Résumé : Il y eut un cri dans la nuit, au milieu d'une lueur rougeâtre, et soudain, ils disparurent. Leurs noms furent appelés des jours durant, mais peine perdue. Shikamaru et Sakura n'étaient plus de ce monde.
Disclaimer : Les personnages de cette histoire ne m'appartiennent pas, cependant il est évident que le scénario et chacun des mots mis bout à bout pour la rédiger viennent de mes petites mains.
SEIZE :
« La psychanalyse est au subconscient
ce que la cartographie est aux dunes du Sahara. »
Sakura ouvrit les yeux. Son souffle se bloqua dans sa gorge, et elle roula sur le côté dans un réflexe désordonné. Quelque chose venait. Sur sa gauche. Elle tenta de distinguer la silhouette qu'elle percevait dans l'obscurité, mais celle-ci revenait déjà à la charge. L'homme leva la main dans sa direction, presque lentement, mais elle pouvait lire comme un sentiment d'urgence ou de panique dans son mouvement. Elle referma ses doigts fins sur le poignet de l'intrus, et prudente mais efficace, elle le jeta par-dessus son épaule et s'appuya lourdement sur lui pour l'immobiliser.
— Sakura, c'est moi ! protesta-t-il.
La rose écarquilla les yeux, tentant de reconnaître la voix, et relâcha le souffle qu'elle avait retenu, en voyant les grands yeux verts qui la fixaient. Ils avaient presque la même teinte que les siens. Ils étaient seulement un peu plus pâles, mis en valeur par un épais liner noir, un peu délavé et coulé.
— Gaara, soupira-t-elle.
Elle libéra les poignets de son ami et s'allongea sur le parquet à côté de lui, soulagée. La migraine qui lui vrillait le crâne avait été noyée dans l'adrénaline, mais à présent que celle-ci retombait lourdement, elle pouvait la sentir lui percer le crâne avec la force d'un marteau-piqueur. Elle passa une main sur son visage fatigué et attendit quelques secondes que son cœur et ses réflexes ne se calment un peu. Fun fact sur elle, il ne fallait pas la réveiller. Jamais. À moins de s'appeler Shikamaru Nara ou d'être un ninja, réveiller Sakura était souvent synonyme de bras cassé ou plus généralement de réactions violentes.
— On n'a visiblement pas tous les mêmes gueules de bois, ricana quelqu'un sur leur droite.
Gaara leva les yeux en même temps qu'elle pour croiser le regard amusé d'Ino. La belle blonde leur adressa un sourire en retour, semblant parfaitement fraîche et dispose, comme si elle n'avait pas bu comme un trou la veille. Pourtant, l'étudiante se souvenait parfaitement l'avoir vu affronter Neji dans un concours de shot. Et elle avait gagné.
— Comment tu fais, râla-t-elle en sentant la nausée la prendre à la gorge.
Le rire cristallin de la jeune femme lui répondit, alors qu'elle se penchait avec deux verres d'eau et deux cachets, un pour chacun.
— J'ai déjà bu un demi litre de thé, pris deux Doliprane® et avalé presque toute la corbeille de fruits de la cuisine, avoua-t-elle.
Le rouge grogna à côté d'elle. De l'autre côté de la pièce, ils virent tous les trois Neji se redresser, les cheveux en bataille et la trace de l'oreiller sur la joue. Il émit un râle de douleur, probablement assailli, lui aussi, par une migraine caractéristique. La jeune ninja devait admettre que c'était assez perturbant d'avoir Neji soumis à une gueule de bois devant elle. Le souvenir de sa mort était encore si frais, dans sa mémoire. Elle l'avait beaucoup apprécié pendant les derniers mois de sa vie, et ils étaient même parvenus à s'entendre, se confier et partager d'agréables moments ensemble. Ceci dit, même quand ils s'étaient retrouvés à boire ensemble en haut de la falaise des Hokage et qu'ils avaient fini par y dormir, le Hyûga avait su s'en sortir sans souffrir le lendemain matin. Ou alors il l'avait bien caché ? Impossible de savoir.
— J'en connais un qui est dans un pire état que nous, taquina Sasori en arrivant à son tour.
