Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.

Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.


TWO :

« La liberté, durement acquise,

N'est autre qu'un exil déguisé. »


Fugaku Uchiha songea, en regardant les hommes sous ses ordres travailler, que les héritages familiaux avaient parfois du bon, particulièrement lorsque l'on apprenait à aimer son métier. Capitaine du centre départemental de la police, l'open space sous ses yeux était le cœur des opérations, et il dirigeait tout d'une main de maître, comme son père et son grand-père avant lui. Son café en main, un sourire quasiment imperceptible étira le coin de ses lèvres. L'homme aux yeux noirs se détourna, un dossier à la main, pour échanger quelques mots avec l'un de ses collaborateurs, Shikaku Nara, lorsque soudain, les vitres du bâtiment explosèrent.

Les hommes de Fugaku se relevèrent immédiatement, la main sur le holster, les sens en alerte. Leur posture était tendue et la poussière en suspension, masquant une partie de la scène ne les aidait pas à se détendre. Progressivement, celle-ci commença à retomber, dévoilant des débris de verre, les armatures des fenêtres brisées sur le sol, et deux silhouettes fines. La première était, semblait-il, un jeune homme aux cheveux noirs, à la musculature discrète et au tatouage abstrait sur le bras. La seconde quant à elle, était une jeune femme aux cheveux roses étonnamment pâle, et à la silhouette agréable à regarder. Ils avaient le même tatouage tous les deux, et surtout, ils étaient couverts de cicatrices visibles à cause de leur tenue. Le garçon était en caleçon, et la jeune fille en culotte, un bandage serré autour de sa poitrine comme pour l'écraser.

— Bon sang, quelle entrée ! lâcha un des hommes.

Pour le coup, Fugaku songea qu'il se serait bien passé d'avoir un pan de son mur explosé on ne savait comment par deux gosses. Il soupira, de soulagement et d'inquiétude en même temps, et tourna la tête vers Shikaku pour s'assurer que celui-ci n'avait rien. Sauf que l'homme près de lui avait les yeux rivés sur la silhouette brune, comme en état de choc.

— Shikaku ?

L'interpellé n'entendit même pas la voix de son ami près de lui. Il ne pouvait que contempler le jeune homme étendu sur le sol, des tessons de verre plantés sous la peau, d'innombrables cicatrices couturant son corps, et cet étrange tatouage sur son bras. C'était son fils… Mais comment était-ce possible ? Son fils avait disparu des années auparavant sans que l'on ne retrouve de lui ne serait-ce qu'une seule trace. Perdu entre incompréhension et joie sans nom, Shikaku s'élança vers son fils pour le serrer contre lui. Pourtant, quand il referma ses bras, ceux-ci ne rencontrèrent qu'un vide glaçant. Illusion ? Ce n'était pas ce que lui chuchotait la lame froide sur sa gorge.

L'homme releva la tête et croisa deux yeux d'un vert saisissant, un visage gracieux d'une froideur glaçante et un air sauvage, comme une mère animale protégeant son petit. La jeune femme tenait un sabre court contre la gorge du collaborateur de la police de Konoha. Le regard de cette fille analysait son faciès, détaillait son corps, et le jaugeait tout entier.

— Qui êtes-vous ?

Shikaku tourna les yeux vers Fugaku, hésitant. Celui-ci s'approcha de la rose et braqua son arme sur sa tempe. Pour la première fois de leur vie pourtant, ils virent quelqu'un capable de ne pas trembler sous le canon d'un neuf millimètre.

— Vous, qui êtes-vous ? Vous venez de détruire un pan de mur du centre départemental de la police.

— Fugaku, intervint son ami. C'est mon fils.

L'homme ouvrit de grands yeux et tourna la tête vers la silhouette immobile sur le sol. Ce jeune homme pouvait-il réellement être Shikamaru Nara, disparu il y a des années ? Sept ans s'étaient écoulés depuis le jour funeste où l'enfant avait comme simplement cessé d'exister.

— Vous ne pouvez être Shikaku Nara, coupa la rose. Shikaku Nara est mort.

