Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.

Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.


PREMIER ARC : ADAPTATION

TRANSITION

DEUXIÈME ARC : ALTER EGO


QUINZE :
« Puisque la vérité est nue et que nos sociétés glorifient la pudeur,
L'hypocrisie est devenue notre habit préféré. »


La jeune femme baissa les yeux sur ses mains, observant leur tremblement quelques secondes avant de les poser sur la barrière pour les immobiliser. Sakura ignorait combien parler du fait d'avoir appartenu à quelqu'un pouvait éveiller de souvenirs en elle. Elle ressentait un mélange de honte et de dégoût, mais surtout une haine difficilement qualifiable. Elle s'en sentait encore détachée, comme si cette émotion appartenait à quelqu'un d'autre, mais son instinct lui soufflait que d'une manière ou d'une autre, ce sentiment deviendrait sien. Plus les souvenirs reviendraient, plus elle s'attacherait à cette vie, plus ce que son alter ego avait vécu deviendrait une part d'elle.

Son soupire glacé fit naître un nuage de vapeur dans la nuit, seulement éclairé par les lumières de la piscine en contrebas. Elle avait besoin d'un moment pour réfléchir. La seule présence à ses côtés, aussi silencieuse qu'elle, était Shikamaru. Lui aussi devait sentir se mêler ses deux vies. Lui aussi devait souffrir des souvenirs qu'il ne pensait pas avoir même vécu un jour. Pour le moment, encore flous, ils leurs semblaient être les réminiscence d'un passé lointain, d'un vécu rangé dans un coin sombre et désolé de leur mémoire, ou les vagues scènes d'un film vu il y a longtemps.

Le problème, c'est que pour l'un comme pour l'autre, ils devenaient de plus en plus précis. Le rêve qu'elle avait fait trois mois et demi plus tôt lui revint en mémoire, plus clair et net que jamais. Elle pouvait sentir la vague de douleur et l'intense déchirure qu'il réveillait en elle. Ce rêve l'avait marquée, parce que lui plus qu'aucun autre éveillait une haine féroce, un désir de vengeance tel qu'avait probablement pu éprouver le Sasuke de Konoha, et une déchirure sans nom. C'était comme si cette scène, les coups qu'on lui avait portés, lui avaient arrachés une part d'elle-même.

— Je suis désolé, marmonna Shikamaru.

La rose tenta de chasser le souvenir auquel elle songeait, mais lorsqu'elle ferma les yeux, la main tatouée levée vers elle du Lion qui sembla être tatouée sous ses paupières. Elle prit quelques secondes avant de répondre. Il lui fallait un peu de temps pour éloigner les émotions qui la tourmentaient, et elle ne faisait pas confiance à sa voix pour feindre l'assurance pour le moment.

Lorsqu'enfin elle se sentît plus sûre, elle leva les yeux vers son meilleur ami.

— Pourquoi ?

Le brun semblait crouler sous la culpabilité. Les épaules voûtées, le regard dans le vague, refusant de la regarder… Et elle n'était même pas certaine que lui sache la raison de cette culpabilité. Avait-elle même envie de le savoir ? Avait-elle envie de l'entendre s'excuser ?

Non.
Elle n'en avait pas envie. Elle avait envie qu'il la prenne dans ses bras et lui assure que tout irait bien, qu'ils trouveraient leur place ici ou à Konoha, et que le trou béant de sa poitrine s'en irait un jour.
Sakura ne le lui demanda pas, et Shikamaru demeura immobile.

— Je ne sais pas. Je sens seulement qu'il faut que je te présente mes excuses. Je me sens désolé et je ne sais pas pourquoi.

La jeune femme passa sa langue sur ses lèvres et hocha la tête. Elle n'acceptait ni ses excuses ni la raison de celles-ci, mais elle acceptait de l'entendre, de le laisser prononcer ces mots qu'elle ne voulait pas entendre. Elle laissait faire, sans accepter ni refuser. Elle souhaita simplement repousser le problème à plus tard.

— Je rentre, j'ai froid.

Le jeune homme se détourna, l'ambiance entre eux s'étant soudain faite électrique, comme s'ils se reprochaient en silence des actes oubliés, des silences persistants et des erreurs innommées. Elle ne supportait pas cette ambiance, et lui non plus. Ils se séparèrent, lui en rentrant, et elle en restant. Le froid ne lui semblait pas avoir d'emprise, sur elle. Peu vêtue, elle n'avait pourtant pas l'impression de percevoir sa morsure sur sa peau, et peut-être que la vodka du verre de Sasori y était pour quelque chose. Ou peut-être était-ce l'ouragan rugissant soudain en elle.

