Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.
Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.
DIX :
« C'est dans l'absence qu'on découvre
l'intensité de l'amour ou ses ravages. »
— Tahar Ben Jelloun.
Shikamaru déposa sa tasse dans l'évier, près de celle de son amie, et se tourna vers cette dernière.
Deux jours déjà qu'ils étaient rentrés et Fugaku était déjà passé trois fois pour les voir. C'était uniquement pour vérifier que tout allait bien. Il leur avait également demandé de regarder plusieurs photos d'enfants disparus environ huit ans auparavant, afin de tenter d'identifier les victimes du gang, ceux qui avaient été tués durant les premiers jours de leur enlèvement.
Un seul avait été reconnu.
Sakura avait été frappée par la violence avec laquelle les traits du visage de l'enfant s'étaient faits clairs dans son esprit. Elle savait. Elle savait que c'était lui, il n'y avait aucun doute possible. Malheureusement, pour le moment, si elle avait pu affirmer sans problème qu'elle le reconnaissait, elle n'était pas parvenue à lister à Fugaku tout ce qu'elle l'avait vu subir. Ses cris résonnaient encore dans son esprit avec une telle précision, qu'elle allait probablement en avoir des cauchemars pendant les nuits prochaines.
Il était des souvenirs qu'elle préférait ne pas éveiller tout de suite.
Pas pour le moment. Pas alors qu'elle tentait encore d'appréhender le monde dans lequel elle se trouvait. Leur isolation, à Shikamaru et elle, n'avait pas permis de les intégrer, de comprendre cet univers, de le connaître.
— Et elle t'a envoyé un message, depuis ?
La jeune femme secoua la tête, réorientant ses pensées vers sa discussion avec Shikamaru.
Ayame, l'infirmière qui s'était occupée d'elle pendant deux mois et avait su éveiller en elle la douceur tendre d'un amour presque platonique, était le sujet principal de leurs discussions depuis leur retour à la maison. La rose avait craint un instant de se sentir trahir l'amour qu'elle portait à Sasuke, celui de son monde, mais aucune culpabilité ne s'était élevée en elle. Au contraire, elle avait l'impression que quelque part, en dedans d'elle, une blessure profonde et saignante se résorbait légèrement au souvenir des lèvres douces de la jeune femme.
L'amour, tel qu'elle l'avait exprimé durant son enfance et son adolescence, n'avait trouvé de réponse que dans la haine et le mépris, que dans la douleur que les mots brûlants de rage de Sasuke faisait naître en elle. Et si elle savait que l'homme avait grandi et s'était construit sur une colère sourde et des promesses répétées d'une vengeance fratricide, le rejet violent du garçon avait contribué à la construction identitaire bancale de Sakura. Ses larmes n'avaient plus coulées lorsqu'elle s'était résignée au fait que l'amour et le sexe étaient les synonymes fondamentaux de douleur.
Alors, Ayame n'était pas la promesse d'une romance prolongée ou d'une relation durable et stable, mais elle était la porte ouverte sur la tendresse rassurante que pouvait être un(e) petit(e) ami(e). Elle parvenait, à sa façon, à remettre quelques petites choses dans l'ordre, à rétablir un peu ce que ses expériences avaient déréglé.
— Non, pas depuis avant-hier soir, quand nous sommes arrivés. Elle voulait être sûre que nous étions bien rentrés. Je pense qu'il est interdit pour elle d'entretenir une quelconque relation avec un ancien patient du centre. De toutes façons aucune de nous ne pensait entretenir quoi que ce soit de concret avec l'autre. Shikamaru acquiesça et appuya le bas de son dos contre le plan de travail. Cette pièce était définitivement devenu leur repère après les cauchemars qui assaillaient leurs nuits. — Je vois, commenta-t-il. Est-ce que tu regrettes de ne rien entamer avec elle ?
La jeune femme prît le temps de réfléchir. Elle songea alors à Ayame, à son travail, son âge, et puis à elle-même, loin d'être prête pour une relation sérieuse et totale, à leurs envies et leurs besoins, probablement trop différents, ainsi qu'à la confusion qui régnait encore dans sa vie à la perspective d'un nouveau monde. Sortir avec Ayame ne rendrait-il pas le passage de leur univers à celui-ci bien trop réel et définitif ?
