu'est-ce que Rogue aurait dit en voyant que tu perdais ta voix en plein été ?
- Et si nous commencions ?
A choisir entre se faire invectiver et les livres, Aurore choisissait ces derniers de bonne grâce. Elle se saisit du premier en tentant de masquer sa déconfiture derrière son écharpe. Alors qu'elle allait ouvrir le livre sur l'histoire de l'Amérique qu'elle avait entre les mains, Aurore fut interrompue par Hermione qui lui en mit un autre par-dessus.
- J'aimerais que tu lises ça d'abord.
- Tout sur les esprits brisés, leurs effets et symptômes, avec en bonus les tests pré-symptomatiques ?
- Je veux que tu le lises, parce que je trouve que tu te comportes étrangement : tu as des sauts d'humeurs, tu me parais mal dans ta peau, il a des moments où tu hurles avant de te renfermer sur toi-même, et d'autres encore où tu as l'air déconnectée de la réalité.
- Hermione, je le saurais si mon esprit était...
- D'après le livre, un esprit brisé a tout d'abord des problèmes comme des barrières mentales plus faibles, avant de finir en miettes et de ne plus être capable de pensées cohérentes... Des fois, leurs pensées font mal, comme tu me l'as plusieurs fois décrit...
- Hermione ! Ça suffit. Je vais bien.
Le regard triste et ébranlé d'Hermione lui fit l'effet d'un coup de poignard dans le cœur.
- Non, tu ne vas pas bien, souffla-t-elle. Si tu as vraiment ça... C'est vraiment horrible, ils décrivent tout là-dedans, je ne veux pas que ça t'arrive...
- Si ce sont des horreurs, raison de plus. Je vais bien Hermione... Regarde, nous dialoguons sur des sujets civilisés et je ne reste pas comme un cornichon sans cerveau. De plus, pour les pensées j'ai trouvé une solution qui est ma forme animagus : même si les pégases sont très intelligents, leurs réflexions sont tout de même moins profondes que celles des humains... Je... J'ai eu mon quota d'horreurs pour une vie entière... Passons à autre chose... S'il-te-plaît... Par exemple pourquoi as-tu ramené un livre sur l'histoire de l'Amérique du Nord et du MACUSA... ?
- C'est à cause d'un événement qui a été fait oublier aux habitants de la ville durant les années vingt... Ça a eu lieu en 1926 pour être précise : la ville de New-York a été ravagée par une créature nommée obscurus. Je n'ai pas trouvé énormément d'informations dessus, mais il paraît que cela se matérialise sous forme de brume noire sortant du corps d'un sorcier... En général personne n'y survit au-delà de ses dix ans.
- C'est... C'est terrible.
- Oui, fit tristement Hermione, mais le pire est... Que jusqu'à ce jour aucun porteur d'un obscurus, aucun obscurial comme ils les appellent, n'a survécut. Il était soit tué par le parasite en lui, soit tué par des aurors alors qu'il libérait la puissance en lui.
Il y eut un silence pesant avant qu'Hermione ne montre un autre paragraphe dans un dernier livre.
- Sinon, il paraît qu'une surdose de magie noire dans un corps déjà puissant peut provoquer des pertes de contrôle... Seulement vu que c'est un phénomène rare, les chercheurs n'ont pas recensé tous les symptômes.
- Dans ce cas, il n'y a plus qu'à espérer que c'est la magie noire qui fait ça... De plus, mes dix ans sont depuis longtemps révolus...
Le regard de la Serpentard dériva lentement vers la fenêtre et ses yeux se posèrent vers la forêt interdite. Au fond d'elle, la jeune fille se demanda quand elle serait enfin débarrassée de tout ennui et vivrait une vie normale.
Seulement, il est toujours bien beau de rêver.
Les examens étaient une échappatoire attendu et espéré pour les deux trios. Plonger tête et âme dans les révisions leur permettait d'oublier quelques minutes toutes les péripéties survenues dernièrement. Seulement, la méthode devait trop bien fonctionner car c'est presque avec horreur que le retour à leur étrange réalité se fit avec l'arrivée du papier et officialisation de leur retenue. Or, Aurore savait très bien que cela n'aurait rien avoir avec la fausse retenue de début d'année, juste après l'examen barbare et la venue de Fudge. Rogue avait très bien su à ce moment qu'elle tenait à grande peine debout.
Votre retenue commencera ce soir, onze heures.
Rendez-vous avec Monsieur Rusard dans le hall d'entrée. Inutile de préciser qu'il serait préférable, dans votre intérêt, d'être en avance.
Professeur S. Rogue.
La seule réaction du trio de vert et argent fut de pousser un long soupir de concert. Chacun releva les yeux vers les deux autres, s'étant attendu à l'entendre protester, mais aucun ne broncha. Ils avaient tous le même papier sauf Drago qui, comme il le fit remarquer, avait une écriture patte-de-mouche sur les derniers mots à cause de la plume ayant bavé. Ayant repris un peu d'entrain, il menaça d'aller se plaindre quand elles lui rappelèrent que ce n'était pas vraiment une bonne idée.
Deuxième Partie:
Dans la Forêt
Ce soir-là, à vingt-trois heures moins cinq précises, Aurore, Drago et Céleste étaient dans le hall d'entrée. À leur grande surprise, à leur arrivée, ils trouvèrent Rusard en pleine discussion avec leur directeur de maison. Ils vinrent se placer non loin de là, tentant de ne pas se faire remarquer. Ou du moins jusqu'à ce que le regard d'Aurore croise par inadvertance celui du concierge pour une fraction de seconde. Ses pupilles clignèrent alors qu'elle donnait un petit coup de coude à Céleste pour qu'elle fasse de même. Comme pour Aurore, ses yeux reflétèrent le choc de sa découverte et, d'humeur plus intrépide que la brune, la jeune fille lança :
- Professeur ? Je croyais que la forêt était Interdite ? Ce n'est peut-être pas le meilleur lieu pour ... Enfin pour...
Le regard noir pesant l'empêchait d'en dire plus et de terminer de manière concluante sa tirade. Les yeux du professeur firent rapidement un voyage entre l'élève et le concierge avant de se poser sur sa pupille.
- Dites-moi, Sunshine, et vous qu'en pensez-vous ?
La voix dangereuse de Rogue signifiait clairement qu'il savait qui avait pénétré les pensées, peu subtiles, du cracmol. La voix d'Aurore s'étant encore détériorée depuis la dernière fois, aussi la jeune fille parut bien embêtée et désigna son écharpe d'un geste vague qui fit arquer un sourcil à l'enseignant.
- Vous avez perdu votre voix ? Par Merlin, dites-moi ce que j'ai fait pour obtenir un tel plaisir...
C'est à ce moment qu'elle aurait voulu répliquer, mais seul une toux faible et roque sortit de sa gorge. Ce fut également ce moment que choisirent les Gryffondor pour faire leur entrée, Neville tremblant comme une feuille en apercevant Rogue. Ce qu'Hermione murmura à son oreille dut le calmer car le Gryffondor cessa de paniquer et se contenta seulement de jeter régulièrement des regards apeurés au maître des potions.
- Bien, je vois que Potter et ses amis nous font l'extrême honneur de se présenter, comme des élèves ordinaires, à leur retenue. Déclara-t-il non sans un rictus sournois.
- Il est vingt-trois heures une, fit remarquer Drago à voix basse, sans animosité.
- Excusez-nous d'avoir quinze secondes de retard, votre Altesse, claqua Harry.
- Potter... Si vous croyez que je n'entends pas tout ce que vous dîtes, c'est que vous êtes encore plus idiot et suffisant que ce que je croyais.
Certain que c'était une manipulation de Drago visant à le faire punir une fois de plus, Harry vit rouge mais ne répondit pas. À côté de l'enseignant. Rusard trépignait : les deux Legilimens n'avaient aucun doute sur le fait qu'il considérait la forêt interdite comme l'une des meilleures punitions possibles.
- Suivez-moi, lança-t-il non sans un entrain mauvais.
Non sans un dernier regard apeuré vers un Rogue immobile, Neville suivit les deux autres Gryffondor. Drago soupira et souffla à voix basse "Bon bah... C'est parti...". Alors que les deux filles allaient le suivre, elles sentirent une main attraper leur bras et les tirer légèrement en arrière.
- Pas si vite, vous deux... Susurra la voix du professeur.
Aurore et Céleste échangèrent un regard inquiet alors que Rogue attendait que les autres élèves soient assez loin pour ne pas entendre ce qui allait suivre. Puis il se pencha, menaçant, au-dessus des deux jeunes filles.
- C'est la dernière fois que vous utilisez la Legilimancie sur qui que ce soit sans raison valable. Et j'entends par là une question de vie ou de mort. Ai-je été suffisamment clair ? Je refuse d'avoir deux élèves précoces qui utilisent ce... "Pouvoir" sans savoir correctement l'utiliser ! Ne pensez pas un instant que je ne saurais pas si vous en faîtes usage ! L'avantage d'être un bon Occlumens est de pouvoir repérer quand un autre utilise la Legilimancie. Les pensées des autres sont strictement privées ! Comment réagiriez-vous si je fouillais l'intégralité de votre esprit, là immédiatement, Jones ?
- M-Mal... Et je serais furieuse...
- Exactement. Les moldus et cracmols ne peuvent pas sentir l'intrusion ou contrôler ce qu'il se passe, mais les sorciers le peuvent. J'espère que je me suis bien fait comprendre ?
