Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.
Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.
TREIZE :
« La vieillesse est plus sage que la jeunesse ;
Mais le matin est plus sage que le soir. »
— J'ai presque cru que tu allais refuser de m'accompagner à cette soirée, ricana Sakura en agrafant son soutien-gorge noir.
Shikamaru, derrière elle, regarda dans le miroir pour croiser le regard de la rose, et esquissa un sourire en coin. Quatre jours étaient passés depuis leur rentrée à l'université, et l'heure était venue pour eux d'aller à cette soirée à laquelle Itachi l'avait invitée. Le brun aurait pu refuser de venir. Il avait failli, pour être honnête, ne se sentant pas forcément le courage d'aller rejoindre une Temari célibataire, en soirée. Il se souvenait encore de la nature joueuse de sa fiancée, avant qu'ils ne soient ensemble, dans leur monde.
— J'aurai pu. Et puis je me suis dit que je n'allais pas manquer une occasion de t'humilier pendant cette soirée en te faisant boire, se moqua-t-il en retour.
La jeune femme leva un sourcil et enfila les bretelles de son soutien-gorge avant d'enfiler un t-shirt noir transparent, sur lequel se dessinaient quelques fleurs de cerisier. Comme d'habitude, leurs aventures ninjas et leur connaissance avancée l'un de l'autre interdisait toute pudeur entre eux. Ils ne se souciaient pas de voir l'autre nu, n'étant ni attirés ni particulièrement dégoutés. Ils n'étaient pas frères et sœurs repoussés par un lien familial trop fort, ni n'envisageaient l'autre comme un potentiel amant, ayant chacun repoussé définitivement la possibilité d'établir une relation romantique.
— Je suis médic-nin, chaton, rétorqua Sakura. Tu n'as jamais réussi à me rendre ivre morte et ce n'est pas aujourd'hui que tu y parviendras.
Le grand brun noua ses cheveux en une queue de cheval lâche et se tourna enfin vers sa meilleure amie, appréciant le sourire taquin sur son visage. Non, il n'y aurait jamais rien entre eux, mais il reconnaissait que Sakura était un peu le centre de son monde. Elle était sa confidente, son double dans la souffrance, presque un alter ego féminin. Elle était celle qui pouvait anticiper le moindre de ses mots, deviner chacun de ses secrets et comprendre tous ses regards. Elle n'était ni de sa famille ni la femme de sa vie, mais peut-être était-elle simplement son âme sœur ?
La jeune femme s'approcha de lui, une lueur malicieuse brillant dans ses yeux et posa une main sur sa joue. Le regard de Shikamaru avait changé, l'espace d'une seconde, le rendant à nouveau sérieux. Elle reconnaissait le pli entre ses sourcils, trahissant des questionnements, et la douceur qui habitait son regard lorsqu'il la regardait. Il pensait encore au fait d'être ensemble dans cette épreuve.
— Ne te tracasses pas trop, One. Nous trouverons un moyen de rentrer si c'est vraiment ce que tu veux, ou de rester si ce monde t'offre une seconde chance. Je me rangerai à ta décision. Peu importe ce qui arrivera.
La rose croyait en ses paroles. Shikamaru la crût aussi, sans savoir que le destin leur réservait encore des épreuves, bien plus compliquées que celles qu'ils avaient déjà pu traverser. Ce monde avait encore bien des secrets à livrer, bien des obstacles à surmonter. Ils avaient leurs problèmes, et en oubliaient parfois que d'autres avaient vécu à leur place, et que les ennemis des uns pouvaient devenir les ennemis des autres.
— Maintenant prépares-toi. Si après cette soirée, tu n'es pas convaincu par ce monde, si tu ne veux pas rester, alors nous partirons à la recherche d'un moyen de rentrer.
Le jeune stratège hocha la tête. Il la savait capable de renoncer à tout ce qu'elle possédait, pour lui. Il existait tout simplement entre eux un lien que les mots ne sauraient décrire. Elle était la louve prête à tout donner pour sa meute, et lui était l'alpha prêt à mourir pour elle. Et leur meute, pour le moment, ne se résumait qu'à eux deux. La jeune femme effleura doucement la clavicule de son ami, et le tatouage ancré dans sa peau. Trois petites lettres, un surnom qu'elle lui avait accordé il y a bien longtemps. One. Elle-même portait celui qu'il lui avait donné. Ils l'avaient fait dans la semaine de leur arrivée dans ce monde, cherchant à tout prix de quoi se raccrocher à ce qu'ils connaissaient pour ne pas se perdre dans les souvenirs d'une vie qu'ils n'avaient pas vécue. Puisqu'ils n'avaient pas pu rompre de genjutsu, il leur avait fallu un repère. Ils avaient ensemble choisi celui-là.