Sur ses talons, Deidara avait des poches sous les yeux, était blanc comme un linge et se tenait fermement le ventre. Sakura pouffa, tentant désespérément de ne pas éclater de rire. Son crâne ne le lui pardonnerait pas. Et probablement que son ventre lui en voudrait tout autant. Discrètement, et après avoir tiré une couverture sur elle, la rose s'efforça d'activer son chakra autour de son ventre pour aider son corps à assimiler, digérer et évacuer l'alcool plus rapidement.
— Quelqu'un se souvient de la fin de la soirée ? questionna Tenten en s'asseyant dans le canapé, tasse de thé à la main.
De concert, tout le monde haussa les épaules. Sakura tenta de se concentrer, mais… pour la première fois de sa vie, elle devait admettre qu'elle-même avait perdu le fil de sa nuit. À cause de l'alcool. Elle geignit. Quelle honte pour une médic-nin de son calibre !
— Moi, je me souviens, intervint Sasuke.
Il s'avança dans la pièce et alla s'installer près de Kisame, qui se réveillait tout juste. L'étudiant avait un physique atypique, maintenant qu'elle y pensait. Il ne ressemblait pas autant à un requin que dans son monde, mais la jeune femme pouvait discerner dans ses traits quelque chose qui rappelait cet animal. Ses dents semblaient plus pointues que la normale, et malgré une couleur de peau tout à fait classique, il avait toujours une mâchoire anguleuse, un nez épaté et des petits yeux un peu vicieux. Son physique ne criait pas « requin ! », mais il était encore Kisame.
Le nukenin se redressa. Apparemment, ils avaient tous plus ou moins dormi par terre, avec des coussins et des couvertures épaisses. Sakura avait dormi entre Gaara et Itachi, et Hinata semblait s'être blottie contre Sasori, ses pieds dans le visage d'un Naruto sur les joues duquel quelqu'un avait dessiné des moustaches. Qui avait dessiné les moustaches de Kurama sur lui ?
— Qui est l'abruti qui a dessiné sur Naruto ? questionna-t-elle.
Sasuke tourna les yeux vers elle, et ricana.
— De ce dont je me souviens, c'est toi.
La rose ouvrit de grands yeux, et secoua la tête, désabusée, sous les rires de ses compagnons. De ses amis, puisqu'elle devait admettre qu'ils l'étaient plus ou moins, désormais. Gaara tapota son épaule, se moquant ouvertement d'elle, et les derniers endormis ouvrirent, les yeux, réveillés par le boucan qu'ils faisaient.
— Où est Shika ? Demanda Konan qui débarqua à son tour.
Certains semblaient être encore dans la cuisine, d'autres étaient endormis, et le restant étaient avachis par terre ou dans les canapés du salon, mais le brun n'était visible nulle part. Quelques uns haussèrent les épaules et Temari désigna le couloir du fond.
— Il est dans la salle de bain, il prend une douche. Quelque chose à voir avec l'odeur du tabac.
Sakura acquiesça. Shikamaru pouvait accepter l'odeur du tabac, mais il ne fumait pas régulièrement, et une fois froid, le tabac devenait une torture pour ses sens. Le traumatisme de la mort d'Asuma était encore trop vif dans sa mémoire. Il avait essayé de fumer, parfois en pensant à lui, parfois en se persuadant que c'était pour se détendre, mais il avait réduit cette habitude au strict minimum, depuis quelques mois. Par ailleurs, il ne laissait jamais vraiment traîner l'odeur sur ses vêtements ou dans ses cheveux. De fait, il pouvait tenir du matin jusqu'au soir, mais pas à l'issue d'une soirée complète.
— Il ne supporte pas trop l'odeur du tabac froid, confirma la rose.
Ceux qui se trouvaient là s'assirent finalement, tentant de gérer leur gueule de bois ou attendant qu'elle passe grâce aux médicaments. Elle-même s'empressa d'avaler le cachet gentiment apporté par Ino, et cala son dos contre le canapé le plus proche, tirant avec elle sa couverture pour se transformer en burrito le temps d'émerger complètement.
