Je n'ai pas vraiment pu corriger ce chapitre. Je voulais simplement le poster pour vous souhaiter une très bonne année 2019 et m'excuser de ne pas avoir posté. Vos commentaires m'avaient fait chaud au cœur, mais j'ai été prise par les études, le stress et d'autres choses encore. Ça n'a pas été très fort sur un plan psychologique, mais je vais mieux maintenant. C'est un chapitre court, je m'en excuse. J'espère avoir également de vos retours dessus.

Bonne lecture,

Aurore-du-Matin.

Aurore aurait pleuré toutes les larmes de son corps si, une dizaine de minutes plus tard, une présence sombre ne l'avait forcée à se calmer. Si elle s'était attendue à ce que l'un des deux professeurs la rattrape, elle fut surprise d'être seule dans le couloir près de sa salle commune. Légèrement plus alerte, la jeune fille pivota longuement sur elle-même, tentant de débusquer la forme qui se moquait dans l'ombre.

- Aurore !

Dans un autre demi-tour sec, la Serpentard se trouva face à Céleste et Drago. Immédiatement, ils remarquèrent ses yeux humides et rougis par tant de larmes.

- Tu... Tu... Tenta Drago, sans beaucoup de tact.

- Tu vas bien, Aurore ? Coupa Céleste d'une voix inquiète.

- Je vous expliquerai plus tard... Dit-elle en s'essuyant les yeux, une fois de plus, d'un revers de la manche. Je... Ne veux pas en parler pour le moment.

Après avoir échangé un regard, les Serpentard reprirent :

- Nous sommes inquiets, commença le blond.

- Impossible de trouver quelqu'un ayant aperçu Quirrell de la journée, termina leur amie.

A ce moment précis, la jeune sorcière fut certaine d'avoir aperçu un bout de turban violet et de robe marron tourner à un croisement. Quelques battements de paupières suffirent à le faire passer pour un rêve.

- Je pense qu'il est plus près que nous ne le pensons, souffla-t-elle malgré tout.

Sans plus attendre, Aurore s'enfonça dans la salle commune de Serpentard, à quelques pas de là, et grimpa jusqu'à son dortoir. Jetant ses possessions dans tous les sens, tel un monstre furieux, la jeune fille finit par extirper sa cape d'invisibilité et ses potions du tiroir magique. Fourrant le tout dans ses poches, elle descendit à nouveau les quelques marches et courut dans les longs couloirs qui menaient des dortoirs à la salle commune. Ignorant Céleste et Drago, la jeune fille sortit et regarda immédiatement autour d'elle. Là, elle l'avait encore vu. Il la narguait.

La mâchoire d'Aurore se serra plus fort qu'elle ne l'avait jamais fait, alors que toute la tristesse ressentie quelques minutes plus tôt se muait en une haine irrépressible. Ses yeux noirs brillaient dangereusement et une aura sombre visible pulsa autour d'elle.

- Céleste, Drago, vous vous occupez d'Harry et des deux autres. Empêchez-les de rentrer dans le troisième étage. Touffu est toujours en vie ?

- Oui, répondit prudemment Céleste.

- Parfait. Si je ne suis pas de retour, n'entrez pas. Adieu, sourit-elle tristement.

Et elle partit trop vite pour qu'ils ne puissent l'empêcher de poursuivre Quirrell. Au tournant, elle n'était plus là. Dans les couloirs du passage secret, la main de la jeune fille glissa vers sa baguette. A chaque coin, ce bout de robe et un pan visible du turban. Aurore ne pouvait plus réfléchir, et ne réfléchissait pas. Ses pas la menèrent jusqu'à l'entrée du parc. Pendant un instant, la jeune fille chercha vainement dans quel couloir le professeur mangemort avait pu s'engager.

- Mais où a-t-il bien pu passer ? S'énerva-t-elle à voix basse.