Sakura recula d'un pas et se détourna pour attraper la jupe en vinyle sur le coffre en bois de leur chambre. C'était une vieille malle remplie de jouets dont Shikamaru ne se souvenait pas mais qui, d'après ses parents, lui avaient appartenus.
Le jeune homme déglutît péniblement en songeant à la perspective de la soirée à venir, et alla enfiler sa chemise blanche. Après dix minutes à se débattre avec une cravate bleue, Sakura revint vers lui, enfin complètement vêtue, et arracha le morceau de tissu, le jeta sur le lit et ouvrit les deux premiers boutons de son haut.
— Tu es mieux sans.
— Sans cravate ou sans chemise ? la taquina-t-il.
— Sans chemise, mais je crois que tu vas quand même devoir la porter, sourît-elle.
Le brun roula des yeux mais approuva néanmoins en croisant son reflet dans le miroir. Il enfila un blazer et glissa dans sa poche son téléphone, son chargeur, les clés de la maison et son paquet de cigarettes. Les mauvaises habitudes avaient la vie dure depuis la mort d'Asuma, et malheureusement, il avait entraîné Sakura avec lui. La jeune femme prit une petite pochette noire et glissa un rouge à lèvres dedans, un échantillon de parfum, son téléphone, une batterie externe et son porte-cartes avant de faire volte face pour s'élancer vers les escaliers de la maison avec un enthousiasme certain.
Elle avait besoin de se changer les idées. En arrivant dans l'entrée, elle dû également reconnaître qu'elle avait quelque peu hâte de retrouver ceux qui avaient eu la chance de se lier avec elle, dans ce monde.
En tête de liste, il y avait Itachi, avec qui elle avait échangé toute la semaine, autour d'un café quand ils avaient le temps, ou par texto. Ses discussions avec le nukenin avaient pour effet de, d'une certaine manière, lui remettre les pieds sur terre. Sa douceur et la taquinerie dont il savait faire preuve, celle qu'elle avait mal interprétée la première fois, lui faisaient comprendre qu'il y avait en effet un fossé entre le déserteur qu'elle avait connu, qu'elle avait voulu tuer, et le jeune homme intelligent et studieux qu'elle découvrait ici. Après tout, comme elle pouvait avoir des souvenirs d'une vie différente, vécue dans un monde parallèle, ici, il n'avait pas tué toute sa famille, tous ceux qui portaient son nom, n'avait pas torturé son petit frère à coups de genjutsu avant de le pousser sur le chemin de la haine. Il était un étudiant, somme toute assez banal, avec pour seules préoccupations ses études, sa famille et la soirée du vendredi. Ici, il était un homme bien, avec des valeurs et un esprit sain. Il n'était pas traumatisé.
Une petite voix, vicieuse, lui susurra qu'ici, Sasuke n'avait pas été torturé à coups de genjutsu par son frère aîné, ni poussé sur le chemin de la haine ou balancé dans la fosse au serpent par un mégalomane pédophile. Brr. Elle n'osait toujours pas imaginer ce qu'Orochimaru avait fait subir à son ancien coéquipier pour lui faire perdre la tête de manière aussi violente. De quoi l'histoire ne parlait-elle pas, à son sujet ? Qu'avait-elle passé sous silence ? Sakura douta un instant de l'intégrité de son ancien ami avant de secouer la tête. Ce n'était pas le moment d'y penser. Itachi, Gaara et Kiba l'attendaient chez les Uzumaki, où se déroulerait la soirée.
Kiba la conduisait chaque matin jusque devant son amphithéâtre et lui offrait un des cafés trop forts que délivraient les machines de l'université contre une vingtaine de centimes. Ils étaient trop serrés à son goût et lui causaient des crises d'hypoglycémie comme elle ne petit-déjeunait pas, mais elle commençait à s'y faire. C'était un agréable moment passé avec le futur vétérinaire, et elle ne serait pas fâchée de s'en faire une tradition.
