Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.

Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.


NEUF :

« L'isolement n'a jamais fait qu'une mauvaise solitude. »

— Poirier.


Moins d'une semaine après le dîner chez les Uchiha, fort en découvertes et en rencontres, Sakura et Shikamaru se rendirent, conduits par les parents de ce dernier et escortés par Fugaku Uchiha, au centre psychiatrique dont celui-ci leur avait parlé. Les deux jeunes étrangers n'avaient pas esquissé le moindre mouvement de protestation, plus conscients que jamais que la justice était clémente avec eux et qu'ils avaient tout intérêt à se laisser faire.

Pourtant, une crainte insidieuse s'insinuait dans leurs esprits. Déjà, parce qu'ils ne pouvaient être sûrs de rien dans ce monde, pas même de la bonne foi de Fugaku Uchiha, et ensuite parce que certaines conditions ne contribuait pas vraiment à les tranquilliser.

« Je suis désolé Sakura, Shikamaru, mais je dois suivre la procédure. Mains dans le dos, je dois vous entraver. »

Un cliquetis saccadé et la morsure froide des menottes plus tard, les deux konohajins grimpaient dans la voiture où Shikaku était déjà installé sur le siège conducteur, mains crispées sur le volant. C'est Yoshino qui avait dû boucler leur ceinture de sécurité lorsque tout le monde s'était rendu compte qu'ils n'en étaient pas capables seuls. Le chuintement des roues sur le bitume détrempé distrayait Sakura le temps du voyage, ses grands yeux verts rivés sur la vitre à sa droite. Tout son corps était tendu, ses muscles étaient bandés et ses pieds prenaient appui sur le plancher comme si elle était prête à fuir. Et elle l'était.

Shikamaru lui, était affalé contre son siège, les pieds à plat sur le dossier devant lui. Les yeux fermés, il paraissait dormir, mais la rose savait qu'il n'en était rien. Il était plus attentif que jamais, parfaitement sur ses gardes et évaluait les scénarios possibles. Son amie le connaissait assez bien pour savoir qu'il avait déjà paré mentalement tous les assauts dont ils pourraient être victimes.

La première demi-heure de trajet passa, longue et mentalement éprouvante.
La seconde entama la patience des deux voyageurs dimensionnels, et les poussa à échanger des regards, dans une conversation silencieuse que l'absence de Fugaku dans la voiture rendait possible. De toutes façons, il ne comprendrait pas et seul Shikaku y prêtait attention, dans le rétroviseur.
L'heure suivante les trouva somnolents et défaits, à l'arrivée dans la cour d'un complexe hospitalier.

Nouvel échange de regards. Comment avaient-ils pu s'endormir ? La patience était une chose acquise, pourtant ! Ils avaient survécus à la torture, à l'attente, au silence et à la privation dans leurs deux vies. Suspicieux, les deux jeunes adultes prirent une faible inspiration, les paupières lourdes et la tête tombante. Les portières passagères s'ouvrirent sur les parents Nara, et Shikaku s'occupa de son fils, tandis que Yoshino aidait Sakura à se redresser puis à se lever.

— Désolé, les interrompît la voix de Fugaku. Ça aussi, ça faisait partie de la procédure. Jusqu'au verdict des médecins dans deux mois, vous devrez rester sous surveillance policière vingt-quatre heures sur vingt-quatre. La présomption d'innocence est biaisée par vos aveux, vôtre âge et la légitime défense. Comme on ne peut pas complètement l'appliquer, mais complètement vous reconnaître coupables d'office, nous faisons face à un vide juridique. C'est la solution la plus viable : la surveillance, et la camisole chimique.

Une camisole chimique ? Génial. Ça changeait la donne, les deux ninjas n'étaient plus si sûrs de vouloir se soumettre à la solution trouvée par le Uchiha. Malheureusement, leur avenir dans ce monde dépendait de ce séjour. Ils soupirèrent dans un bel ensemble, et se laissèrent conduire à l'intérieur du bâtiment principal, où un écriteau frappé des lettres « Accueil » sembla les narguer joyeusement. Sakura avait l'impression d'avoir les jambes en coton et la langue pâteuse, mais elle n'était pas certaine qu'utiliser son Chakra pour dissiper les effets fût une bonne idée.