— Je suis désolé que mon frère ait abordé un sujet qui te fasse souffrir autant, interrompit une voix derrière elle.

L'ouragan cessa. Il y eut un blanc dans son esprit, comme si son cerveau pédalait dans l'eau, cessait de fonctionner pendant quelques secondes, et elle se retourna pour croiser deux yeux onyx et honnis. Le souffle manqua à la rose, son cœur accéléra soudain, et la réalité la frappa avec la force du Rasengan de Naruto. Pas le petit blond babillant dans le salon, verre à la main, au sujet du dernier match de hockey sur glace de l'université, non, son blond à elle, son frère d'arme, celui qui l'avait sauvée plusieurs fois et qui réchauffait le monde de ses convictions et de ses sourires solaires.

Naruto.
Était-elle vraiment capable de le laisser derrière elle, lui ? Pouvait-elle vraiment le laisser souffrir son absence ?

— Ce n'était pas délicat de sa part de vous pousser, toi et Shikamaru à vous dévoiler ainsi. Surtout que je l'ai vu beaucoup échanger avec toi, cette semaine. Il devait en savoir déjà un peu sur vôtre histoire.

Sakura relâcha un souffle qu'elle n'avait pas conscience de retenir. Elle détailla le visage de Sasuke Uchiha, et sentit les larmes lui monter aux yeux. La sincère inquiétude et sa préoccupation étaient visibles sur ses traits. Ses traits étaient, d'ailleurs, étonnamment expressifs, loin de la poker face à laquelle être était habituée. Elle pouvait le voir avancer, se souciant simplement de l'impact des mots qu'elle avait elle-même prononcés.

— Ça va. J'ai connu pire, murmura-t-elle.

L'étudiant s'avança vers elle et lui tendit un verre. Elle baissa les yeux sur son contenu en le saisissant, et constata qu'il avait simplement versé de l'eau fraîche, dedans.

— Je me suis dit que tu aurais peut-être besoin de boire un truc simple, soft. Cela dit, j'ai toujours de la tequila dans l'autre main, et je suis prêt à te céder mon verre si tu veux.

La jeune femme eut un bref rire jaune. L'ouragan reprit. Elle non plus n'était pas passée à côté de ses propres mots. Elle avait dit « je l'ai aimé », comme si ce n'était plus le cas, comme si son deuil avait été fait, comme si enfin, elle avait pu passer à autre chose. L'étau se resserra autour de sa poitrine, douloureusement, si douloureusement, qu'elle se pencha en avant, s'accrochant à la barrière. La douleur de son cœur en devenait presque physique. Avant qu'elle ne puisse s'en rendre compte et les retenir, ses larmes roulaient sur ses joues, emportant avec elle des gouttes noires de son maquillage défait. Mais plus que son maquillage, c'était elle qui était défaite, et depuis longtemps.

Un bras fort glissa contre son ventre, gardant ses doigts éloignés d'elle, et la redressa lentement, pour ne pas lui faire mal ou la forcer.

— Redresse-toi, tu n'arriveras pas à respirer, comme ça.

La voix grave et familière du jeune homme fit redoubler ses larmes. Sa respiration devint laborieuse, douloureuse, presque destructrice, et le monde donnait à Sakura l'impression de se refermer sur elle. Ses sanglots s'accumulèrent dans sa gorge comme elle refusait de les laisser s'exprimer, et elle eut envie de hurler sa peur, sa rage, son désespoir, enveloppée par l'odeur de celui qu'elle avait toujours aimé, qu'elle avait désiré et entre les mains duquel elle avait remis sa vie.

— Shht… doucement, tu nous fais une crise de panique, là… tenta de la rassurer Sasuke.

L'homme posa son verre sur la barrière, l'attirant contre son torse, et fit doucement glisser sa veste de ses bras, l'exposant un peu plus au froid, mais la libérant surtout de son poids. Elle sentit cette fois la brise couler sur sa peau nue, comme elle n'avait pas remis son t-shirt, et la dévorer. Un sanglot passa ses lèvres rosées et elle laissa le brun la retourner prudemment pour coller son dos au sien et attirer ses épaules contre lui pour la redresser au maximum.