La rose ne s'en rendait pas encore compte, mais l'idée de rester dans ce monde, de construire une nouvelle vie s'imposait de plus en plus à elle. Les souvenirs de la guerre la hantaient encore, les corps étendus dans la boue de certains de ses amis était encore tatoués sous ses paupières, entre les tortures et la douleur, mais la paix de cet univers semblait endormir ses blessures.
Elle ne se sentait pas bien, mais elle se sentait mieux que depuis probablement au moins cinq ans. Ici, elle se sentait en sécurité. Ici, elle avait la chance de pouvoir se reconstruire, de pouvoir imaginer un monde qui lui plairait, comme Gaara lui avait dit que son groupe d'amis aimait le faire. Gaara et elle parlaient souvent, déjeunaient presque systématiquement ensemble dans la cafétéria principale, avec ou sans la compagnie des autres. Ils parlaient du monde, de ce qu'ils voulaient découvrir et apprendre, et lorsque les ombres envahissaient les yeux verts de la jeune femme, il changeait de sujet sans poser de question, comprenant instinctivement son désir de taire ses démons.
Sa semaine avait été partagée entre Kiba le matin, Gaara le midi, Itachi l'après-midi, et Shikamaru le soir, quand ils se racontaient leur journée avant de s'endormir l'un contre l'autre. C'était le mode de vie le plus sain qu'elle avait pu avoir depuis des années. Depuis que Sasuke était parti, qu'elle était devenue médic-nin, qu'elle avait décidé de courir après l'homme qui la détestait, depuis qu'elle avait voulu le laisser la tuer. Depuis qu'elle s'était autodétruite sans considération.
— Tu es prête ?
La jeune femme tourna les yeux vers Shikamaru, lequel relevait tout juste les yeux de son portable pour le ranger dans sa poche. Lui aussi avait passé du temps à rencontrer d'autres qu'elle. Il discutait de temps à autre avec Taiko, un étudiant de quatre ans de plus que lui qui l'éclairait parfois sur ses études. Il était en deuxième année d'un master dont elle n'avait pas retenu le nom, mais qui portait sur la justice en général, et voulait apparemment devenir commissaire. De ce qu'elle avait appris, c'était un cousin éloigné de la famille Uchiha, et bien que Shikamaru échange ses opinions avec lui, il ne l'appréciait pas franchement. En revanche, elle savait qu'il appréciait la présence calme de Pain et l'enthousiasme rafraîchissant de Deidara, avec lequel il avait beaucoup discuté pendant leur repas au McDonalds®. Peut-être qu'en apprendre plus sur les nukenin de leur monde, chacun de son côté, les aiderait à appréhender un peu mieux celui-ci ?
— Mmh. Désolée, j'étais en train de réfléchir.
Sakura se pencha, une main posée à plat contre le mur, et enfila ses escarpins, les yeux dans le vague, alors que son meilleur ami enfilait également une paire de chaussures.
— Tu repenses à l'échec de nos techniques ?
La rose soupira en se relevant. Elle enfila son manteau en fausse fourrure noire, et secoua la tête, ses cheveux ramenés en une queue de cheval haute se balançant dans le creux de sa taille.
Dans l'après-midi, Shikamaru et elle étaient allés faire un tour dans la forêt qui longeait Kumano. Ils avaient ensemble cheminé depuis le sol, jusqu'à trouver une clairière suffisante pour qu'aucun de leurs essais de chakra ne soit repéré. Les arbres de ce monde n'étaient ni aussi hauts ni aussi solides que ceux de chez eux, et ils avaient rapidement constaté qu'il était impossible de traverser le bois en passant par les hauteurs. Ça avait probablement frustré autant Sakura que Shikamaru, par ailleurs.
Parvenus dans une clairière de taille respectable mais suffisamment dissimulée pour ne pas attirer l'attention, Sakura évalua prudemment ses réserves de chakra avant de lever un pouce dans la direction de son ami. Ensemble, ils firent un premier test. La jeune femme chargea son poing de chakra, se concentra, et l'envoya dans l'herbe grasse. Ses doigts s'enfoncèrent dans la terre meuble, et celle-ci se craquela sur de longs mètres, mais dans un résultat bien loin de ce dont elle avait l'habitude depuis son entraînement avec Tsunade. Ce n'était pas un tremblement de terre, des mottes larges comme une vache ne volaient pas en tous sens comme cela aurait dû.