Et si son Chakra ne se régénérait pas avec le temps comme il le faisait dans leur monde ? Et si leurs réserves s'épuisaient complètement sans espoir de se restaurer, que se passerait-il ? Mourraient-ils, ou perdraient-ils seulement les aptitudes qui étaient les leurs ?

Perdue dans ses pensées, elle ne réalisa pas immédiatement que Yoshino et Shikaku la prenaient dans leurs bras l'un après l'autre, ni que Fugaku se postait devant elle pour poser une main encourageante sur son épaule.

— Sakura, toi et Shikamaru allez être installés dans des chambres différentes. Il sera juste en face de la tienne, donc vous ne serez pas trop éloignés, mais pour la première semaine, vous ne pourrez pas vous retrouver seuls. Un policier sera toujours avec vous, et vous ne serez pas directement en contact avec les autres pensionnaires du centre psychiatrique.

La rose leva les yeux vers l'homme et après quelques secondes d'hésitation, consentît finalement à accepter les termes qu'il lui énonçait. De toutes façons, ce n'était pas vraiment comme si elle avait le choix, de ce qu'elle avait compris. Dans son dos, Shikamaru lui envoya un coup de coude, et lui adressa un signe de tête sérieux. Leurs regards se croisèrent, et elle répondît en abaissant presque paresseusement ses paupières, cachant ses grands yeux verts derrière une rangée de longs cils rosés.

Une pression sur ses poignets liés la fît avancer, et elle prît la tête du cortège, suivie de près par son meilleur ami. Le sentir dans son dos la rassurait. Quel ninja digne de ce nom laisserait ses arrières sans surveillance ?

— Tout ira bien Sakura, je te le promets.

Une étrange affection vibra dans la voix de Fugaku. Sa voix avait été prononcée tout bas, comme si l'homme craignait d'être entendu. Il soupira doucement et Sakura comprît qu'une porte lui était ouverte, mais que sa marge de manœuvre ne lui permettait pas de prendre autant de risques qu'elle l'aurait souhaité. Alors, elle tourna la tête du côté du policier, comme pour regarder les affiches collées sur le mur, et pinça les lèvres.

— Selon vous, Fugaku, quelle serait la meilleure issue pour nous ? Que nous soyons déclarés mentalement instables et irresponsables, ou pleinement lucides ?

Leurs voix se firent de plus en plus basse, comme ils s'assuraient tous les deux de n'être entendus par personne. La jeune femme se chargerait elle-même de transmettre les informations à Shikamaru. Il fallait seulement espérer que l'Uchiha comprendrait de lui-même et qu'il ne prendrait aucun risque superflu.

— La folie pourrait vous sauver de bien des manières, crois-moi. Particulièrement si tu racontes ce que vous avez vécu, ce qu'ils vous ont fait. Ils essaieront alors de vous traiter tous les deux au nom d'une maladie psychologique au nom compliqué, mais nous savons toi et moi ce qu'il en est réellement.

Un sourire anima le coin des lèvres de son interlocutrice. Il n'était évidemment pas dupe.
Elle ne prononça pas un mot de plus, alors qu'un infirmier à la carrure impressionnante s'avançait pour marcher à côté d'eux, conscient que des paroles avaient été échangées. Il tourna les yeux vers les affiches lui aussi, et Sakura gloussa toute seule en songeant qu'il y avait plus discret comme façon de faire. Elle aurait tout aussi bien pu l'ignorer, mais rire seule en étant entraînée dans un hôpital psychiatrique menottée pouvait être à son avantage et insinuer des doutes concernant sa santé mentale.

Le long couloir que le petit groupe avait suivi après avoir dépassé l'accueil laissa place à une salle séparée en son centre par une cloison et fermée par des rideaux. Un infirmier attendait du côté gauche, et une infirmière souriante du côté droit.

Nul besoin d'être un ninja pour comprendre, ici. Visite médicale obligatoire.

Soupirant de concert, les deux amis se détachèrent prudemment de leur escorte et s'avancèrent, parfaitement synchrones, vers le personnel médical du même sexe qu'eux. Logique et pudeur oblige. Shikamaru s'avança le premier, après avoir adressé un dernier regard à Sakura, et passa le rideau. La marmule qui s'était postée aux côtés de la rose durant le trajet suivît sans hésitation, alors qu'elle, parfaitement sous-estimée, était laissée sans surveillance particulière.