— Respire. Cale-toi sur mon rythme si tu en éprouve le besoin.

Sa voix était chaude, douce, et n'avait pas la note d'amertume et de mépris que le Sasuke de Konoha avait toujours laissée entendre. Non, ce Sasuke là était doux dans ses gestes, délicat, prenait soin de la rassurer, de ne pas l'inquiéter lorsqu'il la touchait, comme s'il avait compris tout ce que son corps avait subi pendant des années. Il prenait soin d'elle, non parce qu'il semblait avoir pitié d'elle, mais parce qu'il le voulait. Ce Sasuke ressemblait à ce qu'aurait été celui de Konoha si son frère n'avait pas tué tout son clan et ne l'avait enfermé dans une spirale infernale.

Bientôt, la respiration de la jeune femme revint à la normale. Sa cage thoracique se dégagea, le monde cessa de tourner autour d'elle, et sa crise de panique s'éloigna tout simplement, s'évanouissant dans la chaleur du corps de Sasuke. Alors Sakura pleura. Elle pleura son enfance perdue, elle pleura ses mains tâchées de sang, les pertes qu'elle avait connues, l'intégrité souillée de son corps et sa santé mentale anéantie par des années de sévices et de dédain, dans une vie comme dans l'autre. Elle pleura tout ce qu'elle avait à pleurer, ce qu'elle connaissait et ce qu'elle ignorait encore, elle pleura tout ce qu'elle avait tu parce que les Kunoichi ne pleuraient pas dans son univers, parce que les guerrières pleuraient à l'intérieur, parce que la jeune femme qu'elle était n'avait jamais su exprimer ses sentiments correctement.

Derrière elle, Sasuke enroula simplement ses bras autour d'elle lorsqu'il sentit que le plus gros de sa crise était enfin passé. Lorsqu'il entendit la rose pleurer, il songea que finalement, les deux jeunes adultes que son père avait pris sous son aile n'étaient pas juste des dépressifs socialement inadaptés comme il l'avait cru en les voyant pour la première fois.

Il se souvenait encore de l'arrivée de Sakura et de Shikamaru dans l'entrée de chez lui, pour ce dîner que son père leur avait imposé. Quand la rose était entrée et les avait vus, Itachi et lui, il avait cru qu'elle allait faire une crise cardiaque dans leur hall d'entrée. Elle semblait manquer de souffle, ne plus savoir comment respirer. C'était même plus que ça, elle avait instauré un malaise, bloquant sur leur deux visages, et les fixant, probablement sans s'en rendre compte. Elle était jolie, évidemment, Sasuke l'avait reconnu en la voyant, mais elle était bizarre. Elle n'était pas un canon de beauté, mais elle avait un corps harmonieux, fin et élancé, qu'il sentait à présent musclé, contre lui, et un joli visage.

Mais maintenant, écoutant ses sanglots, ses pleurs, ayant vu les cicatrices sur son corps, qu'il avait entendu le résumé probablement très élimé de sa vie, il comprenait. Ou plutôt, il saisissait toute la puissance qui se dégageait d'elle. Elle n'était pas une asociale étrange et dépressive comme il l'avait cru. Elle était juste la petite fille joyeuse qu'il avait connue en primaire, mais en plus âgée, et en version détruite. Dans ses yeux, quand elle ne voyait pas qu'il la regardait et qu'elle se tenait à l'écart, il pouvait voir les ombres qui dansaient dans ses prunelles, il pouvait sentir la sagesse et la maturité qui émanaient d'elle et qu'il ne retrouvait que chez son cousin Shisui, militaire engagé au Moyen-Orient. Il retrouvait les mêmes émotions chez lui, quand il parlait de ce qu'il vivait, en version soft.

Qu'avait-elle vécu qu'il ne pouvait comprendre ? qu'il ne pouvait pas imaginer ? Il se souvenait encore que sa disparition avait fait grand bruit, dans leur école primaire, et que les parents des enfants de son âge s'étaient montrés très prudents dans les mois qui avaient suivis. Ils étaient amis, à l'époque. Il se souvenait d'elle, souriante, avec un nœud rouge dans les cheveux, riant timidement auprès d'Hinata, jouant innocemment à filles attrapent garçon avec les mêmes filles qui étaient présentes ce soir et les mêmes garçons que ses amis d'aujourd'hui. Ce n'était après tout pas pour rien que le groupe le plus célèbre de l'université de Kumano avait accepté aussi facilement ces deux outsiders. Sakura et Shikamaru ne se souvenaient pas d'eux, mais eux se souvenaient. Ils avaient déjà fait partie de ce groupe.