Alors que son regard dérivait vers les jardins, elle le vit à nouveau, suivant le petit sentier de gravier jusqu'à la forêt. Et Quirrell ne faisait aucun effort pour se cacher : Aurore le vit saluer, sur son passage, les rares élèves présents dans ce côté du parc. La Serpentard imaginait sans mal le faux sourire plaqué sur les lèvres fines alors que celles-ci se déformaient pour laisser passer les bégaiements. Ses dents grincèrent âprement et ses yeux lancèrent des éclairs au spectacle. C'était l'hôpital qui se moquait de la charité ! Sans même se demander pourquoi le professeur se dirigeait vers la forêt alors que la pierre était gardée dans l'enceinte même de l'école, Aurore se lança à sa poursuite. Désormais, la jeune fille se moquait bien du fait que les autres la regardent étrangement, marmonnent dans son dos. Ses pensées n'étaient plus lisibles. Une volonté unique prenait le dessus et consumait lentement la jeune sorcière. Ses yeux n'avaient jamais été aussi noirs. Ils n'avaient jamais autant irradié de mal. Plus qu'un seul mot, répété en boucle : Tuer.

- Ah ! Aurore ! On te cherchait, justement.

Sa cible disparut de son champ de vision fut remplacé par les deux roux qu'elle percuta maladroitement. La stupéfaction se lut sur son visage. Au fond d'elle, la chose rugit : Non ! Non ! Ce n'était pas ce qui était prévu ! Ils n'avaient rien à faire ici ! Plusieurs fois, elle tenta de passer à côté, de les éviter, mais ils la bloquaient avec un sourire amusé.

- Fred, George, commença-t-elle dangereusement, laissez-moi passer.

- Du calme ! Fit le premier.

- On voulait juste te faire part de notre plan... Renchérit le second.

- Car nous avons finalement prévu de faire exploser les toilettes de Poudlard !

Une dernière sensation de chaleur envahit le cœur de glace. C'était comme si la chose lui permettait de leur faire un dernier au revoir.

- Les gars ? Leur lança-t-elle. Ne changez jamais.

Une larme apparut dans ses yeux avant qu'elle ne pousse rudement les Weasley pour passer entre eux, trop surpris pour comprendre. Aurore ne parvint pas à s'excuser quand elle entendit le bruit de leur lourde chute, sûrement causée par sa magie, et continua de courir en direction des profondeurs de la forêt. Quand elle s'immobilisa, la jeune fille se rendit compte qu'elle avait depuis longtemps perdu de vue le professeur et lâcha un hurlement frustré. Au même moment, des racines se mirent à vouloir la faire tomber, trébucher. Si, dans les premières secondes, elle se contenta de les éviter, Aurore fut vite obligée de les brûler ou de les détruire.

- Mais qu'est-ce que c'est que ce bazar ? Hurla-t-elle. Incendio !

Quand elle s'aperçut que l'objet touché était une branche, Aurore se mit à paniquer : la seule forêt qui agissait ainsi était supposée être celle de BeauxBâtons ! Celle de Poudlard, en particulier, ne possédait pas d'arbres pouvant se déplacer ! Il y avait forcément autre chose. Trop occupée à échapper aux branchages et racines, elle ne vit pas le sortilège informulé qui la toucha, la projetant contre un tronc d'arbre mort. Le choc lui coupa le souffle.

##

La première chose dont Aurore s'aperçut une fois le choc passé, fut qu'elle était prisonnière d'une étrange cage magique, aux murs violets transparents.

Elle se sentit perdue. Son cerveau ne lui donnait plus d'instructions sur comment se débrouiller, comment se sortir d'affaire.

Il lui fallut un immense effort de concentration pour pouvoir chercher du regard sa baguette.

Là ! S'écria-t-elle mentalement en voyant le bois magique, reposant entre les herbes à quelques pas de là.

Alors qu'elle s'élançait pour ramasser le précieux objet, dans l'espoir de se tirer d'affaire, les murs se rétractèrent brutalement.

Le contact lui lança une horrible décharge. Aurore retint un cri de douleur. Elle tituba, fit plusieurs pas en arrière, mais sans cesser de dévisager la silhouette qui s'avançait des buissons pour lentement ramasser sa baguette.

- C'est cela que tu cherches ?

Malgré la violente douleur dans sa cage thoracique, malgré sa respiration sifflante, Aurore ne put s'empêcher de lâcher un grognement.

- Je savais que c'était vous, marmonna-t-elle. Je le savais.

- Oui.

La silhouette s'avança et, comme elle s'y attendait, Aurore vit Quirrell émerger des branches. Il ne bégayait pas, et semblait incroyablement sérieux.