— Non. Je ne regrette pas. Elle était plus vieille que moi, nous n'aurions pas envisagé la chose de la même façon l'une et l'autre, et… si je commence une relation amoureuse avec quelqu'un, est-ce que quelque part, je ne renonce pas à l'idée de rentrer ?
— Je croyais justement que tu ne voulais pas rentrer, opposa le grand brun.
Sakura pinça les lèvres et haussa les épaules. Pour le moment, toute sa vie était à Konoha. Mais en y réfléchissant bien, quelle vie avait-elle vraiment là-bas ? Elle vivait avec un masque sur la gueule chaque étape de sa vie ; en tant qu'Anbu, elle était masquée et parfaitement anonyme, en tant que médic-nin, elle était très douée, mais fragile et pure, en tant que ninja public, elle était frêle et personnalité à protéger. En tant que Sakura Haruno, elle était une gamine brisée qui noyait son chagrin dans le travail et refusait de voir ses amis.
— Je ne veux pas de la vie que j'ai là-bas, mais je n'ai rien ici non plus.
— Il y a une chose que nous avons ici : l'opportunité de tout recommencer.
La rose soupira douloureusement. De toutes façons, ils n'avaient aucun moyen sécuritaire de rentrer, pour le moment. Les questions viendraient quand ils auraient une atmosphère un minimum sécurisée.
— Allons plutôt courir, tu veux ? La neige a complètement fondue ce matin.
Shikamaru hocha simplement la tête et prit le premier la direction de leur chambre, laissant Sakura lui emboîter le pas. Celle-ci caressa du bout des doigts le tatouage ancré dans sa peau, sceau des Anbus et parfaitement neutralisé par l'absence de chakra dans ce monde, puis gravît les marches de l'escaliers à la suite de son ami. Elle força ses pensées pour les neutraliser, et attrapa au vol les vêtements que le jeune Nara lui jetait.
Une brassière et un legging suffiraient.
Il y avait longtemps qu'ils n'avaient pas pu faire autre chose que des batailles de boules de neige pour s'entraîner et à l'idée de se confronter enfin à un exercice physique dur, les battements de son coeur s'accélérèrent. Tout en elle réclamait la douleur délicieuse qu'apportait le sport.
Une paire de baskets et des poids aux chevilles plus tard, les deux compères quittèrent la maison en petites foulées. Ils allongèrent progressivement le rythme et Sakura attacha ses cheveux roses comme elle put malgré leur longueur, limitée à ses omoplates. La première heure leur fit un bien fou, et le commencement de la seconde fît naitre les premières douleurs dans leurs jambes, leur dos et leurs bras. Aucun des deux ne parlait, s'économisant et évaluant ce qu'ils avaient perdu de capacités pendant leur isolation forcée.
Dopamine à l'appui, les esprits se calmèrent progressivement, et les nerfs usés par la détention et le manque de liberté qu'ils avaient subi pendant deux mois se détendirent. La course leur faisait un bien fou.
Afin de tester leurs limites, les deux ninjas entamèrent un combat factice en pleine course, et quelques figures familières aux ninjas de Konoha. Les regards glissaient sur eux dans les rues, quelques insultes ou exclamations de surprise ou d'admiration accompagnant leur trajet. Heureusement, ils savaient encore plus ou moins où ils se trouvaient malgré leurs connaissances limitées du quartier de Konoha et de la ville de Kumano.
À mesure qu'ils se détendaient et prenaient plaisir à user leurs muscles, leurs rires et leurs voix se joignirent aux échanges physiques brutaux qu'ils menaient. Dans ce monde, il semblait que leur chakra maintenait leur condition physique à un niveau semblable à celui qu'ils avaient à leur arrivée. Ce fut un soulagement pour l'un comme pour l'autre. Ils étaient bien meilleurs depuis quelques années déjà. Depuis que Shikamaru avait commencé à sortir avec Temari, et depuis que Sakura avait tenté de tuer Sasuke pour la toute première fois.
Après presque trois heures de course, ils ralentirent l'allure en douceur et prirent la direction du premier parc qu'ils trouvèrent pour s'étirer avec l'appui d'un banc placé près d'une mare aux canards.
— Je ne pense pas que notre Chakra s'épuise vraiment, ici.
Shikamaru releva les yeux vers Sakura et pinça les lèvres avant d'approuver. C'est vrai qu'il le sentait rarement varier, même lorsqu'il était fatigué ou légèrement malade.