— Dis-moi Sakura, tu le connais si bien que ça Shikamaru ? l'interrogea Karin.
Sakura sourit faiblement et hocha la tête. Si elle connaissait Shikamaru ? Elle le connaissait mieux que personne, mieux que Choji, mieux qu'Ino, mieux que Yoshino ou Asuma du temps ou il était en vie. Elle le connaissait mieux qu'elle ne se connaissait elle-même, d'ailleurs.
— Je le connais par cœur. Je peux anticiper ses réactions, ses mots, je connais ses traumatismes, ce qui le calme, ce qui l'énerve, je connais toute sa vie. Il n'y aura jamais rien de romantique entre nous, mais on est très fusionnels. En fait, c'est même pour ça qu'on ne sera jamais ensemble et qu'on ne tombera jamais amoureux l'un de l'autre. Je connais ses défauts comme s'ils étaient miens, je connais tout de lui, il n'a pas de secrets pour moi. On se connaît trop bien. Notre relation pourrait vous paraître étrange, mais je suis là parce qu'il est là et il est là parce que j'y suis. Il m'a aidée à avancer, à surmonter mes tragédies et j'ai fait pareil pour lui. Il est mon garde-fou et je suis son filet de sécurité. On est inséparables et pourtant, on peut se débrouiller l'un sans l'autre. C'est très compliqué à décrire, mais je pense qu'il n'y a que ce qu'on a vécu qui puisse forger une relation comme la nôtre.
Un silence suivit sa déclaration. La rose ne s'en formalisa pas. Elle comprenait parfaitement que ses mots puissent intriguer, étonner, inquiéter même, parfois, mais que, pourtant, chacun puisse rêver de connaître ce genre de relation. Elle esquissa un sourire, laissant à chacun le temps d'assimiler son petit discours. Karin esquissa un sourire en direction d'Ino, comme lui affirmant silencieusement qu'elle était la personne qu'elle connaissait le mieux et qu'elle voulait avoir à ses côtés pour toujours. La blonde rougît légèrement et sa main se glissa dans celle de la rousse. Elles étaient adorables, ensemble.
— Tu ne penses pas que ça pourrait poser problème si l'un de vous se mettait en couple ? questionna Pain.
La jeune femme secoua la tête avant d'arrêter, sentant son crâne protester. Uh. Foutue gueule de bois !
— Non, je ne pense pas. Shikamaru était fiancé il y a encore moins d'un an et sa fiancée savait quel genre de relation on avait. Elle était particulière, elle aussi, mais elle était consciente que je ne me mettrai jamais entre eux. Tant qu'elle rendait Shikamaru heureux, je n'avais pas mon mot à dire, et ça se passait très bien. On sait comment trouver un équilibre avec l'addition de quelqu'un d'autre, où poser nos limites et comment trouver nos marques. Et moi, je ne suis tout simplement pas du genre à m'imposer ou à m'interposer entre deux personnes en couple.
Elle haussa les épaules. Temari avait été la seule avec Gaara, puisque ce dernier était Kazekage, à avoir été mise au courant du véritable potentiel de Sakura. Elles avaient déjà combattu côte à côte, connaissaient l'importance de l'autre dans la vie du brun, et reconnaissaient la valeur de l'autre. Elles étaient amies, après tout. La rose avait été une confidente et un pilier pour la sunajin. Son décès l'avait fortement ébranlée et elle avait mis du temps à s'en remettre, elle aussi, bien qu'elle fait son deuil plus rapidement que ne le faisait Shikamaru.
La rose se perdit un moment dans ses pensées, remerciant mentalement Kisame de rediriger la conversation vers quelque chose de plus joyeux. Enfin plus joyeux, mais plus humiliant aussi, car Sasuke se fit un plaisir de leur montrer, à tous, toutes les vidéos qu'il avait faites de la veille. Sakura se vit en soutien-gorge danser un collé-serré avec une Hinata en culotte, puis embrasser à pleine bouche Gaara, et enfin se jeter sur Itachi pour le faucher en criant qu'elle devait se venger pour la façon dont il l'avait portée pour rentrer dans la maison, plus tôt dans la soirée.