- Oui professeur... Mais... Marmonna Céleste alors qu'Aurore se contentait d'un hochement de tête.
- Mais quoi, Jones ?
- Je ne contrôle pas ce que je fais... Je regarde quelqu'un dans les yeux et pouf ! C'est presque automatique...
- Dans ce cas, vous viendrez me voir demain et je vous montrerai comment contrôler tout ça. Maintenant, suivez-moi, et vite.
- Vous-Vous surveillez aussi la retenue ? Croassa Aurore, incrédule.
Devant le son roque et crissant, Rogue se retourna et leva les yeux au ciel.
- Franchement, Sunshine, vous feriez mieux de ne pas parler; autant pour votre voix que mes oreilles. Je ne dis pas que je vais vous escorter entre les sombres arbres et la brume environnante car, dans l'intérêt de ma santé mentale, je préférerais largement que vous vous égariez tous. Disons tout simplement que j'ai... quelque chose à faire dans la Forêt... Maintenant dépêchez-vous.
Après un échange de regard étonné et perplexe, les deux filles accélèrent l'allure pour rattraper le maître des potions, et plus tard le reste du groupe. Alors qu'elle le dépassait lentement, Rogue glissa dans la main d'Aurore une minuscule fiole. Elle voulut lui jeter un regard étonné mais pas une seconde il ne tourna les yeux vers elle, marchant de son rythme habituel vers la cabane d'Hagrid. Discrètement, elle avala le contenu de la fiole et sentit une douce chaleur se répandre dans sa gorge. Mettant le flacon dans sa poche, elle rattrapa Drago et Céleste alors que Rusard lâchait son éternel discours sur les vieilles punitions.
- C'est dommage que les anciennes punitions n'aient plus cours... A cette époque-là...
- Rusard, par pitié pour mes oreilles fatiguées par les cornichons sans cervelles de cette école, arrêtez de nous servir encore votre tirade sur vos envies idiotes.
Rusard jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour dévisager une seconde Rogue qui, certainement pour la première fois depuis qu'Aurore le connaissait, prenait son temps et regardait le parc de Poudlard défiler sur sa droite, mains croisées dans le dos. Peut-être savait-il que la tâche qu'il avait à faire dans la forêt pouvait attendre une minute ou deux. Un pas devant les Serpentard, Neville n'arrêtait pas de renifler causant leur exaspération générale. En attendant, Rusard était vraiment aux anges.
Ce soir-là, la lune brillait comme jamais et aucun nuage ne vint brouiller la douce clarté qui se diffusait lentement sur le domaine avant plusieurs minutes, les plongeant dans l'obscurité. Il ne faisait pas spécialement froid et un léger vent soufflait au ras du sol, faisant danser les branches des arbustes et les herbes folles. Une voix chantonnant se fit entendre et tous les élèves reconnurent Hagrid. Le soulagement s'afficha clairement sur le visage des Gryffondor alors que les Serpentard restaient indifférents et Céleste le montra en réagissant d'un simple haussement des épaules. Derrière eux, Rogue s'était arrêté à une trentaine de mètres le regard perdu dans les profondeurs de la forêt interdite, presque invisible malgré la lumière céleste et les lumières venant de la cabane d'Hagrid. Deux pas plus tard ils entendirent la voix du géant crier :
- C'est vous Rusard ? Dépêchez-vous j'ai hâte de commencer !
Dans son énorme manteau habituel, il préparait une arbalète en sifflotant. Harry poussa un soupir de soulagement et ses pensées furent si claires que Rusard ne put s'empêcher de le détromper.
- Vous imaginez que vous allez avoir du bon temps avec ce fainéant ? Détrompez-vous, jeune gens, c'est dans la forêt que vous allez. Ça m'étonnerait que vous soyez encore entiers à la sortie...
- La forêt ? Chuchota Drago. Alors ce que vous avez dit était vrai ?
- Yup. Mais Rusard est un peu trop enthousiaste à mon goût, marmonna Céleste.
Aurore ne réagit pas alors que Neville sanglotait. Harry et Hermione semblaient choqués mais rien de plus. La Serpentard se retourna pour voir où était Rogue mais ne vit rien du fait de l'obscurité grandissante. Ses pupilles se rétrécirent jusqu'à devenir verticales et noires, et Aurore put enfin scruter les ténèbres et apercevoir le professeur s'étant écarté du chemin pour faire quelques pas vers la forêt. Visiblement il tentait d'apercevoir quelque chose entre les arbres. Un cri d'horreur la ramena sur terre et elle sursauta en se retournant vers l'origine du cri, qui n'était d'autre que Neville.
- Tes yeux ! S'écria-t-il.
- Quoi mes yeux ? C'est juste un sort, rien de grave ! Si c'est pour ça que tu hurles ...
La brune se retrouva dévisagée par tout le monde sans comprendre pourquoi. Elle remarqua que la joie mal saine du visage de Rusard avait disparu et il la regardait avec une sorte de dégoût. Elle tourna la tête vers Céleste et Drago qui ne savaient pas non plus où se placer. De l'agacement commençait à pointer le bout de son nez.
- Aurore... Ta voix ... Commença Céleste.
- Qu'est-ce qu'elle a ma voix ? J'ai respiré de l'hélium ? Railla-t-elle.
- Bah... Elle va mieux.
Aurore rougit sous l'embarras : elle avait totalement oublié la potion ! Redressant la tête elle dit d'une voix faussement étonnée.
- Visiblement, on n'est jamais à l'abri d'un miracle.
- Bon bah, c'est pas tout ça, mais moi j'attends depuis une demi-heure. Râla Hagrid. Comment ça va Harry, Hermione ?
- Soyez pas trop gentils avec eux, ils sont punis.
- C'est pour ça que vous êtes en retard ? Répliqua Hagrid en foudroyant d'un regard mauvais le cracmol. Vous leur avez fait la morale ? C'est pas dans vos attributions. Vous avez fait votre part, à partir d'ici, je m'en occupe.
- Je reviendrai à l'aube... Histoire de récupérer ce qu'il en reste... Souffla Rusard en attardant son regard sur Aurore. Au fait, vous devriez remercier Rogue pour mon retard...
Il était clair qu'il espérait qu'elle allait mourir dans d'atroces souffrances. Rusard, qui était visiblement peu ravi qu'elle ait retrouvé sa voix et un peu effrayé par ses yeux, s'en alla en bougonnant. Quelque part, beaucoup plus loin, ils l'entendirent saluer Rogue qui ne répondit pas. Il était hors de portée de vue, aussi Aurore força ses yeux à reprendre forme normale. Heureusement qu'elle maîtrisait la transformation depuis qu'elle possédait sa forme animagus, sinon ils seraient restés ainsi jusqu'au lendemain matin.
- Il n'a vraiment pas honte de mettre ses bêtises sur le compte des autres, marmonna le géant dans sa barbe.
- Je refuse d'y aller, fit Drago d'un ton ferme, profitant de l'absence de Rogue pour tenter de faire céder le géant. Il paraît qu'il y a des loups garous la nuit.
- Tu as fait des bêtises, maintenant, tu dois y aller si tu veux rester à Poudlard.
- Avouez, Hagrid, que c'est juste un tout petit peu contreproductif. Après tout, elle est censée être interdite... Chuchota Aurore. Mais dîtes-moi plutôt ce qu'on va y faire ?
Hagrid se figea et se tourna vers une zone du parc bordant la forêt, apparemment vierge de tout être vivant. Faisant un pas en avant il arma l'arbalète, pour faire un autre pas quelques secondes plus tard. Soudain, une forme noire surgit de nulle part et avança dans leur direction. Neville poussa un hurlement aigu et Hagrid tira une flèche qui rata sa cible dans un flash blanc. Alors qu'il sortait une nouvelle flèche de son carquois, un ricanement les figea tous.
- Alors comme ça... On me tire dessus Hagrid ? What a pity... Vous pensiez vraiment pouvoir me tuer avec une arbalète ? Tsss...
- Professeur Rogue ! S'exclama immédiatement le géant en baissant son bras et en tendant une lampe en avant. Toutes mes excuses... Vous savez j'ai cru que c'était... Bah que c'était la chose quoi. Après tout, elle 'rait pu sortir d'l'ombre pour... Bah je sais pas pourquoi mais j'ai vraiment cru que vous étiez la chose...
Arrivant dans la lumière telle une chauve-souris géante, il jeta un regard désapprobateur sur les flèches et l'arme en bois.
- Dîtes-moi, Hagrid... C'est avec ça que vous comptez défendre les élèves dans la forêt ? Êtes-vous au courant que certaines créatures vivant là-bas sont dotées de magie ? Ou bien vous reposez-vous sur Londubat pour défendre la troupe ?
- Bah, vous savez j'vais tous les jours dans la forêt et y'a jamais eu d'problèmes. Répondit calmement le géant. Mon arbalète a t'jours suffit.
- Je vois ... Prenez-vous en considération la ... Chose comme vous l'appelez ?
- Je vous promets qu'ils seront en sécurité avec moi. Fit le géant sur un ton sincère.
Rogue eut un reniflement méprisant qui voulait clairement dire qu'il avait énormément de mal à lui faire confiance là-dessus. Il partit en direction de la forêt avant de s'arrêter et de murmurer.
- Bonne chance pour retrouver les licornes mortes... Il vous en faudra sans magie.