Le brun échangea un regard troublé avec elle, et décida d'attendre la prochaine bourrasque de vent, à la lisière des arbres. Lorsqu'elle vint après plusieurs minutes, il joignit ses mains dans plusieurs mudras, probablement les premiers qu'il avait appris à reconnaître, et utilisa son ombre pour immobiliser une feuille emportée par le vent. La technique tint bon, mais il sentit que ses réserves de chakra se vidaient si vite qu'il ne la maintint que quelques secondes tout au plus. Lorsqu'il relâcha l'ombre, le stratège trembla légèrement, des conséquences de ses efforts.
Frustrés, l'un comme l'autre froncèrent les sourcils avant de retenter l'expérience. Sakura relança son poing et Shikamaru, sa technique. L'un comme l'autre sentit ses réserves se vider à une vitesse folle. Incertains quant à leur capacité ou la possibilité de les remplir, ils se contentèrent de ces deux essais épuisants, et s'assirent l'un face à l'autre. Les voilà probablement revenus au niveau qu'ils avaient à onze ans, impossible d'exploiter des réserves aussi fragiles.
— Je ne pensais pas à ça, mais maintenant, oui, soupira la jeune femme.
Le sentiment de sécurité auquel elle avait songé à propos de ce monde s'évanouît aussi vite qu'il lui était venu à l'esprit. Elle ramena nerveusement sa queue de cheval sur son épaule et dégagea une mèche derrière son oreille. Pour une fois d'ailleurs, c'était elle qui retenait sa chevelure dans sa coiffure et Shikamaru qui la gardait détachée, coulant librement sur ses épaules.
— Où en sont tes réserves ?
La jeune femme mordit sa lèvre intérieure, inquiète. Elle n'aimait pas se sentir vulnérable, et en même temps ne pouvait pas se permettre de s'armer comme si elle se trouvait à Konoha.
— Elles remontent à peine, et difficilement, avoua-t-elle.
Leurs soupires se répondirent. Néanmoins, ils s'avancèrent tous les deux vers la porte d'entrée pour sortir. Il était déjà vingt-et-une heure et ils étaient affreusement en retard. Ce n'était plus le moment d'en discuter. Ils le feraient plus tard. Par ailleurs, maintenant qu'elle y pensait, elle avait plutôt intérêt à boire moins que d'habitude, ce soir. Son chakra ne combattrait probablement pas l'ivresse de la même façon que d'habitude, malheureusement.
— Allons-y, lâcha-t-elle finalement.
Ensemble, ils remontèrent la rue dans laquelle se trouvait leur maison, tournèrent à gauche, tachèrent dix minutes en longeant le mur d'enceinte de leur université et bifurquèrent enfin dans la rue où habitaient les Uzumaki. Heureusement, les parents de Naruto se trouvaient être en week-end chez les parents de Minato depuis ce matin. Ils auraient donc de quoi s'amuser en étant sûrs de ne déranger personne. Sakura envoya un texto à Itachi pour que ce dernier vienne à leur rencontre, et ils ne tardèrent pas à voir une silhouette courir vers eux en leur faisant des signes.
Apparemment, l'alcool ne les avait pas attendus. Shikamaru ricana tout bas en songeant que le fier Itachi Uchiha de son monde aurait nié en bloc ce genre de comportement, et accueillit celui-ci, définitivement plus agréable.
— Alors ?! On ne vous attendait plus, tous les deux ! J'ai fini par croire que vous m'aviez posé un lapin, s'exclama Itachi en faisant mine d'être scandalisé.
Le rire de Sakura répondit à sa petite blague, et elle rentra dans son jeu en mettant un genou à terre, implorant son pardon et louant sa personnalité incroyable, à laquelle on ne pouvait apparemment rien refuser. Le grand brun éclata de rire et se pencha pour soulever la rose du sol, la hisser sur son épaule et les entraîner vers une maison, à quelques mètres de là et dont la porte était encore ouverte.
— Itachi Uchiha, repose-moi !
Sakura protesta bruyamment, tapant gentiment dans le dos de son aîné, les abdos contractés pour ne pas se faire mal, et par ses rires, surtout. Shikamaru baissa les yeux sur elle, et ne sut retenir un sourire attendri, à la vue de son visage joyeux, de son regard pétillant et de son visage lumineux. Elle ne mentait pas, ne forçait pas d'expression avenante, ne masquait pas de peine derrière des sourires faux. Elle était sincère auprès de l'étudiant qui s'amusait à la chatouiller en l'emmenant dans la maison, inconscient qu'elle pouvait parfaitement lui briser les os sans efforts. Enfin en théorie, elle pouvait toujours.
