Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.
Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.
SEPT :
« Pour tromper le monde, ressemblez au monde. »
— William Shakespeare.
Reprise : Quand les choses avaient-elles drapées pour que les Uchiha ne se comportent plus en Uchiha, ou même ressuscitent et qu'elle-même perde la tête entre les pensées et les peurs enfouies d'une Autre Sakura ?
Elle avait si bien senti son frisson dû à la proximité d'un homme, et elle avait tout aussi bien senti le frisson de peur et de dégoût de son alter ego à la présence toute simple d'un être masculin près d'elle, non parce qu'il était une personne, par ce qu'il était Itachi, mais bien parce qu'il était un mâle. Sakura savait pourtant, d'un côté comme de l'autre, combien les mains des hommes pouvaient souiller les corps des femmes, combien leurs pulsions pouvaient faire pleurer les Marianne et s'abattre les Jeanne d'Arc.
La déglutition douloureuse, Sakura s'engouffra à nouveau dans le couloir. Elle aussi était une Jeanne d'Arc, partagée entre deux voix et deux vies, entre deux mondes qu'elle sentait se fondre douloureusement dans sa mémoire alors qu'elle intégrait les traumatismes et les douleurs d'une autre. Son ventre se tordit, et elle s'empressa de retourner dans le salon sans regarder derrière elle l'homme qui la suivait. Sans un mot, elle alla s'assoir dans un canapé, aux côtés de Sasuke.
Les véritables problèmes commençaient avec lui, elle le sentait.
Lorsqu'elle s'installa, Sakura sentit peser sur elle trois paires d'yeux perçants. La première, sans surprise, appartenait à son meilleur ami et la jeune femme devait reconnaître que le savoir près d'elle dans cette soirée intense et profondément éprouvante était ce qu'il y avait de plus rassurant dans ce monde. En même temps, il était tout ce qui lui restait de son univers d'origine. Elle avait grandie en regardant évoluer les grands ninjas de son village, en voyant les Anbus se déplacer, masqués, la nuit quand elle ne dormait pas, préférant au sommeil observer les étoiles et cette lune, grosse et ronde, presque maternelle dans la lumière dont elle nimbait le monde. Elle avait rêvé d'être à leur place, toutes les nuits, tous les jours, jusqu'à ce que l'académie prenne fin et que Kakashi prenne le commandement de leur équipe nouvellement formée. Peut-être que c'était là que tout avait dérapé ? Ils avaient enchaîné les déconvenues, les préparations foireuses et les coups du sort ; c'était à se demander si une vilaine sorcière de ses contes pour enfant n'avait pas jeté un sort sur leur team. Mais peut-être que tout avait dérapé avant, bien avant ? Peut-être même que tout avait commencé à dévier quand elle avait apprit à rêver de combats et de techniques spéciales ? Le saurait-elle un jour ?
Le second regard qu'elle percevait, était celui de Fugaku Uchiha, l'homme qu'elle n'aurait jamais eu l'audace de penser rencontrer. La gamine qu'elle était avait bien rêvé de devenir Uchiha par alliance, de se marier avec un Sasuke qui ne regarderait qu'elle et qui n'en aimerait jamais d'autre. Ils auraient eu deux enfants ensemble, sûrement une fille, aussi belle que fatalement puissante, et un fils aussi fort qu'intelligent, comme le parrain qu'il aurait eu l'honneur de se voir assigné. La rose grimaça. Quand exactement avait-elle, non plus vu sa vie partir en vrille, mais commencé à laisser son rêve de puissance et de suprématie être entaché par un garçon ? Un garçon irrespectueux en plus de cela et qui lui semblait se cacher toujours derrière l'évènement traumatisant dont il avait été le seul survivant ? Non qu'elle remette en cause ce qu'il avait vécu, mais la cruauté, le scepticisme, la déviance, le cynisme et le crime n'étaient pas l'acabit de tous les traumatisés, sinon dieu sait que le monde n'y aurait pas survécu. Sasuke, fort ? Peut-être physiquement, peut-être que dans sa quête vaine et futile il avait su le devenir, mais psychologiquement, la jeune femme sentait qu'il n'avait pas les épaules assez solides pour faire face à ses responsabilités, à celle qu'il avait fait souffrir, à son meilleur ami, qu'il avait enfermé dans un cercle aussi vicieux que lui, à ses crimes.