Le ton narquois indiquait clairement qu'il avait lâché cette information exprès. Le hurlement dégoûté et horrifié des filles et les gémissements étonnés des garçons furent une douce musique à ses oreilles alors qu'il laissait un rictus apparaître sur sa bouche en se retournant, mains jointes.
- Oh, je vois qu'on ne vous avait pas encore dit ce que vous chassiez... Quelque chose tue les licornes. Bien-sûr, quoi de mieux que des élèves imprudents et le célèbre Harry Potter pour aider notre cher garde-chasse. Après tout, si vous n'avez pas peur de vous promener dans la Tour d'Astronomie à trois heures du matin (à son ton sec et amer, Aurore sentit qu'il n'avait toujours pas digéré d'avoir été dérangé en pleine nuit), cela ne devrait pas poser de problèmes de faire une petite balade dans la forêt. Maintenant si vous voulez m'excusez, j'ai ma propre... créature à traquer.
Il partit vers les arbres sombres et inquiétants mais fut une nouvelle fois arrêté cette fois par un cri désespéré de Drago :
- Professeur ! Vous n'allez pas nous laisser seuls dans la forêt avec lui !
Si les Gryffondor s'étaient attendus à ce que Rogue lui offre de l'accompagner ou encore de rentrer au château, ils s'étaient trompés.
- Vous étiez dehors à trois heures Mr. Malefoy, alors je ne vois donc pas où est le problème. Vous irez avec Hagrid, un point c'est tout.
- Mon... Mon père en entendra parler !
Le ricanement froid et sombre fit trembler tous les élèves déjà un peu effrayés. Les prunelles noires de Rogue semblaient sortir droit d'un cauchemar alors qu'elles se posaient lentement sur le blond.
- Oh oui, Monsieur Malefoy... Votre père en entendra parler... Que dira-t-il, à votre avis, quand je lui rapporterai votre comportement exécrable ?
Silence radio. Les rouge et or étaient choqués tant dis qu'Aurore et Céleste regardaient Drago se décomposer à vitesse lumière. L'air victorieux d'Harry ne plut pas du tout au professeur qui fronça les sourcils.
- Dans ce cas... Peut-être que le Célèbre Monsieur Potter se fera un plaisir de m'accompagner ? Je n'aurais qu'à me servir de lui en appât pour la créature. L'idée me paraît bonne... Non ? Comment ça, cela ne vous tente pas Potter ? Ah, bon... J'aurais pourtant pensé... Aucune importance. Quelqu'un d'autre a un commentaire ou une plainte à déposer ? Granger ? Londubat ? Jones ? Sunshine ? Non ? Bon, je suppose que je peux donc vaquer à mes occupations.
Le professeur marcha lentement, beaucoup plus lentement qu'il ne l'avait jamais fait, jusqu'à la forêt, écoutant d'une oreille distraite ce qu'il se disait. Après tout, il n'était pas extrêmement heureux de laisser trois Serpentard au garde-chasse. Ce qu'il entendit en pénétrant dans la forêt le sidéra :
- Bon, alors Aurore, Harry et Hermione, vous venez avec moi. Neville, Céleste et... bah toi-là... Vous allez avec Crockdur.
- PARDON ?
Ce n'était pas un hurlement venant des élèves mais bien de Rogue. Celui-ci mit lui-même un certain temps avant de s'apercevoir que c'était son propre cri d'indignation. Il se retourna et avança, menaçant, vers Hagrid se moquant bien de la différence de taille entre son petit mètre quatre-vingt-dix et les deux mètres soixante du garde-chasse.
- J'ai rêvé où je vous ai entendu dire que mes élèves partaient seuls dans la forêt avec un chien ?
- Crockdur est un très bon chien, professeur. De plus, il a l'habitude de vadrouiller dans la forêt.
- Donc vous avez bien suggéré de laisser la garde d'élèves à un chien ? Insista le sorcier.
Devant le silence du géant Rogue fit demi-tour sur lui-même et pointa ses trois Serpentard. D'un geste de la tête il désigna la forêt. Aurore, Céleste et Drago se regardèrent, hésitant à le suivre.
- Vous prenez des élèves professeur ? Bah, dans ce cas, prenez-en deux, comme ça deux autres partent avec Crockdur et...
- Vous ne m'avez pas compris, Hagrid : Aucun élève ne va avec le cabot. (Crockdur aboya à l'appellation de 'cabot' trouvant cela tout à fait déplacé) J'en prends trois et vous aussi. Donc, je vous laisse vous débrouiller avec les Gryffondor.
- Professeur... Vous ne devriez pas prendre ces trois-là.
- Oh, et puis-je savoir quel est ce nouveau délire, Hagrid ?
- Bah... Ils sont censés être punis non ? Donc déjà si vous les prenez tous ensemble, vous cassez pas le groupe...
Rogue poussa un long soupir las et pinça l'arrête de son nez entre deux de ses longs doigts fins.
- Et c'est vous qui pensez à ça ? Je croyais que vous étiez allé à Gryffondor...
- Je propose de prendre Harry, Hermione et Aurore...
- Hors de question : Sunshine vint avec moi, ce n'est pas négociable. Par contre, gardez Potter, je n'ai rien à faire d'un garçon arrogant. Je vais également garder Monsieur Malefoy, ce n'est pas contre vous Jones.
Ce fut à ce moment qu'Aurore, Drago et Céleste se rendirent compte que Rogue tenait à leur petit trio autant que McGonagall tenait à Harry et sa bande, ce qui n'était pas peu dire. La blonde accepta sans trop de problèmes d'aller avec Hagrid ce qui posa donc la question de : qui entre Neville et Hermione irait avec le directeur de Serpentard. Ni l'un ni l'autre n'avait vraiment envie d'y aller mais on ne leur laissait pas vraiment le choix.
- Pourquoi ne prendriez-vous pas Neville ? Proposa gaiement Hagrid, continuant sur sa lancée sans même jeter un regard aux enfants.
- Londubat ? S'étouffa Rogue. Vous voulez me refiler Londubat ? C'est Hors de question, je n'ai pas besoin d'un poids mort.
- Bah, Hermione alors...
- Encore moins d'une deuxième je-sais-tout bavarde.
- Vous voulez pas d'Harry, alors faudrait savoir... Sinon ils vont avec Crockdur.
Les élèves ne comprenaient vraiment pas pourquoi le terrible professeur de potions refusait absolument de les laisser avec Crockdur, mais il paraissait horriblement... Gentil dans une certaine mesure. Peut-être étaient-ils tombés sur un champignon magique qui les faisait délirer et, dans leur folie, Rogue les avaient accompagnés et les empêchaient de partir seuls dans la forêt. Toutefois, si tel était le cas, alors le grognement mécontent du professeur était vraiment bien reproduit par leur esprit.
- Donc, je suis obligé de prendre Londubat, je suppose.
- Vous pouvez aussi prendre...
- Londubat ! Ramenez votre misérable personne par ici. Eh bien, pour quelqu'un si pressé d'aller sauver ses précieuses licornes, vous avez considérablement rallongé ces formalités Hagrid. Après vous.
Neville vint avec Drago et Aurore qui tenta de le réconforter. Contrairement à ce qu'elle pensait, ils ne suivirent pas le géant dans la forêt. Drago et Neville complotaient dans un coin, ou du moins c'est ce qu'il paraissait d'un point de vue extérieur car il n'y avait nul doute que Drago menaçait d'un sort terrible le pauvre Gryffondor. Les sourcils froncés, Aurore tourna la tête vers son tuteur qui regardait le groupe disparaître entre les arbres.
- Je ne comprends pas.
- Il n'y a rien à comprendre. Suivez-moi. Londubat, ne vous perdez pas en chemin.
D'un geste brusque, le maître des potions se fit demi-tour et longea la forêt sans pourtant y rentrer. Ne comprenant pas où il voulait en venir, aucun ne posa de question. Pendant plusieurs minutes, ils suivirent le rythme effréné du maître des potions qui tournait de temps à autre la tête vers les arbres, comme s'il cherchait un chemin dont seul lui aurait connaissance.
- Où allons-nous ?
La réponse leur donna un frisson à tous.
- Là où Hagrid n'aimerait pas vous savoir.
Ils ne posèrent plus de question jusqu'à ce que Rogue bifurque soudainement entre deux arbres et ne s'enfonce dans une partie sombre de la forêt. Pas une fois le sorcier ne ralentit le pas malgré l'obscurité et ce fut comme s'il connaissait la chaque sentier, chaque arbre et chaque herbes poussant dans le lieu interdit. Malgré le fait qu'Aurore marche assez rapidement, elle ne voyait jamais plus que le bout des robes noires flottant dans le sillage du professeur. La jeune fille aurait aimé ralentir ou même tourner la tête pour voir où en étaient les garçons mais ses deux plus grandes peurs étaient d'heurter un arbre ou de perdre le professeur de vue. Ils continuèrent ainsi pendant plusieurs longues minutes qui parurent une éternité aux enfants, avant que Rogue ne s'arrête finalement dans une sorte de petite clairière. Pour la première fois depuis leur entrée dans la forêt, le lieu était éclairé de la lumière bienveillante de la lune et l'endroit lui-même semblait accueillant. En son centre un tronc, sûrement abattu depuis quelques années, reposait et servit rapidement de banc à Aurore, puis quelques secondes plus tard à Neville et Drago encore plus essoufflés que leur amie. Aux quelques gouttes de sueurs traversant leur front, il ne fit nul doute qu'ils avaient couru pour ne pas être laissés derrière. Pendant ce temps, Rogue faisait le tour du cercle d'arbre, comme s'il cherchait un autre détail que lui seul pouvait distinguer et qui mènerait là où il souhaitait aller. En levant la tête, Aurore remarqua quelque chose de différent dans les arbres.