- Comment... Comment avez-vous fait ça ? Demanda-t-elle, la voix rauque de par la douleur. Les arbres. Ils ne font pas ça ici...

Pour toute réponse, Quirrell eut un rire incrédule.

- Vous avez vraiment tout oublié pas vrai ? Cela ne m'a pas vraiment facilité la tâche mais cette année... Vous auriez su, vous vous seriez immédiatement rangée à mes côtés... Mais l'autre fou a eu trop peur... Peut-être à raison.

Il eut un sourire mauvais.

- Il n'y a que les professeurs de Beauxbâtons qui peuvent convaincre la forêt, n'est-ce pas ? Cela m'a pris un bon moment mais j'ai finalement réussi à rallier cette partie de la forêt à ma cause. Et votre ridicule amie Legilimens... Elle croyait que je ne l'avais pas sentie... Vous ne comprenez toujours pas Sunshine ? Laissez-moi alors vous le rappeler : vous étiez ma meilleure élève en Occlumancie...

Un souvenir la frappa. Elle se revit en cours à Beauxbâtons, pratiquant avec Quirrell... Qui n'avait d'ailleurs plus rien à voir avec celui en face d'elle. Elle devinait qu'il n'était pas encore passé du côté de Voldemort. Le souvenir prit fin.

Le visage d'Aurore s'était lentement décomposé. Ses yeux verts, ouverts d'horreur, regardaient l'homme au turban sans bien le voir.

Le Quirrell du souvenir était bienveillant, désireux d'apprendre à ses élèves, peu doué certes mais voulant bien faire.

- Qu'êtes-vous devenu ? Demanda-t-elle, dans un court moment de parfaite lucidité.

- Fort, répondit-il comme s'il s'agissait d'une évidence. Mon maître m'a montré la vraie puissance. Au final, il n'y a que le pouvoir et ceux qui sont trop faibles pour le chercher. Avant j'étais faible, plus maintenant.

- Vous vous trompez, contra-t-elle faiblement. Il n'y a que le pouvoir et ceux qui sont trop faibles pour y résister.

Avant qu'il ne puisse répondre, Aurore tenta le tout pour le tout et se changea en animagus. Le pégase blanc se cabra à demi. La douleur, plus superficielle sous cette forme, ne la bloquait plus autant. Dans un espoir fou, elle se jeta contre la paroi.

Le choc fut terrible. La douleur fit trembler tout son corps, la forçant à se transformer à nouveau. Aurore était à genoux, presque plus faible qu'elle ne l'avait jamais été.

La barrière n'avait pas une égratignure.

- Ah oui, fit simplement Quirrell. J'ai pris connaissance de votre dernier joujou... Un Incarcerem aurait été réduit à néant en quelques secondes... Mais pas ça. Il n'y a absolument aucun moyen d'en sortir sans mon consentement. Même votre obscurus ne pourrait pas vous en sortir, s'amusa-t-il. D'ailleurs, je m'attendais à ce que vous vous jetiez à mes pieds pour avoir une solution...

- On ne peut pas mettre un obscurus dans quelqu'un, réussit-elle à protester. Vous ne... me ferez pas croire... que vous en êtes responsable...

- Disons simplement que, si on ne peut mettre un obscurus, on peut créer une série d'événements brusques et barbares qui sont extrêmement susceptibles d'en faire naître un... Ou plutôt attirer : il paraît que cela se recycle, s'amusa encore Quirrell.

Dans Aurore, la chose voulut s'extirper et tuer Quirrell. Pourtant, quelque part au fin fond de la jeune fille, un dernier brin de sa volonté bloquait l'obscurus, le considérait comme un ennemi. Il ne put pas agir.

- Sachez, très chère Aurore, que vous nous rejoindrez dans tous les cas... De grès ou de force... Bien que je vous conseille vivement la première option.

Aurore grimaça. Non. Hors de question. Tout le reste de son être se révoltait à cette pensée, soutenu par l'obscurus. Avec toute cette énergie rassemblée, Aurore parvient à se relever, ses jambes tremblant sous l'effort. Elle ne pourrait peut-être pas sortir, mais jamais elle ne les rejoindrait. Jamais.

- Tu es bien décidée, dit moi, s'amusa une voix profonde, inconnue.