Sakura s'était toujours, étonnamment, imaginé Fugaku Uchiha en homme sévère et profondément rebutant par son attitude et sa rudesse. Sûrement cette différence entre ce qu'elle avait imaginé et ce qu'il en était était-elle dû à ce changement d'univers dont ni elle ni Shikamaru ne parvenait à comprendre quoi que ce soit.
Le dernier regard enfin, posé sur elle était celui de Sasuke. Son cher Sasuke. Être près de lui était un déchirement, un appel à la perte de soi, à la haine et plus encore, aux combats. Elle se trouvait dans la même bâtisse que Itachi Uchiha et Sasuke Uchiha sans qu'aucun combat ne se soit engagé. Ce simple fait témoignait d'un miracle digne d'un changement de dimension. Le sourire encourageant et sincère qu'elle lisait sur les lèvres de Mikoto Uchiha était une torture. Elle n'était pas à sa place, et là, dans ce salon, alors que l'aîné des fils de Fugaku faisait son apparition dans le salon peu après elle, elle en était plus consciente que jamais.
— Est-ce que tout va bien ?
Même sa voix était identique. Alors, la rose se força à prendre de la distance avec toute cette famille, et acquiesça.
— Bien sûr. Je me suis rafraîchie, tout va bien.
Ce n'était qu'une soirée, après tout, non ? Après cela, tout serait terminé.
La rose leva les yeux vers Itachi Uchiha qui, un sourire amusé aux lèvres, s'assit dans le fauteuil placé entre Shikamaru et Mikoto. La grande femme brune elle, semblait prête à engager la discussion, et à vrai dire, elle était la seule ici à ne pas foncièrement la mettre mal à l'aise. Ou du moins était-elle celle pour qui elle avait le moins d'aversion et d'appréhension. Sakura prit une profonde inspiration, les yeux fermés, et revêtit le masque de la ninja qu'elle avait été aux yeux de son monde, frivole et enjouée.
— Sinon, vous faites des études tous les deux ? s'enquît-elle.
Sasuke adressa à Sakura un sourire et désigna son frère aîné du menton.
— Itachi fait des études de droit, et moi je suis en école de commerce.
Shikamaru et son amie échangèrent un regard interloqué. Sasuke en école de commerce et Itachi en droit. C'était soudain tellement absurde ! Le nom de leurs études éveillait un écho de savoir qui appartenait à leur alter égo et ils se doutaient de ce que ces filières représentaient et comportaient, mais… c'était à peine croyable. Les deux déserteurs fratricides arboraient une entente cordiale et même une certaine complicité dans leurs échanges de regard, de même que Sasuke semblait légèrement s'écraser face à son aîné et rechercher une certaine reconnaissance dans sa façon de l'aborder. C'était sûrement le propre des cadets au sein d'une fratrie, mais aucun d'eux n'aurait pu le dire, ayant été fils et fille unique.
— Les garçons ont de la chance, il y a une très bonne faculté à proximité de la maison et les écoles sont autour, informa Mikoto. Le campus est très grand, un peu comme un quartier étudiant complet, avec des animations, des conférences et beaucoup de possibilités de filière. Le fait d'être en banlieue de la capitale joue aussi, même si par conséquent il faut sortir de Kumano.
— Le plus gros avantage surtout, c'est que tous nos amis sont dans des filières différentes mais que nous faisons quand même nos études tous plus ou moins au même endroit.
Les deux ninjas acquiescèrent. Combien étaient-ils ? Côtoyaient-ils tous deux ceux qui auraient pu ou avaient été leurs ennemis ? Étaient-ils proches de ceux qu'ils avaient haï et combattu ? Les considéraient-ils même comme des confidents ou des frères et soeurs ? Impossible à deviner et pourtant une pensée lancinante autant que persistante.
— Tiens, d'ailleurs Sasuke, Gaara et Shino rentrent dans une semaine. Ils ont fini leur période d'étude aux États-Unis.
À nouveau, les deux intrus s'entreregardèrent. Shino et Gaara, amis ? Partis ensemble dans un lieu inconnu ? Et surtout Itachi était au courant de cela comme l'aurait été un ami ?
— Gaara et Shino ? Qui sont-ils ? demanda Shikamaru.