- Je ne suis jamais venue ici.
- Encore heureux, car si cela avait été le cas, je vous aurai étranglée à mains nues. Siffla le professeur en continuant son inspection minutieuse des arbres.
- Où sommes-nous ?
- Presque au cœur même de la forêt.
- M-Mais... Il y a plein de bêtes au cœur de la forêt ! S'étrangla Drago. Mon père m'a toujours dit...
- Monsieur Malefoy. Vous êtes encore vivant et, faîtes-moi confiance, si nous sommes arrivés jusqu'ici c'est que les créatures ne nous tueront pas aujourd'hui.
Les trois enfants se regardèrent alors que Neville sanglotait toujours légèrement. Aucun n'était rassuré par les déclarations du maître des potions et ils espéraient tous qu'il savait ce qu'il faisait. Neville, pas du tout discret marmonna au blond d'une voix basse, mais pas suffisamment basse pour que Rogue et Aurore ne puisse pas entendre "Ton plan marche paassss..."
- Si je puis me permettre Messieurs, commença Rogue sur un ton courtois alors qu'il continuait sa ronde, baguette à la main, je ne vous conseillerai pas de faire un plan pour vous débarrasser de Sunshine en route, cela serait la sous-estimer gravement. Mais si vous pouvez vous arranger pour rester coincés dans cette forêt, Londubat, je vous assure que cela m'arrangerait. Dans ce cas, je vous paierais bien pour, mais je crains que de l'argent ne vous serve à rien dans une forêt.
Après quelques inspections de plus, Rogue poussa ce qui pouvait s'apparenter le plus à un long soupir de soulagement. Alors qu'il levait sa baguette pour lancer un sort, un hurlement de peur le fit sursauter et il tourna sa baguette vers la source du hurlement. Ne comprenant pas où était le danger, il examina Drago d'un regard perplexe et légèrement dérouté.
- PROFESSEUR ! QU'EST-CE QUE C'EST QUE CA ?! Hurlait le blond, debout sur le tronc, en montrant une tache grise et gluante près de là où il avait dû poser son pied quelques minutes plus tôt, à en juger l'état de ses chaussures.
Fronçant les sourcils, Rogue s'approcha pour examiner la substance gélatineuse avant de relever la tête et de murmurer :
- Imbécile... Tu n'aurais pas pu laisser meilleur indice... Calmez-vous, Malefoy, ce n'est rien.
- Qu'est-ce que c'est ? Insista-t-il.
- Puisque vous y tenez, c'est du sang de licorne.
- Du sang de licorne ? S'étouffa Aurore en détournant le regard de la tâche.
- Exactement. Quelque chose les tue... Ou du moins les blesse gravement. Mais c'est la "tâche" d'Hagrid de s'occuper de cela : je ne suis pas venu pour ces stupides chevaux cornus, ni pour tenter de les secourir ou je ne sais quelle action héroïque et sans intérêt. Maintenant, taisez-vous, je dois me concentrer.
Lentement, il leva sa baguette et après quelques secondes marmonna un " Hominium Revelio ", alors qu'une sphère lumineuse de couleur blanche s'en échappait et avant de voleter quelques tours autour de lui et de se diriger vers les trois élèves. La sphère attendit devant eux et, étrangement, Aurore s'imaginait presque un chien haletant, langue pendante, et tournant la tête vers Rogue pour attendre ses instructions.
- Pas eux, idiot. Souffla Rogue, alors que la boule revenait vers lui. Trouve...
Le nom de la personne se perdit dans le vent qui souffla à ce moment dans les oreilles des Serpentard et des Gryffondor. Docile, la lumière voleta jusqu'à un passage entre deux arbres, semblables en tous points aux autres.
- Que faisons-nous ? Demanda Drago.
- Nous allons... Poursuivre quelque chose qui a élu domicile dans cette forêt.
- Qu... Qu'est-ce que... Vous-Vous voulez trouver ? Demanda Neville, encore plus tremblant face à cette perspective de course poursuite dans la forêt Interdite.
- Je crains de ne pouvoir vous répondre Londubat. Maintenant, si vous pouviez tous avoir l'amabilité de vous lever et de me suivre, nous pourrions peut-être, enfin !, nous mettre à la recherche de la ... chose. A moins que vous ne souhaitiez rester ici ? Je vous assure de la faisabilité de cette dernière option.
Sans ce faire prier, Aurore et Drago se levèrent alors que Neville se fit plus hésitant. Sous la menace des pires tortures s'il ne se levait pas et ne les suivait pas, le Gryffondor finit par les suivre en sanglotant alors que le professeur lâchait un "Merlin, faîtes-le taire !". S'ils avaient trouvé que Rogue marchait vite la première fois, ce ne fut rien comparé à l'allure qu'il prenait pour suivre la boule, ne laissant jamais un écart de plus de vingt centimètres entre lui et le sort. Contrairement à la première fois, le groupe ne zigzaguait pas entre les arbres et semblait presque suivre un étrange sentier creusé par il-ne-savait quel aventurier, assez fou pour traverser plusieurs fois la forêt et marquer son chemin d'un sillage sur la litière de l'endroit. C'est donc sans peur qu'Aurore se retourna une fois pour voir où en étaient les garçons : Drago marchait du plus vite qu'il pouvait, mais était à la traîne alors que Neville était à peine visible au loin.
- Pourriez-vous ralentir, Professeur ? Souffla-t-elle également fatiguée.
- C'est si gentiment demandé...
Et il accéléra encore plus l'allure, ses robes n'ayant plus le temps de redescendre et se contentant de voler, littéralement, derrière lui. Les yeux d'Aurore s'écarquillèrent et cette fois elle implora :
- S'il-vous-plaît, Professeur... Ralentissez... Je vous en supplie...
Le ricanement n'échappa pas à la jeune fille qui fut plus que soulagée quand Rogue ralentit progressivement l'allure avant de s'arrêter et de se retourner pour voir où en étaient les élèves. Il arqua un sourcil en voyant Drago et Neville courir pour les rattraper et s'arrêter, essoufflés, pliés sur leurs jambes et haletant. Rogue sembla sur le point de leur faire une remarque acerbe, à tous les trois, quand la lumière clignota et s'éleva de haut en bas, sur quelques centimètres. Aurore ne put s'empêcher de la comparer, encore une fois, à un chien de chasse excité ayant trouvé une piste récente de la proie qu'il traquait.
- Pas le temps de vous reposer sur vos lauriers, vous trois. Sortez vos baguettes et suivez-moi. En silence.
Cette fois-ci, Rogue courrait. Alors qu'elle faisait tout son possible pour le suivre à travers les arbres sombres et les branches basses, Aurore se retrouva soudain, au détour d'un arbre, seule dans une étrange clairière, aussi accueillante que la précédente. Comme dans son homologue, un tronc était allongé en son milieu et la lumière de la lune apportait un sentiment de sécurité en son rayon bienveillant, visible dans l'atmosphère sombre, alors les lucioles voletant autour de l'herbe achevaient de parfaire cette illustration du lieu bienveillant et sûr dont tous les égarés en forêt rêvaient. Malgré le calme émanant clairement du lieu, Aurore paniqua : il n'y avait aucune trace du maître des potions. Lentement, elle leva la tête vers le ciel d'où pointaient les étoiles. Alors qu'elle songeait à prendre sa forme animagus, un bruit se fit entre juste derrière elle et, morte de peur, la jeune fille dégaina sa baguette. Il lui fallut quelques secondes avant de se rendre compte que sa baguette en cerisier était entre les deux yeux de Drago et, aussitôt, elle baissa son bras.
- Il est où le père Rogue ? Grogna-t-il. Parce que ça m'étonnerait qu'on fasse une pause.
- Je... Je l'ai perdu de vue... Je le suivais et paf ! Je me suis retrouvée ici.
- Q-Quoi ? Oh Noooon ! Pleura Neville. On est t-tous seuls en pleine forêt interdite ! On v-va tous m-mourir !
- Vois le côté positif, dit Drago en s'asseyant sur le tronc, au moins y'a pas du sang de licorne ici !
Neville s'approcha du blond, baguette à la main. Il s'assied également et poussa un long soupir alors qu'Aurore entamait un tour de la clairière pour voir où pouvait se trouver un sentier pouvant, éventuellement, les ramener à l'orée. Elle ne voulait pas l'avouer mais, au fond, la Serpentard mourrait de peur. Il fallait juste... Trouver une sortie. Ce lieu enchanteur ressemblait désormais, du point de vu de la jeune fille, à une prison magique dont l'impératif, pour ses captifs, était de partir au plus vite. Trop occupée à chercher un semblant de chemin, elle ne vit pas Drago se lever, ni s'approcher lentement et sournoisement du brun.
- AAAAAAAAAAAAAAAAARGH !
Dans sa panique Neville fit jaillir des étincelles rouges de sa baguette, les projetant vers le ciel en signe de danger. Aurore se retourna en sursautant et vit rouge. Ils ignoraient que, beaucoup plus loin dans la forêt, Rogue se retournait et s'apercevait de la disparition des élèves dans un murmure inquiet avant de se précipiter dans leur direction. Ils ignoraient également que c'était un signal de détresse et qu'Hagrid, Harry et Hermione courraient vers eux.
