Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.

Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.


THREE :

« L'esprit humain, au réveil de son ivresse,
s'est étonné des excès où l'avaient emporté le fanatisme. »

— Voltaire.


Lorsqu'il ouvrit les yeux, Shikamaru Nara ne discerna qu'un plafond blanc immaculé et une odeur aseptisée auxquels il avait déjà eu affaire plusieurs fois auparavant. Sauf que cette fois, la situation était complètement différente et il le sut instantanément. Quelque chose n'allait pas. Il ne sut d'abord pas quoi, tout simplement parce qu'il ne savait pas où chercher. Tout en lui était tellement instinctif depuis plusieurs années que le ninja ne faisait plus attention aux faits qui lui étaient à présent familiers.

Pourtant, ce vide en lui ne pouvait pas mentir. C'était si puissant, si terrible qu'il sentait les larmes lui monter aux yeux. C'était comme s'il n'était pas chez lui, qu'il n'était pas en sécurité dans ce lit, dans cet hôpital. Comme s'il était ailleurs, loin de Konoha et de ses compagnons. Seule la présence dans le couchage près du sien le rassurait. Il reconnaissait sans peine le chakra de sa meilleure amie, de son pilier. Sakura était à ses côtés et c'était suffisant pour calmer raisonnablement ses angoisses.

Dans un soupire concentré, le brun écarquilla les yeux en percevant le chakra fluctuant dans la pièce. Fluctuant. Le chakra était fluctuant. Comment pouvait-il être fluctuant ainsi alors que Sakura semblait être en bon état ? D'ailleurs comment pouvaient-ils tous les deux être à l'hôpital sans blessure majeure ? Ils étaient des soldats, des guerriers, et ils ne s'étaient pas épuisés durant leur mission, alors pourquoi ? Shikamaru se redressa brusquement dans son lit. Le chakra de son amie, la mission… tout lui revint instantanément. Il y avait eu une intense lueur rougeâtre et puis… et puis ce lit. Quand au chakra de Sakura, s'il le percevait si bien, ce n'était pas pour rien. Maintenant qu'il se concentrait, l'Anbu se rendit compte qu'il ne percevait que le chakra de la jeune rose. Il n'y en avait pas d'autre autour d'eux.

— Shikamaru ? Shikamaru, comment te sens-tu ? Tu me reconnais ?

Le jeune adulte leva les yeux vers l'homme assis près de son lit, sur une chaise étrange. Son visage se ferma brusquement et il détailla la silhouette familière. Se déguiser en son père… quel affront ! Il avait suffisamment souffert des morts ces dernières années, entre Temari, son père et Asuma. N'était-ce pas suffisant ? Était-ce un plan cruel pour le tester ?

— Mon père est mort, monsieur. Vous ne pouvez pas être lui, j'ai vu son corps. Inutile de me mentir.

Le ton était froid, mais l'homme ne parut pas s'en offusquer. Comme s'il se doutait de cette réaction.

— Oui, c'est ce que m'a dit cette jeune fille.

Shikaku désigna prudemment la jeune femme endormie dans le second lit. Après leur première rencontre, il se méfiait à vrai dire grandement d'elle et des réflexes dont elle semblait pouvoir faire preuve. Shikamaru plissa les yeux et banda ses muscles.

— Qui êtes-vous ?

L'homme déguisé en Nara soupira et passa une main fatiguée sur son visage. Ses yeux étaient cernés et près de lui, sur la table, trônaient plusieurs bouquets de fleurs. Trois étaient fanés, deux autres semblaient près de l'être, et un dernier paraissait flambant neuf.

— Que t'ont-ils fait ? Que t'ont-ils fait pour que tu me crois mort, Shikamaru ?

Le jeune homme se remémora les morts, le sang et la guerre. Il se souvint de la douleur, des difficultés et des angoisses tenaces qui les tiraillaient tous. Ils se battaient pour la paix, pour leur village… et intérieurement, priaient tous pour ne pas mourir ce jour, pour vivre encore un peu. La rage de vaincre n'avait pas vraiment sa place dans leurs palais mentaux. Sauf peut-être dans celui de Naruto, évidemment. La rage de vivre primait dans la fumée crématoire et les attaques.

— Ils ont combattu notre rage de vivre, apparemment.

— Votre rage de vivre ? Ils vous ont battus ?

— Nous nous sommes battus. Tous autant que nous sommes, nous nous sommes battus pour ce en quoi nous croyions, pour la liberté.

— Vous retenaient-ils en otage tout ce temps ?

Leur discussion n'avançait pas. Les réponses se correspondaient comme si une vitre les séparait, comme s'ils avaient deux univers totalement différents.

— Fugaku t'a cherché, tu sais ? Il a dû abandonner lui aussi, mais il a fait tout son possible, je te le promets. Tes années de souffrance sont terminées mon fils.

— Nos vies sont marquées par les morts, monsieur. Par le sang, les morts et les combats. C'est la voie que nous avons choisie et Fugaku Uchiha est aussi mort que mon père.

Shikaku Nara haussa les sourcils, sincèrement surpris. Il parut cette fois réellement déstabilisé par la réponse de son fils unique.

— Nous ne sommes jamais morts et vous n'avez jamais choisi de voie ! Vous étiez trop jeunes lorsque vous avez été enlevés, toi et cette jeune fille. Shikamaru, je t'en prie, reviens à la raison et à la maison. Fugaku et moi ne sommes jamais morts, et j'ignore qui t'a fait croire le contraire, mais c'est bien moi !