Elle ne se priva pas de rire cependant, lorsqu'elle vit Sasori faire une déclaration d'amitié à Deidara et que la vidéo montra ce dernier pleurer toutes les larmes de son corps en retour. Elle vit Itachi vomir dans l'évier de la cuisine alors qu'elle s'ambiançait juste à côté, une bouteille de vodka presque vide à la main. Elle pleura presque de rire lorsque le téléphone du brun montra une photo de Pain à l'expression blasée qui tenait les cheveux de Konan et de Tenten, de même qu'elle se moqua ouvertement de Kisame, lorsqu'ils virent ce dernier chanter et danser sur du rock des années soixante.
Ils virent également Hidan trébucher sur la terrasse et s'ouvrir la lèvre, Kiba chercher un chien qui n'existait pas, Ino parler à un mur, et Naruto déclarer sa flamme à une Hinata endormie. Étonnamment, les seuls épargnés furent Shikamaru, Temari et Sasuke lui-même. Cela dit, Sasuke n'avait pas vraiment d'intérêt à se prendre en vidéo ou en photo en train de faire des choses stupides.
Finalement, la dernière photo avait été prise ce matin, alors que le jeune Uchiha était le premier levé. L'image les montrait tous endormis dans des positions improbables les uns sur les autres. À se demander comment certains avaient pu se lever sans réveiller tout le monde, tant ils étaient enchevêtrés. Ou même, comment avaient-ils pu traverser le salon sans marcher sur quelqu'un ?
— Bon, au moins on est tous égaux devant les dossiers que Sasuke a dans son téléphone, conclût Tenten qui s'était vue en train de vomir. Heureusement que je vous aime bien.
Dix-neuf sourires lui répondirent. Le seul absent demeura Shikamaru, encore enfermé dans la salle de bain.
— Au fait, quelqu'un a l'heure ? On a un repas de famille avec mon oncle ce midi, rappela Itachi.
Sakura sortir son téléphone de la poche de son jogging et regarda son écran avant de pouffer malgré elle. Il était déjà quinze heures trente, et c'était sûrement trop tard pour ce fameux repas. Ils ne seraient probablement même pas à l'heure pour le dessert ou même pour le goûter. Pour le thé peut-être ?
— Vous êtes en retard, avoua-t-elle en montra son écran.
Les deux Uchiha grimacèrent. Mikoto allait vraiment leur tirer les oreilles. La jeune femme ne se priva pas de se moquer d'eux, de même que Sasori et Deidara dans leur coin. Ces deux-là échangeaient des messes basses depuis la vidéo d'eux que Sasuke avait montrée. Hinata mit un coup de coude au blond pour leur faire signe d'arrêter de chuchoter, et les deux bruns se tournèrent vers la rose.
— Tu ne voudrais pas venir à la maison avec nous ? Demanda le plus jeune.
Il y eut un blanc.
— … pourquoi ?
C'était suspicieux. Sakura avait le droit d'être suspicieuse. Ils n'allaient quand même pas se servir d'elle comme bouclier et la jeter en pâture à leur mère… si ?
— Maman t'adore ! s'exclama Itachi. Si tu viens, elle ne pourra pas nous tirer les oreilles. Et en plus, on n'aura pas à supporter Madara. C'est toujours un calvaire quand Shisui est absent.
Madara.
— C'est un calvaire même quand il est là ! Madara passe généralement le repas à parler de notre cousin si courageux et à nous critiquer.
La jeune femme déglutît faiblement. Avait-elle vraiment envie de se retrouver face à un nouvel ennemi ? Madara, d'entre tous ? Il avait fait tant de mal, là d'où elle venait. Les choses ne s'étaient pas passées comme prévu, à Konoha et entre les diverses nations ninjas. La guerre avait été sanglante et longue. L'homme éveillait en elle bien plus de mauvais souvenirs que Sasuke lui-même.
En même temps, si elle ne l'affrontait pas aujourd'hui, comme elle avait affronté les alter egos de l'Akatsuki, quand le ferait-elle ? Pourtant, le frisson dans son dos rappelait quelle terreur ce nom éveillait en elle.