- DRAGO ! Tu n'es qu'un imbécile de première classe ! Rugit la Serpentard, se retenant de lui mettre une gifle monumentale. Nous sommes seuls en plein milieu de la forêt Interdite et tout ce que tu trouves à faire c'est d'effrayer Neville ?! Te rends-tu compte du nombre de bêtes sauvages qui ont vu les étincelles ? Au lieu de m'aider à nous faire sortir d'ici, tu joues le ... le...
Elle chercha plusieurs minutes durant une insulte mais la colère et l'inquiétude pulsant dans ses veines l'empêchaient de réfléchir correctement. Neville pleurait dans un coin alors que le blond paraissait bien ennuyé. Prenant une grande respiration, Aurore se força à garder le peu de calme encore présent en elle et à trouver une solution pour les protéger des éventuels attaquants pouvant désormais les trouver à n'importe quel moment. Quand un bruit de cape rasant le sol se fit entendre, la seule chose qu'Aurore put faire consista à tirer sa baguette et tourner sur soi-même, cherchant l'origine du bruit alors que les branches s'écartaient pour laisser passer une forme sombre. En la reconnaissant, la jeune fille se reteint de justesse de sauter dans ses bras et de l'enlacer. Rogue les avait trouvés ! Le professeur paraissait légèrement essoufflé et un vague soulagement s'afficha en les voyants sains et saufs. La colère remplaça rapidement toute autre émotion alors qu'il demandait :
- Qu'est-ce que vous faites là ? N'était-il pas clair que vous deviez me suivre ?
- Nous vous avons perdu de vu à un tournant. La seconde d'avant vous étiez devant moi et celle d'après j'étais dans cette clairière.
- Que pouvez-vous dire pour le hurlement et les étincelles ? Demanda-t-il, suspicieux.
- Neville. Drago a eu la merveilleuse idée de lui sauter dessus par surprise alors il a cru être attaqué.
Alors que Rogue, encore plus furieux, s'apprêtait à hurler sur les deux garçons, Neville doubla ses pleurs et tenta de donner un minuscule coup de poing au blond.
- Tout ça c'est ta faute ! Ton fichu plan a pas marchééé, chouina-t-il.
- Londubat, menaça froidement le professeur, si vous ne m'apportez aucune explication au sujet de ce "plan", je fais un meurtre.
- C- C'est ça fauuute... I-il m'a dit que si nous étions trop insupportables vous m'enverriez avec Hagrid parce que... moi ze veux pas être làààà...
Un tic vint agiter la paupière du professeur, ce qui n'était jamais bon signe, alors qu'Aurore commençait à invectiver Drago, le traitant de tous les noms lui passant par la tête. En temps normal, le maître des potions l'aurait sermonnée en demandant si sa future profession était ornithologue, mais ce fut tout le contraire. Lui aussi se mit à hurler sur Neville, ne croyant pas à l'idiotie et la crédulité de cet imbécile de Gryffondor. Ils s'immobilisèrent tous en entendant un bruit de cape rasant le sol, mais au bout de plusieurs minutes il se calma. Si Aurore continua à menacer de mort le blond, Rogue détourna la tête en murmurant dans une étrange et minuscule litanie : "Merlin... Empêchez-moi de le tuer..."
- Empêchez de tuer qui Professeur ? Lança une voix bourrue, légèrement étonnée.
- Hagrid, salua dangereusement Rogue. Puis-je savoir pourquoi vous êtes là ?
- Ce n'est pas vous qui avez envoyé les étincelles ? S'étonna le géant.
- Londubat, siffla-t-il avec mépris. Ils ont eu de la chance que je les retrouve avant toutes les bêtes qui rôdent ici.
- Retrouve ?
- Ils ont été victimes d'un tour de la forêt. Cette clairière est presque apparue par enchantement, si je puis m'exprimer ainsi.
- Je vois... Bon bah, je vous laisse du coup ...
- Non, vous ne partez pas sans Londubat. Je ne supporterai pas plus longtemps un idiot comme lui. Si ce n'avait pas été pour Sunshine et, éventuellement Malefoy, je n'aurais pas fait demi-tour et aurait laissé les loups garous ou toute autre créature carnivore les dévorer. Je récupère Jones, et vous pouvez récupérer Monsieur Malefoy et Londubat.
- Quoi ? Hurla Drago, pas du tout enclin à partir avec le géant. Mais...
- Il n'y a pas de mais, Malefoy. Vous m'agacez au plus haut point ce soir et je ne saurai tolérer plus un élève qui fait peur à un autre en pleine forêt, au point qu'il alerte toutes les créatures autour !
- M-mais... Si nous n'avions pas lancé le signal nous serions restés coincés ici !
- Si vous aviez ouvert vos livres, vous auriez su que c'est la clairière des égarés. Au cœur même de la forêt se trouve une clairière qui attire vers elle ceux qu'elle juge perdus et dignes de revoir un jour la sortie ! Peu importe le chemin que vous auriez pris, vous seriez retournés à Poudlard. Seul un sort permet de s'en extirper et continuer son chemin. Idiots.
- Mais... Professeur... Faudrait que vous preniez un Gryff...
- Potter ! Venez, vous ne pouvez pas être pire que Londubat.
Harry fit de grands signes de négation au géant qui ne sembla pas les voir et le poussa légèrement en avant, ce qui déforma les lèvres de Rogue en un rictus.
- Réticent Potter ? Vous feriez mieux de ne pas trop l'être avec moi. Maintenant, nous allons retourner dans la zone moins sûre de la forêt pour terminer ce que j'ai à faire.
Hagrid s'en était allé depuis plusieurs minutes mais Aurore remarqua Crockdur qui haletait, langue pendante, en la dévisageant. Comprenant qu'il voulait venir avec eux, la Serpentard prit sur elle pour demander.
- Professeur ? Crockdur peut-il venir avec nous ?
- Non. Je n'ai rien à faire d'un stupide cabot. Qu'il aille avec son maître !
- Mais Hagrid est parti, et il risque de se perdre... S'il-vous-plaît...
- Je vous ai déjà dit non, Sunshine. Souhaitez-vous vraiment tester les limites de ma patience ? Vous étiez mieux avec la voix cassée.
- D'ailleurs pourquoi m'avez-vous donné une potion ? J'avoue n'avoir toujours pas compris, bifurqua Aurore.
- Simple : vu le nombre de potions que vous avez dû ingurgiter, car oui je sais que c'est ce moyen que vous avez utilisé, et de par quelque surprenants faits vous concernant; les sorts n'auraient eu aucun effet, répondit le professeur sur un ton professionnel alors qu'il continuait de chercher ils-ne-savaient-quoi.
- Je voulais dire "pourquoi m'avez-vous soignée" ?
- Ne soyez pas ridicule Sunshine : vous pensiez vraiment que j'allais me risquer à envoyer une élève incapable d'appeler à l'aide dans la Forêt Noire ? Demanda-t-il en se retournant, dévoilant ainsi un sourcil arqué.
- Et pour le chien ? Rappela Aurore, espérant que l'avoir détourné un instant du sujet le ferait changer d'avis.
- C'est toujours non. Vous feriez mieux de renvoyer le cabot avant qu'il ne meure dans d'atroces souffrances.
- Professeur Crockdur connaît tous les recoins de la forêt, vous savez. Intervint Céleste.
- Et puis... Nous pourrions lui faire renifler du sang de licorne et il trouverait celle qui est blessée... ajouta Harry.
- De un, Potter, je me fiche des licornes. Deuxièmement il me semble que je ne vous ai pas demandé votre avis.
La tête de Rogue parut sur le point d'exploser quand il se rendit compte qu'il était coincé avec trois, insupportables, enfants qui le regardaient d'un air de chien battu. Pourquoi ne les avait-il pas envoyés avec le cabot finalement ?
- Potter... Jones... Sunshine... Arrêtez, vous me donnez envie de vomir avec toutes ces niaiseries...
- S'il-vous-plaîîît, firent-ils en chœur, accentuant le mal du pauvre professeur de potions alors que Crockdur lâchait, parfaitement synchrone, un gémissement implorant.
Au même moment la boule de lumière, nouvellement invoquée de par la disparition précoce de l'ancienne (les hurlements et la colère du maître des potions ayant affecté très légèrement sa magie), de couleur bleue cette fois; s'agita. Considérant une nouvelle fois les jeunes élèves, le professeur soupira et acquiesça pour ne pas perdre plus de temps.
- Seulement, si ce cabot lâche un seul malheureux son; l'Avada Kedavra et le Doloris paraîtront trop doux et rapides par rapport à ce qui l'attendra, précisa la voix glaciale alors qu'un passage s'ouvrait entre deux arbres.
Alors que les deux filles déglutissaient et hochaient lentement la tête, Harry était perplexe.
- C'est quoi Avada bidule ?
Avec un faux geste maternel, Aurore posa sa main sur l'épaule du rouge et or :
- Garde ton innocence aussi longtemps que possible.
En silence, ils suivirent Rogue dans un nouveau sentier de la forêt, plus sombre et effrayant que tous les autres. Cette fois, ils furent surpris par le fait que les arbres poussaient à plus grande distance que tous les autres chemins pris, où les plantes étaient souvent serrées les unes contre les autres. Les étranges et angoissants bruits de la forêt provoquaient des sueurs froides chez les enfants alors que Rogue ralentissait, se faisant hésitant.
