Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.
Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.
FOUR :
« Quel est l'auteur au monde qui vous enseignera la beauté
aussi bien qu'un regard de femme ? »
— Shakespeare
Une semaine passa après le réveil des deux amis. Une longue semaine au cours de laquelle Shikamaru et Sakura patientèrent et mirent au point rapidement leur histoire. Sept jours précisément après leur réveil et dix après leur arrivée dans ce nouveau monde, Fugaku avait reçu l'autorisation des médecins de venir interroger les adolescents. Le conseil de la police avait été informé du retour de ces deux disparus.
Après enquête, les autorités avaient conclu que la rose avait été enlevée par son père le jour de ses huit ans, puis vendue par ce dernier trois ans plus tard à une organisation inconnue, probablement un gang. Son histoire avait été dévoilée aux médias quatre jours après son retour, et malgré les sollicitations, elle refusait catégoriquement de rencontrer ne serait-ce qu'un seul journaliste. De toutes façons, ils comptaient seulement raconter une histoire inventée de toute pièce à la police, et mieux valait que le moins de personnes possible soit au courant de tout ce qu'ils allaient raconter.
— Bien. Je récapitule. Toi et moi nous sommes rencontrés dans un hangar, avec deux autres jeunes de notre âge. Nous avions onze et douze ans et nous ignorions ce qu'il allait se passer. Nous étions effrayés et ligotés à une chaise, alignés face à une espèce d'estrade étrange.
Shikamaru s'interrompit dans son histoire lorsque trois coups furent frappés à la porte. La jeune femme près de lui s'appuya contre l'oreiller du lit, et soupira avant d'inviter la personne à entrer. Une silhouette masculine se dessina dans la lumière extérieure. Les deux disparus préféraient en effet fermer les volets la plupart du temps, peu rassurés par ce monde dont ils ne connaissaient rien, en dehors des murs de l'hôpital. L'homme avait les cheveux relativement longs, des traits sévères et des yeux noirs qui n'étaient pas sans rappeler à Sakura ceux de l'homme qu'elle avait toujours aimé mais qu'elle avait fini par haïr de tout son être. Fugaku Uchiha ressemblait terriblement à ses fils et c'était autant pour Shikamaru que pour Sakura un véritable crève-cœur.
Le premier avait l'étrange impression de se retrouver face aux deux ennemis de Konoha qu'étaient Itachi Uchiha et son petit frère Sasuke Uchiha. La seconde en revanche, avait une étrange sensation de familiarité, probablement dû à la ressemblance frappante avec son amour de toujours. Après tout, si Sasuke avait répondu à ses sentiments, elle serait entrée dans la famille à la suite de Fugaku et Mikoto Uchiha. C'était un futur dont elle avait tant rêvé… Tout en sachant à présent que ce futur n'aurait jamais été positif pour elle. Vivre avec un traître ? Un homme qui l'avait fait souffrir des années durant et avait plusieurs fois tenté de la tuer ? Sakura devait reconnaître que si elle ne pouvait faire mentir son cœur, elle ne pouvait pas non plus abattre sa raison, et celle-ci lui chuchotait vicieusement qu'elle n'était pas masochiste. Accepter de finir avec cet homme relèverait en revanche d'une résignation dans le fait de souffrir. Et elle ne voulait plus souffrir, elle ne voulait pas souffrir toute sa vie pour un homme qui ne la reconnaitrait jamais en tant que femme, que personne et coéquipière. Sasuke était perdu et elle refusait de plonger avec lui.
Peut-être ce monde serait-il une nouvelle opportunité d'ailleurs ?
Sakura laissa tomber sa tête sur l'épaule de son ami, alors que celui-ci saisissait prudemment sa main sous la couette. Fugaku observa le lit vide près de la fenêtre, puis le second qu'occupaient les deux disparus. Ils étaient plus à l'aise l'un contre l'autre, ensemble, soudés contre ce nouveau monde. Leur union ferait leur stabilité et leur force.