Dans la cabine, alors qu'elle se déshabillait, elle songea au couteau papillon qu'elle portait constamment sur elle malgré son manque de praticité. Il n'était ni aisé à cacher, ni à dégainer, mais il était le seul qu'elle avait pu se procurer, ou au moins se sentir à l'aise. Son ami, lui, cachait sur lui une lame courbe, et savait aussi bien qu'elle qu'ils en seraient départis rapidement.

Exécutant les mêmes gestes, au même moment, avec la même habitude, ils se dévêtirent entièrement et sortirent pour laisser le champ libre aux médecins et infirmiers. Apparemment, leurs deux corps s'étaient mêlés en un seul et suffisamment de cicatrices pour deux vies couvraient leur peau. Certaines, moins profondes, moins marquantes, avaient disparues dans le changement de vie et de monde, et une multitude d'autres avaient fait leur apparition, provenant de leurs alter-égos.

Stéthoscopes, thermomètres, mètres, baguettes et haricots se succédèrent dans un examen minutieux de leur état physique. Le mental viendrait ensuite, bien que les deux fussent foncièrement liés. Quoi qu'il en soit, le personnel avait accès au dossier établi par l'hôpital qui les avait accueilli à leur arrivée. Enfin leur retour. Ou leur apparition ? Les termes étaient changeants selon le point de vue duquel on se plaçait.

Le tout dura une bonne quarantaine de minutes, et Sakura songea sans peine au manque de pudeur qui l'habitait depuis les premières missions effectuées aux côtés de Kakashi, Sasuke et Naruto. Elle se demanda d'ailleurs ce qu'était son maître dans cet univers. Enseignait-il également ? Où ? Et à qui ? Considérant qu'il n'avait pas paru enchanté de devoir s'occuper d'une équipe de Genin au départ et avait rejeté toutes celles leur ayant précédées, était-il ici aussi réticent à enseigner ? Aimait-il ses étudiants comme il avait appris à les aimer ? Sans doute pas. Le lien entre un Jônin responsable d'une équipe et ladite équipe était bien particulier, forgé dans le sang et les larmes.

— Vous pouvez vous rhabiller mademoiselle.

La jeune femme releva les yeux vers l'infirmière qui l'avait accueillie. Elle avait un doux sourire ourlé sur une rangée de dents parfaites, un adorable petit nez en trompette, les yeux bruns en amande, et quelques mèches échappées de son chignon caressaient sa peau délicatement hâlée. C'était une jolie femme, probablement de quelques années de plus que Sakura, tout au plus.

— Pensez-vous que nous soyons fous… mademoiselle Ayame ?

Un rire cristallin presque insupportable de douceur secoua les épaules de l'infirmière, qui ramena une blouse et des sous-vêtements en coton à sa nouvelle patiente.

— Je crains que nous ne le soyons tous.

La rose dévisagea la jeune femme, incapable de s'empêcher d'approuver sa réponse, mesurée et pourtant si vraie. Un sourire satisfait illumina ses traits, et elle enfila la blouse et le pantalon en toile, si aéré qu'on l'eût cru fait d'une fine couche de papier. Elle descendit de la table d'auscultation et attendît qu'Ayame se joigne à elle avant de s'autoriser à sortir.

La brune emmena avec elle une planche à pince, sur laquelle elle accrocha les notes prises pendant la brève entrevue de Sakura avec les médecins.

Shikamaru vînt automatiquement se poster près de son amie lorsqu'il vît enfin celle-ci traverser le rideau, et adressa un dernier signe à ses parents et à Fugaku qui devaient d'ores et déjà les quitter, puisque n'étant pas autorisés à aller plus loin pour le moment.

— Bien, à présent que les formalités ont été faites, je vais vous mener à vos chambre avec Matsumoto, l'infirmier qui vous a rejoints à partir de l'accueil. Vous n'aurez le droit à rien de plus dans vos chambre, que ce qui vous est donné par l'établissement, et durant la nuit, vos portes seront fermées à clé par l'infirmier de garde. En cas d'incendie, ne vous en faites pas, nous avons de quoi déverrouiller toutes les portes simultanément. Vous ne risquez rien de ce côté là. Après vous avoir montré vos chambres, nous procèderons à une visite rapide de tous les lieux auxquels vous aurez accès ; le reste ne vous concerne pas et vous n'y mettrez sûrement jamais les pieds. Considérant votre statut, vous serez constamment suivis par un policier formé et habilité à vous suivre dans votre parcours au sein de notre établissement psychiatrique. Des questions ?