— Tu devrais y aller, intervint une voix derrière les deux Uchiha. Je préviendrai maman que tu rentres tard, si tu veux.
Traître, songea-t-elle en voyant apparaître dans le salon Shikamaru. Ses cheveux retombaient sur ses épaules, encore humides et détachés. Il semblait bien plus frais qu'elle, bien plus frais que tous leurs amis, même. Lui savait comment gérer l'alcool sans son chakra, ayant côtoyé les bars et la boisson de façon assidue après le décès de Temari. Elle déglutît douloureusement. En même temps, s'il la poussait dans les bras de ce fils de pute, c'était probablement parce qu'il se disait qu'elle en était capable. C'était peut-être même parce qu'il voulait qu'elle se confronte aux souvenirs qu'elle avait de lui.
— Ok, vous avez gagné. Je viendrai avec vous, mais j'ai mes conditions. On passe d'abord chez moi histoire que je me change et je veux être payée en Kinder Buenos®.
Les deux frères se regardèrent avant de se tourner à nouveau vers elle avec un grand sourire.
— Vendu !
La jeune femme soupira et se leva. Son estomac protesta bruyamment, entre la faim et une digestion difficile. Elle fit signe aux deux jeunes hommes de prendre leur affaires et d'en faire de même. Autant dire que dans tout le bordel qu'était la maison et qu'ils aidèrent à remettre en ordre, ils peinèrent à retrouver leurs affaires. La montre d'Itachi avait glissé sous un canapé, la cravate de Sasuke avait été retrouvée déchirée dans le mixeur, et il fut impossible de mettre la main sur la chaussure gauche de Sakura. Naruto promit à la rose de la lui rendre dès qu'il l'aurait retrouvée, mais ils durent partir sans, faisant la route -heureusement- dans la voiture d'Itachi.
— Rappelez-moi pourquoi je suis ici, demanda la jeune femme.
Il était seize heures trente et les frères Uchiha se trouvaient avec elle devant leur porte. Sakura avait enfilé un pantalon à pince, un top vert et un blazer avec une paire de chaussures vertes après sa douche, s'était attaché les cheveux et parfumée pour cacher l'odeur de tabac qui collait encore à chacune de ses mèches roses. Elle n'avait pas eu le temps de les laver. Entre le rangement de la maison de Naruto, la route, sa douche rapide, le temps qu'elle avait pris pour avaler un thé et une banane, les garçons lui avaient interdit de faire son shampoing.
— Parce qu'on te paie en Kinder®, lui souffla Sasuke.
La jeune femme soupira et entra à la suite du plus vieux des deux dans la maison. Une petite voix lui souffla qu'elle ne devait pas oublier que Madara se trouvait là, et qu'elle aurait mieux fait de demander à être payée plus que des Kinder®. Elle manqua de faire demi-tour. Seule la présence de Sasuke, derrière elle, l'en empêcha.
— Je vous déteste, grogna-t-elle.
Les deux Uchiha lui sourirent de concert et elle roula des yeux, en guise de réponse. Dans le salon, elle pouvait déjà entendre des voix devenues familières avec le temps. Elle n'avait pas côtoyé Mikoto et Fugaku très souvent, mais ça avait été suffisant pour qu'elle retienne leurs voix. En même temps, selon sa perception des choses, c'était quand même les voix de deux morts. Impossible de les ignorer, par conséquent.
— On est rentrés ! s'exclama Itachi joyeusement.
Bon. Impossible de faire marche arrière, à présent, conclût la rose. Elle pinça les lèvres en entendant une paire de talons féminins claquer sur le vieux parquet du manoir. Le pas de Mikoto lui sembla emprunt d'énervement, dans le rythme qu'il avait. Pas de doute, elle était énervée que ses fils ne se soient pas pointés au repas de famille qu'elle avait imposé.
— Bon sang, les garçons ! chuchota-t-elle d'un ton énervé.
Sakura manqua de glousser. Elle ne voulait pas offenser son hôte, mais l'entendre chuchoter des remontrances et tenter de paraître crédible en le faisant restait un spectacle amusant. Elle lui fit un signe de la main, et lui adressa un sourire avenant.
— Sakura ! l'accueillit-elle à voix haute.