Les pleurs de Sakura lui firent d'autant plus mal qu'il avait en tête l'adorable petite fille qu'elle avait été. Qu'elle n'était plus. Son cœur se déchira à l'idée qu'on ait détruit une enfant et l'ait forcée à grandir trop vite. Son étreinte sur elle se renforça lorsqu'elle cria de douleur, tournée vers la piscine, les jambes coupées. Dieu merci, il avait fermé la baie vitrée en sortant sur la terrasse la rejoindre. Il la rattrapa lorsqu'elle glissa et la ramena contre son torse avant de la faire boire un peu d'eau fraîche. Avec délicatesse, il la replaça face à lui et passa ses pouces sur ses joues pour essuyer ses larmes et effacer son maquillage autant que faire se peut. Il lui fut impossible d'ignorer les grands yeux verts mouillés qui le fixaient, les pétales des fleurs du cerisier des Uzumaki, qui l'entouraient, emportés par le vent, échoués dans ses cheveux. Elle pleurait, mais elle lui sembla magnifique, et même la cicatrice sur sa joue renforçait cette impression. Quelque part, il sut qu'il avait une guerrière dans les bras, que peu importe ce qu'il ferait, elle ne ploierait jamais plus sous les coups d'un homme, qu'elle relèverait toujours la tête. Il était sensiblement plus grand qu'elle, et plus large aussi, mais elle ne lui parut pas fragile une seule seconde. Car malgré les larmes, il y avait toujours ce même brasier dans ses yeux, qu'avant sa crise de larmes.

— Je ne sais pas ce qu'il t'a fait, ce qu'ils t'ont fait, mais ce sont des idiots. Tu es incroyable, et je ne crois pas me tromper en disant que tu mérites ce que le monde a de meilleur. Tu dégages quelque chose d'exceptionnel, de puissant.

La rose renifla faiblement, et essuya à nouveau ses joues, par elle-même cette fois, et frissonna en sentant à nouveau le froid. Sa crise de panique puis de larmes l'ayant engourdie, elle reprenait doucement conscience de son environnement, et ce fut le signal pour son vis-à-vis de replacer sa veste sur ses épaules nues.

— Je suis tombée amoureuse de lui très jeune. Je pensais que l'amour, c'était donner tout ce qu'on a, être vulnérable et accepter de se remettre toute entière à celui ou celle qu'on aime. Je pensais que plus je m'abandonnerai à lui, plus j'aurai de chance d'être aimée en retour. J'aimais si fort, de façon si totale, que je suis devenue extrême et j'ai fini par penser que je ne pouvais pas vivre sans lui, sans le ramener à la raison, sans… sans le voir libre et heureux. J'aurai pu tout détruire pour le voir sourire, pour effacer la haine qui l'habitait et qui l'empêchait de vivre.

Sakura déglutit, songeant à tout ce qu'elle avait fait, pour Sasuke. Elle avait même été prête à se damner pour lui plaire, à le tuer pour le libérer. Elle avait été prête à tout. Et il était mort, à présent. Elle posa ses mains sur la barrière, tournant à nouveau le dos à Sasuke qui l'imita pour pouvoir continuer à la regarder.

— On dit que le contraire de l'amour ce n'est pas la haine, mais l'indifférence. Je pense que c'est pour cela qu'il m'a tant fait souffrir. L'indifférence qu'il exprimait à mon égard était sincère, réelle. Je l'ennuyais tant, que pour se débarrasser de moi, il est devenu violent. Et je l'aimais tant que j'étais prête à le tuer pour lé délivrer de lui-même. J'avais besoin de lui dans ma vie quitte à briser mon propre cœur moi-même.

Sasuke détailla le visage de la jeune femme, illuminé par les lumières de la piscine et la lueur de la lune. Une part de lui songea que cette discussion devait être un rêve. Sakura paraissait irréelle, ses grands yeux brillant d'émotion et elle, incroyablement belle, enveloppée par sa mélancolie et ses regrets. Elle était comme le fantôme d'un roman de tragédie. Sakura était une tragédie, belle, empruntée, irréelle, royale et dévastatrice.

— Ils ont eu tord de te piétiner. Mais toi, tu n'es pas encore capable d'aimer correctement.