Shikamaru interrogea Sakura du regard, mais à nouveau, celle-ci se contenta d'abaisser paresseusement ses paupières et de reporter son regard vers l'infirmière. Pourtant, le brun sembla trouver sa réponse dans cette absence de réaction et Ayame songea que ces deux-là se comprenaient vraiment bien. Les rapports ne mentaient pas. Chacun évoluait en fonction de l'autre, et cela devint de plus en plus flagrant lorsqu'ils se mirent en route . Ils montèrent ensemble jusqu'au quatrième étage. Le jeune Nara se vît assigner la chambre 407, et son amie, la 408.

Après avoir découvert le mobilier sommaire de leur cellule provisoire, soit un lit, une table et une chaise, ils ressortirent ensemble pour la première partie de la visite.

Ayame leur fît visiter en premier les jardins, disparaissant sous la neige, mais desquels on distinguait encore aisément les chemins, les parterres fleuris au printemps, les cerisiers et les jolies arches de végétation. Un jardinier devait probablement y consacrer pas mal de temps et d'énergie. La salle commune fut leur prochaine destination, rapidement suivie du bureau du médecin, du psychiatre, du médecin de garde, de l'infirmier de garde, puis de la salle de musique, de sport, très règlementée et soumise à des conditions de bonne conduite, et enfin, le réfectoire.

Dieu que les deux prochains mois allaient être compliqués.

Lorsque la jolie infirmière les laissa tous deux dans la chambre de Shikamaru, ce qui était d'ordinaire interdit, ils constatèrent que Matsumoto se rangeait spontanément près de la porte. Apparemment, en attendant l'arrivée des policiers désignés, c'est lui qui les garderait sous surveillance. Ils apprirent de sa bouche qu'ils bénéficiaient de certaines dérogations. Le droit de rester dans les chambres durant la journée venait entièrement du fait qu'ils n'avaient pour le moment pas le droit d'être mêlés aux autres pensionnaires du centre et qu'ils ne pourraient l'être pas avant au moins une bonne semaine. Ils devraient donc prendre leurs repas à des horaires décalés ou dans leur chambre, et avoir accès à la salle commune lorsque personne n'y serait.

Habitués à la vie en extérieur grâce à leurs missions, ils songèrent qu'étant en hiver, ils pourraient peut-être se promener dehors et y faire un peu de sport. Hors de question pour eux de laisser leur corps se ramollir pendant ce qui leur semblerait, à coup sûr, être une éternité.

Ils patientèrent sans un mot le restant de la mâtinée, que quelqu'un les appelle, ou ne les autorise à sortir pour faire quelque chose, manger ou au moins une activité. Vers onze heures seulement, Ayame revînt vers eux, le sourire aux lèvres.

— Les pensionnaires ont été dirigés vers le réfectoire un peu plus tôt que d'habitude, beaucoup exprimaient le désir de passer à table. Néanmoins, nous ne pourrons pas avancer les repas tous les jours comme maintenant. Certains sont trop instables pour que l'on bouscule ainsi leurs habitudes. Mais pour aujourd'hui, vous allez avoir accès à la salle commune de onze heures à treize heures. J'espère que vous y trouverez de quoi vous divertir.

— Avez-vous un plateau de shogi ?

— Il me semble, oui. Etant sous la surveillance de quelqu'un en permanence, j'essaierai de voir si vous pouvez l'emmener avec vous dans votre chambre. Personne n'y joue en général, alors de ce point de vue, ça ne devrait pas trop poser problème.

Shikamaru inclina légèrement la tête pour remercier l'infirmière et celle-ci les guida vers la salle commune, où elle installa le plateau de jeu sur une table placée entre deux fauteuils usés, mais confortables.

— Matsumoto restera avec vous durant toute la durée de vos parties.

Sakura acquiesça simplement, et soupira en la regardant s'éloigner. Son regard dériva vers sa taille fine, marquée par l'attache de son tablier blanc d'uniforme, et ses hanches relativement larges. Elle avait la finesse et les formes en même temps, contrairement à Sakura qui n'avait de seins que le nom, avec les piqûres de moustiques qui lui en faisaient office.

— Elle est mignonne, commenta Shikamaru.

— Mh.

Son ami lui adressa un sourire et rangea les pièces de jeu sur le plateau pour pouvoir commencer à jouer.

— Allons-nous parler de Sasuke ?