La Sakura qu'il avait devant lui n'était pas celle qu'il avait rencontrée, n'était pas celle qu'il avait dédaignée, et encore moins celle qu'il avait appris à connaître et à soutenir. Pour la première fois de sa vie, et alors qu'elle mettait de côté les questionnements qu'ils avaient le temps d'une soirée, il la voyait heureuse. Alors peut-être ce fût-il à ce moment que Shikamaru fit son choix ? Peut-être les rires émanant d'une jeune étudiante chargée sur l'épaule d'un de ses amis étaient-ils tout ce qu'il lui fallait pour se décider à offrir une chance à ce monde ?
Le jeune homme entra dans la maison, retira son blazer pour le déposer sur une chaise, à côté de l'entrée, et ferma la porte derrière lui. Du salon émanaient des rires et des voix fortes, à l'articulation défaillante, et même des cris de frustration, semblant appartenir à un Naruto désespéré de perdre au bras de fer contre Hidan. De la cuisine, sur sa gauche, il put entendre quelques voix plus féminines, et celle de Neji au milieu, entretenant apparemment une conversation plus calme évoquant des souvenirs de lycée avec Tenten, Temari et Karin.
— Tu viens ?
Il leva les yeux vers Itachi, lequel s'était retourné pour vérifier que Shikamaru le suivait bien, son amie passée en mode poupée de chiffon sur son épaule. Il hocha la tête et entra à leur suite dans le salon. Dans la pièce, les canapés avaient été repoussés contre les murs, les meubles avaient été vidés des objets fragiles et une bonne dizaine de personnes s'entassait au centre d'une table basse de taille respectable, cartes en mains. Le grand brun alla lâcher son fardeau remuant dans un canapé, droit sur Sasori et Gaara, lesquels mirent en urgence leur verre hors de portée pour qu'ils ne soient pas renversés.
— La délicatesse, grande perche, tu connais ? Râla Sasori.
Essoufflée et les cheveux en bataille, la rose soupira de soulagement à la libération de ses abdos, et posa sa tête sur l'accoudoir pendant que les deux étudiants la saluaient, se souciant peu qu'elle soit complètement affalée sur eux. Enfin presque. Le pauvre Gaara émit une grimace lorsqu'elle se redressa péniblement pour s'assoir entre eux.
— Sakura, j'avoue que je me serai bien passé de me prendre ton coude dans les coconuts, geignit-il de douleur.
— Oops, pardon chaton !
La jeune femme gloussa malgré elle et attrapa le verre de son cousin pour piquer quelques gorgées dedans. Soudain pleine d'énergie, la rose replaça le gobelet dans la main du rouge et se releva pour sauter sur le dos d'Itachi et le chatouiller en guise de vengeance. Et évidemment, la jeune kamikaze n'avait absolument pas dans l'idée que si sa mule tombait, elle tomberait avec.
— Salut vous deux ! salua Naruto avec un grand sourire.
Cartes en mains, il se leva, suivi de près par Sasuke et Konan, et leur proposa un verre après leur avoir indiqué où se trouvaient les toilettes et la cuisine. Il rappela que le premier étage était interdit, mais que la salle de jeu au fond du couloir et la terrasse étaient libre d'accès. Sasuke s'approcha de son frère d'un air innocent et sauta sur l'occasion ouverte par la rose pour torturer son aîné autant que possible, causant leur chute à tous les trois, sous les encouragements du groupe assis au milieu de la pièce.
Les encouragements rameutèrent les absents, répartis entre les trois autres pièces autorisées par le petit blond, qui rejoignirent les rires du reste des fêtards. Lorsqu'Itachi déclara forfait, les deux plus jeunes s'écrasèrent sur le parquet essoufflés et déjà épuisés.
— Je crois que j'arriverai à te bourrer la gueule ce soir, Saku ! se moqua Shikamaru sans vergogne en prenant le verre qu'Ino lui tendait gentiment.
— Je sais que c'est ton but dans la vie One, mais tu n'es pas encore près d'y arriver ! rétorqua-t-elle.