- Professeur ?
Soudain, la lumière du sort disparu et ils se retrouvèrent tous dans le noir complet. Rogue fit un pas en arrière, légèrement étonné, et tenta un autre sort qui se perdit dans le vent malsain qui souffla à ce moment. Les yeux du professeur se plissèrent pour tenter de briser le masque sombre mais il ne pouvait pas. Aurore, elle, ne voyait pas à plus de quelques pas, à son plus grand étonnement. Le professeur se plaça devant ses élèves, bras tendus pour les protéger de l'étrange bruit de cape rasant le sol et se resserrant autour d'eux tel un étau. La magie de Rogue semblait faire face à un étrange barrage, et Aurore se demanda si la sienne pourrait toujours fonctionner. Un pégase débarquant de nulle part ferait peut-être peur à la... chose. Aucun n'osait produire de son et même Crockdur était replié entre les jambes d'Harry et Aurore, tremblant. Il y avait quelque chose d'anormal.
- Restez bien derrière moi, ordonna Rogue d'une voix sévère d'où pointait, pour la première fois depuis qu'ils le connaissaient, de l'inquiétude.
Puis, aussi mystérieusement qu'il était arrivé, le bruit disparu et un rayon bienveillant de lune vint éclairer la zone, prouvant que danger il n'y avait plus. Pourtant le professeur ne sembla pas rassuré, tout comme ses élèves restaient pétrifiés. Un bruit de branche écrasée fit sursauter les plus jeunes, mais calma le maître des potions. Il s'avança de quelques pas et tendit une main qui s'abaissa lentement dans l'air, caressant une chose invisible.
- Bonjour, murmura-t-il lentement sur un ton mystérieux et surpris. Tu nous as fait une belle peur, pas vrai ? Vile créature...
- Qu'est-ce que c'est...? Demanda Harry, la peur perçant sa voix.
- N'avais-je pas dit qu'il y avait des créatures plus intéressantes que de stupides licornes ? Je suppose que vous pourrez faire une recherche à ce sujet, Potter. Une dissertation de quatre-vingt-dix centimètres pour lundi ne sera pas trop demandé, n'est-ce pas ? Souffla-t-il alors que sa main continuait ce même ballet de haut en bas.
Ce fut alors qu'Aurore comprit pourquoi ce simple geste lui était si familier. À ce moment, elle se revit à BeauxBâtons caressant de la même façon le chanfrein de Thor, pégase le plus caractériel de l'école française, en murmurant des mots aux oreilles de l'équidé. D'un coup, la nature de la créature devint évidente aux yeux d'Aurore.
- C'est... C'est...
- Voyons, Miss Sunshine... Monsieur Potter est ravi d'avoir un devoir supplémentaire, ne lui gâchez pas son plaisir...
- Avez-vous déjà vu... la mort ? Coupa-t-elle avec hésitation.
Seule Aurore nota l'infime frisson qui parcourut l'échine du professeur.
- Plus de fois que je ne l'aurai voulu...
La voix était posée, neutre. Tout le contraire de ce qu'indiquèrent les secousses de sa tête, comme s'il s'efforçait de chasser une vision désagréable, horrible.
-Revenons-en à toi, sublime créature ... Aurais-tu vu les forces du mal dans cette forêt ? Sais-tu à quoi correspond le bruit de cape sillonnant les chemins ?
Il y eut un bruit à la fois harmonieux et inquiétant, qui laissa le professeur perplexe alors que les trois élèves se serraient l'un contre l'autre, toujours inquiets.
- Il n'est pas mort... Répéta-t-il doucement, d'une voix presque tremblante. Au Nord... Le long du chemin de sang gris... Je suivrai ton conseil... Pars.
La main se laissa tomber, et Rogue regarda plusieurs minutes la voie qu'avait dû emprunter l'animal mystérieux. Sans prévenir, le professeur se retourna sèchement vers ses élèves.
- A partir de maintenant, baguette en main, silence absolu et vous me suivrez comme mon ombre; surtout vous Potter : je n'ai rien à faire de votre misérable personne, mais Dumbledore ne me pardonnerait pas de vous avoir perdu...
- Professeur ? Mais une ombre possède-t-elle une ombre ? Dans le cas contraire, comment peut-on suivre l'ombre d'une ombre ? Demanda innocemment la jeune fille, ses yeux verts brillant de malice.
- Sunshine, en ce qui vous concerne, je veux que vous soyez mon ombre. Continua le professeur, sans prendre note de l'interruption. Suis-je clair ?
Sans attendre, il commença à traverser les nombreuses broussailles poussant plein Nord, mais la chose en Aurore ne l'entendit pas de cette oreille. Le long de sa cage thoracique, la sombre force pulsa. Cette brume, posée sur son cœur, fit de nouveau couler cet étrange dopant dans ses veines... Et Aurore ne put refréner cette question... Elle évitait le sujet depuis trop longtemps. Beaucoup trop longtemps.
- Qui vous le reprocherait ? Qui vous reprocherait de me perdre dans cette forêt ? Trembla-t-elle, alors que ses yeux s'humidifiaient. Certainement pas Dumbledore... Ni McGonagall... Alors allez-y ! Je vous en prie ! Dites-moi qui me regretterait !
Céleste gesticula, mais Aurore ne lui prêta aucune attention. Plus rien n'allait. Rien n'avait jamais été. Il était temps de mettre les choses au point... avant... avant qu'elle ne coupe le morceau de ficelle la retenant au monde d'en haut. Son cœur battait la chamade alors qu'elle attendait la réponse du professeur. Il s'était figé entre deux arbres, à quelques pas. La Serpentard n'eut pas besoin de voir son visage pour faire le portrait des traits figés qu'il devait, alors, arborer. L'appréhension ne lui tordit pas plus longtemps les entrailles, car le professeur fit un pas en avant comme si rien ne s'était passé. Ce fut la goutte de trop : sur ce point, elles étaient d'accord.
- Ne faites pas comme si de rien n'était ! Pourquoi ? Pourquoi êtes-vous un jour aimable, supportable, et les autres odieux ? Pourquoi ne pouvez-vous pas tout simplement faire comme avec Harry ? Pourquoi ne pouvez-vous tout simplement pas me détester ? Ou alors comme avec Drago ? Je ne sais plus où me mettre, alors répondez-moi ! Qui donc me regretterait si je disparaissais, ce soir, dans la forêt ?
La voix trembla sur les derniers mots. La dernière question n'en était pas vraiment une : c'était un amas de sous-entendus qui dévoilait toute la douleur enfermée dans cette cage cadenassée qu'est le cœur. Cette douleur, qu'elle cachait à tous. Cette douleur, qu'elle avait cru tromper en même temps que ses amis. Cette douleur qu'elle espérait faire disparaître grâce à l'animagus. Cette douleur, que Rogue entendit dans chaque mot, et qui l'arrêta de nouveau.
- Ce n'est pas le... tenta Céleste.
- Tais-toi. Répondit la brune, aussi calmement que lui permettait sa respiration sifflante.
Était-ce vraiment elle qui parlait ? Oui, la chose n'aurait pas le pouvoir de parler de ces affaires. Elle ne faisait que l'aider, la forçant à mettre les choses au point. Quelle que soit cette chose Aurore la remerciait... Pour une fois.
Aurore... Ne joue pas avec le feu... Rogue n'est pas le genre à être compatissant... Transmit Harry.
Je le connais mieux que tu ne le connaîtras jamais.
- Miss Jones... A raison... Ce n'est ni le lieu ni le moment. Souffla calmement Rogue, la tête légèrement tournée par-dessus son épaule alors qu'il leur faisait toujours dos. Nous en parlerons plus tard.
- Vous savez très bien que ce n'est pas vrai. Le choix est simple : dites-moi... ou je risque de me perdre entre les deux arbres gardiens... Pour de bon.
Plus personne ne bougea. Même Harry savait ce qu'étaient les arbres gardiens : ces magnifiques chênes millénaires trônant, quelque part, dans la forêt et qui seraient un aller direct... pour la mort. Personne ne serait capable d'en revenir à moins de faire de la magie très noire... Et pourtant on ne rentrait presque jamais comme on était parti. Pendant un instant, aucun son ne charma leurs oreilles si ce n'est la mélodie glacée et enragée du vent.
- Très bien, souffla le maître des potions.
Pendant un, très court, instant Aurore fut certaine qu'elle pouvait disparaître dans la forêt. Mais Rogue se retourna lentement vers elle, ignorant les deux autres élèves. Son visage était fermé et ses sourcils légèrement froncés. Pourtant, ses yeux noirs exprimaient un sentiment qu'Aurore ne parvint pas à déchiffrer.
- Vous m'aviez demandé si j'avais vu la mort... J'ai répondu. Je n'ajouterai pas une autre disparition au décompte. Déclara-t-il, lentement, tout en balayant les environs du regard.
Était-ce un "oui" ou un "non" ? La chose décida que c'était un "non" mais Aurore fit le contraire, et la vainquit. Le poids sur son cœur s'estompa avec lenteur, alors que l'adrénaline du pouvoir quittait ses veines en laissant un mal de tête tenace. La Serpentard secoua sa tête quelques secondes pour chasser les reliquats de la discussion alors qu'Harry et Céleste la dévisageaient.