La jeune femme sursauta en l'entendant prendre la parole, et tourna les yeux vers lui.

— On ne peut aimer qu'à condition de s'aimer soi-même. Lorsqu'on ne s'aime pas, qu'on a peu de confiance en soi, qu'on souffre de soi-même, on a plus de chance de tomber dans les bras de quelqu'un de malveillant. C'est peut-être ce qui t'est arrivé. Incapable de t'aimer toi-même, tu as pu reporter tout ce que tu pouvais éprouver de positif sur quelqu'un d'autre, parce que c'était plus simple de t'oublier que de t'apprendre. Je ne sais pas qui t'a fait te détester à ce point, mais il y a une chose que j'ai apprise par moi-même. À mes dépends. Que tu aies une famille pour t'épauler, un compagnon, quelqu'un à aimer, des gens qui t'aiment, tu es seul avec toi-même. Quand viendra l'heure de mourir, tu seras seule. La personne la plus importante de ta vie, si tu suis cette logique, c'est toi-même. Tu peux encore te façonner et être la personne que tu veux être. Tu peux devenir celle que tu admireras, que tu suivrais jusqu'au bout du monde. Parce qu'après tout, tu n'as pas vraiment le choix, n'est-ce pas ? Tu seras toujours avec toi-même, toujours seule dans tes pensées et dans ton esprit.

La jeune femme écouta attentivement les paroles de Sasuke. Elle eut un instant d'hésitation et songea qu'après tout, même si les mots étaient plus faciles à dire qu'à mettre en pratique, c'était probablement le meilleur conseil qu'on ait pu lui donner dans toute sa vie.

— Merci, murmura Sakura. Merci d'avoir été là, de m'avoir tenue, de m'avoir écoutée et conseillée.

Spontanément, en souvenir de la petite fille qu'il adorait taquiner et dont il se souvenait si clairement, maintenant qu'il avait la version plus âgée devant lui, Sasuke se pencha et embrassa le front de la jeune femme.

— Ce n'est rien. C'est normal.

Il adressa un sourire à Sakura et se détourna pour rentrer dans la maison, frigorifié, et laissant gracieusement son verre à sa disposition. La rose, elle, préféra rester encore un peu dehors. Elle pouvait sentir le calme de la nuit l'envelopper et apaiser son cœur meurtri. Elle n'avait pas pensé, en racontant son histoire, que ses propres mots éveilleraient en elle tant de douleur de regrets et de colère. En analysant plus intensément ses sentiments, elle esquissa un sourire en constatant que sa haine était un peu retombée. Sasuke de Konoha avait eu ses tords, n'avait jamais été tendre avec elle et avait trahi, mais elle lui avait également donné les armes pour le faire. Elle lui avait donné bien trop de pouvoir sur elle.

Sa discussion avec Sasuke de Kumano avait apaisé son esprit. L'ouragan avait cessé de rugir au moment ou il lui avait délivré son conseil. Elle avait commis des erreurs, elle n'était pas toute blanche dans l'histoire de ses cicatrices. Le constat la fit sourire.

Ce monde lui offrait une seconde chance. Les miracles n'existaient pas, dans le monde des Shinobi et des Kunoichi, mais elle et Shikamaru avaient probablement le leur. Ils devaient sauter sur l'occasion pour se reconstruire. Ils ignoraient combien de temps ils pourraient passer dans cet univers, mais s'ils avaient la moindre chance de prendre le temps de guérir leurs blessures internes, alors ils devraient s'en saisir. Ce Sasuke, ici, était le Sasuke dont elle avait toujours rêvé, mais il était également l'occasion pour elle, bien plus que d'avoir enfin l'homme qu'elle aimait, d'apprendre à s'aimer. Non, elle ne tenterait rien avec lui. Avant de chercher quoi que ce soit chez qui que ce soit, elle avait des comptes à régler avec elle-même, avait des choses à s'apprendre. Dans ce monde, elle découvrirait comment aimer, en découvrant la Sakura qu'elle était.

Sasuke avait raison : il n'y avait personne de plus important qu'elle, dans sa vie*, et la deuxième personne qui passerait avant tout, juste après elle, c'était Shikamaru. C'était une leçon à retenir.

Le sourire aux lèvres, plus légère qu'elle ne l'avait été depuis une éternité, Sakura rentra dans la maison. Elle chercha du regard une personne précise et s'avança vers elle. Le garçon aux cheveux rouges haussa les sourcils en la voyant arriver, mais ouvrit immédiatement les bras en comprenant son intention. Elle se jeta dans ses bras dans un rire, et le serra contre elle.