— Nous l'aurions senti, sinon. Mais s'il ne diminue pas vraiment jusque là, on ne sait toujours pas s'il peut se régénérer, étant donné que nous n'avons pas encore tenté de l'utiliser. On ne sait même pas s'il s'exprime de la même façon que dans notre monde.
Ce fut au tour de son amie d'acquiescer. C'est vrai, aucun d'eux n'avait tenté de faire usage de leur chakra jusque là, et leurs possibilités seraient limitées si jamais ils se retrouvaient à court de réserves.
Ils étirèrent leurs muscles en réfléchissant à leur condition et leur vie dans ce monde.
Les Nara leur permettaient d'avoir un toit et un semblant de normalité, mais pour s'intégrer, il allait leur falloir faire comme tous les jeunes de leur âge. Chez eux, les amis qu'ils avaient étaient tous ninjas et ils doutaient d'en trouver ici. Les études semblaient pour le moment être la meilleure solution, mais les connaissances de leurs alter-égo étaient soit limitées elles aussi, soit inaccessibles pour le moment.
Ils allaient devoir discuter de cela avec Shikaku et Fugaku.
— Lâche mon amie connard !
Shikamaru releva le premier la tête, presque à s'en faire craquer les cervicales, et son regard hanté chercha les yeux verts de Sakura. La voix ne venait pas d'elle et se trouvait plus loin sur le sentier. C'était définitivement une voix de femme et surtout, c'était une voix qu'il connaissait par coeur, pour en avoir entendu, sans les écouter, toutes les intonations.
Temari No Sabaku, décédée huit mois avant le transfert de leur monde à celui-ci.
— Elle a raison, lâche notre amie ! clama une voix, masculine cette fois.
La rose frissonna, sans trop savoir si l'origine en était le froid, ou la perspective d'entendre quelqu'un qu'elle avait tué au prix d'une autre vie. Elle déglutît douloureusement, et le grand brun désigna d'un geste tremblant le petit groupe. De là où ils se trouvaient, ils pouvaient discerner une tête blonde bien connue et trois têtes rouges, chacune d'une nuance différente, toutes familières.
Temari No Sabaku était accompagnée par Karin Uzumaki, Sasori Akasuna No* et Gaara No Sabaku.
Le fait qu'ils aient été en conflits avec la totalité du groupe un jour ou l'autre tendît les jeunes ninjas, et la voix d'Hidan retentît soudain en elle.
« Moi ce que je retiens, c'est qu'elle est la cousine de Sasori. »
Son souffle se bloqua dans sa gorge, et le pas qu'elle allait faire en avant se stoppa. Si elle n'était pas prête à voir dans le Sasuke de ce monde une opportunité d'être avec l'homme qu'elle aimait en raison des souffrances trop nombreuses dont il était l'origine, elle savait qu'il en serait autrement pour son meilleur ami. Lui n'avait pas perdu de personne toxique, il avait perdue sa fiancée. Et rien que ça changeait toute la donne.
Elle sentit, plus qu'elle ne vît, le mouvement que Shikamaru fit en avant, et pour lui, pour son bonheur, elle s'élança à son tour. À mesure qu'ils s'approchaient, ils discernèrent de mieux en mieux le problème. Six jeunes adultes avaient encerclé le petit groupe, et l'un d'eux avait attrapé le bras de Karin. La rose devina à la grimace sur son visage, que le type devait serrer trop fort. Malgré elle, elle laissa paraître une brève grimace de dégoût par anticipation de ce qu'ils diraient probablement face à une jeune femme bien taillée en brassière de sport devant eux.
Ils la dégoûtaient autant que tous les ninjas qui profitaient de leur condition pour agresser leurs ennemies par des moyens qu'ils n'usaient que rarement voire pas du tout sur des hommes.
Chauffée par les souvenirs violents dont elle aurait préféré se défaire, elle pressa le pas jusqu'à courir, et prît appui sur sa jambe droite pour envoyer l'autre dans la mâchoire de l'agresseur avec autant de violence possible. L'homme ne l'avait même pas vue venir, rendu trop confiant par la présence de ses amis.
— Elle t'a dit de la lâcher !
Sa voix claqua dans un silence soudain, et Shikamaru rattrapa Karin dans un soupire. Quelque part, il savait que la Sakura de ce monde aussi, s'exprimait à travers ce geste. Il fît reculer la rousse et se posta devant le quatuor pour s'assurer qu'aucun d'eux n'intervenait. Sakura n'aurait aucun mal à défaire ses adversaires, mais pas eux.