— Veux-tu parler de Temari ?

Le silence qui lui répondît constitua une réponse assez explicite pour que la rose ne poursuive pas. Choisissant les pions noirs elle avança son premier coup, se plongeant dans la même quiétude réflexive que le stratège face à elle. Ils jouèrent la même partie pendant plus de trois heures, jusqu'à ce que l'infirmière ne revienne, en réalité. Elle observa avec une curiosité évidente deux jeunes adultes ayant grandis au coeur d'un gang s'adonner à une activité parfaitement calme et intellectuelle.

Sans un mot, elle interrompît leur jeu et les mena jusqu'au réfectoire où les deux intrus déjeunèrent face à face, l'ennui s'emparant déjà d'eux.

Les jours suivants furent pires encore, et ils ne firent rien d'autre que quelques courses et batailles de boules de neige dans le parc en plus de jouer au shogi. Leurs affrontements avaient en apparence quelque chose d'innocent et d'enfantin, mais en réalité, ils leur permettaient de ne pas laisser leur corps perdre en muscle et en force, ni même en agilité ou souplesse. Leurs acrobaties n'étaient, aux yeux du personnel, que ça : de bêtes acrobaties sans réel intérêt autre que celui de s'amuser et d'épater la galerie.

Les batailles de boules de neige leur permettaient de garder leur corps entraîner ou au moins en forme, et le shogi maintenait leur esprit en éveil et les aidait à lutter contre les cachetons qu'on leur administrait quotidiennement. Lors des séances chez le psychiatres, ils abordaient ce qu'ils avaient vécu, du bout des lèvres, à demi-mot, sans chercher à dissocier leurs deux vies. Ils énonçaient des choses qui n'avaient parfois de sens que pour eux, ou pour quelqu'un connaissant leur monde et d'autres fois, abordaient la question de leur enlèvement, se laissant porter par les souvenirs qu'ils découvraient habiter leur mémoire.

« Dédoublement de personnalité » diagnostiqua, un jour, le docteur Sawada. Il parla aussi quelques fois de « troubles de la mémoire » et de « troubles de la personnalité », mais rien qu'il ne qualifia d'irréversible.

Ayame rendît souvent visite aux deux jeunes adultes, qui n'avaient même pas encore atteint la vingtaine, mais en étaient proches. Elle célébra avec eux la nouvelle année, au soir du trente-et-un décembre, en leur apportant à chacun une part de gâteau, qui avait été vérifiée par la sécurité. Elle passait ce temps avec eux en dehors de ses heures de travail, parfois le soir, ou quand elle terminait son service dans la journée, parfois sur ses temps de pause. Sakura ne manqua pas le léger rougissement de ses joues lorsqu'elle embrassa l'une d'elles pour la remercier de passer du temps avec eux et de les garder ancrés dans une forme de réalité.

Lorsque le psychiatre Sawada remarqua les bienfaits de l'infirmière sur ses deux patients les plus surveillés, elle demanda l'assignation de cette dernière aux chambres 407 et 408 sans une once d'hésitation. Les doses médicamenteuses diminuèrent sans que ni Sakura, ni Shikamaru n'en soit officiellement prévenu, mais ils sentirent aussitôt que leur Chakra avait moins besoin de lutter pour évacuer et neutraliser les substances.

Après un mois à évaluer quotidiennement la santé mentale des deux détenus provisoires, Sawada envoya un rapport au chef Uchiha pour lui apporter les réponses que ce dernier avait cherchées en envoyant Sakura Haruno et Shikamaru Nara dans son centre. En somme, considérant ce que ses deux patients avaient vécu, le traumatisme qu'il leur en restait, et les troubles quasi-irréversibles causés à leur mémoire, ils ne pouvaient pas être considérés comme responsables des actes qu'ils avaient commis, particulièrement considérant l'âge auquel ils avaient été enlevés et leur statut de mineurs au moment des faits. Il demanda alors l'autorisation à leurs responsables l'autorisation de pratiquer avec eux l'EMDR, Eye Movement Desensitization and Reprocessing, thérapie validée dans la gestion des psychotraumas.

