Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.

Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.


FIVE :

« Il n'y a point de bonheur sans courage,
Ni de vertu sans combat. »

— Rousseau.


Sakura inclina la tête en écoutant les paroles qu'elle ne comprenait pas. Elle entendait les mots, mais ne les comprenait pas. Elle voyait les traits de son visage, ses tatouages, sa peau couturée de cicatrices, mais le tout ne formait pas un ensemble uni et appréhendable. La rose plissa les yeux, mais tout n'en devint que plus flou. Sa bouche s'entrouvrit dans une tentative désespérée de parler, de crier, de questionner… de clamer un amour qu'elle ne saisissait pas, qu'elle devinait vain, mais elle n'obtint qu'un couinement étranglé.

Une douce main masculine caressa sa joue, sa peau diaphane, la cicatrice sous son œil et une paire de lèvres se déposa sur les siennes. Un bras entoura ses hanches, l'attirant dans une étreinte chaude au doux goût d'interdit et de malsain. La main tatouée de lettres qu'elle lisait à l'envers descendit sous sa mâchoire, dans son cou, sur ses clavicules, effleura la courbe de son sein, caressa ses côtes, et se posa sur son ventre. La douceur de cette longue caresse était infinie, comme si l'homme avait peur de casser sa poupée de porcelaine, son jouet le plus précieux.

N-O-I-L.

Sakura manqua de s'étrangler en lisant les lettres à l'envers. N-O-I-L, L-I-O-N à l'envers. LION. Le rythme cardiaque de la jeune femme accéléra brusquement et désespérée, elle leva le regard vers le visage disharmonique qu'elle tentait de replacer, et tomba sur deux yeux glacés. Le bleu de ces iris-là était solide, cruel. Cet homme n'éprouvait aucune pitié, aucune compassion. Il était intransigeant et mauvais. Et elle… elle l'aimait à en perdre la tête, à se jeter à ses pieds pour le supplier, pour lui plaire, à courber l'échine pour lui convenir.

La douce main quitta son ventre et s'abattit sur sa joue.

« Il ne verra jamais le jour, Sakura. Ce rêve prend fin maintenant. » susurra cette voix de velours, comme une caresse féroce.

Sakura ouvrit brusquement les yeux, en état de choc et se leva du lit pour partir en trombes en direction des toilettes. Les larmes aux yeux, elle se pencha au-dessus de la cuvette et rendit tout son repas en se tenant le t-shirt pour garder un point d'ancrage. Elle toussa plusieurs fois, profondément dégoûtée et déterminée à rejeter tout ce cauchemar qui lui avait donné la nausée.

La rose renifla faiblement en tirant la chasse d'eau et passa une main sur son visage seulement pour se rendre compte que celui-ci était baigné de larmes. Elle n'avait même pas eu conscience de ses larmes. Pourtant, à présent, c'était carrément des sanglots qui agitaient ses épaules. Dans un geste de rage, la jeune femme lança son poing dans le mur. Sous sa peau, elle sentit le plâtre se fissurer légèrement, augmentant encore sa rage.

Pourquoi pleurait-elle ?

Pourquoi sentait-elle tout à coup cette déchirure en elle ? Il y avait ce sentiment d'échec et de perte innommable qu'elle ne comprenait pas mais attisait ses larmes.

Sakura passa une main sur ses joues et avisa par la porte ouverte que le couloir se parait peu à peu d'une couleur orangée. Le soleil se levait et elle en remercia un dieu imaginaire. Elle n'aurait jamais eu le courage de retourner se coucher, ne serait-ce que pour faire semblant de se rendormir.

Les jambes tremblantes, l'adolescente se releva et traversa rapidement le couloir pour descendre les escaliers. Elle passa silencieusement devant la chambre parentale de la villa des Nara, et se faufila dans la cuisine où une silhouette aux cheveux en bataille était déjà assise. Une tasse fumante entre les mains, une seconde sur la table, Shikamaru avait l'air encore plus endormi que d'ordinaire. Voilà deux jours qu'ils étaient rentrés chez le jeune homme, et deux nuits qu'ils dormaient ensemble dans une chambre d'amis. Celle qu'occupait autrefois le ninja était restée inchangée depuis sa disparition, et il ne se sentait pas de dormir dans la chambre qu'il ne se souvenait pas avoir jamais occupée. Et puis de toutes façons, le lit était un lit simple dans « son ancienne chambre » alors qu'il voulait absolument dormir près de son amie aux cheveux roses.

— Cauchemar ?

La jeune femme haussa les épaules en s'asseyant face à lui.

— Ici ou là-bas ?

— Ici.