Il regarda, blasé, la jeune femme se jeter sur l'agresseur de Karin et s'assoir sur son torse pour l'enchaîner. Rapidement, un des amis de l'homme réagît, et la ceintura pour l'empêcher de le bastonner, et il se prît un coup de coude dans le nez, suivi d'un coup de tête bien placé et qui le sonna suffisamment. Un second, qui s'était approché, vît son coup de poing être intercepté par la main gantée de Sakura, laquelle la lui rendît sans remords. Malheureusement, la jeune femme n'avait pas quatre bras, et si elle avait neutralisé deux des six hommes, le reste sembla décider de l'attaquer tous en même temps.
Avant de pouvoir les mettre à terre, elle se prît une droite qui fît éclater son nez dans une gerbe de sang et fendît sa lèvre. La seconde la prît sur le côté, pile sur les côtes, et elle sembla se rendre compte que finalement, l'isolement forcé l'avait bel et bien diminuée.
— Mais aidez-la ! s'exclama une des deux jeunes femmes derrière lui.
En réponse, il leva la main et leur fît signe de ne pas intervenir. Quelques coups de tête et chassés plus tard, six hommes gisaient sur le sol dans des geignement pathétiques qui n'arrachèrent à Sakura qu'une grimace de dégoût. Elle leur cracha dessus sans une once d'hésitation, et essuya le sang qui coulait de son nez d'un revers de la main.
— Karin ! Est-ce que tout va bien ?
La voix masculine soucieuse qui leur parvint arracha à la jeune rose et au grand brun une grimace désabusée. Ne manquait plus que Naruto volant au secours de sa cousine, apparemment. Ils se retournèrent pour voir un groupe de cinq personne les rejoindre. Ils reconnurent tour à tour Naruto, Sasuke, Itachi, Hidan et Pain. Le blondinet s'approcha rapidement de sa cousine pour vérifier, hystérique, qu'elle n'était pas blessé. Bien sûr, n'accordant aucun regard aux autres, il ne reconnût ni Shikamaru, ni Sakura.
En revanche Itachi, lui, le fît instantanément, et un éclair de surprise traversa son visage. Il sortit de sa poche un mouchoir en tissu parfaitement plié et propre, et s'approcha de la jeune femme pour lui faire signe de pencher la tête en avant, plaquant du même temps le mouchoir sur son nez.
— Sakura ?
La jeune femme se figea et chercha l'origine de la voix, ses yeux balayant l'assemblée entre ses mèches de cheveux.
Sasori.
Évidemment.
Elle pinça les lèvres à nouveau, alors que le rouquin s'approchait d'elle, comme choqué.
— C'est vraiment toi ?
Il sembla hésiter, avant de se précipiter vers elle pour la prendre dans ses bras sans se soucier d'Itachi, qu'il bouscula. Hidan et Sasuke échangèrent un regard perplexe, et Gaara se pencha vers Temari pour lui murmurer quelques mots.
— Mon père m'avait dit que vous étiez rentrés, mais je pensais vous voir quand il vous inviterait à nouveau à dîner, avoua le cadet Uchiha un peu gêné.
— Pas de soucis, nous ne pensions pas vous croiser non plus, assura Shikamaru en retour.
Sakura elle, ne sût trop comment réagir, parfaitement figée dans l'étreinte de celui qui était apparemment son cousin. Le groupe se fît silencieux, observant la façon presque comique qu'eût Sakura de tapoter maladroitement l'épaule du déserteur pour répondre au mieux à son affection. Elle était partagée entre l'envie de lui trancher la gorge, et celle de se fondre contre son torse et de pleurer toutes les larmes de son corps en répétant qu'elle était rentrée à la maison.
Finalement, son alter égo prît légèrement le pas sur la ninja qui elle, reconnût que Sasori ne pouvait être incriminé dans cet univers en raison de ce que celui de son monde avait fait. Elle se relâcha faiblement, et de grosses larmes silencieuses roulèrent sur ses joues alors qu'elle planquait son visage contre l'épaule de son aîné. Son alter ego avait dû être très proche de Sasori dans son enfance.
— Je suis rentrée…, murmura-t-elle faiblement.