Cette nouvelle voix semblait résonner dans sa tête, comme le faisait la voix du Basilic. Pourtant, c'était un sorcier.

Aurore tenta de tourner la tête, de chercher la provenance de la voix, mais parvient juste à s'épuiser inutilement.

Les bois étaient sombres.

Ce fut dans ce contexte que la voix résonna encore.

Mais cette fois, elle était rauque et faible.

- Suffit ! Laisse-moi lui parler. Tu es faible. Seuls ceux qui ont la puissance peuvent se comprendre.

Quirrell voulut protester, mais cela ne sembla lui valoir qu'une vague de douleur. Alors Quirrell défit le turban et se retourna.

A l'arrière du crâne chauve, un visage qui semblait être fait de poussière, faible, une sorte de sangsue attachée au professeur contre sa volonté. Pourtant, elle était parfaitement reconnaissable. Il n'y avait qu'un nom : Lord Voldemort.

Leurs regards se croisèrent, et Aurore fut aspirée par les orbes noires et sans fond.

##

Ce n'était pas un souvenir. Ce n'était pas de la Legilimancie. Ce n'était rien qu'elle ait déjà expérimenté.

Mais alors quoi ?

Aurore regardait autour d'elle, sans rien comprendre. Elle se trouvait marchant dans un vide noir, au-dessus du vide. Rien ne permettait de distinguer le haut du bas, la droite de la gauche. On aurait pu résumer le décor à un chemin noir flottant au-dessus de vide, noir.

Étrangement, la douleur presque insupportable de son corps ne l'avait pas suivie.

C'en était presque reposant.

- Tu aimes ?

La voix, plutôt jeune, calme et posée, l'avait fait sursauter. A sa plus grande surprise, quand elle se retourna, Aurore croisa le regard bleu gris d'un garçon brun. Rien qu'à sa démarche, à la fois assurée et pensive, et à l'énergie qu'il dégageait, la Serpentard comprit que l'enfant qui lui faisait face était celui qui effrayait tout le monde des sorciers.

- Vous êtes Voldemort, déglutit-elle lentement.

Le jeune Voldemort eut un rire sombre et fit quelques pas dans sa direction.

- Pas vraiment le scoop du siècle, n'est-ce pas ?

- Non, effectivement.

Malgré elle, Aurore ne pouvait s'empêcher d'être étonnée. Voldemort, à son âge, semblait humain. Elle ne voulait pas l'avouer, mais elle se sentit plus en confiance qu'avec Quirrell et tous les autres habitants de Poudlard. Il y avait une étrange ressemblance entre Voldemort et elle, au même âge; bien qu'elle n'aurait pas pu dire de quoi il s'agissait.

Aurore prit une autre minute pour observer ce qui l'entourait. Elle avait l'étrange impression qu'il s'agissait à la fois de tout et de rien. Comme si l'espace était rempli de choses diverses et, pourtant, totalement vide.

- Nous sommes dans mon petit coin à moi, expliqua le jeune Voldemort en réponse à sa question informulée. Personne ne peut venir ici sans mon consentement... Ma demeure mentale, en quelque sorte. Mais je suppose que tu sais déjà ce que c'est.

Il s'arrêta et perdit son regard hors du chemin noir, et Aurore eut l'impression qu'il voyait des éléments lui étant invisibles.

- C'est étonnant, dit-il finalement, sans pour autant tourner son regard dans sa direction. Vraiment étonnant. Je m'attendais presque à ce que tu me gênes...

Sa déclaration laissa la jeune fille perplexe. Elle faillit lui demander de s'expliquer, mais il l'en empêcha d'un regard noir. Il tenait visiblement à ce qu'elle devine. Cherchant dans sa mémoire, Aurore tentait de comprendre à quoi correspondait cette sensation. Elle savait l'avoir déjà sentie...

- Nous sommes dans une sorte de Havre, comprit-elle finalement. Comme dans mon type de Legilimancie. Je parle avec les autres dans une sorte de havre similaire. Mais...

Aurore s'arrêta. Elle ne comprenait pas. C'était impossible.

- Toi aussi cela t'étonne ? Demanda Voldemort. Nous devrions nous sentir gênés de par la présence de l'autre et pourtant...