— Bonjour Mikoto, répondit-elle. Les garçons voulaient échapper à ton sermon, alors ils m'ont emmenée avec eux.
Les deux jeunes hommes protestèrent d'un « hé ! » trahi. Sauf qu'elle avait négocier d'être payée en Kinder® pour venir chez eux, pas pour garder le silence ! C'était à eux de faire attention aux marchés qu'ils passaient avec elle, pas l'inverse.
— Ils sont pardonnés, dans ce cas ! Tu avais promis de venir nous voir régulièrement, mais je ne t'ai pas vue depuis ta sortie, la réprimanda Mikoto.
La rose gloussa tout bas et laissa la mère de ses amis s'avancer et l'étreindre. Elle répondit même au bref câlin que lui accorda la brune. C'est qu'elle s'améliorait, en relations sociales. Elle échangea quelques banalités avec la grande femme élégante, et adressa un regard moqueur aux deux frères silencieux derrière elle. « Je sais ce que je fais » semblaient dire ses yeux. Et d'une certaine manière, ce n'était pas totalement faux.
L'angoisse se resserra comme un étau autour d'elle lorsqu'ils s'avancèrent tous les trois vers le salon. Comme le jour de son examen pour devenir Genin, elle sentait un mélange d'adrénaline et d'appréhension bouillonner dans son estomac comme des papillons voletant sous sa peau. Être amoureuse et passer un oral, au fond, ce n'était pas si différent, en terme de sensations. Elle grogna tout bas, songeant que l'alcool qu'elle digérait encore n'arrangeait pas les choses.
Lorsqu'elle entra dans la pièce, la rose remarqua immédiatement deux hommes qu'elle connaissait et un dont elle ignorait tout. Son physique criait qu'il était un Uchiha, mais son nom était parfaitement inconnu. Madara, assis à ses côtés, échangeait vivement avec Fugaku, qui fut le premier à lever la tête vers les nouveaux arrivants. Un sourire éclaira son visage fermé lorsqu'il vit la jeune femme qui accompagnait ses fils.
— Sakura ! la salua-t-il, de la même façon que l'avait fait sa femme.
— Bonjour Fugaku, sourît-elle à son tour.
Et pourtant, dieu sait qu'elle avait envie de vomir. Elle avait l'estomac au bord des lèvres, les souvenirs de sa lutte contre Madara dansant sous ses paupières chaque fois qu'elle clignait des yeux. Elle lui serra la main en contrôlant au maximum ses émotions et se tourna vers les deux derniers Uchiha présent. Lorsqu'elle croisa les yeux de Madara, elle le revit, au-dessus d'elle, une main enserrant sa gorge, l'étouffant progressivement. Elle retint son souffle.
Ses yeux étaient plus clairs que ceux du reste de sa famille, et la haine, le vice et le mal brûlant dedans avaient marqué durablement la jeune rose. Elle était clairement traumatisée par cet homme. Elle pouvait revoir ses lèvres bouger, la prenant dans une avalanche de mots dont elle avait oublié la teneur, et qui avaient bien failli la tuer. Encore une fois, c'est un ami qui l'avait sauvée. Elle avait bien failli embrasser la mort, ce jour là. Elle l'avait vue de près, et la mort habitait cet homme.
— Bonjour. Désolée d'interrompre ce repas de famille, les garçons ont insisté, ils m'ont dit que ça ferait plaisir à Mikoto. Je suis Sakura Haruno, se présenta-t-elle.
— C'est toujours un plaisir de t'avoir à la maison, ma chérie, confirma la mère de ses amis.
Le jeune homme assis près de Fugaku lui adressa un sourire et se leva en même temps que Madara. Ce dernier, nota-t-elle, avait les cheveux bien plus courts dans cette réalité. Ils balayaient tout juste ses épaules. Elle s'efforça d'adresser un sourire à l'homme et de serrer sa main lorsqu'il la lui présenta. Son sourire sonnait faux, et tout le corps de Sakura frissonna de peur et de dégoût lorsque leurs peaux entrèrent en contact.
— Madara Uchiha, le frère de Fugaku. Et voici notre neveu, Shisui Uchiha.