Le rouquin la serra plus fort contre elle, et Shikamaru détourna le regard pour observer plutôt la blonde du coin de l'oeil. Elle était plus belle encore que dans ses souvenirs et il toucha son cou, là où le médaillon qu'elle lui avait offert s'était trouvé avant de disparaître dans le transfert. Son coeur se gonfla de chagrin et il retînt un sanglot puissant malgré lui, presque comme un hoquet de douleur.
La confusion était totale pour les deux ninjas qui se reculèrent chacun d'un pas. Ils ne l'avaient clairement jamais été à ce point, et Sakura soupira, la mine défaite.
— Vous nous expliquez ? exigea Temari.
Hidan et Naruto hésitèrent, Itachi et Sasuke eurent l'air gêné, Karin grimaça malgré elle, Sasori essuya discrètement une larme, et Gaara inclina la tête sur le côté, curieux.
— Est-ce que ce sont des amis que vous vous êtes faits pendant notre absence à Sai et moi ?
Naruto secoua la tête et désigna la sortie du parc.
— On devrait aller se poser dans un café pour discuter de ça, non ?
Tout le monde acquiesça après une seconde d'hésitation et le groupe se mît en marche. Sakura frissonna à nouveau, de froid cette fois, et Shikamaru tira sur son t-shirt en lycra trempé de sueur. Ils n'étaient pas présentables, puaient, et allaient tomber malade à ce rythme là. Pein fît le premier geste et tendît sa veste chaude à Shikamaru, laissant le soin à son ami Sasori de s'occuper de sa cousine.
Sasuke choisît le café le plus proche pour les abriter du froid de la fin du mois de février, et ils s'installèrent tous ensemble à la table la plus proche.
Shikamaru et Sakura haussèrent les épaules en réponse au regards inquisiteurs. Ils n'avaient rien fait, eux. La jeune femme posa une main sur le genou de son meilleur ami, soutien silencieux face à la douleur lancinante qui brûlait dans ses yeux. Il lui sembla qu'elle ne l'avait jamais vu souffrir à ce point, de douleur pure et d'espoir. Il se rappelait qu'il avait perdue sa Temari, et sentait l'opportunité de vivre néanmoins un jour avec une version d'elle.
— Je vais commencer, coupa Karin lorsque les voix de tout le monde se mêlèrent dans un dialogue de sourd pour tenter de déterminer ce qu'il s'était passé. Je suis arrivée la première au lieu de rendez-vous et quand il m'ont vue seule, six types ont débarqué, et ont commencé à m'emmerder. Ensuite, Gaara et Temari sont arrivés et m'ont rejointe quand ils ont vu que j'avais des ennuis. Sasori est venu à son tour, à peine deux minutes plus tard. J'espérais que vous seriez rapidement là, comme ça on aurait pu les dépasser en nombre, mais ce sont eux qui sont arrivés, et elle les a tous battus toute seule.
Sakura hocha la tête et balaya les réactions des autres d'un simple signe de main. Non, ce n'était pas grand chose, elle ne se sentait pas légitime pour être remerciée étant donné qu'elle ignorait encore si elle l'avait fait pour aider Karin ou si elle l'avait fait pour elle-même.
— Sakura Haruno, enchantée, et voici mon meilleur ami, Shikamaru Nara. Je suis la cousine de Sasori.
— Et tu as disparue pendant huit ans. Que s'est-il passé ?
La jeune femme leva les yeux vers le rouquin et sentît une affection toute particulière l'étreindre. Quelques souvenirs insidieux traversèrent sa mémoire, furtifs.
— Hé Sakura, regarde ! J'arrive à faire une roue, comme tu m'as montré !
Le rire d'une petite fille répondît au petit garçons aux cheveux rouges. Ses grands yeux verts se levèrent sur lui, et elle le félicita par des applaudissements candides.
— Bravo Sasori ! Tu la fais mieux que moi, même !
Le petit rouquin rougît violemment et murmura quelque chose au sujet d'un mensonge, avant de s'approcher pour se laisser tomber dans l'herbe verte près de sa cousine. Son amie se laissa basculer en arrière et regarda les nuages passer, parfaitement détendues. Alors qu'elle tentait de deviner les formes cotonneuses que prenaient les nuages, le petit détaillait innocemment son visage plus qu'il n'observait le ciel.
— Dis, Sakura ? On se mariera un jour ?
Le grand brun posa à son tour une main sur la cuisse de son amie pour la tirer doucement de sa rêverie, et elle se mordît la lèvre inférieure avant de grimacer à la douleur lancinante de sa lèvre fendue. Elle était bonne pour éviter le sel et les aliments acides pour au moins quelques jours.