Il s'arrêta et une légère sensation de satisfaction parut sur son visage.

- Et pourtant nous sommes plus semblables encore que ce que j'avais imaginé. Nous sommes pareils.

A cet instant, Aurore ne sut pas comment elle devait se conduire. Il y avait de l'horreur, dans cette situation : son esprit et celui de Voldemort, fusionnels au point qu'aucun d'entre eux ne se sente gêné par la présence de l'autre ? La situation avait de quoi étonner et terrifier.

Bien droit dans son costume, le jeune Voldemort observait son royaume avec une lueur de satisfaction dans les yeux. Pourtant, quand son regard se posa au milieu du chemin noir, le jeune garçon s'arrêta et ses yeux se plissèrent. Il fit quelques pas avant de lever sa main droite. Ses doigts se mirent à jouer en l'air, appuyant sur d'invisibles boutons.

- Incroyable... Un sourire en coin apparut sur son visage. Ton pouvoir a encore moins de limites que ce que je pensais...

Sa main s'immobilisa et le sourire de Voldemort s'élargit. Ses yeux bleu-gris bougeaient instinctivement pour suivre l'enclenchement des mécanismes, le mouvement des rouages ouvrant une porte dont elle ignorait l'existence même.

Puis, au bout de ce qui lui sembla être une éternité, il se retourna vers elle. Leurs regards se croisèrent à nouveau et Aurore sentit immédiatement que quelque chose avait changé.

- Viens, lui indiqua-t-il simplement.

Sans se soucier de savoir si elle le suivait, il commença à avancer, mains dans le dos, le long du chemin. Celui-ci semblait différent, comme si des couleurs et des matières venaient lentement l'imprégner pour qu'il devienne, petit à petit, plus réel. Mais il y avait autre chose : à chaque nouveau pas du jeune Voldemort, ce dernier semblait gagner en maturité, vieillir.

Mais Aurore n'eut pas le temps de comprendre le phénomène : une horrible gêne l'envahit et un mystérieux vent glacial vint lui fouetter le visage. Une puissante vague d'agacement qui ne diminua que pour la laisser relever la tête. Voldemort s'était arrêté et tourné vers elle. Ses yeux ne cessaient de la dévisager avec, au fond d'eux, une étincelle de déplaisir. Son pied frappait le sol, autre signe de son agacement.

- Alors ? Lança-t-il sur un ton glacial.

Et sans vraiment savoir pourquoi, Aurore le suivit. Voldemort la regarda arriver à sa hauteur, puis ils se mirent tous deux en marche.

Dès les premiers pas, Aurore se sentit également touchée par le phénomène. C'était comme si elle changeait à la fois sur le plan physique et mental. Le tout agissait de façon presque imperceptible et, décida Aurore, ce n'était pas une sensation désagréable. Au bout de quelques pas, qui durèrent peut-être une à deux minutes, Voldemort s'arrêta et se tourna vers Aurore. Il était de nouveau calme et avait retrouvé son expression pensive qui se voyait jusque dans son regard. Ils avaient tous deux le même âge, à présent vers la fin de leurs onze ans.

- Vois-tu, Aurore, commença-t-il, nous sommes plus semblables que ce que tu pourras jamais t'imaginer. Regarde à ta gauche.

Obéissant, la jeune fille tourna la tête pour se trouver face à deux miroirs dont la surface n'était pas de verre, mais d'eau. Ceux-ci semblaient incrustés dans un mur dont elle n'avait pas soupçonné l'existence. Mais il y avait plus curieux : quand elle les regarda de près, la Serpentard s'aperçut que les reflets à la surface s'animaient. Sur la flaque de gauche, Aurore se vit donnant des ordres à Céleste et Drago. A droite, au même instant, Voldemort donnait des instructions à deux autres Serpentard.

La similarité entre les deux images la laissa pantoise. Les deux images auraient pu se superposer. Tout, chez Voldemort et Aurore, était strictement identique : que cela soit dans le regard, l'expression faciale, les gestes, l'aura, il était impossible de trouver une seule différence de comportement.