— Gaara est le frère d'une de nos amies et d'un de nos amis. Ils sont tous en troisième année, mais on les connaît depuis que nous sommes tout petits comme nos parents se connaissent bien. Gaara étudie la biologie sous-marine et Shino l'entomologie et l'impact des insectes sur l'équilibre de l'agriculture. Shino s'est spécialisé très tôt grâce à un maître de conférence avec qui il a beaucoup échangé à l'université et c'est pour cela qu'il est parti aux États-Unis avec Gaara.
Sakura songea qu'au moins ce Shino-là avait toujours un rapport avec les insectes. En revanche pour Gaara, il ne comprenait pas vraiment.
— Parlez-nous de vos amis, incita Shikamaru.
— Et bien… en deuxième année, il y a : Ino, Hinata, Karin, Kiba, Choji, Naruto, Sai et moi-même. On fait à peu près tous des études différentes, mais on a été au collège dans les mêmes classes avant de se séparer dans différentes filières au lycée.
Le grand brun retint les noms autant que possible, cherchant un peu à deviner qui faisait quel genre d'études. Malheureusement, les personnalités semblaient varier considérablement entre leur monde et celui de leurs égos, et il préférait ne pas se prononcer.
— En troisième année, il y a Tayuya, Tenten, Temari, Kankuro, Neji, Gaara et Shino. Après, évidemment, on forme un groupe de bons amis tous ensemble, mais il y a des petits groupes en interne. Par exemple, Tenten, Temari et Karin sont très souvent toutes les trois, alors que Kiba, Ino, Sai et Hinata sont très proches les uns des autres. Choji et Shino sont meilleurs amis, de même que Naruto et Sasuke par exemple.
Sakura buvait les paroles des deux Uchiha. Tenten, Temari et Karin ? Meilleures amies ? Les trois jeunes femmes de trois villages cachés différents ne s'étaient pas toujours très bien entendues, voire même avaient été ennemies dans leur univers. Trop de choses ici différaient, et il leur faudrait probablement oublier le passif qu'ils avaient à l'origine pour parvenir à évoluer discrètement ici, et pour ne pas se mettre à dos les personnes qui leur étaient chères.
— En quatrième année d'études, il y a les plus vieux et meilleurs amis de Itachi. Ils sont aussi souvent les grands-frères de mes amis, compléta Sasuke.
— En effet, donc avec moi, il y a Deidara, Sasori, Tobi et Kisame qui forment un groupe, Hidan, Pain, Konan qui en sont un autre avec moi, et enfin Kakuzu et Zetsu.
Bon, au moins, cela faisait une chose de stable : l'Akatsuki restait un groupe forcément un peu à part.
— On est tous très proches, et il arrive qu'on se fasse des soirées tous ensemble. On a des meilleurs amis, mais sinon, on est un seul vrai grand groupe.
Ah. Apparemment non, en fait. L'Akatsuki était partie intégrante des ninjas alliés qu'ils étaient.
— Vous êtes… nombreux. Nous n'aurons pas retenu les noms, mais ce doit être formidable, conclut Shikamaru.
Impossible de s'incruster dans un groupe pareil… à moins peut-être d'en rencontrer quelques uns uniquement, et de devenir proches d'un membre du sexe opposé. Temari était toujours en vie, ici, et probablement encore la femme qu'il aimait plus que tout au monde. S'il avait une chance, ne serait-ce qu'infime de l'avoir à ses côtés à nouveau, même si cela impliquait de devenir ami avec l'Akatsuki au grand complet, il n'aurait aucun scrupule à trahir et à faire sa vie dans ce monde. Pour la première fois de sa vie, Shikamaru était prêt à laisser brûler Konoha pour son intérêt personnel.
Sakura, elle, avait failli sur la mention de l'Akatsuki en tant que grands frères et soeurs de membres du groupes. Ça, ça clochait.
— Nous pourrions vous en faire rencontrer, si vous voulez, proposa Sasuke dans un sourire. Vous devez vous sentir seuls, tous les deux, ça vous ferait probablement du bien.
Le coeur de la rose flancha. Un Sasuke avenant et bienveillant… c'était trop pour elle, c'était si éloigné de l'homme qu'elle aimait en réalité, mais si proche de son idéal, de ses rêves de gamine énamourée.