— Pour faire court ? J'ai été vendue par mon père à un gang quand j'avais onze ans, et j'ai été torturée pendant plusieurs semaines avec Shikamaru avant d'être forcée d'intégrer leur réseau.
Un silence pesant tomba sur l'assemblée et Shikamaru passa une main sur son visage, désespéré par le manque de tact de la rose. Evidemment, pas besoin de faire dans la dentelle quand ses amis sont ninjas, mais là, les choses étaient différentes. Ici, ils étaient avec des civils peu familiers avec la torture, le viol et les crimes. Ou même avec les meurtres, la base de leur métier.
— Ça sonnait plus dramatique que je ne l'avais pensé…, marmonna Sakura.
— À quoi tu t'attendais ? On ne balance pas ça comme ça, enfin ! La jeune femme ricana et asséna une pichenette à son ami. C'était comme s'ils étaient comme tout le monde, juste deux amis, deux jeunes adultes dans un café avec des amis. Pourtant, Sakura avait une franchise frôlant le handicap social, ses cicatrices étaient visibles grâce à la veste de Sasori, qu'elle portait ouverte sur sa brassière, et elle venait d'éclater six hommes à elle toute seule devant témoins.
— C'est pour ça que mon père s'occupe de votre dossier ? Et que vous avez pris autant de son temps ces derniers mois ?
Les deux ninjas acquiescèrent. Malheureusement, oui.
Sasuke soupira, et détailla la jeune femme. Une force sauvage semblait se dégager d'elle, brutale et dévastatrice. Comme si elle s'était déjà suffisamment battue pour vivre ou survivre, comme si elle était déjà capable de dire à quoi ressemblait l'enfer et les démons qui le peuplent, parce qu'ils auraient trouvé leur origine dans ses rêves. Ses yeux semblaient brûler d'un feu inconnu, mû par la douleur et le sang, son nez avait l'air d'avoir été cassé plusieurs fois, et ses lèvres se tordaient dans une grimace entre dégoût et menace.
Les autres eux, avaient tendance à observer plutôt Shikamaru. Il paraissait parfaitement détaché de la situation, comme s'il parvenait à pousser loin toute impression de surréel, tout l'absurde et l'incroyable de cette rencontre fortuite. Ses pupilles pourtant, s'illuminaient de rage à la mention du gang qui les avait fait souffrir.
Qu'avaient vécu ces deux jeunes adultes, pour que leur regard se parent d'une telle rage de vaincre ? Pour qu'ils semblent avoir déjà connu la guerre et ses pertes ? Pour qu'une forme de sagesse naisse dans leur expression ?
— Et vous trois, là, comment connaissez-vous Sakura et Shikamaru ? demanda Temari.
— Mon père les a invités à dîner il y a deux mois, avant qu'ils ne soient évalués psychologiquement, et nous les avons rencontrés ce soir là. Hidan et Naruto ont ensuite débarqué dans la nuit en sortie de boîte parce qu'ils ne parvenaient pas à rentrer à cause de la neige. Il y avait aussi Sai et Neji, avec eux. Donc on les connaît, mais seulement comme on peut connaître quelqu'un en un dîner, déclara Itachi.
Les autres acquiescèrent, et Sakura ne put s'empêcher de penser que ce monde était vraiment différent du leur, pour réunir autant de personnalités différentes au sein d'un même groupe d'amis. Et Hinata, Ino, Kiba, Shino, Choji et tous les autres, faisaient-ils aussi partie de ce groupe imposant ?
Trop de nouvelles questions tournaient désormais dans son esprit, et au vue du regard de Shikamaru, il était rempli d'autant d'interrogations qu'elle.
Première rencontre entre Temari et Shikamaru dans ce monde, moment pas mal attendu. Cependant, si Shikamaru est perturbé, il garde ça très profondément en lui et il s'exprime assez peu dessus. En fait, sa réflexion à ce sujet sera surtout développée dans un autre chapitre.
Du reste, pour Temari, ce mec qui débarque de nulle part avec son amie et qui connait Sasuke et Itachi n'est absolument personne. Pour le moment en tous cas, il n'éveille pas tellement son intérêt (pas de façon plus marquée en tous cas que pour les autres) et Shikamaru va justement un peu galérer à se faire voir de sa belle~
Merci encore à tous ceux qui me laissent d'adorables reviews !