Le salon, remplit des vingt étudiants ayant pu se libérer pour cette soirée approuvèrent leur champion, certains bien décidés à soutenir Shikamaru dans son objectif de rendre Sakura ivre, d'autres, plus raisonnables, trouvant qu'elle semblait déjà bien assez entamée, ignorant qu'elle n'avait pas encore bu. Spontanément, ils prirent des coussins pour ceux qui pouvaient, s'installèrent dans les fauteuils, canapés, par terre ou contre des meubles, parfois les uns contre les autres. Les plus vieux allèrent chercher le bouteilles dans la cuisine pour les placer au centre du cercle, et Kisame décréta qu'ils allaient faire un piccolo* tous ensemble, via l'application qu'il avait dans son téléphone. Une vague d'approbation répondit au jeune homme, lequel rentra les noms des participants et lança la première question.
— Tenten à toi de juger : entre Neji et Itachi, qui serait le plus compétent pour faire exploser une salle de chimie avec une expérience ratée ? Jesse Pinkman boira deux gorgées.
Des rires fusèrent dans la salle, alors que la réponse paraissait évidente pour certains. Neji avait hésité un moment entre la chimie et les mathématiques, et avait d'ailleurs eu l'autorisation de la directrice de leur lycée pour utiliser à sa guise le matériel de physique chimie, en terminale.
— Neji, tu bois ! répondit la brune.
Neji but les deux gorgées qu'il devait au jeu, et Kisame appuya sur son écran pour passer à la question suivante. L'écran vira au rouge avec l'inscription « cul sec » en gras, à sa plus grande surprise.
— Cul sec pour la dernière personne arrivée à cette soirée !
Sakura éclata de rire, sachant pertinemment qu'elle avait passé la porte avant son meilleur ami et que ce dernier avait encore un verre plein dans la main. Tout le monde tourna les yeux vers Shikamaru en riant et ce dernier se redressa pour que tout le monde puisse voir qu'il respectait son gage, avant d'avaler cul sec le mélange de vodka black et de Pepsi® qu'Ino lui avait donné.
— Putain mais je l'avais chargé, en plus ! s'indigna la blonde devant l'absence de réaction du brun.
Ce dernier tira la langue à la jeune femme et fit signe à Kisame de passer à la question suivante.
— Bois quatre gorgées si tu t'es déjà masturbé sans que ton ou ta partenaire le sache.
Globalement, tout le monde haussa les épaules et avala quatre gorgées, excepté Deidara, à la surprise générale. Le blond leva les mains quand tout le monde voulu le faire boire, refusant de croire qu'il dérogeait à cette généralité.
— Désolé les gars, mais je suis trop peu discret, ils le savent toujours.
Hinata haussa les sourcils et l'interrompit.
— Quand t'es avec eux oui, mais quand t'es seul chez toi, ils ne le savent pas forcément, si ?
Deidara dût reconnaître sa défaite et but ses gorgées, alors que Shikamaru et Sakura échangeaient un regard presque choqué, comme ils entendaient Hinata parler si ouvertement de sexe, alors que celle de Konoha était si réservée et pudique. C'était presque contre nature. Ils frissonnèrent de concert, réalisant que ce monde n'était véritablement pas le leur, et se concentrèrent à nouveau pour entendre la question suivante.
— « Les titres de film commençant par le mot LE », le joueur qui répète ou ne trouve pas prend quatre gorgées. Pain commence.
Pain haussa un sourcil et réfléchit deux secondes avant de donner sa réponse.
— Le lion.
Hinata, Karin et Temari, sur laquelle Shikamaru s'efforçait de ne pas se concentrer depuis qu'il était entré dans la pièce, donnèrent leur réponse à leur tour.
— Le domaine.
— Le fidèle.
— Le jeu.
Ce fut Gaara, qui se trompa le premier, en citant « Le jeu de la dame », la série sortie il y a peu par la plus grande plateforme de streaming. Il haussa les épaules et but ses quatre gorgées en adressant un clin d'œil amusé à Sakura, placée juste en face de lui. Kisame vérifia qu'il buvait bien, et regarda ensuite son écran virer au jaune « virus ».
— Retour vers le futur pour Ino, tu dois parler au futur sous peine de deux gorgées !
La jeune femme râla en s'appuyant contre Sasuke le temps de changer de position sur le parquet, et remercia son ami en marmonnant qu'elle allait tuer ce jeu.
— Karin à toi de juger : entre Ino et Itachi, qui mourrait en dernier dans une invasion de zombie ? Rick Grimes distribuera 4 gorgée.
La rose et la rousse eurent un rire en entendant la question, connaissant déjà la réponse. Désolée Ino, mais Itachi aurait sûrement plus de chance de se débrouiller lors d'une invasion.