— C'est une excellente idée, Sasuke, approuva Mikoto.
Oui, génial, songea ironiquement Sakura. Prenez-nous pour des gosses mentalement instables ayant besoins d'amis…
— À présent, que diriez-vous de passer à table ?
Sakura baissa les yeux sur la table basse et constata que les autres avaient pioché dans les apéritifs pendant la discussion. Shikamaru lui-même l'avait fait, probablement pour sauver les apparences, son verre de soda à la main. Elle, elle avait l'estomac trop noué pour cela, et le repas n'allait probablement pas arranger les choses.
Sasuke prit les verres vides, et les coupelles, et ramena le tout dans la cuisine. Les autres se levèrent, Itachi prenant le reste, pendant que leurs parents conduisaient Shikamaru en pleine discussion avec Fugaku vers la seconde partie du salon. Un mur ouvert séparaient les deux parties de la pièce, comme si une double porte avait fermé le tout, fut un temps. Son ami avait tellement moins de mal qu'elle…
— Tu es sûre que tout va bien ?
Sakura releva les yeux sur son interlocuteur. Sasuke, évidemment. C'était de plus en plus difficile d'être dans la même pièce que lui. Elle s'attendait toujours à l'entendre dire qu'elle était une faible pleurnicharde incapable de se défendre et dépendante de la force de ses coéquipiers. Dans un soupire, elle dégagea ses cheveux de son visage.
— Itachi a fait quelque chose de déplacé ?
Il semblait vraiment soucieux. Préférant avouer un mal-être pour mieux faire passer son comportement étrange, la rose secoua la tête et mêla ses deux vies pour la première fois.
— Non. Disons que je n'ai plus vraiment l'habitude de côtoyer des gens… disons normaux. J'ai l'impression d'avoir vécu dans un univers parallèle et tellement différent du vôtre. Les dîners chez des amis, accueillir des invités, discuter autour d'un verre, être sociable, ce n'est pas vraiment moi. Je suis plus habituée à la violence et à executer des ordres contre lesquels vont souvent mes principes.
Sa vie ninja. Sa vie de rue. Les adversaires, les ennemis, les ninjas et les gangsters. Ses deux vies étaient l'adaptation l'une de l'autre. Onze ans, et elle avait affronté la dure réalité des choses dans les deux mondes. Huit ans et elle avait commencé à plonger progressivement, d'abord avec son père cruel et dur dans cette vie, et avec l'Académie Ninja dans l'autre. Puis le passage d'un test débile et douloureux. C'était le même schéma, et dans tous les cas, elle semblait condamnée à une vie de combats, de douleur et de soldat au service d'une force supérieure contre laquelle elle ne pouvait se soulever.
C'était risible. C'était tragique, aussi. C'était une tragi-comédie.
— Je comprends. Enfin non, pas vraiment, avoua Sasuke. Mais j'imagine, comme tu dois te sentir à part. J'aimerai vraiment savoir quels mots te dire et quels gestes avoir pour t'aider à intégrer ta nouvelle vie, ton nouveau quotidien, mais j'avoue que je suis un peu perdu. J'ai peur de mal faire ou de dire quelque chose qui vous blessera, toi et Shikamaru. La seule chose que je me sens capable de faire, c'est de vous présenter mes amis en espérant que vous vous sentirez prêts à… tout ça.
Évidemment. Sasuke ne pouvait pas comprendre, dans une vie comme dans l'autre. Au moins, dans celle-ci, il faisait les efforts qu'elle attendait, ignorant comme son coeur saignait de sa bienveillance.
Celui-ci tendit une main vers elle, et elle inspira profondément pour se donner du courage, avant de la prendre. Il referma ses doigts sur les siens, et elle put percevoir toute la chaleur de son contact, doux et amical comme il ne l'avait jamais été. Ici, il n'était pas aveuglé par une vengeance stérile et inique.
— Merci, murmura-t-elle.
Le garçon ne lui répondit que par un sourire légèrement timide et l'entraîna vers la table où tous les autres étaient assis. Elle se retrouva, plus sereine, entre son meilleur ami et Sasuke, prête à affronter la suite.
Le reste de la soirée se déroula calmement, entre discussions légères et aveux partiels concernant ce qu'ils avaient vécu. Mikoto s'inquiéta de voir Sakura manger aussi peu, mais celle-ci se cacha derrière des maux de ventre pour lesquels la mère de famille lui donna un cachet. Apparemment, ici, ses connaissances médicales étaient lacunaires, malheureusement.