- Aurore... Tu faisais peur. Chuchota Céleste d'une petite voix.
Ne comprenant pas vraiment, Aurore ignora la remarque, ou du moins tenta de l'ignorer. Alors qu'elle suivait Rogue sur les traces des tâches gluantes grises, la phrase faisait de multiples allers-retours dans son esprit. A quoi ressemblait-elle, dans ces accès de puissance et de dépression ? Un hurlement de rage rompit le doux ballet de ses pensées.
- Nous tournons en rond ! Rugit le professeur. Pourtant...
Ce fut alors qu'Harry tenta :
- Peut-être pourrions-nous chercher la licorne blessée...
- Combien de fois devrais-je répéter que je me fiche de vos licornes Potter ?
Maugréant, le brun laissa son regard divaguer entre les branches et la litière de la forêt. Ce fut alors qu'il aperçut une tache argentée sur le sol, gluante et mal dissimulée par des feuilles. Il s'approcha de quelques pas et s'écria : "J'ai trouvé !" Avant de partir en courant. Aurore fut la première à le remarquer.
- Harry ! HARRY ! Appela-t-elle en vain. Zut ! Espèce d'idiot !
Et elle courut à sa poursuite, Crockdur sur les talons. Céleste blêmit alors que Rogue s'apercevait de la fuite des deux élèves.
- Aurore ! Appela la blonde en s'approchant du chemin emprunté. REVIENS ! Oh, et puis Zut ! Désolée professeur !
Et elle s'enfonça également le plus vite qu'elle put entre les arbres de la Forêt interdite, avant que son directeur de maison ne puisse l'en empêcher.
- Adolescents idiots, impulsifs et sans cervelle ! Grogna-t-il alors qu'il s'engageait lui aussi à la poursuite des deux premiers.
Aurore était furieuse : par elle-ne-savait quel tour de magie, Harry l'avait semée. De peur de le perdre, la jeune fille avait dû prendre sa forme pégase en plein milieu des arbres. Galopant ventre à terre, elle tentait vainement de le rattraper : où était-il, par Merlin ? La tournure des événements lui semblait de plus en plus étrange : d'où venait cette traînée de sang, surgie de nulle part, qu'elle suivait en supposant que c'était le chemin que le brun avait suivi ? D'où venait-il, ce sang, alors que la piste argentée qu'ils suivaient avec Rogue les faisait tourner en rond ? La réponse lui vient en un éclair : un sortilège d'illusion. Quelqu'un dans cette forêt les faisait tourner en rond, leur donnait de fausses pistes... Qui était-ce ? Pourquoi ? Comment ?
Alors qu'elle se sentait de plus en plus proche du Gryffondor, un autre détail percuta son esprit plus vite qu'une voiture moldue : Pourquoi seul Harry avait-il pu voir la tache de sang ? Il devint évident que c'était un piège, destiné à attirer Le Survivant.
Cette simple perspective fit accélérer Aurore, alors qu'au fond d'elle une nouvelle question se posait : pourquoi tenait-elle tant à Harry ? Elle n'était pas, Oh Merlin certainement pas !, amoureuse. Alors quoi ?
Je pourrai t'aider... Susurra la voix au fond d'elle.
Tu m'as déjà assez aidée, merci bien !
Le bruit de cape reprit, mais Aurore ne ralentit pas. Alors qu'elle arrivait dans une clairière, elle trouva Harry, figé, fixant une forme blanche étendue sur le sol. Son cœur se serra alors qu'elle reconnaissait la silhouette d'une licorne morte. C'était à la fois beau, et triste : un tableau emplissant l'air de mélancolie, alors que le vent faisait danser les branches dans une musique d'hommage. Au moment elle s'arrêta pour regarder, une étincelle de tristesse dans ses yeux équins, le terrible spectacle, un buisson frémit... Et alors Aurore comprit d'où venait le bruit de cape les ayant poursuivi tout au long de leur périple dans la forêt.
Avec lenteur, une silhouette encapuchonnée sortit de l'ombre et rampa sur le sol, comme une bête traquant un gibier. La silhouette se pencha sur le cadavre et commença à boire son sang. Harry ne put retenir un hoquet d'horreur. Malheureusement, ce fut suffisant pour que la silhouette relève sa tête et darde son regard sur le Gryffondor. Crockdur, qui était arrivé à l'instant, poussa un long hurlement de peur et prit aussitôt la fuite. Le spectacle faisait vraiment peur: les gouttes de sang de licorne avaient entamé une longue descente depuis le bout des lèvres de l'ombre, coulant avec une lenteur effrayante sur la poitrine de la silhouette. D'un bond, elle se releva et se précipita vers lui. Harry semblait paralysé par la peur et, pour une mystérieuse raison, n'avait pas vu Aurore. Sans qu'elle ne comprenne ce qu'il se passait, elle vit Harry tituber en reculant. Où était Rogue ? Et Céleste ? Elle était pourtant sûre de les avoir entendus courir derrière eux ! Mais elle n'avait plus vraiment le temps de les attendre : la silhouette allait attraper Harry.
N'écoutant que son instinct, Aurore bondit entre les deux êtres et se cabra, battant l'air de ses sabots. La silhouette recula vivement. Au fond d'elle, l'animagus sentit l'étonnement d'Harry alors qu'il murmurait : "La jument..."
Pourtant quand ses sabots touchèrent à nouveau le sol, une mauvaise surprise l'attendait : une baguette était pointée sur elle. Avant qu'Aurore ne puisse la détailler pour déduire à qui elle appartenait, un sort violent la toucha. Puis un autre. Au bout du troisième, ancrer ses sabots dans le sol ne suffit plus et le Stupefix informulé l'envoya valser contre un arbre. Dans son envol, elle fut retransformée par la force des choses. Harry en fut surpris, mais était trop occupé à regarder la forme s'approcher de lui. Alors que le brun continuait de reculer, il trébucha malencontreusement sur une énorme racine et s'étala de toute sa longueur. Alors que l'être malveillant allait toucher Harry, il y eut, non loin, un bruit de pas rapides et un cri parfaitement compréhensible :
- Expelliarmus !
La silhouette de Rogue se dessina lentement entre les arbres, alors qu'il détaillait la chose et en faisait lentement le tour pour s'approcher des enfants.
- Tu es encore plus idiot que ce que je croyais... Murmura-t-il doucement, sa baguette toujours pointée sur la silhouette. Cependant, le sortilège d'illusions était assez original, je l'avoue...
La tirade du professeur fut interrompu par un ricanement inhumain qui le pétrifia : ses yeux s'ouvrirent grand et leur éclat s'affaiblit, les lèvres déjà livides prirent une couleur difficilement descriptible tant elle était pâle et sa main, tremblante, s'abaissa de quelques millimètres sous l'hésitation. D'un bond la créature en profita pour sauter vers sa baguette, allongée sur la litière de la forêt. Mais avant qu'il ne puisse l'atteindre, quelque chose marcha dessus et la brisa en deux avec un grand CRACK. Un sabot, observa Aurore alors qu'elle tentait de se relever. Ce fut au même moment, au milieu de cette tornades d'actions, que la Serpentard s'aperçu combien la cicatrice sur son dos la brûlait. Pourquoi ne l'avait-elle pas ressenti plus tôt ? Sa réflexion, déjà troublée par la douleur presque insupportable, s'interrompit avec un cri de guerre assez sauvage et un bruit de cape s'éloignant en rasant le sol. Elle tenta de comprendre quelque chose à la scène, brouillée par les larmes de douleur menaçant de couler. Un jeune centaure, aux cheveux blonds-blancs et au corps de cheval alezan, se tenait près de là où la créature s'était, certainement, enfuie. Rogue, lui, semblait hésiter. Il jeta un coup d'œil au centaure qui hocha rapidement et brièvement la tête. Alors il se tourna vers les enfants et murmura sur un ton pressé :
- Sunshine, Potter, ne restez pas là, et ne m'attendez pas. Rentrez avec Hagrid, c'est un ordre !
Et, sur ce, il s'enfonça en courant entre les arbres et les ombres; poursuivant clairement leur mystérieux agresseur.
C'est sûrement cette chose qu'il poursuivait... Seulement c'est obligatoirement un sorcier... Très probablement de l'école... Mais qui ? S'interrogea la jeune fille en essayant à nouveau de se relever.
A côté, le centaure se présenta : il expliqua qu'il s'appelait Firenze. Lorsqu'Harry lui demanda ce qu'était cet étrange monstre, il esquiva la question et fit cette simple constatation qui agaça légèrement les deux enfants : "Tu es le fils Potter...". Le silence régna jusqu'à ce qu'Aurore ait réussi à se lever, s'appuyant au tronc d'arbre mort qu'elle avait percuté.
- Comme l'a dit votre professeur, il vaudrait mieux que vous retourniez tous les deux auprès d'Hagrid. Comme vous l'avez constaté, la forêt n'est pas sûre ces temps-ci... Surtout pour toi, ajouta-t-il en désignant Harry, puis il se tourna vers Aurore. Quoi que, tu n'es pas en sécurité non plus... Mais votre agresseur ne veut pas te tuer, au contraire de Monsieur Potter. Savez-vous monter à cheval ? Ce sera plus rapide.
Il plia ses jambes pour qu'Harry puisse monter et, voyant qu'Aurore ne s'approchait pas d'eux, le centaure demanda :
- Tu ne sais pas monter ?