Un petit sourire se dessina sur les lèvres du garçon quand il revit la scène : visiblement, le souvenir lui plaisait. D'un geste discret de la main, il l'invita à continuer sa route. A chaque nouveau pas, Aurore se sentait changer, voyait son esprit s'ouvrir à de nouvelles possibilités. Et très régulièrement, toujours du côté gauche, de nouveaux miroirs apparaissaient et montraient de nouveaux souvenirs, de nouvelles similitudes.

Et même s'il ne montrait rien, Aurore sentait que Voldemort s'étonnait de leur nombre. Quant à elle, la jeune fille se voyait à la fois émerveillée et horrifiée par le spectacle s'offrant à ses yeux.

Puis Aurore s'arrêta brutalement, face à l'un des miroirs. C'était impossible, tout bonnement impossible. Et malgré la douleur qui la traversait, elle ne put bouger.

- Que se passe-t-il ? L'interrogea Voldemort, qui avait continué sur quelques autres pas.

- Vous me mentez. Cette scène n'est jamais arrivée.

- Je ne mens pas. Pourquoi le ferais-je ?

La voix perplexe de Voldemort résonna quelques instants dans le long tunnel mental. Aurore, elle, était restée figée devant l'image qui la montrait, à douze ans, faisant preuve d'une incroyable puissance noire.

- On ne peut pas voir le futur, murmura-t-elle. C'est impossible.

Derrière elle, Voldemort eut un ricanement.

- Eh bien, il semblerait qu'à nous deux, très peu de choses demeurent dans le domaine de l'impossible. Tu vois bien ton futur. Et il a de grandes similarités avec mon passé. Cependant je me remettrais en mouvement, si j'étais toi : vieillir alors qu'on n'a jamais atteint un certain âge peut être douloureux, si l'on s'arrête dans le tunnel.

Même si l'incompréhension et l'étonnement ne l'avaient pas quittée, Aurore se remit en marche et la profonde douleur qui la faisait presque trembler disparue lentement. Voldemort commençait à grandir de plus en plus vite, rattrapant les âges qu'il avait perdus pour rencontrer la jeune Serpentard. Sa foulée se faisait plus longue, si bien qu'Aurore dut allonger la sienne pour garder le rythme : dans cet étrange endroit, tout tournait autour du Seigneur des Ténèbres et Aurore n'était pas assez sotte pour espérer aller contre sa volonté et s'en sortir.

Sur sa gauche, deux scènes montrèrent les deux sorciers, à des âges différents, ouvrir la Chambre des Secrets. Cela arracha un sourire en coin au jeune mage noir. Les autres scènes défilaient. A ses quatorze ans, Aurore se trouvait à côté d'un Voldemort approchant aisément les dix-huit. A ce moment, une vision tout à fait étonnante. Sans s'arrêter, voulant ainsi éviter une horrible douleur due au fait qu'elle n'avait encore jamais atteint cet âge, Aurore écarquilla les yeux. La seconde plus tard, la scène avait disparue, comme si elle souhaitait que Voldemort ne la voie pas.

Et le manège continua encore, envoyant de plus en plus de frissons dans l'échine de la jeune fille. Elle ne s'arrêtait pas, et marchait au même rythme que le Seigneur des Ténèbres. La Serpentard n'avait pas peur. Mais dire qu'il n'y avait pas cet étrange sentiment qui la tiraillait aurait été mentir. Les courtes haltes qu'ils faisaient ne duraient généralement qu'une demi-seconde. La seule prolongée eut lieu devant une vision d'Aurore et de Voldemort dans ce qui semblait être un bureau de Poudlard. Ils menaçaient tous deux un homme de grande corpulence, ressemblant à un professeur, mais qui était pourtant inconnu à la jeune fille.

- Ah... Slughorn... Fut tout ce que Voldemort laissa échapper avec amusement.

Le seigneur des Ténèbres avait maintenant l'âge adulte ou, plutôt, approchait la quarantaine. Aurore en avait dix-sept. L'environnement changea imperceptiblement. Quand elle jeta un coup d'œil autour d'eux, Aurore s'aperçut qu'ils se trouvaient désormais dans une sorte de salle ronde, et la désormais jeune femme aurait juré que le lieu était une sorte de bibliothèque. Voldemort s'arrêta et la Serpentard le regarda dans les yeux. Il était étonnant de voir à quel point le Seigneur des Ténèbres était humain, sous cette forme. Sous forme humaine, le seigneur des Ténèbres, le plus grand mage noir du siècle, se trouvait être un grand brun aux yeux bleus. Il se tenait droit, devant elle, et Aurore dut admettre qu'il ressemblait plus à un gentleman britannique qu'à un sorcier ayant causé une guerre qui avait eu sa place dans les annales.