— D'ailleurs, Sakura, coupa soudain Fugaku qui avait été jusque là très discret. Comment va ton épaule ?
La rose leva la tête vers le responsable de la police, et posa sa main sur son épaule. Elle ne comprenait pas. Il n'était pourtant pas sensé avoir eu tous les résultats médicaux, puisqu'il manquait encore les détails gynécologiques de leur état de santé. Le rendez-vous était à l'hôpital des Unités Médico-Judiciaires de Osaka, puisque c'était la grande ville la plus proche et la plus spécialisée. L'affaire étant médiatisée, même si c'était le minimum possible, les supérieurs de la police réclamaient les meilleurs dans les domaines de recherche concernés.
— Comment savez-vous ?
— C'est un membre de la police qui t'a tiré dessus dans nos locaux. Il a évidemment été mis à pied pour ça et fera l'objet d'un examen psychologique et disciplinaire, mais il faut dire que tu avais un sabre braqué sur la gorge de Shikaku.
La rose émit un simple son d'approbation et songea qu'elle en aurait fait de même dans les mêmes circonstances. Sauf qu'elle aurait visé la tête, pas l'épaule porteuse de l'arme. Elle baissa sa veste pour dévoiler son épaule blanche, et défit le pansement pour montrer une cicatrice rosée bardée de points de suture régulièrement changés.
— Elle guérit doucement, comme vous pouvez le constater.
Fugaku acquiesça, et fit signe qu'ils reparleraient des conséquences de cette blessure plus tard.
Et plus tard, ce fut à la suite du dîner, quand l'homme informa sa famille qu'il désirait voir les deux adolescents dans son bureau. Les deux quittèrent la table avec lui, n'ayant en fond sonore un silence pesant et le bruit des couverts que l'on débarrasse.
— Pour ton épaule, Sakura, il faut simplement que je sache : désire-tu porter plainte contre Amino ? C'est lui qui a tiré.
La rose esquissa un sourire amusé et secoua la tête.
— Non, merci, mais ça ira. À sa place, j'aurai visé la tête, et je n'ai pas d'énergie à mettre dans une procédure judiciaire de plus.
L'homme eut l'air à la fois satisfait et mécontent, comme s'il était soulagé de ne pas avoir une chose en plus à gérer, mais était persuadé que son subordonné méritait de se faire éjecter des forces de police.
— Une autre chose, malheureusement nécessaire. Vous avez avoué des crimes lorsque vous avez raconté votre histoire, et la justice ne peut passer au-dessus de cela sans évaluer à quel niveau vous vous êtes enfoncés dans les crimes perpétrés par votre gang. De ce fait, la décision a été prise de vous faire évaluer psychologiquement. Pendant deux mois, vous allez être internés dans l'aile psychiatrique de l'hôpital qui vous a accueillis. À l'issu de ces deux mois, nous saurons globalement si vos crimes peuvent ou non vous être imputés. De là, deux issues. La première, vous finissez en prison pour une durée qui sera déterminée lors de votre procès. La seconde, vous êtes déclarés psychologiquement instables et une tutelle devra vous être assignée pendant environ deux ans ; deux années au cours desquelles vous ne pourrez quitter le territoire japonais. Mais vous pourrez reprendre des études si vous le désirer. Vous devrez seulement vivre chez les Nara plus qu'il est probable que Shikaku et Yoshino aient votre tutelle.
Shikamaru et Sakura se regardèrent et haussèrent les épaules. Intérieurement, ils grinçaient des dents à l'idée d'être potentiellement enfermés, mais c'était une décision qui leur paraissait finalement être plutôt juste. De plus, ils n'auraient qu'à mettre en avant devant les psychologues, que leur esprit avait été brainwashed par le gang, et tout irait bien. Pour peu qu'ils plaident l'inconfort à l'idée d'être coincé dans un hôpital, ils pourraient avoir accès aux jardins pour deux mois et ce sera supportable. Une myriade de possibilités et de plans prenaient forme dans leurs esprits manipulateurs.
Ça irait. Ils joueraient bien leurs cartes.
— Ça me paraît plutôt normal comme décision.