— Comment vous sentez-vous ?
— Perturbés, lâcha Sakura, détachée.
L'homme détailla les adolescents qui avaient fait irruption dans son open space, comme venus de nulle part. Il acquiesça et sortit un calepin et un stylo de la poche intérieure de sa veste de costume.
— C'est normal je suppose. À présent que vous avez eu un peu de temps pour vous reposer et remettre vos idées dans l'ordre, peut-être pourriez-vous me raconter votre histoire ?
L'homme avait décidé de prendre en charge l'affaire et les adolescents lui-même, par respect pour Mebuki Haruno, qu'il avait connue plusieurs années auparavant, bien avant que le chagrin et la maladie ne l'emportent, ainsi que pour Shikaku Nara, son ami proche. Les deux jeunes gens avaient refusé de parler, plus tôt dans la semaine, mais à présent ils accepteraient peut-être.
— Nous acceptons.
C'était étrange comme ces deux enfants semblaient agir l'un en fonction de l'autre. Lorsque l'un se déplaçait vers la gauche, l'autre suivait. Lorsque l'autre parlait, il parlait en leur nom à tous les deux, comme s'ils avaient toujours vécu en tandem, inséparables, fraternels, presque jumeaux. Comme s'ils n'étaient finalement qu'un seul et même esprit.
— Bien, je vous écoute alors.
— Tout a commencé quand un van noir mat a déboulé devant nous. J'avais douze ans, commença Shikamaru.
— Et moi j'en avais onze. Je n'ai pas pensé à réagir, mon père derrière moi semblant trouver cela tout à fait normal. Il a échangé quelques mots avec un des hommes présents, et ils ont échangé une mallette. Je crois, en y réfléchissant bien, que c'était de l'argent et que mon père m'a vendue.
Les larmes montèrent aux yeux de la jeune femme. C'était comme si les souvenirs qu'elle exprimait à voix haute avaient quelque chose de réel, de tangible. Comme si elle ne les inventait pas, mais se les remémorait vraiment. La rose eut l'impression de basculer dans une transe étrange, dont elle ne contrôlait rien. Ses yeux se perdaient dans le vide à mesure que les souvenirs qu'elle énonçait s'imprimaient dans sa mémoire.
— Je ne voyais pas leur visage, ils me maintenaient la tête baissée. Je ne voyais finalement que jusqu'à hauteur de leur hanche lorsque je faisais l'effort d'essayer. L'un d'eux m'a ligotée solidement, avec une corde d'escalade, et m'a jetée dans le van, poursuivît-elle.
Qu'était un van ? La jeune femme l'ignorait. Les mots venaient à elle comme un flot puissant et indomptable que lequel elle n'avait aucune emprise.
— L'un d'eux m'a asséné un coup de crosse et je me suis évanouie. Quand je me suis réveillée, nous étions cinq jeunes entre onze et treize ans, j'étais la seule fille. Shikamaru était à côté de moi, le front en sang, à moitié évanoui. Je n'ai pas compris grand-chose, ce jour-là, seulement que nous étions dans un hangar et… et que nous étions prisonniers. Un homme immense et fort est venu nous voir et nous a- il nous a frappés tour à tour pendant de longues minutes. Je ne sais pas combien de fois il est revenu pour recommencer, mais ça a duré plusieurs jours. Je n'ai pas eu la force de pleurer et Shikamaru non plus. Je ne sais pas vraiment pour lui, mais moi j'étais trop terrifiée. Ils ont pris ça pour de la force, même si ça n'en était pas et ont tué les deux garçons qui ont pleuré et supplié.