Shisui.
Sakura retint à grand peine la surprise qui la saisît. Evidemment, elle savait que l'homme était encore en vie dans cette réalité, mais elle ne s'était pas attendue à ce qu'il soit là. Il n'aurait pas dû être là. Il- Il devait être à l'étranger, de ce que les garçons avait dit. Bon sang, elle avait bien assez de morts autour d'elle pour le moment ! Elle n'avait pas envie d'en rajouter encore et encore.
— J'ai manqué quelque chose ?
La jeune femme se tourna vers l'homme qui venait d'entrer à son tour, un Uchiha, lui aussi. Elle ne put s'empêcher de remarquer qu'absolument tous les Uchiha se ressemblaient et qu'ils avaient tous les traits caractéristiques de leur clan, mais qu'il demeurait impossible de les confondre. Ils dégageaient tous quelque chose de différent, de bien à eux. Itachi dégageait une certaine sagesse, Mikoto inspirait le calme, Fugaku imposait une certaine droiture, Shisui était l'élégance, Sasuke l'intelligence, et Madara la sauvagerie. Le nouveau venu, lui, avait quelque chose de plus léger. Il donnait l'impression d'être allongé dans l'herbe sous le soleil en plein été.
— Obito ! s'exclama Sasuke. Ça fait un moment que tu n'es pas venu à la maison !
Non mais sérieusement ? C'était fait exprès là, non ? Sakura ravala une remarque cassante, et présenta sa main au nouveau venu.
— Je suis Sakura, une amie d'Itachi et Sasuke. Je suis venue voir Mikoto.
— Je suis Obito Uchiha. C'est un plaisir de rencontrer des amis de mes cousins.
Shisui s'approcha à son tour, se présentant également comme un cousin, et serra sa main. Elle leur adressa un sourire crispé, et compta le nombre d'Uchiha autour d'elle. Avec Obito, ça en faisait sept, et ils étaient tous supposés être morts. Sakura avait l'impression d'hyperventiler. Le regard de Madara sur elle, loin de la calmer, accentua encore l'angoisse qu'elle ressentait.
— Tout va bien, Sakura ? questionna Sasuke.
Il se pencha prudemment vers elle et posa sa main sur son bras, la faisant revenir doucement sur terre. Elle fronça les sourcils, et déglutît péniblement avant d'acquiescer. Elle s'humecta les lèvres, faisant mine d'avoir un vertige en tanguant dangereusement. Sa pâleur soudaine, depuis qu'ils étaient entrés dans la maison et la soirée qui s'était prolongée tard dans la soirée appuyèrent son excuse, heureusement pour elle.
— Oui, je- je dois simplement faire une crise d'hypoglycémie, murmura-t-elle.
Itachi fronça les sourcils, alors qu'elle jetait discrètement un regard aux mains de Madara, calleuse et vieillissantes. Elles étaient pâles et marquées par ce qui semblait être un travail manuel. L'homme, tourné vers son frère, manqua sa vérification.
— Quoi ? Mais tu as- commença Itachi avant d'être interrompu par un coup de coude de son cadet. Raison, tu as raison, tu n'as pas mangé après avoir bu ton café. Maman, nous reste-t-il du dessert ?
Mikoto, penchée vers Sakura les sourcils froncés, acquiesça, visiblement inquiète. Elle accompagna la jeune femme jusqu'au fauteuil le plus proche, que lui céda galamment Shisui, lequel lui tendit un verre d'eau. Elle le but lentement, pendant que la brune s'éclipsait dans la cuisine quelques minutes. Lorsqu'elle revint, elle tendit à la rose une petite assiette avec une part de gâteau au chocolat.
— Voilà, mange Sakura, ça te fera du bien.
L'estomac de la jeune femme protesta, mais elle l'ignora soigneusement. Elle posa le verre d'eau et força la circulation du chakra dans son corps pour évacuer au plus vite la sensation de nausée et la panique qu'elle ressentait. En percevant le ronronnement délicat du flux familier en elle, elle s'apaisa progressivement, et le goût du chocolat sur ses papilles lui redonna quelques couleurs. Le rose délicat de ses joues revint doucement, et ses yeux reprirent le pétillement habituel qui brillait dans l'émeraude de ses prunelles.