— Pourquoi c'est toujours moi qu'on compare ? protesta Itachi.
— Parce que t'es une référence, voyons ! lança Sakura sous les rires moqueurs et les huées.
Apparemment, le groupe s'imaginait déjà des choses qui ne se passeraient probablement jamais entre eux. Itachi donna les quatre gorgées à Kiba dans un rire, alors que ce dernier lui adressait un joli doigt d'honneur.
— Sasori, montre des photos à poil que t'as dans ton téléphone ou bois deux gorgées.
Plusieurs garçons pâlirent autour de la table, se souvenant de gages qu'ils avaient eu à faire pendant l'été dernier, lorsqu'ils avaient loué tous ensemble une villa avec plage privée, à Osaka. Les photos avaient rejoint le téléphone de plusieurs d'entre eux, mais Sasori était le seul à les avoir gardées. Ils n'avaient pas vraiment envie de les voir sortir maintenant. Par respect pour eux, le cousin de Sakura but deux gorgées.
— Shikamaru, tiens le téléphone. Tu dois faire deviner la série suivante à Kiba en moins de quinze secondes. Si vous y parvenez, tous les autres joueurs boiront quatre gorgées, sinon vous les boirez.
La série à faire deviner était Friends. Par chance, c'était une série que la mère de Shikamaru leur avait fait regarder avec elle à leur sortie de l'hôpital psychiatrique. Ils avaient passé le week-end dans le canapé tous les trois à regarder le plus d'épisodes possible, pour passer le temps, se remettre de leur séjour et permettre à Yoshino de véritablement profiter de la présence de son fils pour la première fois depuis son retour.
Spontanément, Shikamaru tira Temari, Ino et Hinata avec lui, avant d'entrainer Sasuke et Sasori, et les fit passer pour un groupe d'amis. Le tableau qu'ils formaient ressemblait à celui de la fin du générique, et la réponse de Kiba fusa aussitôt, lui aussi connaissant bien la série.
— Yay ! s'exclama le futur vétérinaire. Vous buvez tous !
Un concert de protestation fusa dans la pièce, mais tout le monde se plia à la sentence avant que Kisame ne lise la question suivante.
— Sakura retire son t-shirt ou boit trois gorgées.
La rose haussa les sourcils et hésita. Elle n'était évidemment pas pudique, mais son corps était couvert de cicatrices, et elle avait peur de couper le jeu et la bonne humeur. En même temps, son t-shirt était déjà transparent, assez pour que les plus grosses soient visibles en faisant attention et pour que les deux tatouages sous la pliure de chaque bras se distinguent nettement, de même que la panthère dans son dos, la marque de l'ANBU sous son épaule et le surnom de sa clavicule.
Elle haussa donc les épaules et retira son haut sans protester, à peine touchée par les dix-neuf regards posés sur elle. Elle sentit certains d'entre eu dévier sur ses tatouages, d'autres sur ses tatouages, certains sur sa poitrine, mais la majorité sur ses cicatrices. La rose pouvait comprendre, évidemment, mais les seuls regards de compréhension émanaient de Shikamaru et Itachi. Sasuke semblait seulement approuver son geste, alors que Sasori semblait horrifié.
— Alors tu ne plaisantais vraiment pas, en disant que tu avais été enlevée et torturée, pas vrai ? releva Karin.
Sakura haussa les épaules.
— Non. Je n'aurai pas plaisanté sur ça, sans vouloir plomber l'ambiance.
Karin hocha la tête, approuvant. Elle non plus n'aurait pas accepté que quelqu'un plaisante là-dessus. En fait, elle aurait vraiment détesté découvrir que Sakura avait menti sur ce point. Elle pouvait comprendre le désir de nouer des amitiés et de se rendre intéressant, mais pas de surfer sur la souffrance ou de jouer les martyrs. De fait, elle était soulagée de constater que Sakura n'était pas une menteuse. Elle l'appréciait. Surtout qu'elle avait apprécié discuter avec Shikamaru, et que par conséquent…
— Du coup Shikamaru, toi aussi ?
Le grand brun hocha la tête. Oui, lui aussi. Mais qui cela regardait-il à part Fugaku et eux ? Il n'avait aucune envie d'en parler.
— Alors quand tu disais que tu avais perdu quelqu'un qui ressemblait à Temari… ?