Soudain, un livre apparut dans les mains de l'homme. Aurore le reconnut immédiatement et, plus mature grâce au tunnel de temps, elle comprit également ce que cela signifiait.

- C'était vous, accusa-t-elle alors que le mage noir lisait l'une des pages.

- Bien-sûr, dit-il lentement, sans relever ses yeux des pages jaunies. Je suis responsable pour presque tout ce qui est arrivé cette année. Je dis bien presque. Son regard se fit presque plus doux. C'est Dumbledore qu'il faut blâmer pour ce qu'il s'est passé en début d'année.

- Je suppose que vous êtes l'auteur de ce livre ? Questionna Aurore, refusant de changer de sujet.

- Pas totalement. Cet ouvrage a été rédigé au fur et à mesure des siècles par les plus grands mages noirs ayant existé. Bien évidemment, j'ai plus qu'apporter ma pierre à l'édifice. Le côté interactif est de moi d'ailleurs, il t'a plus ?

Aurore ne répondit pas, perdant son regard dans le vide, tentant d'assimiler ce qui se passait, ce qu'on lui disait.

- Sais-tu pourquoi Dumbledore et le Ministère t'ont causé tellement de mal ? C'est parce qu'ils ont eu peur de toi. Ils n'ont pas su voir qu'au fond se cachait une personne tout à fait capable et non pas l'un de ces imbéciles qu'on prend chaque année à Poudlard. Réfléchis-y : Pourquoi quelqu'un de faible pourrait passer sa scolarité en toute tranquillité alors que toi, un atout, quelqu'un pouvant tout réussir, tu voies ton chemin être semer d'embûches ?

Même si elle ne l'avouerait pas, la déclaration de Voldemort avait fait son chemin dans la tête d'Aurore.

- Pourquoi ? Demanda-t-elle brusquement. Pourquoi faites-vous cela ?

Le regard de Voldemort s'arrêta sur Aurore. Il la dévisagea lentement, comme s'il cherchait à confirmer un avis fait il y a bien longtemps de cela. Ces étranges iris semblèrent sonder son âme, en inspecter le moindre recoin. Enfin, il soupira.

- Parce que nous sommes les mêmes, Aurore, souffla-t-il sur un ton presque doux et protecteur. J'ai énormément souffert, toute mon enfance, pour ce que j'étais. Cela commence également à être ton cas, pour cette même injuste raison. Pourquoi souffrir pour ce que nous sommes... Alors que nous pouvons avoir le monde ?

Le livre disparut. Lentement, Aurore se sentit rajeunir, reprendre son véritable âge. Ce ne fut pas douloureux, au contraire : elle accueillit la sensation bras ouverts. Voldemort, lui, ne changea pas d'apparence. Il se pencha légèrement vers la jeune fille, qui le regardait avec perplexité, étonnement, incompréhension.

- Tu l'as bien vu, Aurore : à onze ans, ta magie, combinée à la mienne, nous permet des folies aussi incroyables que des voyages dans le temps. Toi et moi, ensemble, sans beaucoup d'efforts, nous avons pu prévoir l'avenir. Qu'est-ce qui pourrait nous arrêter ? Certainement pas Dumbledore ou les autres. Viens avec moi, aide-moi : je t'apprendrais ce que je sais. Tu deviendras l'une des mages noirs les plus puissants ayant jamais foulé cette Terre. Rien ni personne ne pourra nous arrêter...

- Nous aurons le monde... Murmura-t-elle avec une petite voix, perdue dans le lointain, qui tremblotait d'incertitudes.

- Oui.

Fermant les yeux, Aurore réfléchit, tentant de rester cohérente avec ses convictions. Pourtant... Tout cela semblait si attrayant... Comment résister ? Et... Après tout...

Pourquoi pas ?

Encore une fois, une bonne année 2019 à vous tous ! Et toutes mes excuses pour ne pas avoir posté alors que j'avais dit que je le ferai…