- Oh si, bien-sûr que si, le détrompa-t-elle en s'approchant du lieu où la baguette avait été brisée, mais je n'ai pas besoin de vous abimer le dos : je peux aisément suivre votre rythme sans pour autant vous gêner.
Au bout de plusieurs secondes d'examination intense, Aurore s'aperçut avec horreur que les morceaux de la baguette avaient tous disparus : Pourquoi ? Quand ? Comment ? Les questions se bousculaient douloureusement dans son esprit alors qu'Harry la rappelait.
- J'arrive, lâcha-t-elle avec dépit tout en se transformant.
L'animagus prit une seconde pour profiter de la paix dans son esprit, régulièrement douloureux, et rattrapa au petit trop Firenze et Harry qui l'attendaient. D'un accord commun, ils partirent au galop. Soudain, surgissant de nulle part, deux formes leur bloquèrent le passage et les forcèrent à piler des quatre fers.
- Firenze ! Tonna le premier, qu'Aurore connaissait sous le nom de Bane. Que fais-tu ? Tu portes un humain sur ton dos ! N'as-tu donc aucune honte ? Ne vois-tu pas celle que tu jettes sur nous à te prendre pour une vulgaire mule ?
- Savez-vous qui est ce garçon ? Répondit leur accompagnateur. C'est le fils Potter, et ici, transformée, est son amie : Aurore. Plus vite ils auront quitté la forêt, mieux cela vaudra.
- Que leur as-tu révélé ? Gronda Bane. Nous avons fait serment de ne pas nous opposer aux signes du destin ! N'as-tu pas lu le futur dans le déroulement des planètes ? J'espère, tout du moins, que tu ne lui as rien révélé à elle ?
- Je suis sûr que Firenze a cru bien faire, intervient celui qui s'appelait Ronan, de sa voix sombre.
- Bien faire ! S'écria Bane avec colère, frappant le sol de l'un de ses sabots noirs. Qu'avons-nous à voir là-dedans ? Les. Centaures. Se soumettent. Aux signes. Du. Destin.
Le centaure avait largement appuyé sur chaque mot, envoyant des regards noirs à la jument grise non loin.
- Firenze, c'est triste mais quoi que tu puisses révéler à Potter ne changera rien dans l'immédiat, alors que le moindre mot que tu auras glissé à Aurore aura des conséquences immédiates, souffla doucement Ronan. Dis-nous ce que tu lui as dit.
De plus en plus intriguée par la tournure de la discussion, elle tourna sa tête équine vers Firenze, espérant qu'il lui expliquerait de quoi il en retournait.
- Je ne lui ai rien dit, avoua Firenze avec regret, mais j'allais le faire. Désolé Aurore, je ne peux rien dire.
- J'aurai préféré que vous n'en parliez pas du tout ! Hennit-elle de colère. Maintenant qu'est-ce que je fais ? Je vais tranquillement me coucher en me demandant "Bon, je meurs demain ou j'ai le temps de passer les examens ? ".
- Nous n'avons pas à nous promener comme des ânes pour aller chercher des humains égarés en forêt ! Asséna, une fois de plus, Bane en ignorant la jument furieuse.
Sous le coup de la colère, le plus jeune centaure rua et Aurore vit Harry se cramponner du mieux qui ne le put pour ne pas tomber.
- Tu n'as donc pas vu la licorne ? Tu ne comprends donc pas pourquoi elle a été tuée ? Les planètes ne t'ont pas révélé ce secret ? Je me dresse contre la chose qui se cache dans cette forêt, Bane. Même si cela revint à aider les humains.
- Et où est le professeur ? Il les accompagnait, alors pourquoi reprends-tu tout le sale travail ? Continua Bane, alors qu'Aurore hennissait de colère du fait qu'il ose parler ainsi de Rogue.
- Le professeur, commença Firenze sur un ton diplomatique que démentait sa posture, est parti poursuivre la créature.
Au grand étonnement d'Aurore et Harry, Bane, intraitable jusque-là, inclina la tête en signe de respect face à l'acte.
- Je dois avouer... Que je suis étonné. Il mérite... Notre respect pour être parti l'affronter alors qu'il n'a pas l'avantage.
- Heureux de te l'entendre dire. Maintenant je dois partir. Cracha Firenze en partant au galop.
Alors qu'ils plongeaient dans la forêt, Harry ne put retenir plus la question dont ils débattaient avec Aurore par les pensées depuis plusieurs minutes.
- Pourquoi Bane est-il tant en colère ? C'est à cause de cette chose dont tu nous as sauvés ?
Le centaure ralentit l'allure et conseilla à Harry de se pencher pour ne pas heurter les branches basses, alors qu'Aurore les écartait de ses ailes aux multiples égratignures. Le reste du trajet se fit en silence, les deux jeunes sorciers attendant une réponse qui ne vint pas. Alors qu'ils traversaient l'épais sous-bois, leur guide pila.
- Harry Potter... Sais-tu à quoi sert le sang de licorne ?
- Non, répondit Harry avec sincérité, nous n'utilisons que leur corne et les crins de leur queue en potions.
- N'y-a-t-il pas une histoire de malédiction ? Demanda Aurore dans un hennissement.
- Tuer une licorne est une chose monstrueuse. Pour commettre un tel crime, il faut n'avoir rien à perdre et tout à gagner. Le sang de licorne permet de survivre à tout, même si on est sur le point de mourir, mais il existe un terrible contre-parti. Il faut tuer un être pur, sans autre défense que sa corne, pour sauver sa propre vie. Et dès l'instant où les lèvres entrent en contact avec le sang, ce n'est plus qu'une demi-vie... Une vie maudite comme tu l'as dit, Aurore.
Il y eut un silence alors que les deux sorciers observaient les arbres tintés des tâches claires de la lune.
- Qui pourrait-être désespéré à ce point ? Demandèrent-ils dans un même écho. Mieux vaudrait mourir, non ?
- Oui... Oui... A moins qu'on ait simplement besoin de survivre jusqu'à obtention d'une autre solution, qui permettrait la vie éternelle... Harry Potter... Aurore... Savez-vous ce qui est caché dans cette école ?
- La pierre philosophale ! S'exclama Aurore en se retransformant dans un flash bleu et avec un "Pop !" sonore.
- Mais qui ? Continua Harry.
- Ne connaissez-vous pas quelqu'un qui subsiste sous une forme précaire, attendant son heure pour obtenir le pouvoir ?
Aurore tituba brutalement. Quelque chose lui faisait mal dans sa tête... Quelque chose tentait de déchirer son esprit... Et celui-ci cédait. Il lui fallut toute la volonté dont elle pouvait disposer pour le maintenir en un seul fragment alors que la chose s'activait au fond d'elle.
Pouvoir ? Quelqu'un a-t-il dit pouvoir ?
Mais Aurore se doutait bien qu'il ne s'agissait pas de la chose en elle : comment aurait-elle pu les attaquer tout en restant dans le corps d'Aurore ? Insensé. La seule solution à l'énigme de Firenze était Voldemort... Le seigneur des Ténèbres...
La prochaine chose qu'Aurore comprit fut une main qui la secouait doucement, et une autre qui criait son nom. Céleste et Drago étaient penchés à côté d'elle.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Où étais-tu passée ? Tu vas bien ? Demanda-t-elle à la blonde, certaine qu'elle la suivait avec Rogue.
- Je me suis retrouvée dans la fameuse clairière... Sauf qu'elle m'a menée à Hagrid, alors je leur ai dit que vous étiez sûrement en danger...
- Tu n'as pas l'air bien Aurore, souffla Drago. Ça va aller ? Tu vas tenir jusqu'au château ?
- Oui... Oui...
Le blond l'aida à se redresser et la brune se laissa épauler, ne se sentant plus en mesure de tenir seule debout. Firenze était parti, observa-t-elle avec une pointe de regret : elle avait tout de même espérer parler avec le centaure au sujet de cette "destinée" la concernant, même si c'était très peu probable qu'il avoue.
- Où est le Professeur Rogue ? Demanda Hagrid d'un ton bourru.
- Il est parti à la poursuite de la chose qui nous a attaqués, répondit faiblement Aurore. Il a dit de ne pas l'attendre...
- C'n'est pas une bonne idée ça... Bah, aller, je vous raccompagne au château, pas besoin d'attendre Rusard : vous avez assez fait pour aujourd'hui... Quelle idée d'donner une retenue dans la forêt interdite... M'demande bien qui a eu cette idée...
Après qu'Aurore ait insisté pour ne pas aller à l'infirmerie, les trois serpents étaient rentrés dans leur salle commune et, malgré le fait qu'il fasse nuit, ils s'étaient tous installés dans les fauteuils confortables du repère des Serpentard pour tout se raconter. Chacun donna sa version de la soirée qui les laissa songeur. Ils conclurent qu'ils en débattraient le lendemain, mais les trois Serpentard étaient d'accord pour dire que Rogue était innocent dans toutes les affaires de balai ensorcelé et autres. Pourtant, les mystères de la soirée n'avaient pas dit leur dernier mot, et quand Aurore défit son lit, elle y découvrit sa cape d'invisibilité. Celle même que son tuteur lui avait confisquée. Un petit mot y était épinglé, dans une écriture qui n'était pas celle de Rogue :
" Au cas où ".
Merci d'avoir lu !
Encore une fois j'ai hâte de lire vos spéculations et avis
Je vais voir quand je peux regarder le 14 ème ;)
A bientôt !