Le stratège soupira en ramenant ses cheveux vers l'arrière. Il n'avait aucune envie de parler de cela. Il n'avait pas non plus envie de faire remonter tous les souvenirs du corps de Temari mutilé, du compte rendu de ses blessures, qu'il avait lu. Il n'avait pas envie d'infliger ça à ce groupe, d'imposer sa douleur, de ramener Sakura dans les méandres de ses peurs et de sa peine.
— Ils l'ont tuée. Je vous passerai les détails. Sachez simplement que je l'aimais plus que tout, et que même moi j'ai eu du mal à identifier son corps.
Il y eut un hoquet de peur et de surprise du côté de certains. Hinata et Ino semblaient particulièrement choquées, de même que Kiba et Hidan.
— Et… Pour celui que tu aimais, Sakura ? questionna Itachi.
La rose soupira, elle aussi. Néanmoins, elle leur devait un aperçu des mondes dans lesquels elle avait vécu, des souvenirs qui hantaient sa vie. Pour qu'ils puissent être amis, elle devait leur accorder un aperçu de leur noirceur.
— C'était un garçon gentil, quand je l'ai rencontré. Mais même si je refusais de le reconnaître, à cause de mon coup de foudre pour lui, il était taciturne et renfermé, soignant la haine qu'il portait à son frère. Son grand frère avait tué toute leur famille, quelques années plus tôt. En grandissant, il a connu des fréquentations de plus en plus mauvaises, qui ont alimenté son désir de vengeance et en ont fait une arme aveuglée. Sa vengeance servait leurs intérêts et ils l'ont poussé de plus en plus loin, et sa haine grandissait pour dévorer tout ce qu'il avait de bon en lui. Il a fini par me haïr moi aussi, haïr ceux qui nous avaient tendu la main, qui avaient voulu nous protéger. Je l'ai aimé plus fort que tout, j'aurai tout trahi, j'aurai brûlé ce monde pour lui… jusqu'au jour ou sa haine l'a poussé à tenter de me tuer. J'ai fini par ouvrir les yeux. Celui que je connaissais avait disparu et ne reviendrait plus, et il m'avait détruite au passage. Il avait brisé ma confiance en lui, en moi, en tout le monde, avait dévasté mon mental et ma santé physique. Alors j'ai voulu le tuer par moi-même pour le délivrer de sa rage. Sauf qu'il était plus fort que moi. Un ami est intervenu de justesse, alors qu'il allait me trancher la gorge.
Sakura déglutît faiblement à ce souvenir, caressant inconsciemment la cicatrice marquée sur sa gorge. Les yeux de tout le monde suivirent le mouvement, et ils furent nombreux à comprendre combien elle était passée près de la mort, à voir la taille de sa cicatrice.
— Mon ami m'a sauvé la vie ce jour là. Quelques jours plus tard, j'ai retrouvé sa trace. Quand je l'ai trouvé, il était mort. Lui et son frère se sont entretués. Mon cœur se serait brisé ce jour là, s'il ne l'avait pas déjà été. Et pendant tout ça, pendant que mon cœur appartenait à cette personne, mon corps appartenait à quelqu'un d'autre. Un homme qui nous considérait, Shikamaru et moi, comme ses propriétés. Le consentement n'existait pas, avec lui. J'étais sa marionnette, cracha la jeune femme À voir lequel des deux m'a le plus détruite.
Shikamaru esquissa un sourire pâle. Leurs deux vies se mélangeaient. Ils ne versaient pas de larmes, mais leurs esprits n'étaient pas remis intérieurement. Dans leur cœur, une part d'eux criait leur douleur, pleurait cet enfant qu'ils avaient été et qui avait perdu son innocence trop tôt. Mais au moins, pour la première fois de sa vie, Sakura avait dit « je l'ai aimé ». Pour la première fois, réalisait le jeune homme, son amie tournait la page. Elle se remettait doucement de tout ce que Sasuke Uchiha lui avait fait.
Le temps de panser les blessures de leur alter ego viendrait plus tard.
Bientôt.
Quand ils auraient le courage.
— Désolée, il faut que j'aille prendre l'air. s'excusa Sakura.
La jeune femme se leva et traversa le salon, ses talons claquant sur le sol, et sortit sur la terrasse.
*J'ai téléchargé l'application pour le bien de ce chapitre, les questions appartiennent donc à Marmelapp®.
Allez savoir pourquoi ce chapitre est si long, il fait presque 1600 mots de plus que d'habitude.