— Désolée Sasori, murmura-t-elle à son oreille. Je sais que je ne suis pas la Sakura que tu t'attendais à retrouver et que je ne suis pas parfaite. Je ne suis plus vraiment capable d'être la cousine que j'ai été quand nous étions petits, mais ça me plairait vraiment d'apprendre à te connaître à nouveau.

L'étudiant contre elle sourît à son tour et lui rendit son étreinte, le nez dans ses cheveux. Il la serra contre lui et embrassa sa joue en acquiesçant.

— J'en serai ravi.


— Elle a l'air de s'être remise de sa crise de larmes, fit une voix féminine près de Shikamaru.

Le jeune homme pâlit en reconnaissant la voix mutine et confiante de son ex-fiancée. Néanmoins, il devait reconnaître que Temari avait raison. Sakura paraissait plus sereine et légère qu'il ne l'avait jamais vue. L'angoisse lui serra le ventre. Il sentit ce poison se répandre dans ses veines et couler dans tout son corps quasiment instantanément. Il ignorait si c'étaient les souvenirs de son ancienne vie, de Konoha, la chanson triste qui passait ou la présence de la blonde qui le chamboulait, mais il se sentit soudain sans dessus dessous.

— Eh, ça va ?

Il écouta les mots assassins de la femme qu'il aimait. Sa voix, sa présence, son odeur, tout chez elle était une torture. Sakura pensait à un miracle au monde des ninjas, lui se demanda s'il n'avait pas atterri dans son enfer personnel. Aimer celle que l'on sait être la femme de sa vie, la voir en vie quand on l'a vue morte, et ne pas pouvoir la toucher. Il était incapable d'agir naturellement à ses côtés, il ne parvenait pas à se défaire de l'image de son corps mutilé.

Comme son amie avant lui, il sentit une crise d'angoisse monter vicieusement en lui. Peut-être avaient-ils, maintenant que leurs instincts de ninjas les avaient laissés tranquilles, la réaction attendue face aux alter egos de leurs aimés ? Ils avaient été incroyablement préoccupés par leur installation, leur adaptation à ce monde et l'idée de ne pas se faire repérer, qu'ils avaient passé sous silence et bridé leurs sens lors de leur rencontre avec Sasuke et Temari. Désormais, toute l'angoisse de ce moment remontait.

— Ça va, articula-t-il péniblement.

— C'est parce que je ressemble à ton ex ? questionna-t-elle.

Shikamaru écarquilla les yeux en entendant la question de la jeune femme. Il déglutit péniblement et lança un regard en direction de Karin, en train de flirter tranquillement avec sa copine à l'autre bout de la pièce. Lui avait-elle dit ?

— Oui, elle m'a dit, si c'est la question que tu te pose. Je te trouvais un peu… effrayant, à me fixer comme tu le faisais, et elle m'a dit pourquoi. Je suis désolée pour ta perte.

Le grand brun avala une goulée d'air pénible et douloureuse. Il sentait sa gorge le brûler, ses yeux le piquer et ses sens s'enflammer. Il avait envie de tout sauf de se trouver là, malheureusement. Et en même temps, il n'avait aucune envie de fuir. Il ne voulait pas repousser ce moment à plus tard. Tout sauf de traîner le poids de cette situation dangereuse et délicate.

— Je- Nous étions fiancés. Je l'avais demandée en mariage. Tu ne lui ressembles pas physiquement, mentît-il, mais tu dégages quelque chose de similaire. C'est difficile à exprimer. C'est une certaine force, comme si tu criais au monde entier que tu n'allais pas te laisser marcher sur les pieds et que tu le défiais d'essayer.

C'était ce qui l'avait séduit chez Temari. Elle était incroyable, elle défiait le monde dans un regard et le soumettait d'un sourire. Sa voix était forte et puissante, son caractère marqué compensait le sien, plus calme et discret. Lui aussi avait des avis tranchés, causant d'innombrables disputes entre eux, mais elle avait tout pour le pousser à se bouger. C'était ce qui lui avait fait dire qu'elle était la femme de sa vie. Elle était celle qui le complétait, qui acceptait tout de lui, même ses mauvais côtés, les laissait s'exprimer tout en les canalisant. Elle comprenait mieux que personne ses besoins et inversement.