Le brun acquiesça et soupira. Lui aussi avait rêvé de ce monde, de ces souvenirs qui ne lui appartenaient pas mais qui étaient si limpides et marquants que chaque nuit était une torture de plus. En tant que ninja de Konoha, en tant qu'Anbu et stratège, la mort ne le traumatisait plus depuis longtemps, le fait de tuer non plus, mais se plonger dans le corps qui était le sien à douze et treize ans, se voir se faire battre, torturer, passer entre les mains de gros porcs était atroce. Bien assez en tous cas pour qu'il en perde le sommeil.

— Ils vont finir par nous coller une cellule psychologique sur le dos, Princesse.

— Alors quoi ? Tu veux poser une illusion autour de nous pour faire croire que tout va bien ? Tu veux utiliser ton chakra pour quelque chose d'aussi futile alors même qu'on ignore si nos réserves peuvent se remplir dans cet univers ? Shikamaru il va falloir la jouer prudente ici, c'est une nécessité.

— Je sais, mais se laisser analyser par une cellule psy, c'est prendre le risque de laisser entrevoir qu'on se perd entre deux mondes totalement différents. On ne peut pas se le permettre.

— Si, on peut. Au pire ils diront qu'on souffre d'une connerie comme un dédoublement de personnalité.

Le jeune homme roula des yeux en marmonnant qu'ils avaient le choix entre risquer l'épuisement de leur chakra et passer pour des fous. Il soupira et porta sa tasse à ses lèvres pour la vider d'une traite avant de se lever. Comme la veille, il allait laisser Sakura seule avec ses réflexions comme lui l'avait été et monterait se changer pour enfiler une tenue de sport.

Lorsqu'ils étaient sortis de l'hôpital, assaillis par des photographes et des journalistes, Yoshino s'était empressée de les faire monter dans sa voiture et de les emmener au mall pour qu'ils fassent des courses. Apparemment, elle avait reçu une subvention afin de les aider à se réinsérer dans la société, afin de retrouver un rythme de vie normale, et selon les autorités et les psychiatres, cela passait d'abord par le fait d'avoir une garde-robe adaptée à leur âge, leurs besoins et leur sexe. Sakura avait donc été traînée par la mère de son ami dans un magasin de lingerie sous les rires de ce dernier, et avait fini deux heures plus tard dans un magasin de cosmétiques. Alors même qu'elle n'en mettrait probablement jamais.

La rose resta là, à songer à cette journée étonnante ou elle avait découvert ce qu'était un centre commercial, à remercier mentalement Yoshino pour ses conseils, sa patience et sa bienveillance lorsqu'elle était incapable de dire quelle taille elle faisait ou même ce qu'elle aimait. Et puis, à son tour, elle vida sa tasse, prit celle de Shikamaru, et déposa les deux dans l'évier avant de remonter enfiler un jogging et une brassière de sport. Sans se soucier de la présence de son meilleur ami dans la chambre, elle se changea alors qu'il attachait ses cheveux, enfila ses baskets neuves et attacha ses cheveux à son tour.

Le brun lui fit signe qu'il était prêt, et ensemble, ils quittèrent la maison par la porte de derrière, la carte bancaire allouée à la rose dans une poche. À la même allure, volontairement plus lente que ce que leur permettaient leurs capacités, ils entamèrent un footing soutenu en direction du centre-ville. Leur objectif était évidemment de maintenir leur condition physique et leur entraînement ainsi que de découvrir ce nouveau monde dans lequel ils étaient coincés. Une foule de question se bousculait dans leur esprit, mais en attendant d'avoir les réponses et une liberté d'action satisfaisante, il leur fallait être discrets et patients. D'un mouvement synchrone, ils tournèrent au coin d'une rue et cherchèrent l'armurerie dont on leur avait parlé au cours d'une discussion sur les armes qu'ils avaient eu à manier durant leurs années de disparition.

Consciencieux, ils s'arrêtèrent devant la vitrine et commencèrent à repérer les armes à feu qui leur étaient familières. À présent qu'ils avaient une partie des souvenirs de leur double et que de plus en plus se rajoutaient à la liste, ils savaient ce que signifiait le terme « arme à feu » et même comment les manier, viser, tirer et les entretenir. Sakura détailla avec l'aide de son ami celles avec lesquelles elle était les plus à l'aise puisque le jeune homme ne semblait pas trouver son bonheur depuis la rue.

— Laisse, ça ne sert à rien, ce qu'on fait. On ira quand ce sera ouvert, pas à cinq heures du matin.