— Ils ont brandi un neuf millimètre agrémenté d'un silencieux et ont juste tiré dans la tête. Nous, on était choqués et terrifiés, évidemment, mais on a tous compris que si on ne faisait pas preuve de force de caractère, on allait finir comme eux. La nuit est tombée vingt-deux fois avant que quelque chose ne change enfin. Ils ont arrêté de nous frapper, mais c'est devenu pire. Ils nous ont violés, battus, torturés et ont tué l'autre garçon qui avait tenu bon. Apparemment il était trop faible d'esprit. Quand ils se sont arrêtés, ils ont dit que nous étions tous les deux les plus forts du groupe et que le ménage avait été suffisamment fait, que nous garder tous les deux au lieu d'un seul était correct.
— Là, ils ont commencé à nous entraîner. C'était affreux, c'était douloureux… On a tiré à l'arc, appris à descendre une façade d'immeuble en rappel, à la grimper à la force des bras et à tirer avec toutes sortes d'armes à feu et d'armes blanches. Nous n'étions pas privilégiés parce que nous avions réussi les premiers tests, et en cas d'échec, les punitions étaient terribles. Il y avait de la privation de nourriture et d'eau, des coups, des agressions… Au fil du temps, nous avons appris que c'était aux mains d'un gang que nous étions tombés. Traffic d'organes, d'armes, de drogue… tout y passait. Et nous, nous étions leurs soldats.
— Le chef du gang se faisait appeler Lion. Il a commencé à ressentir de l'affection pour ses deux jeunes recrues si prometteuses et efficaces. Peu à peu, nous avons réussi à monter en grade et dans leur confiance, en participant à leurs casses. Nous n'avions pas le choix ! Nous avons tué, torturé, battu, volé… Nous étions leurs marionnettes.
— À quinze ans, le chef a décidé que je deviendrai sienne. Il m'a ordonné de sortir avec lui, et j'ai obéi. C'était ça ou mourir, et… je refusais de laisser Shikamaru derrière moi. Sans lui je n'étais rien, et la réciproque était vraie aussi. Nous travaillions toujours en duo. Les jumeaux de l'ombre, qu'ils nous appelaient. Ça nous a plu pendant un temps, d'avoir le pouvoir, l'argent et la force. Vous savez, ça monte rapidement à la tête, tout ça, particulièrement quand on vous fait l'équivalent d'un lavage de cerveaux alors même que votre esprit n'est pas encore réellement formé à l'esprit critique et l'indépendance.
— Nous avons cependant fini par en avoir assez de souffrir, de se blesser, de faire souffrir et de blesser. Ça nous rongeait de l'intérieur, c'était insupportable. Peu à peu, nous avons monté un plan. Pendant six mois, nous avons planifié la Tuerie de la Réunion Annuelle. Et quand ce jour est finalement arrivé, nous avons récupéré nos affaires, avons posé les bombes dans le hangar où nous avions souffert à l'arrivée… Et nous avons tout fait sauter avant de tuer les derniers survivants, parfois à l'arme à feu, parfois à l'arme blanche, et pour ceux qui nous ont fait le plus souffrir, à mains nues.
Fugaku Uchiha détailla les deux regards hantés devant lui, et ces deux mains, agrippées l'une à l'autre avec la force du désespoir. Les deux enfants semblaient à bout de forces, mais incapables de lâcher prise. Ils étaient terriblement forts, solides et tenaces. Ils avaient survécu à l'enfer et à la douleur. La rose posa naturellement la main sur son ventre, comme si les souvenirs n'étaient pas tous aussi clairs que leur discours le laissait supposer. Comme si elle ne disait pas tout. Le policier songea qu'elle ne réalisait et n'acceptait probablement pas l'entièreté de leur histoire.
Shikamaru lui, enroula son bras autour de son amie, et la serra fort contre son torse, ignorant l'épaule blessée de Sakura. La jeune femme ne broncha même pas sous la douleur d'ailleurs. Son corps avait développé une grande résistance à la souffrance physique. À présent, elle se sentait capable de surmonter cela. Son ami nicha son visage dans son cou et reprit une attitude froide, à l'abri du regard de l'intru Uchiha.