— Parfait. Dans trois jours vous partirez pour l'hôpital. Les examens gynécologiques prévus se feront là-bas et ce sont les spécialistes qui viendront à vous pour cette fois et non l'inverse.
— C'est pour ça, ce dîner, pas vrai ? Vous vouliez qu'on ait un minimum d'ancrage ici avant de passer deux mois enfermés.
Fugaku eut la décence de paraître gêné en acquiesçant. Sakura émit un son amusé et avisa le temps, par la fenêtre. Ils en pourraient probablement pas rentrer chez les Nara, vu la neige sur la chaussée. Ils avaient déjà eu assez de soucis pour venir, désormais ce serait trop dangereux.
Quelqu'un toqua à la porte et Mikoto passa la tête dans l'entrebâillement. Apparemment, elle avait pensé à la même chose qu'eux.
— Fugaku, j'ai préparé une chambre pour Sakura, il vaut mieux ne pas les laisser repartir par ce temps. Nous verrons demain si la situation s'arrange, mais pour le moment, je préfère les savoir ici. Ça vous convient tous les deux ? Shikamaru, ça ne te dérange pas de dormir dans la même chambre que Sasuke ?
Les deux ninjas se regardèrent pour la énième fois de la soirée, évaluant la situation.
— À vrai dire Mikoto… Nous avons encore du mal, Shikamaru et moi, à ne pas dormir dans la même chambre. Disons que j'ai besoin de lui pour garder un ancrage avec la réalité. Ça ne vous dérange pas trop ?
— Non bien sur que non, s'empressa de répondre Mikoto. Je peux comprendre que vous ayez besoin l'un de l'autre. Mais pas de bêtises, alors !
Les deux amis démentirent d'un sourire et la suivirent jusqu'à la chambre préparée avec soin par elle et ses fils. Il y avait déjà un jeu de serviettes sur le lit, avec un gant de toilette et des affaires de rechange. Un pyjama en pilou-pilou pour femme, lui appartenant probablement, et un survêtement chaud sûrement de la part de Sasuke.
— Merci beaucoup, Mikoto.
— Aucun soucis, c'est un plaisir de vous avoir ici ce soir. La salle de bain est derrière cette porte, il y a de quoi prendre une douche et des brosses à dents neuves dans le placard.
Ils avaient apparemment l'habitude d'accueillir des invités surprise, ici. La grande brune s'inclina, leur souhaita bonne nuit et chassa ses fils vers leur chambre, arguant qu'il était déjà tard.
Les deux ninjas épuisés prirent une douche chacun leur tour et se couchèrent l'un contre l'autre dans le lit, avant de s'endormir comme des masses, persuadés que dans cette maison, et dans ce monde, ils sauraient se défendre aisément. Et puis de toutes façons, ils n'avaient pas la force de tenir une garde pour cette nuit.
Il m'a fallu un peu de temps pour écrire ce chapitre, syndrôme de la page blanche et de la flemme obligent. Deux mois après avoir posé la question, je ne sais toujours pas si je ferai un itasaku ou un sasusaku, même si je penche plus pour le sasusaku.
Deux raisons à cela :
• le sasusaku est quand même le plus facile à mettre en place quel que soit le contexte.
• il serait extrêmement intéressant à essayer de faire (notamment parce que Sakura est actuellement perdue entre le Sasuke de son monde et celui qu'elle rencontre maintenant, et que ça ne risque pas de s'arranger).
De toutes façons, quel que soit le couple, je vais énormément jouer sur l'état psychologique de Shika et Saku étant donné que l'une est morte et que les autres sont des Uchiha (l'un est mort et l'autre l'a trop fait souffrir). À voir, mais je pense qu'en dehors de la partie "action" que j'ai prévue pour la suite, ce sera, avec la relation fraternelle shika/saku, le pilier de l'histoire.
On m'a d'ailleurs déjà touché deux mots au sujet de la relation entre Shika et Sakura et effectivement, je me base énormément dessus pour construire cette fiction, étant donné que j'adore ces deux personnages et qu'ils sont le point d'ancrage de l'autre dans cet univers qu'ils ne connaissent pas.
Au fait, est-ce que quelqu'un a fait le lien entre la ville de Kumano (qui existe réellement) et le choix de carrière de Gaara (pas déterminé au hasard évidemment).