Les deux adultes s'entreregardèrent. Mort ? Ils l'auraient pourtant su, s'il était mort, non ? Shikaku se recula prudemment de quelques centimètres pour se soustraire de l'emprise froide de la lame de la jeune femme. L'homme prit le parti de se relever, mains en évidence pour ne prendre aucun risque, et jeta un coup d'œil aux deux inconnus sur le lino du poste. La jeune fille était partiellement positionnée au-dessus du corps de son fils, comme pour empêcher quiconque de le toucher. Celui-ci ne semblait pas près de se réveiller, et maintenant qu'il observait attentivement son acolyte, il lui apparut que la rose serrait les dents, le corps luisant de sueur, comme si elle luttait. Comme si elle luttait contre elle-même, contre son corps, contre la fatalité.

— Votre nom, ordonna Fugaku.

— Jamais, cracha-t-elle avec hargne.

Les deux hommes devaient reconnaître qu'ils avaient rarement vu plus tenace.

Et puis soudain, la jeune fille se crispa toute entière et leva son sabre dans un geste entre le désespoir et la détermination. Il y eut une détonation et l'arme blanche se planta dans le lino. La rose ferma les yeux et s'affaissa sur le sol, son corps comme un barrage au-dessus de celui du supposément Shikamaru.

— Êtes-vous devenu fou ?!

Shikaku et Fugaku levèrent les yeux vers le policier qui braquait encore son arme sur la rose. L'homme bafouilla quelques mots incompréhensibles jusqu'à ce que son chef lui retire de force son arme.

— Vous avez tiré sur une gamine à peine majeure qui n'a rien fait de répréhensible jusque-là !

— Je… Je croyais- Enfin elle…

L'homme s'interrompit, incapable de détacher son regard de la flaque de sang qui découlait de son acte. Et de la jeune fille.

— Je pensais qu'elle vous voulait du mal !

— Elle ne pouvait rien faire dans son état.

— Monsieur, elle était armée…

— Son arme était trop courte pour atteindre qui que ce soit. Vous assumerez les conséquences de vos actes. Vous avez de la chance que votre balle n'ait touché que son épaule.

Fugaku fit signe à son subordonné de lui rendre sa plaque pour lui faire signe qu'il était suspendu jusqu'à nouvel ordre et se tourna vers Shikaku, penché sur son fils. C'était bien lui. C'était son enfant disparu. Son enfant lui était revenu.

— Appelez une ambulance, ordonna l'Uchiha.

— C'est fait monsieur, se leva une femme.

L'homme ne lui accorda qu'un signe de tête et examina la victime de son agent. La blessure ne permettait pas de faire un garrot pour stopper l'écoulement de sang, mais il pouvait au moins réduire les dégâts. Il retira sa veste et la plaqua sur la peau nue de la jeune fille, empêchant ainsi une perte de sang trop importante. Une tonne de questions se bousculait dans son esprit.

Qui était cette fille ?

Pourquoi Shikamaru Nara avait-il disparu et comment ?

Où était-il durant toutes ces années ?

Et surtout, compte tenu des réflexes de la jeune fille et de leurs cicatrices, qu'avaient-ils vécu tous les deux ?

— Shikaku ? Fais en sorte qu'ils ne soient pas séparés jusqu'à leur réveil. J'appréhende grandement ce qu'il se passerait s'ils se retrouvaient seuls.

— Qu'ont-ils vécu Fugaku ?

L'homme haussa les épaules d'un air désolé. Il n'en savait rien. Et il doutait que les deux jeunes gens acceptent de leur dire quoi que ce soit. Fugaku pressa la blessure de l'inconnue jusqu'à l'arrivée des pompiers et laissa la suite à qui de droit.

— Je veux Kurosagi et Himura en poste à l'hôpital. Surveillez-les, et n'autorisez aucune visite tant que nous ne saurons pas qui est cette fille et ce qui leur est arrivé. Exécution.

Les deux concernés acquiescèrent et s'équipèrent aussitôt pour suivre les ordres. Aussitôt les deux agents disparus dans le couloir, le commandant mit une de ses équipes sur la recherche de la personne qui accompagnait Shikamaru lors de son entrée pour le moins fracassante dans leurs locaux.

— Cherchez tous les cas de disparitions un peu particulières.

Il fallut aux agents plusieurs heures pour identifier la jeune fille :

Sakura Haruno, dix-huit ans, disparue depuis dix ans, orpheline et sans famille.

— Elle a disparue en même temps que Shikamaru, énonça Shikaku.

— Apparemment, il y a quelque chose que personne n'a jamais creusé.

— Je la sens mal, cette histoire, Fugaku.

— Je sais. Moi aussi.