Les deux jeunes ninjas se mirent d'accord pour revenir une autre fois et reprirent leur footing comme s'ils ne s'étaient jamais arrêtés. Ils débouchèrent dans le même square que la veille à leur première course, et s'appliquèrent à nouveau à mettre au point un entraînement convenable et discret avant de se confronter l'un à l'autre à mains nues, sans chakra et sans armes, avec uniquement les moyens du bord. Et techniquement, les moyens du bord était déjà un cran au-dessus de ceux de ce nouveau monde, compte tenu de leur statut d'Anbu.

Lorsque l'horloge de la gare dans la même rue indiqua neuf heures, Sakura et Shikamaru quittèrent le parc en courant plus vite qu'à l'allée, pas transpirants pour un sou. Alors qu'ils avaient couru une heure pour venir au square, en choisissant les bonnes rues et en repérant les toits qui leur serviraient bientôt pour se déplacer, ils ne mirent qu'une vingtaine de minutes et s'en trouvèrent fort satisfaits une fois entrés dans la villa des Nara.

En revanche, ils furent, l'un comme l'autre, surpris de trouver Fugaku Uchiha dans le salon de la maison. Shikamaru lança un regard tendu à Sakura, craignant que son amie n'ait du mal avec l'homme, ou plutôt avec cette ressemblance frappante qu'il avait avec ses fils. Mais au contraire, la jeune femme s'avança, un sourire aux lèvres, et serra la main du chef de la police départementale. Yoshino entra dans la pièce, trois cafés en mains, et salua les deux jeunes gens sous sa responsabilité, pleine d'entrain.

— Ah ! Vous voilà ! Fugaku est venu vous rendre visite ce matin, vous devriez le remercier d'être si attentif et impliqué.

Sakura s'inclina légèrement devant l'homme pour ne pas contrarier la mère de Shikamaru, alors que ce dernier serrait la main du Uchiha.

— Ravi de vous voir en meilleure forme tous les deux. J'avoue que vous n'êtes pas un cas d'école, mais j'aimerai vraiment que nous nous voyions pour remettre quelques éléments de votre histoire dans l'ordre. Pas maintenant, évidemment, ce serait brutal et indélicat de ma part, mais lors d'un dîner. Cela vous irait-il ? Vous auriez le temps de vous reposer un peu d'ici là.

— Ce serait avec plaisir Fugaku.

Sakura fit les gros yeux à son meilleur ami, ne comprenant pas réellement pourquoi le jeune homme acceptait si vite l'invitation d'un Uchiha, même avenant et bienveillant.

— Parfait, alors dans trois jours, je vous invite à dîner à la maison. Ma femme Mikoto aimerait vraiment rencontrer à nouveau la fille de Mebuki Haruno, son amie, et la compagnie de mes fils qui ont vos âges vous fera peut-être du bien.

Le brun acquiesça dans un sourire, et la rose prit le bras de ce dernier pour l'entraîner à l'étage sous le prétexte qu'ils avaient tous deux à se changer.

— Non mais Shika, qu'est-ce qu'il t'arrive ?!

— Ce qu'il m'arrive, c'est qu'il faut qu'on s'intègre au plus vite dans ce monde si l'on veut avoir un peu d'indépendance et trouver un moyen de rentrer chez nous, Sakura. Alors si un dîner avec monsieur-bienveillance-policier-Uchiha peut nous le permettre, je suis prêt à subir une situation compliquée pendant une soirée.

— Tu ne comprends pas, là. Tu me demandes de passer une soirée avec Sasuke qui m'a détruite, avec Itachi qui a détruit sa famille, avec Fugaku et Mikoto, deux fantômes sur lesquels nous n'avons aucune information, alors même que j'ai suffisamment souffert de côtoyer un Uchiha. Je ne te demande pas d'aller chez Temari, moi !

— Je sais, je suis désolé Sakura. Mais ce Sasuke ne sera pas le même que dans notre monde, tu sais ? Et Itachi non plus. Il faut qu'on intègre ce fait, qu'on s'y efforce. Et comme je te l'ai dit, c'est le premier pas pour rentrer chez nous.

— Qui t'a dit que je voulais rentrer chez nous ? Je n'ai pas de véritable « chez moi » à Konoha, juste un masque derrière je me cache après chaque mission. Je ne vis plus avec mes parents, ils n'ont jamais cru en moi, Naruto ne jure que par sa quête vaine pour ramener Sasuke, et… en dehors de toi, je n'ai personne qui m'attende quand je passe les murs du village. Quant à toi, veux-tu vraiment rentrer dans un univers où ton père et ta fiancée sont morts ?

Shikamaru se pinça les lèvres, le regard brillant d'émotion mal contenue pour une fois. Sakura venait de poser la première pierre, la plus déterminante.


NDA : Très peu satisfaite de ce chapitre bateau je dois dire. Il est plutôt crucial, mais mal exploité, j'essaierai sûrement de le réécrire.