— Oh. Je suis vraiment désolée que cette soirée ait fait remonter de mauvais souvenir chez toi et Sakura. On vous apprécie tous, tu sais. On ne voulait pas vous faire souffrir.

Shikamaru secoua la tête et soupira, forçant son corps à se détendre.

— Non. Je pense que vous méritiez de savoir quel genre de personne nous étions et sommes toujours. Et je pense que ça nous a fait du bien… de l'exprimer à voix haute. Je n'ai jamais dit qu'elle était… morte, à voix haute. Jamais avant cette soirée, jamais à voix haute, même avec Sakura. Je crois que je n'étais pas prêt à l'accepter.

Le grand brun déglutît à nouveau difficilement. Ce n'était pas parce qu'il y avait une Temari à ses côtés, mais… il se sentait, quelque part, prêt à faire son deuil. Prêt à le commencer, à dire au revoir à la femme qu'il aimait. Ce monde et cette Temari, c'était comme si sa femme lui envoyait un signe pour lui dire qu'elle serait à jamais à ses côtés, et il le croyait volontiers. Il posa une main sur son cœur et ferma les yeux.

— Faire son deuil est une chose qui prend du temps. Il faut d'abord accepter l'idée d'avoir à le faire, constata Temari.

Shikamaru hocha la tête. Oui, c'était exactement ça. Jusqu'à aujourd'hui, une part de lui avait toujours cru que sa fiancée reviendrait lui botter le cul. Il n'avait jamais accepté le fait qu'elle soit morte. Désormais, il se sentit prêt à le dire : Temari, sa Temari était morte et ne reviendrait plus. Il n'était plus l'heure d'espérer, d'avoir des regrets ou d'imaginer un monde avec elle. Il n'y aurait plus d'opportunité pour eux. Cette Temari qui se tenait près de lui n'était pas sa Temari, et s'il entretenait un jour une relation avec elle, alors elle serait inévitablement différente, elle ne serait pas la même personne que sa fiancée. Elle serait une personne à part. Sa Temari ne reviendrait plus, mais il ne cesserait jamais de l'aimer et de chérir son souvenir.

— Je l'aimerai à jamais, mais je pense que je suis prêt à accepter sa disparition. Elle veille sur moi, je le sais. Un jour, ça me suffira. Un jour j'apprendrai à vivre sans elle.

Le grand brun soupira, alors que la musique se terminait, et adressa un sourire à la jeune blonde.

— Merci de m'avoir parlé. Et désolé de t'avoir effrayé, plus tôt.

— Je suis contente si j'ai pu t'être utile. Tu as l'air d'être quelqu'un de bien, tu mérites d'aller mieux. Prends le temps pour ça, pour toi, pour faire ton deuil.

Temari lui adressa un clin d'œil et s'éloigna doucement de lui pour aller rejoindre Pain, Konan et Itachi qui discutaient. Lui fut rapidement rejoint par Deidara et Gaara qui le relancèrent sur une conversation plus agréable en un rien de temps. Lorsqu'il croisa le regard de Sakura qui discutait avec Sasori, il leva son verre dans sa direction et elle en fit autant. Ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre : leur intégration était un succès et tous les deux étaient prêts à commencer à avancer.

Demain serait un autre jour, et ils prendraient soin de régler un à un leurs problèmes.
Bientôt, s'ils acceptaient de faire cet effort, ils vivraient.
Demain.


Ça alors ! Ne serait-ce pas là une double update ? Bon, presque, j'ai 24h d'écart entre le chapitre 14 et le 15. Je passe des partiels demain et j'avais besoin d'évacuer un trop plein d'émotions et ça tombait pile bien dans ma chronologie. D'ailleurs est-ce que quelqu'un a vu que les numérotations de chapitres ont changées ? J'ai divisé la fiction en quatre arcs différents et on passe au second à partir de ce chapitre ! (Oui, ça veut dire que je sais ENFIN comment va se finir EDM).

D'ailleurs, j'ai essayé de faire passer de bons messages dans ce chapitre (Love Yourself), et j'espère qu'ils seront bien compris.
* Un constat que j'ai fait quand j'avais 17 ans. J'avais envie de vous partager mon opinion, parce que ce credo m'a bien aidé ces dernières années. Et comme le chapitre 14 finissait sur une mauvaise note, j'avais envie de finir l'arc 1 sur une bonne note. Une note d'espoir.