Après trois semaines de plus, les résultats furent sans appel, et le verdict médical fut rendu aux services de police ainsi qu'au procureur : Sakura Haruno et Shikamaru Nara pouvaient réintégrer la société et ne pouvaient être considérés comme responsables des actes incités par le Gang qui les avait enlevés tous les deux. La condition de leur retour une semaine plus tard fut l'obligation de se tenir à deux rendez-vous par semaine auprès du docteur Sawada, laquelle souffla enfin de ne plus avoir à concentrer toutes ses journées à deux patients uniquement.

La dernière semaine de leur internement fut une semaine de consolidation, et une véritable torture pour les deux ninjas qui, malgré une patience acquise par la force des choses, tenaient à leur liberté de mouvements et intellectuelle.

Ainsi, deux mois après leur arrivée, Ayame vint la première, à sept heures du matin, ouvrir les chambres 407 et 408. Elle descendit au réfectoire pour la dernière fois avec eux et Matsumoto, qui avait refusé de les quitter pour une autre tâche. Comme tous les jours, elle discuta avec eux joyeusement et se fit un plaisir de continuer à babiller pendant que Sakura prenait sa douche, à l'abri derrière la porte de la salle de bain reliée à sa chambre. Comme tous les jours, elle les observa jouer au shogi jusqu'à neuf heures et demi, puis aller faire une bataille de boules de neige dans le parc, bien que les températures aient commencé à se remonter un peu.

Néanmoins, pour la première fois depuis deux mois, elle attendît dans le couloir que les deux jeunes adultes enfilent des vêtements de ville et ne la rejoignent. Pour la première fois depuis deux mois, elle vît briller les grands yeux verts de Sakura, et chercher avec une douceur et une complicité évidente le regard de son meilleur ami et compagnon d'infortune. Et pour la première fois depuis qu'elle avait appris la date de leur départ, elle se sentît apaisée et soulagée de les voir s'en aller. Ils n'étaient définitivement pas faits pour être enfermés et étudiés comme des oiseaux en cage. Peu importe, qu'elle ne les voit plus quotidiennement, s'ils étaient heureux à l'extérieur.

Ayame les accompagna jusqu'à la grille du centre psychiatrique, et observa la voiture banalisée qui attendait, avec deux grands bruns à l'avant en pleine discussion. Son coeur se serra lorsqu'elle réalisa que la jeune femme qu'elle avait accompagnée pendant plus de soixante jours s'en allait vraiment. Elle ferma les yeux pour chasser des larmes de tristesse et de joie mêlées, et referma ses doigts sur la main de Sakura, silencieuse. Il y avait beaucoup de choses qu'elle avait envie de lui dire, mais le noeud dans sa gorge l'empêcha de parler.

— Tu me manqueras aussi, Ayame. souffla Sakura.

Nul besoin de parler plus, leurs yeux parlèrent pour elles.
Alors, Sakura se pencha, réalisant pour la première fois, qu'elle était légèrement plus grande que l'infirmière, et déposa ses lèvres sur les siennes dans un baiser doux. Le contact resta chaste et simple, un baiser d'adieu, écho de tout ce qu'elles ne pourraient vivre ou se dire, chargé de promesses de rétablissement, de souvenirs et de remerciements. Elles se promirent dans un souffle de ne pas oublier l'autre, et la rose se pencha à nouveau pour lui ravir un baiser et murmurer quelques mots.

Il sembla à Ayame que le vent de la fin du mois de février répétait en boucle la courte phrase de la jeune femme, alors que celle-ci se détournait pour monter dans la voiture où Shikamaru l'attendait, et qu'elle pouvait encore l'entendre, lorsque le véhicule disparut au coin de la rue.

« Merci pour tout. »
Trois petits mots, chargés de tant de sens ; plus qu'elle ne put en saisir.


J'aime cette fin de chapitre, pas vous ?
Ayame n'était absolument pas prévue, elle a clairement débarqué de nulle part, mais je pense que cet interlude va être très bénéfique pour Sakura. C'est la première fois qu'elle voit de manière romantique quelqu'un d'autre que Sasuke, et pour se reconstruire, c'est essentiel. Surtout pour dissocier le Sasuke de ce nouveau monde, et celui de son monde d'origine.

Sinon, désolée pour l'absence, encore une fois, trois mois je crois. Je reviens pour une semaine avant mon anniversaire (yes!) seulement, mais j'ai vraiment eu du mal à écrire ce chapitre. Je ne l'imaginais d'ailleurs pas du tout comme ça, et il est un peu plus long que prévu.

Encore merci à tous ceux qui me laissent des p'tites r'views, c'est super encourageant !