— Merci beaucoup. Ce doit être parce qu'on s'est couchés tard.
— Connaissant mes fils et leurs amis, vous n'avez dû vous endormir qu'au lever du soleil, rît Mikoto.
— Quelque chose comme ça, oui, admit-elle dans un sourire.
Shisui lui adressa un sourire et remplit à nouveau son verre d'eau, soucieux de la voir aussi proche du malaise. Itachi derrière lui, adressa un regard interrogateur à son frère. Ce dernier haussa les épaules, ignorant pourquoi la rose avait menti. Elle n'avait bu aucun café ce matin, seulement du thé. Aucun des membres du groupe ne faisait de café les lendemain de soirée. Ils savaient parfaitement que la caféine était très mauvaise pour la gueule de bois. Cela dit, s'il avait bien une certitude, c'est que leur amie devait avoir menti pour une bonne raison. À en juger par la réaction qu'elle avait eue en serrant la main de leur oncle, son malaise devait avoir un rapport avec lui.
Sasuke se sentit inquiet. Il n'y avait pas moyen que leur oncle lui ait fait du mal ou qu'elle le connaisse, mais elle souffrait d'évidents symptômes post-traumatiques, de même que Shikamaru. Qui sait ce qui avait déclenché son malaise ou un potentiel flash-back ? Il appréciait beaucoup la jeune femme, maintenant qu'il la comprenait un peu mieux, maintenant qu'il savait un peu ce qu'elle avait dû traverser, et il était évidemment inquiet pour elle. Il était conscient de n'avoir qu'effleuré la partie émergée de l'iceberg, qu'elle cachait encore plus que ce qu'elle montrait, mais il était également persuadé qu'avec du temps, l'amitié de son groupe et de l'affection, elle serait capable de parler de ce qu'elle avait vécu. Une fois que ce serait fait, avec des confidences et la thérapie qu'il savait qu'elle suivait, elle serait probablement capable de venir à bout de ses traumatismes. Un jour, sûrement.
Itachi comprit que son frère tentait de protéger un maximum son amie, et se contenta de se taire. Lui aussi avait compris que Sakura était comme une poupée brisée. Ils ne pourraient pas la réparer au point de faire d'elle ce qu'elle aurait été sans les épreuves qu'elle avait affrontées, mais ils pourraient sûrement panser ses plaies et l'aider à retrouver un semblant de vie normale. Ils avaient tous compris cela, dans leur groupe d'amis. Certains pensaient qu'il fallait l'aider, d'autre qu'il fallait la laisser, et les derniers étaient plutôt d'avis que se contenter d'être son ami était déjà assez et moins risqué. Cela dit, tout le monde appliquait ces déductions autant à Shikamaru qu'à Sakura, pensant souvent à eux comme à un tandem, à deux entités indissociables, et tout le monde était prêt à les accueillir pleinement dans le grand groupe qu'ils formaient.
— Est-ce que tu veux prendre l'air, Sakura ? proposa Fugaku.
La jeune femme secoua la tête.
— Ça ira, merci. Le gâteau a remonté mon taux de sucre. Ou en tous cas, ça fera bientôt effet. Merci pour ça.
Oui, enfin sa circulation de chakra, ferait bientôt effet.
— C'est bien normal Sakura, affirma Mikoto. Tu es comme un membre de la famille, tu sais ?
La rose esquissa un sourire, qui ne manqua pas de faner aux mots suivants.
— Mais oui, tu es la bienvenue dans la famille, Sakura, sourît Madara.
Et quelque chose se brisa en elle. Quelque chose de déjà cassé. Quelque chose de douloureux, qui était constamment là, comme un trou béant dans sa poitrine.
J'ai glissé pléthore d'indices dans ce chapitre ! D'ailleurs, maintenant que j'y pense, les indices vont vers quelque chose d'assez glauque. Pas sûr que ça aide Sakura et Sasuke à se mettre ensemble. C'est même un peu dégueu.
Je trouve que mon rythme de parution est plutôt pas mal, en ce moment !