Désespéré, l'homme s'approcha de son fils et s'assit sur le rebord du lit blanc. La détresse brillait d'autant d'éclat que l'intelligence dans ses prunelles sombres. L'odeur que perçut le jeune adulte perturba ce dernier, la chaleur de la main rugueuse qui trouva la sienne le fit tressaillir, et les aspérités du visage masculin devant le sien acheva de le convaincre. Personne n'aurait pu connaître son père suffisamment bien pour le copier à ce point, pour le copier si bien. Si la nécromancie avait été d'actualité, la vie qui luisait dans ses orbes noires n'aurait pas pu être aussi effective et l'odeur n'aurait jamais été aussi identique à celle de son paternel. Comme un jeune enfant, celui que la profession ninja ne l'avait jamais laissé être, il eut envie de se blottir contre le torse ferme de son père.

— Shikamaru, intervint une voix féminine. Il faut que tu voies ça.

La personne était hébétée, incrédule et profondément perdue. Le jeune adulte tourna les yeux et vit son amie assise dans son lit, les yeux rivés sur la fenêtre. Shikamaru fronça les sourcils et se leva sous les protestations de son père. Lentement, il se déplaça jusqu'à la fenêtre en longeant le mur comme un soldat prudent, comme un militaire se méfiant des balles. Son regard tomba sur l'extérieur, et le jeune homme demeura là, les bras ballants, sous le choc, les traits tirés comme ceux de la rose.

— Où sommes-nous ?

— Et bien nous sommes à Kumano, à la maison. Vous savez, vingt mille habitants, vos amis d'enfance, préfecture de Mie, dans le quartier de Konoha, tout ça.

Les deux ninjas s'entreregardèrent, stupéfaits. Dans le doute, Sakura se tourna vers l'homme qui prétendait être Shikaku Nara et osa poser la question la plus décisive de toute.

— Et quel pays je vous prie ?

— Le Japon, enfin !

La jeune femme acquiesça et se tourna vers son meilleur ami, toujours sous le choc. Le problème était donc là. Ce "détail" expliquait beaucoup de choses, notamment Shikaku et Fugaku ressuscités. Ils entendirent à peine l'homme se lever en marmonnant qu'il allait questionner les médecins quant à l'état de santé mentale de son fils et de son amie. Le fils en question se laissa tomber sur le lit d'hôpital, et tourna les yeux vers Sakura.

— C'est pour ça que je ne sens que ton chakra. Il n'y en a pas, ici. Nous sommes les seuls à en être parcourus, et apparemment…

Shikamaru et Sakura se concentrèrent quelques secondes sur le monde qui les entourait, avant que la jeune femme ne termine la phrase de son aîné.

— Seuls les végétaux semblent avoir une forme d'énergie. Les végétaux et les minéraux. Les êtres tels que les animaux ou les Hommes en sont dépourvus ici.

— Comment peut-on exister ici ? Comment nos proches peuvent-ils être ? Ce monde semble tellement plus vaste que le nôtre, c'est insensé ! Si nous avons un double dans cet univers, alors il est fort probable que tous ceux de notre univers en aient un, mais nous ne sommes pas assez nombreux si plusieurs villes comme celle-ci parsèment la surface de cet endroit. Je n'y comprends rien, c'est physiquement impossible de changer de monde, mais cette absence de chakra dément toute illusion ou coma. Surtout avec le tien si fort dans la pièce.

— Calme toi, là n'est pas le plus important One, le coupa Sakura. Le plus important, c'est que si l'on nous questionne, ni toi ni moi ne nous souvenons de notre vie avant notre… disparition puisque c'est ce qu'il semble être arrivé à nos doubles.

— Et si on nous demande, nous ne voulons pas parler de ce qu'il nous est arrivé.

Les deux ninjas se mirent d'accord et le regard de l'aîné tomba sur l'épaule de son amie. Sa blouse d'hôpital semblait avoir été nouée sous son aisselle pour laisser un bandage apparent. Il approcha sa main et tâta la bande de tissu pour en évaluer l'utilité.

— Qu'est-il arrivé à ton épaule ?

— Je n'en sais, pour être honnête, pas grand-chose. J'ai seulement ressenti une vive douleur avant de perdre connaissance, lorsque nous sommes arrivés ici. Pourtant, personne ne s'était approché de moi, c'était étrange.

— Comment sais-tu que c'était en arrivant ici ?

— Il y avait ton père et… un homme tellement marqué par les traits Uchiha que cela ne pouvait être que Fugaku. Shikaku-san m'a confirmé que c'était bien lui en t'informant qu'il est toujours en vie dans ce monde.

Le jeune homme acquiesça et se pinça les lèvres avant de se redresser en voyant arriver plusieurs médecins en blouses blanches, accompagnés par son… père. L'homme qui ici était son père était à la fois tellement différent du sien et si… identique ! Shikamaru ne pouvait douter que ce soit lui tout en réalisant qu'il ne connaissait pas cet homme. C'était une sensation affreuse, après le soulagement qu'il avait éprouvé malgré lui en constatant que son père était bien en vie.

Le surdoué se leva du lit de la rose et regagna le sien, décidant d'un regard lancé à Sakura qu'à présent, ils devaient se fondre dans la masse et jouer le jeu en attendant d'établir une histoire crédible.

Le jeu en question n'allait pas être simple, réalisa la jeune femme en constatant qu'elle ne comprenait toujours pas ce qui était arrivé à son épaule malgré ses connaissances approfondies en médecine et son aisance avec les termes médicaux. Tout ce qu'elle comprenait, c'était que son épaule avait été… trouée par quelque chose se nommant une "arme à feu".

Et bien. Ils étaient dans un sacré pétrin à présent.