— Nos souvenirs Sakura… Ils sont vrais. Comment est-ce possible ? J'ai l'impression d'avoir vécu deux vies différentes, d'avoir souffert autant dans l'une que dans l'autre et de ne plus pouvoir être capable de savoir si le vrai moi est celui de ce monde ou de l'autre.
— C'est pareil pour moi, Shika. Nous n'avons pas inventé ces souvenirs… c'est comme si nous les avions volés à nos doubles. Je me suis sentie capable de les raconter parce que je n'ai pas encore intégré tous les sentiments qui vont avec, mais je crois que je viens des deux mondes à présent. Je me sens comme chez moi de plus en plus, tout en me sentant étrangère. C'est terrible, je suis perdue entre deux univers.
Shikamaru acquiesça pour signifier que c'était pareil pour lui. Ils étaient dans le même bateau tous les deux. Aucun d'eux ne se sentait encore capable de dire qu'ils étaient complètement la Sakura et le Shikamaru de ce monde, mais ça venait et ils eurent tous les deux peur soudain de perdre leurs souvenirs de l'ancien monde au profit de ceux de leur double. Malgré la souffrance qui avait parcouru leur vie de ninja, ils s'étaient construits en tant que soldats de Konoha, en tant que membres de leurs équipes, et sur les pertes qu'ils avaient connues. Il était hors de question de perdre tout ça et ce qu'ils étaient devenus !
— J'ai peur.
— Moi aussi.
Les deux jeunes gens inspirèrent profondément pour se donner du courage et se détachèrent l'un de l'autre, faisant croire volontairement à Fugaku qu'ils avaient seulement eu besoin d'un peu de temps pour se remettre de leur récit.
— Je vous promets qu'il ne vous arrivera plus rien à présent, vous êtes tous les deux en sécurité. Une cellule psychologique sera mise à votre disposition, et vous ne serez pas séparés. J'ai bien compris que vous étiez essentiels à l'équilibre l'un de l'autre. Sakura, je suis au regret de t'annoncer que ton père est décédé il y a quelques années maintenant, ainsi que ta mère. Ta disparition l'a fait plonger dans une profonde dépression et la maladie l'a emportée. Elle n'a pas souffert.
— Où vais-je aller, alors ? Je refuse d'être séparée de Shika !
La jeune femme se redressa dans le lit, profondément déterminée à ne pas s'éloigner de son pilier. Ils avaient tout intérêt à être unis et surtout, à rester ensemble. C'était même vital pour eux. Ils avaient besoin d'être prudents et de faire attention à leurs souvenirs. Et surtout, il fallait qu'ils enquêtent sur ce qu'il s'était passé, sur le moyen éventuel de retourner dans leur monde, de… vivre avec ces deux vies mélangées dans leurs souvenirs. Ils devaient s'organiser.
— Je crois que j'ai la solution, intervint une voix féminine avec prudence.
Les trois personnes déjà présentes tournèrent la tête vers la porte et détaillèrent la nouvelle venue avant de l'identifier rapidement comme étant Yoshino Nara. Celle-ci semblait légèrement hésitante, un bouquet de fleurs à la main, et deux boitiers recouverts de papier cadeau.
— J'en ai discuté avec Shikaku et nous avons la place chez nous, Sakura. Nous serions ravie de t'accueillir, surtout si votre relation à toi et Shikamaru est si essentielle à votre bien-être.
Les deux adolescents s'entreregardèrent, comme souvent, et d'un regard, déterminèrent que c'était la meilleure solution.
— J'en serai ravie, madame Nara. Je vous en remercie, acheva Sakura de sa voix la plus douce et posée.
La rose s'inclina et se recala contre l'oreiller et Shikamaru. Bien. Ça, c'était fait. Plus qu'à assurer pour la suite. Enfin. C'était plus facile à dire qu'à faire.
